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Full text of "Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan"

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BULLETIN 



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SOCIETE D’ETUDES 

SCIENTIFIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES 



DE LA 



VILLE DE DRAG UIGNAN^ 




1886 - 1887 . 

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DRAGUIGNAN 

El sK IMPRIMERIE DE G. ET A. LATIL, BOULEVARD DE L’ESPLANADE, 4 



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BULLETIN 



DE LA 

SOCIÉTÉ D’ÉTUDES 

SCIENTIFIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES 



DE LA 



VILLE DE DRAGUIGNAN. 



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BULLETIN 



DE LA 

SOCIÉTÉ D’ÉTUDES 

SCIENTIFIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES 

DE U 

VILLE DE DRAGUIGNAN 



TOME XVI. 



1886 - 1887 . 



DRAGUIGNAN 

IMPRIMERIE DE C. RT A. LATIL, BOULEVARD DE L'ESPLANADE, 4 



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PREMIÈRE PARTIE. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



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SOCIÉTÉ 

d’Etudes scientifiques & archéologiques de Draguignan. 



EXTRAIT 

DES 

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



SÉANCE DU 21 JANVIER 1885. 



Présidence de M. le docteur Girard. 



Étaient présents : 

MM. Aubin, Doze, Girard, Guide, de Grossouvre, Jourdan (E.), 
de Lacouture , Lombard (Aimable) , Michel , Mireur , Panes- 
corse, Segond et Sivan. 

Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance. 

M. Emile Augier, propriétaire à Draguignan, est nommé membre 
titulaire , sur la présentation de MM. Panescorse et Latil , et M. Dol- 
lieule , ancien magistrat et avocat à Marseille, est nommé membre 
correspondant, sur la présentation de MM. Mireur et Poulie. 

Ouvrages reçus. — Excursion entre Nice et Antibes , par M. Layet, 
membre correspondant. — Don de l'auteur. 

Deux nouvelles sépultures de V époque des dolmens découvertes dans le 
bassmde la Garonne, parM. Gustave Marty, membre correspondant. 
— Don do l'auteur. 

Bandol et ses origines, par M. l'abbé Rouden.— Don de l'auteur. 

Dépôt et remerciements. 

Lecture est ensuite donnée d'une circulaire de M. le Ministre de l'Ins- 
truction Publique et des Beaux-arts sur les sujets d'étude recomman- 
dés par la section des sciences économiques et sociales du Comité : 
histoire d'un domaine rural ; l'état et la valeur de la propriété bâtie ; 



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VIII 



effets économiques d’une nouvelle voie de communication; étudier 
pour une région déterminée les modifications qui se sont introduites 
dans la pratique des régimes matrimoniaux depuis le code civil. 

M. le président donne lecture d’un rapport de M. l’abbé Rouden , 
membre correspondant, au sujet d’un instrument qu’il désigne sous le 
nom de télescope diurne. Il se compose d'un long tube, établi dans de 
certaines conditions, qui permettrait d’apercevoir les étoiles dans la 
journée, malgré l’éclat des rayons solaires. Le principe de cet instru- 
ment repose sur ce fait d'observation, rapporté par M. l’abbé Rouden , 
que les étoiles apparaissent dans un puits à la profondeur de 36 mètres. 

La parole est donnée à M. Michel pour la lecture de la troisième 
partie de son mémoire sur Forum Vocontium , la voie AurèUenne et le 
pont dArgcns destiné au Bulletin. 

(Lu et adopté dans la séance du 25 février 1885). 



SÉANCE DU 25 FÉVRIER 1885. 



Présidence de M. le docteur Doze, vice-président. 



Étaient présents : 

MM. Aubin, Doze, Frandin-Burdin, de Grossouvre , Girard, 
Gubert, Guérin, Jourdan (E.), de Lacouture, Latil, Lombard 
(Aimable), Mireur, Segond et Sivan. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Sur la proposition de M. Mireur, la Société décide qu’il sera adjoint 
au secrétaire et au trésorier un auxiliaire salarié, chargé d’expédier les 
publications et de tenir à jour le recouvrement des cotisations , en un 
mot, d’aider les membres du bureau dans l’accomplissement du travail 
matériel que nécessite une bonne gestion des intérêts de la Société. 

Pour faire face aux nouvelles charges qui résultent soit de l'augmen- 
tation du tirage des publications, soit de la nomination de l’agent sa- 



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IX 



larié , il est décidé, à la majorité , que la cotisation des membres cor- 
respondants sera élevée à cinq francs par an. 

Un membre communique les renseignements qu’il a recueillis au 
sujet de haches de serpentine qui auraient été trouvées en certain 
nombre dans le territoire de Draguignan , aux quartiers des Selves et 
de Saint-Martin. Ces vestiges , appelés vulgairement pierres du ton- 
nerre , sont parfaitement reconnaissables et semblent ne pas devoir 
donner lieu à une erreur dans les constatations. Néanmoins il est 
décidé que deux membres de la Société iront sur les lieux dès que les 
terres seront labourées. 

M. E. Jourdan donne lecture de la première partie d’un travail inti- 
tulé : Relation de la peste de 1120 dans la commune de Nans. Dans cette 
partie l’auteur expose quelles furent les mesures préventives prises 
par la municipalité de Nans pour éviter l’invasion du fléau. L’étude de 
M. Jourdan devant être insérée au Bulletin, il est décidé que le pro 
cès-verbal n'en contiendra pas l’analyse détaillée. 

Sous ce titre: Une élection communale à Figanières en 1668 , M. 
Mireur fait le récit d’une descente judiciaire dans cette localité, or- 
donnée par le Parlement de Provence pour y présider au renouvelle- 
ment du conseil, à la suite d’arrêts contradictoires du Parlement de 
Dijon et du Conseil du Roi. L’intervention de la justice avait été mo- 
tivée par l’état d’irritation des esprits que la lutte contre le seigneur 
divisait en deux partis, chacun ayant ou prétendant avoir sa municipa- 
lité. 

Après avoir esquissé la situation locale, qui ressemblait beaucoup à 
celle des autres communes féodales en procès avec leur seigneur — et 
elles étaient nombreuses; — après avoii* dit un mot de Gaspard de Vin- 
timille, condamné à mort par contumax en 1660 pour avoir excédé un 
sergent, M. Mireur raconte les péripéties de la journée, les menées du 
parti du château, les querelles et les menaces dans l’église, les rixes 
et les coups et blessures après la messe et enfin le retour à l’église pour 
le vote, les adversaires ayant confisqué la clé de la mairie. Il rend 
hommage à l’impartialité du magistrat dont le sang froid et la prudence 
prévinrent peut-être de plus graves collisions. 

Il rappelle dans un appendice qu’à trois reprises différentes, durant 
cette longue crise de la lutte avec le seigneur, la population de Figa- 
nières dut recourir, pour la tenue de ses comices, à la protection de la 



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X 



justice, qui ne lui fit jamais défaut, et lui donna asile dans le palais à 
Draguignan , notamment en 1649 où 100 , puis 150 familles avaient 
émigré du lieu. A cette époque le seigneur, dont on avait précédem- 
ment pris et pillé le château , à la faveur des troubles du Semestre 
auxquels il s'était mêlé , il est vrai, y avait appelé un régiment de ca- 
valerie qui obligea par ses excès la population à déguerpir. 

« L’histoire, ditM. Mireuren terminant , nous retrace des batailles 
plus émouvantes, plus grandioses et, sans conteste , plus dignes à tous 
égards de son pinceau. Pourtant , celles que livrèrent pendant des siè- 
cles, sans faiblir , ces obscurs champions du devoir et du patriotisme 
local méritent bien quelque attention et quelque intérêt. Que sont , à 
côté de leurs luttes de tous les jours pro avis et focis, nos escarmou- 
ches de parade par la plume et la parole, nos froissements les plus 
douloureux et nos blessures les plus vives à côté de leurs souffrances 
et de leurs misères morales et matérielles ? N’est-ce pas pour ces fortes 
et rudes générations, constamment sur la brèche, bien plus que pour 
nos molles et faciles existences , gâtées jusqu'à l’énervement par tous 
les progrès, que semble avoir été créée la devise du philosophe : la vie 
est un combat f » 

L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du2> mars 1885). 



SÉANCE DU 25 MARS 1885. 



Présidence de M. le docteur Girard. 



Étaient présents : 

MM. Aubin, Azam , Doze, Girard, de Grossouvre, Gubert , Guide, 
J. Jourdan, E. Jourdan, de Lacouture, Aimable Lombard, 
Michel , Mireur , Panescorse , Segond , Sivan et Tamburin. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Sur la présentation de MM. Azam et Segond, M. Joseph Azam , 



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XI 



architecte à Draguignan , est nommé membre titulaire de la Société ; 
M. l’abbé Lyons , curé à Saint-Paul , présenté par MM. Mireur et 
Segond, est nommé membre correspondant. 

La démission de M. l’abbé Martel est acceptée. 

La Société décide ensuite qu’il y a lieu de souscrire à deux exem- 
plaires des poésies de feu F. Dol , ancien membre de la Société , qui 
vont être publiées par les soins de ses amis. 

La parole est donnée à M. Aubin qui lit à la Société le premier 
chapitre de son étude historique sur la commune de Callas. 

Quelle est l’étymologie de ce mot? Sans se prononcer catégorique- 
ment, M. Aubin cite plusieurs étymologies probables. Callas pourrait 
venir du radical grec , latin ou celtique Cal, d’où sont dérivés des 
mots signifiant chemin battu , partie dure du sol , caillou , descente, 
pente, auxquels la situation de Callas sur un rocher et en un lieu 
escarpé se rapporterait. Il pourrait encore dériver de Quariates ainsi 
que Callian , du nom d’une peuplade gauloise de la Provence ; mais 
il ne saurait venir de S cala, comme l’indique Achard. 

Quels sont les premiers documents qui parlent de Callas ? Les dona- 
tions de 1030 par Guillaume III, le jeune, et de 1052 et 1055 par 
Bertrand de Fréjus montrent l’ancienneté de ce village. 

M. Aubin étudie ensuite les plus anciens titres se rapportant à 
Callas , notamment ceux qui révèlent les relations qui ont existé entre 
ses habitants et ceux de Draguignan. Puis, dans une rapide synthèse, 
il décrit la lutte de la communauté contre les seigneurs dans le but 
constant de racheter les droits de toute nature que ceux-ci percevaient 
sur les habitants. 

L’ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 27 avril 1885.) 



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XII 



SÉANCE DU 27 AVRIL 1885. 



Présidence de M. le docteur Doze , vice-président. 



Étaient présents : 

MM. Azam , Doze, E. Jourdan, J. Jourdan, Michel, Mireur, 
Panescorse et Segond. 

La séance ayant été ouverte , le procès-verbal de la précédente est 
lu et adopté. 

M. le Président annonce que plusieurs membres se sont fait excuser 
à cause du mauvais temps. 11 donne ensuite lecture: 1* d’une lettre de 
M. le Ministre de l’instruction publique annonçant l’envoi des Nou- 
veaux Mélanges historiques T. 1 à 4; 2° d’une lettre de M. le président 
de la Société d J horticulture et histoire naturelle de VHèrault, au sujet 
des assises régionales d’horticulture et histoire naturelle qui se tien- 
dront à Montpellier du 2 au 10 mai. 

M. Panescorse dépose une proposition tendant à établir un concours 
d'histoire naturelle entre les instituteurs du département. 

Une Commission sera nommée dans la prochaine séance pour exa- 
miner cette proposition. 

Ouvrages reçus : Le Cannet du Luc , par M. Marius Sivan. — Re- 
merciements et renvoi à M. Michel pour le compte rendu. 

M. Mireur signale, comme intéressant notre histoire provençale, 
le mémoire sur la Donation de Hugues , marquis de Toscane , au Saint 
Sépulcre et les établissements latins de Jérusalem au X* siècle , récem- 
ment présenté à l’académie des Inscriptions et Belles-lettres par M. 
le comte Riant, membre de l’Institut, à qui ses travaux aussi nom 
breux que remarquables sur l’Orient latin ont conquis une place dis- 
tinguée dans le monde savant. 

Ce mémoire rappelle d’abord sommairement les principaux faits qui 
se rattachent à la fondation et. au développement des établissements 
occidentaux des lieux saints , depuis saint Grégoire le Grand (fin du 
VI e siècle), jusqu'à la première croisade (1099). Il constate que la pé- 



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XIII 



riode la plus obscure de leur histoire est celle qui s'étend de la fin de 
la dynastie carolingienne à Tannée 1010 , où ils furent détruits par 
Hakem. Le protectorat carolingien avait-il continué à s'exercer pen- 
dant cet intervalle de plus d'un siècle ? Qu’avait-il subsisté également 
des fondations de Charlemagne, des moines du mont des Oliviers et 
des récluses du Saint-Sépulcre ? 

Un seul document projette quelque lueur dans l'obscurité de cette 
longue nuit : c'est la donation faite le 29 octobre 993 par Hugues , duc x 
de Toscane et sa femme , de biens situés dans le comté d'Orvieto et 
dans ceux de Sovana et d'Aquapendente (Etats Romains), en faveur 
des moines de Sainte-Marie-latine de Jérusalem, consacrés au service 
des pèlerins, et de ces pèlerins eux-mêmes. On a par là la preuve ma 
nifeste de la perpétuité des anciens établissements occidentaux. 

L'importance capitale de cette charte , publiée au siècle dernier par 
Dom Martène , d'après une copie fort ancienne , mais « détestable » , 
conservée aux archives de Saint-Victor de Marseille , certaines parti- 
cularités embarrassantes, sinon suspectes, de sa rédaction, enfin sa 
présence inexplicable à priori dans un fonds provençal , tout cela a 
éveillé l’attention et même les doutes du savant diplomatiste , qui Ta 
soumise dès lors au contrôle d’une critique aussi compétente que sé- 
vère. De ce minutieux examen , dont le lecteur suit les détails et pres- 
que les péripéties et qui porte autant sur le fond que sur la forme , le 
texte est sorti victorieux, et son authenticité est désormais hors de 
conteste. 

Restait à résoudre pourtant une dernière et très embarrassante ob- 
jection : comment s’était-il égaré dans le fonds de Saint-Victor et quels 
rapports avaient pu exister entre la Provence et les établissements du 
Saint-Sépulcre ? 

Une autre charte , signalée à l’éminent académicien par son honora- 
ble et nouveau collègue, M. Blaacard, archiviste en chef des Bouches- 
du-Rhône , a été pour lui un trait de lumière. Il s’agit de la donation 
des dîmes de Vidauban faites en 1091 par Pons Mal nier , vicomte de 
Marseille et les siens , au Saint-Sépulcre de Jérusalem et d'Aquapen- 
dente , à Notre-Dame de Lagrand (diocèse de Gap) et à Saint-Pierre 
d'Entraiguos (diocèse de Fréjus). 

Cette donation , un peu inexactement analysée par M. le comte de 
Grasset dans son intéressant Essai sur le grand prieuré de Saintr 
Giües (1), révèle le lien cherché entre Jérusalem , Aquapendente des 

(1) Paris , P. Dupont, 1*6$, in-4». L’antenr avait fait d’Jr*«fra*rft# et d’Entraigues on 
seul établissement situé dans le diocèse de Fréjos (page 88). 



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XIV 



Etats Romains et Marseille. Il est certain, d'une part, que, dès le 
commencement du XII e siècle, le Saint-Sépulcre de Jérusalem possé- 
dait des biens nombreux dans le Midi et tout près de la Provence , 
d'autre part, qu’antèrieurement Aquapendente était considéré comme 
« une sorte de succursale italienne du Saint-Sépulcre hiérosolymi- 
tain ». 

Ne faut-il pas admettre avec M. le comte Riant que ce fut à l'occasion 
de cette dernière donation que le vicomte de Marseille , voulant « s'as 
surer de la légitimité de la filiation dont se prévalait » cette succur- 
sale, avant de la doter, aurait fait confectionner la copie du titre de 
993 qui parait en effet contemporaine ? Ainsi s'expliquerait la présence 
de celle-ci dans des collections avec lesquelles on lui chercherait vai- 
nement, croyons nous, un autre rapport. 

Vidauban n’appartint pas longtemps au Saint-Sépulcre. En 1252 , il 
fut cédé par le prieuré de Notre-Dame de Lagrand , son donataire , en 
même temps que Saint-Pierre d’Entraigues , au commandeur du tem- 
ple de Rue , contre des biens gapençais. 

La donation de 1091 est aujourd’hui tout ce qui subsiste , avec les 
ruines d'une chapelle romane qui pourra faire l’objet d'une de nos 
prochaines excursions, de ce prieuré de Saint-Pierre d’Entraigues 
(Saint-Michel sous-terre), assez important à la fin du XI* siècle pour 
avoir mérité l’attention et les libéralités d’un vicomte de Marseille. 
Quant à ses archives , on n’en trouve trace dans aucun de nos dépôts 
du Midi. 

L’intéressante découverte de M. le comte Riant touche donc direc- 
tement à notre histoire. Elle a, sinon révélé, du moins précisé l'exis- 
tence d'un des plus anciens et probablement du plus ancien établisse- 
ment religieux connu dans nos environs , en même temps qu'elle a 
fourni un premier et précieux jalon pour retrouver les possessions du 
Saint-Sépulcre et plus tard de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem le 
long de nos voies du moyen-âge. 

A tous ces points de vue , il a paru utile de la consigner ici , afin 
de la faire connaître à ceux de nos honorables correspondants qui se- 
raient tentés d'aborder l'étude de cette question non sans importance 
pour la reconstitution de l'ancien réseau de nos routes. 

M. le Président donne communication d’un mémoire adressé à la 
Société par M. R. Pottier , membre correspondant et dont nous ex- 
trayons les passages suivants : 



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XV 



Note sur les porphyres de l’Estérel et leurs carrières antiques. 

Le massif de la chaîne des montagnes de l’Estérel , qui s'étend des 
sources de la Siagne à la mer et sépare le département du Var de celui 
des Alpes-Maritimes, est composé de roches éruptives, parmi lesquelles 
on trouve de magnifiques gisements de porphyre de diverses couleurs 
et de textures différentes. 

Les Romains, qui, dès avant la conquête des Gaules, occupaient cette 
région, avaient, pour leurs monuments non seulement locaux, mais 
même pour ceux de Rome et d'Arles , exploité cette richesse. 

Les recherches des divers savants qui ont exploré ces montagnes 
ont fait retrouver les carrières d’où ces précieux matériaux avaient été 
retirés, et ils ont surabondamment prouvé que les obélisques du cir- 
que d'Arles, certains monuments de Rome, dont il sera parlé, les 
colonnes du baptistère d'Aix, les bornes amarres du port de Fréjus, que 
l'on avait pris pour des dépouilles que Rome avait enlevées à l’Egypte, 
provenaient des carrières de l'Estérel. 

Dans un mémoire présenté, dans la première partie de ce siècle , par 
Charles Texier à l'Académie des Inscriptions , il est dit que ce savant 
architecte avait porté avec lui à Rome , lors de la mission que le gou- 
vernement lui avait donnée, des échantillons des porphyres de Fréjus, 
afin de les comparer aux roches de la même nature qu’il y rencon- 
trerait. Il dit avoir eu la satisfaction d'y découvrir un grand nombre 
de fragments du porphyre de Fréjus. 

Texier attribue à Agrippa l’exportation de ces roches dans la capi- 
tale du monde d'alors. 

Il cite un fût de colonne à l'angle du Quirinal , une autre colonne à 
l'angle de l'église de la Minerve; au musée du Vatican, une colonne de 
3 mètres; dans la basilique de Saint-Pierre, les colonnes de 8 mètres 
qui décorent la chapelle des Grégoire. 11 a reconnu également que les 
deux magnifiques vases en porphyre du Vatican, conservés comme une 
des merveilles de l'art antique, sortent de nos carrières. 

Ce porphyre était, avant Texier , connu des sculpteurs romains sous 
le nom de Granito Morviglione (à taches de petite vérole). Le savant 
Cardi , et les autres savants avec lui , le regardaient comme le Lapis 
MemphUes de Pline, dont les carrières existaient au bord du Nil en 
face de Memphis. 

Les carrières d'où les Romains ont tiré le porphyre dont il est ques- 



à 



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XVI 



tion ci-dessus, porphyre à pâte bleue, tachetée de blanc et parsemée de 
points noirs (1), ont été découvertes , en 1839, par* Texier. 

Le gisement couvre plusieurs kilomètres carrés; mais tous ces por- 
phyres ne sont pas propres à l’exploitation. 

La formation de la roche a suivi une marche constante de dégrada- 
tion dans le volume des éléments dont elle se compose. • 

Les premières roches que l'on rencontre à l’Ouest, sont parsemées 
de cristaux très volumineux de quartz et de feldspath. La pâte grise 
bleue, quoique également dure partout, ne présente , ici, aucune force 
de cohésion, parce que les cristaux de feldspath ont jusqu’à trois centi- 
mètres de longueur et, étant excessivement abondants , ils détruisent, 
lorsqu’ils viennent à se décomposer , toute l’agrégation de la roche , 
qui passe alors à l'état de kaolin. 

Dans cette qualité de porphyre, quoique la masse soit fort dure , elle 
s’écrase facilement quand on la sépare en éclats, parce que les cristaux 
se détachent facilement de la pâte; le môme défaut ne lui permet pas 
de recevoir un beau poli. 

En avançant de l’Ouest à l’Est, on remarque que les éléments du 
porphyre diminuent d’une manière sensible. Bientôt les cristaux de 
feldspath ne présentent plus qu’une longueur d’un centimètre au plus 
dans la hauteur du rhomboïde; les cristaux de quartz suivent la même 
dégradation. 

La couleur de la roche est constante ; c’est une pâte bleu turquin , 
bardée de cristaux de feldspath blanc, de quartz hyalin et d’amphibole. 

Les Romains , qui avaient reconnu les défauts des gisements précé- 
dents, ont ouvert, sur ce point, leur première carrière , qui a été aban- 
donnée pour en ouvrir de nouvelles un peu au Nord , sur un point où 
la roche est encore plus belle et où les cristaux sont encore plus petits. 

Sur ce point , la vallée s’élargit ; elle est environnée de petites mon- 
tagnes dont la plus haute n’a pas 350 mètres. Le point exploité se 
trouve à peu près à 90 mètres au-dessus de la mer. Une pente douce, 
suivant la vallée de Bouleris , conduit des carrières au bord de la mer, 
au point où l’on embarquait les pierres, dont quelques blocs sont restés 
épars comme pour jalonner cette route que les eaux du torrent ont fait 
disparaître. 

Le tracé de la voie ferrée coupe perpendiculairement la vallée proche 
de la mer, et la station de Bouleris est à peu près à un kilomètre de ce 



(l) Porphyre bleu des Romains delà carte géologiqoe; Andésine de certains antenrs. 



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XVII — 



point , qui est lui-même tout au plus à 1,200 mètres des carrières , si- 
tuées dans une propriété particulière portant le nom du petit Caous (1). 

Trois carrières sont encore en Tétât où les Romains les ont laissées. 
Le porphyre était exploité par banquette et à la trace. 

On trouve encore , dans ces carrières , deux blocs parallélipipèdes 
ébauchés et prêts à être enlevés. Ces blocs ont de 7 à 8 mètres de long 
sur 90 centimètres de hauteur et d'épaisseur; ils paraissent avoir été 
taillés par les Romains pour des fûts de colonnes. 

Le scellement des anneaux qui servaient à enchaîner les prisonniers 
condamnés aux carrières est encore visible. 

Une étude des lieux, au point de vue industriel, démontrerait que, 
grâce aux moyens puissants que la science a mis aux mains de l'in- 
dustrie nouvelle, on pourrait en tirer des colonnes encore plus impor- 
tantes. 

J'ai remarqué qu'en contrebas, çt au point où la roche a été lavée 
par les pluies, elle parait encore plus belle et plus serrée. 

Depuis les Romains , et à diverses reprises , on a tiré du petit Caous 
des colonnes , mais cela sans exploitation permanente , et à Theure 
actuelle, les carrières sont complètement inexploitées. 

Lors de la reconstruction du Casino de Monaco , l'architecte Garnier 
a voulu employer du porphyre de Caous; mais les entrepreneurs 
n'ayant pu s'entendre avec le propriétaire cherchèrent sur divers 
points un gisement égal en beauté à celui-là. Ils ont ouvert diverses 
exploitations dans la roche à gros grains que nous avons signalée en 
premier lieu comme inexploitable, et ils durent renoncer à leur projet. 

Nous avons dit, au début, que Ton trouvait des porphyres de diverses 
couleurs. 

Au Sud du petit Caous , M. Pottier, conservateur des collections de 
l'Ecole des Mines et professeur à l’Ecole Polytechnique, me signale , 
dans une lettre du 3 février 1884, comme le point probable de prove- 
nance du porphyre noir que j’ai rencontré dans les ruines de Fréjus , 
où il a été employé pour faire , concurremment avec les marbres les 
plus divers, des placages ornementaux. Un filon traverse le vallon de 
Bouleris prés de son embouchure , c'est-à-dire fort proche du chemin 
de fer. Ce porphyre, à pâte noire, a ses cristaux jaune de miel. 

Le porphyre noir est le mélaphyre de la carte géologique. 

Au Nord de la carrière des Romains, entre le petit et le grand Caous, 



(1) Le petit Caous est actuellement sur le territoire de la commune de Saint-Raphaël. 



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XVIII — 



cette qualité de roche se trouve en assez grandes masses pour pouvoir 
être exploitée. 

Le porphyre rouge (1), dont la pâte se rapproche de ce qu'en archéo- 
logie on nomme le rouge antique , a été largement exploité par les 
Romains pour les matériaux de Fréjus, mais là on ne le trouve qu'à 
l'état de placage , ou de petites masses cubiques , ayant formé une 
partie de « l’opus quadraium regulare » du revêtement des murailles. 
Sur plusieurs points, le porphyre rouge a servi à construire l'aqueduc 
conduisant à Fréjus les eaux de la Siagne. 

D’après M. Pottier , dans la lettre citée plus haut , c'est le long de la 
voie Aurélienne , entre Agay et Théoule , qu’il y aurait le plus de 
chances de rencontrer de véritables carrières. 

Il me signale également des traces de carrières dans la vallée du 
Gonfaron. 

J'ai visité les carrières du torrent du Gonfaron; j'ai trouvé là, sans 
que la pâte soit aussi rouge que sur d’autres points , une roche des 
plus belles et reconnu le porphyre avec lequel les Romains avaient 
fabriqué surtout les meules de moulins et leurs contre-parties , que j’ai 
souvent rencontrées dans nos ruines. 

Aux siècles derniers, on a, pour faire des meules de divers moulins à 
olives, utilisé et enlevé des meules ébauchées dans l’antiquité. 

La carrière du Gonfaron démontre les soins que nos conquérants 
mettaient à ce genre de travaux exécutés par des esclaves ou des pri- 
sonniers. On y voit la roche taillée à pic , à l’aiguille, sur une hauteur 
de plusieurs mètres. 

Cette manière de faire démontre, à l’heure actuelle, l’admirable tex- 
ture de la roche , qui n’offre aucune fissure, malgré les siècles qui se 
sont écoulés depuis qu’elle est taillée. 

Le terrain sur lequel est ouvert cette carrière est la propriété de la 
ville de Fréjus; elle est rattachée au chemin de fer par une route char- 
retière, et à peu près à sept kilomètres de la gare. 

Lorsque le chemin de fer à voie étroite sera exploité, elle se trouvera 
fort proche de cette voie. 

Il existe sur la route carrossable delà mine de Bozon, à 5kiiomètres 
de Fréjus , et le long de la ligne du chemin de fer dont nous venons 
de parler, propriétés Doze et communale, un gisement de porphyre 
dont la pâte est d’un beau rose et qui a fourni depuis peu, saus exploi- 
tation régulière ni suivie, des colonnes pour Monaco. 



(1) Porphyre quartzifère. 



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XIX 



Ce porphyre est susceptible d’un beau poli. 

Une vaste exploitation de porphyre, qu’il ne faut pas confondre avec 
les masses de porphyre que je signale, a lieu à l’est du petit Caous; 
elle est connue sous le nom de porphyre du Dramon (1). Mais ces ro- 
ches, extrêmement fendillées, ne peuvent fournir de gros blocs et ne 
sont exploitées que pour faire des pavés, ou , concassées , pour servir 
à l’empierrement des routes. 

M. le Président est chargé de remercier M. Pottier de sa commu- 
nication et de rappeller à MM. les membres correspondants que les 
notes qu’ils jugeront convenable d’adresser à la Société seront tou- 
jours reçues avec l’intérêt qui s’attache à toute observation exacte. 

(Lu et approuvé dans la séance du 30 mai 1885). 



SÉANCE DU 30 MAI 1885. 



Présidence de M. le D r Doze, vice-président. 



Étaient présents : 

MM. Aubin, Azam (Ch.), Azam (J h ), Belletrud, Doze, DcGrossouvre, 
GuBERT(J h ), Guide, Imbert, Jourdan (J.), De Lacouture, Latil (A.), 
Aimable Lombard, Mireur, Panescorse, Segond, Sivan cITamburin. 

La séance est ouverte à 8 heures 12 du soir. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Sont admis comme membres correspondants : sur la présentation 
de MM. Mireur et Jourdan, M. Fulconis, ancien instituteur à Rougiers, 
et, sur la présentation de MM. Doze et Mireur, M. Fériaud, médecin 
à La Verdière, membre du Conseil général du Var. 



(1) Andésine ï petits éléments. 



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11 est ensuite nommé une commission, composée de MM. Azam, 
Do Grossouvre et Segond , pour examiner un projet de concours 
d’histoire naturelle, proposé par M. Panescorse. 

M. le Président donne lecture de deux circulaires de M. le Ministre 
de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes : la première, 
demandant d’urgence la liste des questions choisies par la Société 
pour le Congrès des Sociétés savantes en 1886 ; l’autre , relative 
à la Commission ornithologique chargée de centraliser les documents 
relatifs aux mœurs, au régime, à la nidification des oiseaux de France. 
— Le questionnaire de la Commission sera mis à la disposition 
des membres de la Société qui en feront la demande. 

Il est déposé sur le bureau deux hàclies préhistoriques, offertes 
par M. R. Pottier, membre correspondant. Ces hàches, en quartz et très 
grossièrement taillées, proviennent du Muy (station entre l'Argens 
et les Maures). Suivant M. Pottier, elles appartiendraient à la période 
acheuléenne. Plusieurs des membres présents ont émis des doutes 
sur la nature de ces débris, attribuant la forme des blocs de quartz, 
que notre correspondant a remarquée , plutôt à un accident qu’à 
un travail réfléchi. 

Le quartz parait provenir des filons qui se trouvent dans les micas- 
chistes et les gneiss des Maures. La comparaison des objets déposés 
sur le bureau avec d'autres objets, recueillis au même lieu, pourrait 
seule lever tous les doutes sur leur origine. 

M. le Président annonce avec satisfaction que le tome XV 
du Bulletin, correspondant aux années 1881-1885, vient d’être achevé. 
La Société est actuellement au courant et même en avance pour 
ses publications qui, pendant longtemps, ont paru tardivement. 
De plus, le Bulletin prochain est déjà en cours d’impression, et les 
travaux qui lui sont dostinés ne font pas défaut, témoignage certain 
de la vitalité actuelle de la Société. 

11 est donné lecture d’une communication de M. Fulconis sur 
« le Volcan éteint de Rougiers », résumé des observations faites, 
en 1798, par son père. 

Ce document, qui contient des détails intéressants, mérite surtout 
d’être signalé à cause de sa date. 



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XXI. 



M. Mireur propose de tenir désormais les séances mensuelles 
à une date fixe , sauf à indiquer sur les cartes de convocation 
les changements qu’il serait nécessaire de faire au dernier moment. 
A la suite de cette proposition, il est décidé que le jour de réunion 
sera en principe le premier mardi de chaque mois. 

La parole est ensuite donnée à M. Tamburin, qui lit un fragment 
d'étude sur la culture de la vigne et la fabrication du vin. Il fait 
remarquer notamment, d'après Théophraste et Columelle, qu’à Rome 
on recommandait de planter la vigne dans les terres vierges et dans 
les régions sablonneuses, et d'employer autant que possible des plants 
enracinés. Les variétés de raisin les plus répandues étaient les auracia, 
à gros grains, les raisins en forme d'olive, le picenarius, à couleur 
de poix noire, le tinctorius, rouge, le cinerarius, cendré, et le raisin 
purgatif (Celse). Relativement à la fabrication des vins, M. Tamburin 
analyse le Livre IV de Pline et passe en revue les fraudes que 
l’historien romain a signalées. 

Après cette communication, il est procédé, conformément aux statuts, 
à la nomination du bureau pour les deux années mai 1885 à mai 1887. 

Sont élus : MM. Doze, président; Aimable Lombard, vice-président; 
J fc Gubert, secrétaire; Panescorse, conservateur; Imbert, trésorier. 

Après le dépouillement du scrutin et la proclamation des résultats 
du vote, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 26 juin 1885). 



SÉANCE DU 26 JUIN 1885 



Présidence de M. le Docteur Doze, président. 



Etaient présents : 

MM. Azam (Jh), Belletrud, Gubert (Jh), Guérin (Sextius), Guide, 
Jourdan (E), Jourdan (J), Latil, Lombard (Aimable), Michel, 
Mireur , Segond et Sivan. 



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XXII — 



La séance est ouverte à 8 heures 1/2 du soir. 

Le procès verbal de la dernière séance (30 mai 1885), est lu et adopté. 

M. le Président, au nom du bureau nouvellement élu, remercie la 
Société de la confiance dont elle a bien voulu l’honorcr et dit qu’il 
s’efforcera de suivre les bonnes traditions du bureau sortant. 

Cinq membres correspondants sont ensuito élus : 

M. l’abbé Gibelin, vicaire à Brignoles, sur la présentation de MM. 
de Bresc et Mireur ; 

M. Auzivisier à Brignoles, présenté par MM. Sivan et Mireur; 

M. le baron de Sinety à Esparron , présenté par M. A. Lombard et 
Mireur ; 

M. Zurcher, ingénieur des ponts-et-chaussées à Toulon , présenté 
par MM. Panescorse et de Grossouvre. 

M. le Président est heureux d’annoncer que, grâce au bon vouloir et 
à la libéralité de M. Muraire, de Trans, la Société est enfin en posses- 
sion de la pierre milliaire de Saint-Vincent près Trans, dont il a été 
précédemment question. 

Cette pierre, que les membres de la Société examinent avec intérêt, 
se compose de deux fragments de grès. 

Le fragment supérieur (0"35 de haut sur 0"54 de large), qui ne pré- 
sentait aucun caractère apparent, porte une inscription complétant 
heureusement celle du fragment inférieur donnée dans le procès-verbal 
de la séance du 18 décembre 1884. • 

La borne milliaire, ainsi reconstituée , doit donc être lue de la ma- 
nière suivante: 

I A V G F A \ 

T M A X \ 

POTES 

XXIII 

E S T I TV I TE 
REFECIT 

M. Belletrud propose d’organiser une excursion dans une grotte du 
vallon des Frayères, territoire de Châteaudouble. Cettegrotte, peu ex- 
plorée, pourrait être intéressante a visiter pour l’étude des insectes et 
des mollusques cavernicoles. Elle se composerait, selon M. Belletrud, 
de salles assez vastes , tapissées de stalactites et se terminant par un 
corridor dont la longueur n’est pas connue. 



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— XXIII 



Cette excursion, adoptée en principe, est ajournée au mois d’août ou 
de septembre, à l’époque du plus bas étiage. 

La parole est ensuite donnée à M. Eugène Jourdan qui continue la 
lecture de la Relation de la peste de 1720 dans la commune de Nans , 
communication destinée au Bulletin. 

M. Mireur signale enfin une récente communication faite à la Société 
Historique de Gascogne , par M. le Marquis de Castelbajac , qui a causé 
quelque émoi dans le camp des érudits et des généalogistes (1). M. de 
Castelbajac, propriétaire actuel du château de Caumont (Gers), ayant 
appartenu autrefois au duc d'Epernon, aurait trouvé parmi des papiers 
enfermés dans l’épaisseur d'un gros mur , la preuve authentique d’un 
second mariage contracté parle duc d’Epernon à Pignans (Var), le 24 
fèoricr 1596, avec Anna Monier, fille de Gaspard, seigneur du Castellet. 
Cette preuve résulte de l’acte suivant, dressé en deux exemplaires, 
l’un en latin , l'autre en français , revêtus tous les deux des signatures 
originales : 

Anna Domini millésimé quingentesimo nonagesimo sexto , die vero vigesimo quarto 
mensis februarii , illustris et magnifieus dominas Johannes Ludovicus de Nogaret, dut 
d’Epernon , oe pro chris tianissimo rege G allies kujas protinciœ gubernator , ex une , et 
domina Anna Monier , filin Gasparis , domini du Castelet et D n# Isabelle de Bompar , 
presentis loei de Pigans , diocesis Forojuliensis , ex altéra , matrimonium per tcrba 
de présente, in facie sanctœ malris eclesiœ , servatis scrvandis , coram me parrocho 
(uu mot illisible) , curato ejusdem loei , contraelaverunt ; presentibus ibidem Joanne 
Rainaud, locum tenente judieis, et Jacobo de Roux , senti fera dieti loei . In quorum fi- 
dem me suscripsi. 

Jacques Roux ; J. -Louis de Latalbyyb ; 

Gistont, curatus ; Raynaud, bailly, lieutenant du juge 

L’an mil cinq cent nonante-six et le vingt et quatrième jour du mois de février, illustre 
et magnifique seigneur Jehan Loujs de Nougaret, duc d’Eperuou , gouverneur pour le roy 
en Provenir, d’une part, et demoiselle Anna de Monier, fille de Gaspard, sieur du Cas- 
telet et de demoiselle Isabcau de bompart, du présent lieu de Pigans, diocèse de Fréjus, 
d’autre part, ont contracté mariage en face de notre mère sainte Eglise , les solennités 
gardées, eu présence de Jacques de Roux, escuier et de Gombaud Fabre, bourgeois dudit 
lieu. 

Jacques db Roux; J.-Louis de Lavalbttb ; 

Fabus ; Gastony, curatus. 



(1) Compte rendu de la réunion générale... du 15 juin 1885. 



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« 




XXIV 



Cette découverte renversait tellement les notions généalogiques 
jusqu'ici universellement admises, que son auteur stupéfait n'en 
croyait pas ses yeux . On ne connaissait, en effet, d'autre femme légi- 
time au duc d'Epernon que Marguerite de Foix et de Candalle , décé- 
dée, encore jeune, en 1593, après lui avoir fait promettre solennelle- 
ment, à son lit de mort, de ne jamais se remarier. (1) Marguerite lui 
avait laissé trois enfants et de grands biens. Se pouvait-il qu'il eut con- 
volé, à l'insu de tout le monde , et seulement trois ans après la perte 
de celle à laquelle il avait juré une fidélité éternelle ? 

On le soupçonnait d'autant moins qu’on lui savait trois enfants nés 
liors mariage, lesquels s’étaient toujours considérés et avaient toujours 
été considérés par les historiens comme illégitimes. Or, ce n'étaient 
pas là des « enfants abandonnés », de ceux dont un père ait à rougir. 
Tous les trois firent honneur à son nom : l’ainé Joseph-Louis , dit le 
chevalier de la Valette, s’acquit « une certaine célébrité militaire » (2); 
un autre devint évêque de Carcassone, et leur sœur, abbesse de Sainte- 
Glossinde , de Metz. 

Cette descendance hérita môme, à l'extinction de la descendance 
légitime, survenue en 1658, d'une partie des biens du duc d’Epernon. 
A quel titre? M. de C. ne le fait pas connaître, et c’est là, on va le voir, 
un point d’une importance majeure. 

Si ces trois enfants, ainsi qu’il le présume, sont issus d'un mariage 
légitime avec Anna Monier, on se demande comment ils ont pu l'i- 
gnorer ou feindre de l'ignorer et pourquoi , de gaîté de cœur , ils ont 
gardé au front, aux yeux de leurs contemporains, cette tâche de 
bâtardise, dont il leur était si facile de se laver ! 

Doit-on admettre que, par respect pour la mémoire de sa première 
femme et pour la foi solennellement jurée, le duc d'Epernon ait voulu 



il) « Elle lui Ht des adieux déchirants , l’adjurant de se consacrer li ses enfants et de 
ne pas se remarier ; il le loi promit solennellement >. (compte rendu , p. 17). 

(*?} M. le marqnis de Boisgelin a bien voulu nous communiquer un extrait du contrat de 
mariage de ce Joseph-Louis avec Gabrielle d’Aimar , fille d’un président au Parlement de 
Provence, passé le 24 juin 16&5 , où il est dit simplement fils de très excellent duc d'E- 
pernon, sans la qualification ordinaire, légitime et naturel et sans indication du nom de 
la mère. 

On sait que ce mariage fut célébré h ta suite du pins audacieux enlèvement, effectué sur 
le quai de Toulon, en plein jour, pendant une cérémonie publique, en présence d'une bril- 
la nie assemblée et de plusieurs milliers de spectateurs. (Cf. Roux-Alphéran, le $ Rues d'Aix, 
H, et Octave Teissier, Hist. de quelques rues de Toulon , 921). 



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— XXV 



dissimuler son infidélité à tous les regards, même à ceux de sa nouvelle 
famille ; ou bien encore, avec M. de C., qu'il « a fallu toute la crainte 
qu'il inspirait autour de lui pour obtenir » (p. 18) que le secret, invio- 
blement gardé pendant sa vie, restât après sa mort muré dans son 
château ? 

L'examen dans la forme et dans le fond de l'acte du 24 février 1596, 
date qu’il importe de retenir, soulève plus d’une objection. 

Et d’abord, pourquoi deux originaux et dans deux langues différen- 
tes f Le fait importerait peu s’ils étaient identiques, comme ils devraient 
l’être, ayant été rédigés dans le même lieu, au même moment , par la 
même personne et authentiqués par les mêmes signatures. Or, notons 
une première variante: le membre de phrase, coram me parrocho ... 
curato cjusdem loci , aété complètement omis dans la traduction en fran- 
çais. 11 paraîtra sans doute assez singulier que le curé ait oublié préci- 
sément de parler de lui et de l’intervention de son ministère — détail qui 
a pourtant quelque importance ! 

Mais il y en a une autre et non moins inexplicable. La leçon latine 
donne comme témoins Jacques de Roux et Jean Raynaud , lieutenant 
déjugé , — sur lequel on va revenir, — et la leçon française, Jacques de 
Roux et Gombaud Fabre . Si l’acte a eu plus de deux témoins, nombre 
suffisant d’après les canons , pourquoi ne figurent-ils pas sur chaque 
exemplaire f s’il n'en a eu que deux, comment peuvent-ils 'changer de 
personnalité selon que l’on parle latin ou français? 

On n’aura pas manqué de remarquer également dans les deux textes 
le nom de lieu Pigans auquel on peut s'étonner que le rédacteur ait 
négligé de donner la forme latine de Pignaco ou Pigniacensis ( Pinia- 
ccnsis), usitée dans tous les actes de l’officialité diocésaine et qui lui 
était plus qu’à un autre familière , ou la véritable forme française 
Pignans. 

Que dire ensuite de l'emploi répété de la double lettre œ qui, généra- 
lement , ne se montre guères dans les textes latins manuscrits avant 
le XVII* siècle et qu’on ne rencontre pas une seule fois sous la plume 
des clercs du greffe des insinuations ecclésiastiques du diocèse de 
Fréjus à cette époque î Cet anachronisme n’est-il pas fait pour éveiller 
aussi la méfiance (1)? 

Voilà pour les critiques de forme. 



(1) Il est vrai que la double lettre ne ligure pas dans tous les mots qui la comporteraient. 
Encore une bizarrerie I 



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f 




— XXVI 



Au'fond, pas d’objection sur les noms et les qualités des parties. Gas - 
pardde Mortier , d’une famille indigène et Isabeau de Bompar, sa femme, 
sont connus des généalogistes, et, si Artefeuil ne leur donne pas de 
fille, on ne saurait conclure d’une omission qui lui est très habituelle 
contre l’existence ou la filiation d'Anne de Monier 

L'absence des registres paroissiaux qui , à Pignans , ne remontent 
pas au delà de 1664, n’a pas permis de vérifier exactement l’identité de 
M" Bernardin Gaston , curé. Il est certain qu’il y a eu à Pignans , à 
cette époque, un ecclésiastique , voire même un chanoine de ce nom , 
natif de Roquebrune. On le trouve le 23 mars 1584 (1585), le 12 octobre 
1592, le 18 décembre 1594 et enfin le 12 avril 1600, jamais pourtant sous 
le titre de curé (1) mais , seulement quelquefois , avec celui de Vicaire 
de la Prévôté. 

Jacques de Roux est aussi un personnage très réel, un de ces capi 
taines d'aventure sans doute, comme la guerre civile en avait tant fait 
surgir dans les rangs de la bourgeoisie ou de la petite noblesse de nos 
villes de Provence, pendant cotte période mouvementée du XVI* siècle, 
et qui avait dû servir sous d’Epernon. Témoin naturellement désigné 
dès lors pour la cérémonie. Seulement pourquoi y figure-t-il sans sa 
qualité, presque inséparable de son nom , et si bien de mise en la cir- 
constance (2) ? 

On reconnaît dans Gombaud Fabre le notable qui siège parmi les 
chefs de maison dans les séances du conseil communal des 25 décem- 
bre 1594 et 12 août 1595 (3). 

Par une exception des plus singulières, seul le témoin Jean Ray- 
naud, que son titre de lieutenant de juge devait faire retrouver le plus 
aisément, s'est obstinément dérobé à toutes les recherches. Personne, 
en effet , de plus en vue qu’un bailli. Renouvelé tous les ans , reçu et 
installé en séance du conseil avec une certaine solennité , c’est lui qui 
autorise et préside toutes les assemblées communales , et Dieu sait si 
on en tenait souvent dans ces temps de troubles ! Son nom est en tête 
de chaque procès-verbal et sa personne présente partout. Or le bailli 
en exercice à Pignans au mois de février 1596 était un notaire des 



fl) Délibérations de la communauté de Pignans, Pastim (archives communales) et In- 
sinuations de l'Evêché de Fréjus , reg. 1585-95, f° 56 et 1596*1609 , f* 553 (sérié G , areh. 
du Yar). 

(3) V. notamment les délibérations communales de Pignans des 19 et 35 mars 1595. (Reg. 
1593-1596, p. 409 V et 406). 

(8) Ibid , p. 354 et 430 v. 



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xxvir 



Arcs, du nom de Jean OUicier, lequel avait été nommé , selon l’usage , 
en mai 1595, pour fonctionner jusqu’en mai 1596. Jean Raynaud au- 
rait-il été son lieutenant ou suppléant, ou bien son prédécesseur ? pas 
davantage. Lorsqu’il arrive à Jean Ollivier de prendre des congés , ce 
dont il ne se fait pas faute, comme tous ses collègues d’ailleurs, il 
trouve dans le régent des écoles, maitre Pierre Albert, un remplaçant 
toujours prêté échanger la férule du magister contre le béton du roi. 
Avant lui , celui-ci est tenu en 1594-1595, par un Décugis, appelé tantôt 
Jean, tantôt Joseph ; en 1593-1594, par Jean Baulme; en 1592-1593, par 
Pierre Beilhon. Mais jamais de Jean Raynaud , ni comme titulaire, ni 
comme suppléant. Faut-il supposer dans le texte de l’acte de mariago 
une erreur de lecture, Jean Raynaud pour Jean OUicier f 

Reste une dernière et capitale objection , résultant de la date même 
de l’acte. Non seulement il est impossible de la faire concorder avec les 
mouvements stratégiques de d’Epernon, à ce momont fiévreux et décisif 
de son existence, mais elle coïncide avec un évènement qui exclut la 
possibilité morale et même matérielle d’un mariage célébré à Pignans. 

Les délibérations de cette commune font assister au défilé des trou- 
pes qui précède cette mémorable et — pour d’Epernon — si funeste 
journée du 24 février 1596. 

Conseil du 28 février 1596. 

< Abbord des sieurs de Guyse , comte de Carcès et d’Espernon. 

< Le buictiesme du premier moys de febvricr, les trouppes de Monseigneur de Guise, 
conduiclz par le sieur comte de Carces, arivarent en ce lieu , où demeurarent cinq jours 
entbiers ; et, en apprès, le seigneur d'Espernon avec son armée qui arriva le XXI dud. moys, 
où demeura ung jour ; et , en apprès , mond. seigneur de Guise , aveq son armée, qui ar- 
riva le XX1U dud. moys , où demeura ung jour eutbier (1) >. 

D’Epernon se trouvait donc à Pignans le 21 , mais il en était reparti 
le 22, talonné par son ennemi le duc de Guise, qui y arrivait le 23. 

A-t-il pu y retourner le 24 ? 

L’histoire et la carte à la main , il est permis de répondre hardi- 
ment : non ! 

De Pignans, d’Epernon se dirige sur Brignoles et, de là, descend 
sur Saint-Tropez pour en « avituailler la citadelle », dit Louvet ; ce 
qu’apprenant, de Guise part do Pignans le 24, au point du jour, et vient 
rattendre au retour, entre le Luc et Vidauban, campé sur la route des 
Maures : « Mais si tost qu’ils furent arrivez aud. lieu, poursuit Louvet* 



d) Délibérations du Conseil de ville 1592-15DC, f. 469 (Arch. communales de Pignanr* 



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— XXYIII 



iis découvrirent les coureurs des ennemis qui y venoient tout droit , 
tellement qu’ils prirent leur ordre et allèrent droit à eux qui etoicnt 
encore dans les Maures (1) ». 

On sait le reste. Vainement d’Epernon, pour éviter le combat, se jeta- 
t-il du côté de Vidauban et, se voyant poursuivi par la cavalerie, vou- 
lut-il traverser l'Argens à la nage pour mettre le fleuve entre lui et 
l’ennemi. Celui-ci déboucha subitement d'un bois et, avant qu’elles 
eussent pu le suivre, tomba sur ses troupes et les mit en complète dé- 
route.La même plaine où, selon certains érudits, se décidèrent autrefois 
les destinées de la République romaine entre les célèbres triumvirs, 
vit sombrer la faction Epernonienne et ses coupables espérances. « La 
fuite fut honteuse , dit en terminant Louvet , il (d'Epernon) se retira à 
Barjols avec sa cavalerie (2) ». 

Ainsi d’Epernon, arrivant le 24 février au matin de Saint-Tropez, n’a 
pas pu se trouver avant l’action à Pignans , qui en est éloigné de près 
de 49 kilom.; moins encore après l’action, ayant gagné Barjols , qui 
est presque à l'opposé , à plus de 49 kilom . de Vidauban , de toute la 
vitesse de son cheval , et sous l’empire de préoccupations de nature à 
laisser peu de place, dans son esprit, à des velléités matrimoniales (3). 

On ne prétendra pas sans doute qu'ayant parcouru déjà près de 100 
kilom. depuis le matin, brisé de fatigue et d’émotions, d’Epernon aurait 
pu descendre encore , vers le soir , de Barjols à Pignans ! L’hypothèse 
d’un pareil tour de force dans la situation morale et physique où il se 
trouvait, est invraisemblable, sans parler du danger qu’il courait de se 
jeter au milieu d’un détachement ennemi. 

En vain opposerait-on l’opinion de C. Nostradamus qui place le com- 
bat de Vidauban le 25 février. Cette variante importe peu, dès l’instant 
qu’il est démontré que, la veille de la rencontre, d’Epernon était à 
Saint-Tropez d’où il n’était certainement pas venu à Pignans , occupé 
par les troupes du duc de Guise (4). 

La date du 24 février 1596 devant être écartée comme absolument in- 
conciliable avec les données de l’histoire et de la topographie, on a dû 
se demander si, par hasard, elle n’appartiendrait pas à l’ancien comput, 
encore usité à cette époque, qui commençait l’année au 25 mars. Selon 



(1) Histoire des troubles de Provence , partie, p. 575. 

(2) Ibid. 

(3; C. Gustave Lambert. Histoire des guerres de religion en Provence, II, p. 497-408. 
;4) liist. de Prov., |». 1034, C 



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XXIX 



ce calcul , le 24 février 1596 (v. s.) correspondrait au 24 février 1507 
(n. s.)* Or en 1597 d’Epernon était bien loin de notre pays qu'il avait 
quitté en mai 1596 et , dans tous les cas , à ce moment , il ne pouvait 
plus songer à prendre, ni personne à lui donner le titre de gouverneur 
de Provence. 

Il faut en conclure nécessairement que , si l'acte découvert est au- 
thentique , la date au moins en est erronée. Mais comment expliquer 
pareille inexactitude ? 

Se tromper d'un jour, n'est pas chose rare, quoique plus étonnante de 
la part d'un ecclésiastique dont le premier acte de la journée est, après 
la récitation des matines dans l’office du jour, la célébration delà 
messe qui contient, comme on sait, la mémoire du saint de la férié. 
Or ce n'est pas d’un jour, mais de deux, sinon de trois que le chanoine 
Bernardin Gaston aurait postdaté le mariage , puisque d'Epernon avait 
quitté Pignans le 22 au plus tard et sans doute de très bon matin , épe- 
ronné par Guise. 

S'il l’avait antidaté, ce quantième du 24, si remarquable , l’aurait im- 
médiatement averti de sa méprise, en supposant même que la rédaction 
n’eut été faite qu’après coup et assez tardivement pour qu’on eut déjà 
perdu le souvenir du jour exact de la cérémonie. Le plus long retard 
d’ailleurs que l’on pourrait admettre ne saurait dépasser 2 ou 3 mois , 
c'est-à-dire l’époque du départ d’Epernon , et cette date inoubliable du 
24 février, qui avait vu la délivrance du pays, était et devait rester 
encore longtemps trop mémorable pour qu'on l'eut maladroitement 
choisie entre toutes, exprès, semble-t-il, pour dévoiler la négligence. 
Pourquoi ne pas dater du 21, jour où il était de notoriété que d’Eper- 
non se trouvait à Pignans? 

Que de bizarreries, d’irrégularités et d’invraisemblances ! Rédaction 
en deux langues et en deux exemplaires dissemblables , usage de for- 
mes insolites, substitution d’un témoin à un autre, erreur manifeste 
soit dans le nom , soit dans la qualification de l’un d’eux et enfin date 
inacceptable et matériellement impossible ! Quels graves motifs de 
suspicion ! 

Si M. de C. ne nous affirmait l’authenticité de la signature de d’E- 
pernon, comment résister à la tentation de croire à un faux intéressé, 
fabriqué après coup sur indications incomplètes ou inexactes, puisées 
non à la source des documents — qui les contredisent — mais dans les 
souvenirs vagues de la tradition ? On ne saurait perdre de vue, en effet, 
ce point capital qu'en 1658 , au moment de l’ouverture de la succession 
des petits-fils légitimes de d’Epernon , l’acte de mariage de 1596, aussi 



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XXX 



soigneusement caché que soigneusement conservé , dut être, à défaut de 
dispositions testamentaires , Tunique branche de salut des descendants 
d’Anne de Monier. Impitoyablement exclus par l’ancien droit comme 
issus d’enfants naturels (4), ils ne purent être admis à hériter qu’en jus- 
tifiant de la légitimité de la naissance de leur auteur par la production 
du précieux et mystérieux document. L’intérêt en jeu était assez puis- 
sant pour suggérer à des consciences peu scrupuleuses peut-être la 
pensée d’un crime , et l’exécution aurait été assez habile pour déjouer 
les soupçons des intéressés. Noms et prénoms des parties, du curé, des 
témoins exacts, sauf un seul; coïncidence approximative de la date 
avec le passage notoire de d’Epernon à Pignans , les apparences n’é- 
taient-elles pas sauvées sur tous les points pour des personnes étran- 
gères à notre histoire et à la paléographie et incapables de remarquer 
aussi bien cette date du 24 février 1596 que l’emploi des dipthongues , 
suspect dans un texte latin du XVI e siècle ? Qui sait même si la ré- 
daction en deux idiomes de deux originaux — dont un seul dut être 
produit — n’aurait pas été une précaution prise d’avance pour parer à 
tout évènement comme aussi aux conséquences d'une confrontation 
avec les actes paroissiaux de Pignans , dans l’ignorance ou Ton était 
de la langue employée par le curé de l’époque f 
Mais l’authenticité bien constatée, nous dit-on , de la signature de 
d’Epernon n’entraîne pas forcément celle des autres qui n'ont pas été 
examinées et ne suffit pas pour écarter absolument l’hypothèse d’un 
faux. On ne calomnierait pas outre mesure, croyons nous, la mémoire 
du duc en le supposant capable d’avoir fait rédiger ces actes simulés 
assez longtemps après , à l’instigation de sa femme et à l’aide de sou- 
venirs communs qui s'étaient sans doute un peu effacés. Ainsi s’ex- 
pliqueraient alors et ces différences dans la personnalité de témoins 
dont on avait perdu la mémoire, et l’oubli, très concevable, du vérita- 
ble nom du bailli de l’époque Jean OUicier , débaptisé en Jean Raynaud . 
Quant à la date, pour qu’on eut adopté, contre tous les témoignages 
historiques et contre toute vraisemblance, celle du 24 février 1596, il 



(1) « Par la cou&tume générale de France , écrivait Antoine Dcspiesses , h peu près vers 
celte époque, les bastards ne peuvent pas succéder à leurs pères , mères, ayeuls, aycules, 

ny collatéraux ; pareillement leurs enfants légitimes , comme branches que procèdent 

d’un trône infect, ne peuvent pas succéder b leurs ayeuls, ayeules, oncles, tantes ou ton- 

sins Et ainsi a esté jugé au parlement de Tolose le 23 avril 1G33 ». {Œuvre* 

é’Ant. Despiesses. Lyon, 16G0, in-f°, t. II, p. 3St) 

La doctrine parait avoir été unanime sur ce point. 



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xxxr 



fallait qu'elle fut imposée par des motifs de haute et impérieuse con 
venance, tels par exemple que la nécessité de régulariser une an- 
cienne liaison devenue tout à coup publique par l’imprudence d’un 
éclat ineffaçable. Serait-il aventureux et trop romanesque de supposer 
qu’à la nouvelle du désastre de Pignans, la maîtresse éperdue , jetant 
bas toute honte pour n’écouter que les inspirations de son cœur , au- 
rait fui précipitamment le toit paternel pour rejoindre et consoler son 
amant malheureux ? Et quoi dès lors de plus naturel que celui-ci , cé- 
dant ensuite à ses sollicitations , eut consenti , pour réparer le scan- 
dale , à faire remonter le prétendu mariage à cette date en quelque 
sorte inéluctable ? 

Le problème reste donc entier avec son irritante obscurité. Peut-être 
la production des actes de baptême des trois enfants qu'on suppose 
issus d’Anne de Monier pourrait-elle l’éclaircir. Dans tous les cas , 
c’est aux érudits de notre département qu’il appartient surtout de l’étu- 
dier, parce que c'est dans un de nos dépôts d’archives , publics ou 
privés, qu'on devrait, semble-t-il, en trouver la solution, si elle existe. 
A ce point de vue, il a paru utile de le signaler à l'attention et aux re- 
cherches de nos confrères. 

A la suite de cette communication , diverses opinions sont émises 
pour expliquer la découverte de M. de Castelbajac. Les raisons données 
sur l’importance de l’acte au point (Je vue des droits à la succession de 
la descendance du duc d’Epernon produisent une certaine impression. 
La Société, que cette question de critique biographique et généalogique 
a intéressée, ne peut que se joindre à l'appel adressé à ses correspon- 
dants et les engager à diriger leurs investigations sur ce point afin 
d’arriver , s’il est possible, à la découverte de la vérité historique. 

L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté en séance le 3 novembre 1885). 



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XXXII 



SÉANCE DU 3 NOVEMBRE 1885. 



Présidence de M. le D r Doze, vice-président. 



Étaient présents : 

MM. Doze, Gubert, Guide, Jourdan (Eug.), De Lacouture, 
Lombard (Aimable) , Mireur , Panescorse et Segond. 

La séance est ouverte à 9 heures du soir. 

Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance (26 juin 
1885). 

M. le président rappelle la perte douloureuse que la Société a faite, 
pendant les vacances, dans la personne de M. J. -J. Aubin, membre 
fondateur, prématurément enlevé en quelques heures à l'affection de 
sa famille et à la sympathie de ses nombreux amis. 

M. Aubin n’était pas seulement assidu à nos séances, où ^appor- 
tait, avec le concours de son intelligence, sa part de collaboration 
ù nos travaux ; il allait fournir bientôt une importante contribution 
à notre Bulletin, par une monographie historique de Callas, à laquelle 
il mettait la dernière main. Auciin de nous n’a oublié les intéres- 
sants chapitres qu’il avait bien voulu nous en communiquer, notam- 
ment ceux sur la seigneurie , fruit de consciencieuses recherches , 
présentées avec beaucoup de méthode et sous une forme attachante. 
Cette circonstance accroît encore les vifs regrets que nous a causés la 
mort de cet excellent et fidèle collègue , dont il est ù souhaiter que 
le dernier travail ne soit pas perdu pour la science historique. 

Notre Société a vu s’éloigner également avec beaucoup de peine 
un de ses collaborateurs plus récent , mais également actif et 
distingué, l’honorable M. Michel, juge de paix, actuellement à Mar- 
seille, qui nous a été enlevé par un avancement aussi brillant que 
mérité. 

Admission de deux membres correspondants , savoir : 

M. l’abbé Sivan, curé au Cannet-du-Luc, présenté par MM. Mireur 
et Segond. 

M. Meynadier, sous-inspecteur des domaines à Toulon, présenté 
par MM. Lombard et Doze. 



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XXXIII 



M. le baron de Baye propose à la Société de la représenter au 
Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique 
qui tiendra sa 10** session à Athènes en 1886, et fait en même temps 
hommage d’une publication sur « L Industrie quaternaire straügra - 
phique , comparée avec les produits de la même époque répandus sur 
le sol dans la Marne. » 

Acceptation de l'offre dont il s’agit et remerciments pour le don 
gracieux de l’ouvrage. 

M. Léon Lallemand, lauréat de l'Institut, membre de la Société 
d’Économie politique, a bien voulu nous adresser deux exemplaires 
de son « Histoire des enfants abandonnés et délaissés. Études sur la 
protection de V enfance aux diverses époques de la civilisation. » 

Remerciments au généreux donateur dont l’œuvre, recommandée 
par les plus honorables distinctions, fera l’objet d’un examen et d’un 
compte rendu spécial. 

Demandes de souscription faites par le Comité d’organisation du 
centenaire de Ronsard et par les éditeurs du cartulaire de Lérins 
(Société Niçoise). 

La Société regrette vivement que l’insuffisance de ses ressources 
lui interdise absolument des témoignages d’encouragement et de 
sympathie qu’elle serait heureuse de pouvoir donner aux estimables 
auteurs de ces demandes. 

Communication d'une dépêche-circulaire de M. le Ministre de 
l’Instruction publique , des Beaux-Arts et des Cultes , contenant le 
programme du Congrès des Sociétés savantes en 1886. 

M. le président donne lecture d’une communication de M. C. 
Auzivizier, de Brignoles , qui vient d’être admis comme correspon- 
dant, sur les inscriptions de cette ville. M. C. Auzivizier fait d'abord 
la bibliographie du sujet et cite comme travaux historiques publiés 
sur Brignoles, les suivants: 

1* Recherches curieuses du nom ancien de Brignoles, par de Bomy; 

2 • Notice sur Brignoles, par Raynouard; 

5* Recherches médico-topographiques sur la ville de Brignoles, par 
le Père Amie; 

4* Les eaux de Brignoles, par M. E. Lebrun; 

5* Étude sur le vieux Brignoles , publiée et imprimée dans le 
Courrier du Var. 



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S 




XXXIV 



Il relève ensuite les inscriptions existantes, parmi lesquelles nous 
ne citerons que celles que nous croyons inédites, savoir ; 

1" Rue Poissonnerie, en face de la rue Trinité, façade de la mai- 
son Augustin Gaput, gravé sur marbre : 

1563 ET LE 

28 AOVST 
LOVS HVGVENA 
VENGVEROVNTOV 

Les deux dernières lettres de la dernière ligne appartiennent au 
dernier mot de la troisième où elles n’ont pu trouver place. 

2* Rue des Boucheries, sur une pierre du mur de façade de la maison 
Giraud, tisserand : 

GARDE LO 
U CROC 

Allusion peut-être au proverbe: A o erulu leis balanços et garda 
leis cros . 

3" Rue Hôpital- Vieux, au-dessus de la porte d'entrée d'une maison 
ayant autrefois servi d’hôpital , appartenant aujourd’hui au sieur 
Hautesserre, chevrier, gravé sur la porte: 

J H S 
1638 

UH surmonté d'une croix et le millésime divisé en deux par un 
cœur enflammé. 

4 # Sur la porte do la sacristie de l’église paroissiale : 

D. O. M. 

VI KAL. F. ML VI 
IN HON. B.M 
AW. EP. TEL 

DEDICATA 

SEC XIII SUB TIT S‘-SALVAT. 

RESURREX. HÆC ÆDES 
AR. D. PP. DU QUEYLARD D. 

7 Maii 1768 
CONSECRATA 



Traduction : 

« Dédié en l’honneur de la Bienheureuse Marie, le 6 des kalendes 
« de février 1056, par Villelmus, évêque de Toulon, cet édifice se 



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XXXV 



« releva au XIII* siècle sous le vocable de S l -Sauveur, et fut consacré 
« le 7 mai 1768, par M fr Du Queylard. évêque de Digne. » 

En effet, l’église S‘-Sauveur, ou paroisse actuelle, fut dédiée à la 
bienheureuse Marie le 6 des kalendes de février (25 janvier 1056) 
par Villelmus, ou Guillaume I w , 12* évêque de Toulon, sur les ins- 
tances de Pons II , archevêque d’Aix. Reconstruite en partie 
au XIII* siècle, elle prit alors le nom de Saint-Sauveur, ainsi 
que le constate un acte de 1236 entre Raymond Bérenger , comte 
de Provence, et le monastère de la Celle. Elle fut consacrée le 7 
mai 1768 par M ,r Du Queylard, évêque de Digne. 

5* Fontaine des Cordeliers : 

1767 

D. B. L (1) 

COSS. 

6* Dalle de l’église paroissiale, découverte lors de la dernière répa- 
ration, devant la chapelle du S l -Sépulcre , aujourd'hui recouverte 
par le carrelage : 

PIERRE D’AVIGNON 

L’inscription est entre deux filets encadrant le champ d'un écusson 
très ovale , dont les émaux ne sont pas indiqués ou n’ont pas été 
relevés. Il porte gravé un chevron ou estaye, accompagné de trois 
étoiles (?), dont une en chef et d’un croissant en pointe surmonté 
d’un cœur. 

Ce blason n’appartiendrait, d’après Y Armorial général de J. -B. 
Rietstap, ni aux d'Avignon de Bretagne, ni aux d'Avignon do Pro- 
vence, ni aux d’Avignon de France. 

T Autre dalle de l’église paroissiale, au-devant de la chapelle S l - 
Joseph, également recouverte: 

IHS 

GVILLAVME 

VINCENT 

(VH surmonté d’une croix). 

Les Vincent étaient d'honorables industriels de Brignoles. Ce 
Guillaume sollicita du Conseil, le 3 mai 1749, la concession d’un 
denier d'eau pour une fabrique de savon qu’il venait de faire cons- 



(1) Sans douta les initiales des noms des consuls de l’année. 



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r 




XXXVI 



truire. Cette concession, qui lui fut probablement accordée, est dési- 
gnée dans une délibération du 26 mai 1782, comme celle de « la 
fabrique de savon des hoirs de Guillaume Vincent, marchand tan- 
neur, » Il avait donc exercé ces deux industries. 

8® Tableau du siècle dernier. Une honorable famille de Brignoles 
possède un tableau peint par Rome en 1773 et commandé par Tous- 
saint Goujon, curé de la ville à cette époque. Il représente la vue 
de Brignoles, encadrée par les portraits de tous les curés. On lit au 
bas le distique suivant, en belle écriture bâtarde: 

Quod tibi, Brinonium, fidei nunc stemma dicatur. 

Hoc pietatc tua rcddc pcrennc luis. 

Avec cette paraphrase française: 

« Brignoles, voi de tes pasteurs 
« La chaîne antique et vénérable; 

« Autant que toi, rends-la durable 
« Par ta croyance et par tes mœurs. 

Le portrait en grand du curé Goujon est à la maison curiale. 

Toutes ces inscriptions modernes ont plus d'intérêt au point de 
vue de l'histoire locale qu’au point de vue de l’épigraphie. Il ne faut 
pas moins remercier M. Auzivizier de les avoir relevées et sou- 
haiter que son exemple trouve de nombreux imitateurs parmi nos 
correspondants qui pourraient, en les recueillant, sauver souvent de 
la destruction des témoignages historiques curieux et utiles. 

La parole est enfin donnée à M. H. Segond pour la lecture du 
compte rendu suivant: 

« Une saine méthode et une rigoureuse exactitude sont indispensables 
dans les sciences historiques comme dans les autres branches de 
notre connaissance. Il serait inutile de rappeler cette vérité banale, 
si plusieurs auteurs de monographies récemment publiées ne parais- 
saient l’avoir méconnue. 

« Aujourd'hui, on ne considère plus l'histoire comme une œuvre 
d'imagination, où les fleurs de rhétorique et les développements 
oratoires peuvent remplacer des témoignages et des documents. 
Celui qui l’écrit doit se préoccuper constamment de la preuve, soit 
qu’il avance un fait, soit qu’il émette une opinion. De là naît l’obli- 
gation de citer soigneusement les sources. S'il s’agit d’un ouvrage 
imprimé, il est nécessaire de donner le titre exact, le nom de l'au- 



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XXXVII 



leur et même l’indication de l’édition et de la page. L’absence de 
l’une de ces mentions a pour conséquence d’obliger celui qui veut 
contrôler les assertions de l’auteur à refaire son travail , ce qui 
engendre quelquefois des erreurs, toujours une perte de temps. Si 
le document que l’on invoque est manuscrit et inédit, il faut le 
reproduire par extraits ou par une analyse soignée, quand il a peu 
d’intérêt; et en entier, littéralement, dans sa langue et sa forme, 
pour peu qu’il soit important. Dans tous les cas, on ne saurait trop 
bien désigner le dépôt qui le renferme ou la personne qui le 
possède et noter tous les renseignements qui permettront de le 
retrouver. De même, lorsqu’on rapporte des constatations archéolo- 
giques, il faut citer les noms de ceux qui les ont faites , pour que 
l’on puisse discuter leur témoignage et l’emplacement précis des 
objets observés pour permettre toute vérification, si ces objets n'ont 
pas péri. 

« Il est vrai que, dans ces conditions, une monographie historique 
devient hérissée de notes et de pièces justificatives, et le texte, par 
sa brièveté , paraît n’être que l’accessoire de l’ouvrage. Néanmoins, 
le mérite littéraire de l’auteur ne saurait perdre ses droits et, au 
milieu de leurs démonstrations, que d’esprits éminents savent allier 
à une érudition de bon aloi , les grâces du style et les finesses de 
la pensée! En tous cas, le livre demeure une œuvre établie sur des 
bases solides, que le moindre souffle de la critique ne saurait ruiner 
et anéantir. 

« Ces réflexions nous sont suggérées par l’ouvrage de M. l’abbé 
Marius Sivan, intitulé : Etude historique sur Forum Voconii — 
Castrum de Caneto — Le Canne t (1). 

« Il est regrettable que cet estimable écrivain n’ait pas appliqué 
d’une manière rigoureuse les règles que nous venons de rappeler. 
Leur oubli s’explique et s’excuse par l’isolement dans lequel il s'est 
trouvé en entreprenant un travail difficile, auquel s’attache d’ailleurs 
le plus vif intérêt. 

« La position du Cannet-du-Luc, placé sur la dernière pointe d’un 
escarpement fortifié par la nature qui commande aux quatre routes 
de Fréjus, Toulon, la Garde-Freinet et Cabasse, ses sources comme 
la font Vassadèle , la font de Melen et le Bouillidou , ses plaines 



(!) 1885. Brignoles, Marias Vidal, Grande-Rne, 8; Paris, Champion, qaai Malaquais, 15. 
in- 12, 218 p. avec planches et earte. 



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XXXVIII 



comme Sainte-Malsso et Causseraine, ses bois étendus, son ancienne 
église paroissiale, son aspect féodal et jusqu’à l’abandon auquel il 
semble aujourd’hui condamné, tout devait attirer l’attention sur cette 
commune, et il faut savoir gré à M. Sivan d’avoir porté ses études 
sur ses origines et son passé. 

« Pour l’auteur, le Gannet est l’ancien Forum Voconii La discussion, 
souvent reprise, relative à l’emplacement de cette station est, selon 
nous, close, jusqu’à ce que des éléments nouveaux, fournis par un 
texte ou par l’archéologie, viennent éclairer la question. Peut-être 
décou vrira-t-on le livre terrier qui permet d’affirmer que la croix 
de Sainte-Maïsse s’appelait voie aurélienne (?) et la charte qui indi- 
que pour limite du prieuré la grande voie romaine! 

« Au moyen âge le territoire du Gannet était entre les mains de 
nombreux établissements religieux. L’abbaye de S -Victor possédait 
en 1014 l’église du Cannet. Les moines de Lérins détenaient (1094- 
1110-1113) S 1 -Mario du Codognier ou S l *-Marie-Vieille et une partie 
du castrum des Invessunes. 

« Ce dernier domaine est au XIII* siècle entre les mains des moines 
du Thoronet. L’ordre des Templiers était établi à Saint-Pierre d’En- 
traigues. La moitié de la paroisse du Cannet, l’église du S-Sépulcre 
et de S‘-André avaient été donnés aux Bénédictins de Villeneuve- 
lès-Avignon (1075). Enfin, près du Cannet florissait encore l’impor- 
tant prieuré do S ,e -Maïsse. Le cartulaire que l'on pourrait dresser 
avec les documents qui se rapportent au domaine religieux ne serait 
donc pas sans intérêt. 

« Il faudrait y joindre encore un extrait des chartes relatives au 
domaine féodal du Cannet, qui fut successivement entre les mains 
de Charles d’Anjou, Bertrand et Amiel de Fos, Pierre et Lazare 
Carbonnel, etc... Les archives du Cannet renferment trois chartes 
originales de 1328, 1332, 1333, réglant les rapports de la commu- 
nauté et des co-seigneurs, dont l’importance est attestée par la lon- 
gueur des actes(deux d’entre eux ne comportent pas moins de 9 peaux 
de parchemin et mesurent 4“50 de long) et par le nombre et la 
qualité des témoins, tels que Arnaud de Villeneuve, seigneur des 
Arcs, Raimond Geoffroy de Castellanno, R. de Villeneuve, etc... 
11 existe, en outre, dans les mûmes archives un registre qui contient 
des copies et traductions de titres aujourd’hui égarés. Les documents, 
soumis à la patiente investigation de M. Sivan, ne manquent donc 
pas pour cette intéressante époque du moyen âge. 

« Dans les temps modernes, les Rascas, d’un côté, les Glandcvès et 



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XXXIX 



les Rogier, de l'autre, sont les co-seigneurs du Cannet jusqu'au mi- 
lieu du XVIII* siècle. La généalogie de ces familles trouverait bien 
sa place dans le livre de M. Sivan. Enfin, la Révolution française 
surprend les derniers vestiges des droits féodaux, très amoindris, 
entre les mains des De Colbert-Turgis. 

« A côté du clergé et des seigneurs s’est développée depuis le XV* 
siècle jusqu’à nos jours la communauté. Une charte du 18 avril 1442, 
qui permet aux habitants du Cannet d’élire deux syndics et six 
conseillers, est le premier document précis la concernant, qui est 
cité par M. Sivan. Mais l’historique de la vie communale pourra 
être repris et développé par la publication de la liste des syndics 
et des consuls et par l’analyse des principales délibérations du con- 
seil municipal. Il faut penser que des difficultés administratives ne 
ferment pas à M. Sivan les sources auxquelles il devra puiser ses 
renseignements. Il en a déjà tiré d’ailleurs des détails pleins de vie, 
comme l’opposition dn conseil à la nomination du lieutenant de juge 
que Glandevès-Baudiment voulait imposer au Cannet en 1630 (son 
valet de chambre), les détails relatifs à la peste de 1720, et ceux 
qui concernent le chirurgien perruquier Gamot, appelé par le con- 
seil en 1780 et devenu le premier maire du Cannet. 

« Le Cannet a eu son homme célèbre, Pierre Antiboul, jurisconsulte 
distingué. Nous le voyons assister à l’acte de 1328, plus haut cité, 
et le compromis de 1333 a été passé sur la place, devant sa maison 
paternelle « in platea, ante dotnum Anübolorum. » Un Paul Antiboul, 
son parent sans doute, était témoin dans une transaction du 31 
janvier 1381. 11 serait intéressant de savoir si cette famille a con- 
tinué à exister dans le pays, si elle a quelque chose de commun 
avec les Antiboul , seigneurs de Berthaud de S l -Tropez et avec 
Antiboul le conventionnel; enfin, d'une manière plus générale, ce 
qu’elle est devenue après avoir brillé d’un vif éclat. 

« Nul doute que de nouvelles recherches n’amênent M. Sivan à de 
nouveaux résultats, et que le travail provisoire et de vulgarisation 
qu’il a fait ne soit complété par une étude plus approfondie et rem- 
placé par une œuvre scientifique. » 

L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 2 décembre 1885.) 



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XL 



SÉANCE DU 2 DÉCEMBRE 1885. 



Présidence de M. le D r Doze , Vice-Président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (Ch.), Gubert (J fc .)’, Guérin-Duval, Latil (Alph.), 
Jourdan (Eug.), Jourdan (J h .), Lombard (Aimable), Mireur, 
Panescorse, Poulle (R.), Segond, Sivan (P.) et Vial. 

La séance est ouverte à 8 h. 1/2 du soir. 

Le procès-verbal de la séance du 9 novembre est lu et adopté. 

La mort vient de faire un nouveau vide dans nos rangs en nous enle- 
vant M. Raymond Potier, ancien correspondant de la commission de 
topographie des Gaules, correspondant, à Fréjus, depuis 1883. 

M. Potier avait fait des questions préhistoriques ses études favorites, 
et il avait découvert plusieurs slations de silex taillés, dont quelques- 
unes se rapportent à la période acheuléenne. 

La Société tâchera d'acquérir la collection de notre regretté collègue, 
dont l’intérêt vient surtout du lieu d’origine des objets, qui auraient 
été découverts dans la plaine de Fréjus. 

M. le président donne lecture d’une circulaire de M. le Ministre de 
l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, qui annonce la 
création au sein du Comité des travaux historiques et scientifiques, 
d’une section de géographie historique et descriptive. 

Cette création, réclamée depuis longtemps par diverses Sociétés 
savantes, et en particulier par les Sociétés de géographie, sera un 
précieux encouragement pour ces compagnies dont les travaux seront 
désormais soigneusement étudiés, analysés et mis en lumière. 

M. le Ministre fait savoir aussi qu’il vient d'annexer au Musée d'eth- 
nographie duTrocadéro une bibliothèque spéciale, formée d’ouvrages 
sur la géographie, les mœurs et coutumes, l'archéologie et l'anthro- 
pologie de la France. 

M. le président annonce que la Société a eu l’occasion d'acheter un 
grand-duc, tué à Montferrat. C’est une fort belle pièce, mesurant un 



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XLI 



mètre 80 d'envergure , qui figurera très bien dans notre petit musée 
ornithologique. 

M. E. Rostan, membre correspondant, qui a mis depuis bien des 
années son zèle et sa science archéologique au service de l’histoire de 
Saint-Maximin et de sa basilique, vient de publier un important ou 
vrage illustré sur les sculptures qui ornent le chœur de cette basilique. 

Notre très estimable correspondant a bien voulu en réserver un 
exemplaire à la Société, qui s’honore de le compter, depuis sa fonda- 
tion, parmi ses membres les plus fidèles et ses plus distingués 
collaborateurs. 

La Société exprime ses vifs remerciments à M. E. Rostan pour son 
don gracieux et prie M. Aimable Lombard de lui rendre compte de 
cette remarquable publication. 

La parole est enfin donnée à M. Jourdan (Eug.), pour la lecture de la 
suite de son étude sur la Peste de Nans en 1720 , réservée au Bulletin. 

A la suite de cette communication, l’ordre du jour étant épuisé, la 
séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 19 janvier 1886.) 



SÉANCE DU 19 JANVIER 1886. 



Présidence de M. le D r Doze , Président. 



Étaient présents : 

MM. Azam, de Grossouvre, Gubert (J 1 ), Guide, Jourdan (Eug.), 
Jourdan (J*) , de Lacouture , Latil (A.) , Lombard (Aimable) , 
Mireur , Panescorse, Sivan et Vial. 

La séance est ouverte à 8 heures et demie du soir. 

Le procès-verbal de la dernière réunion (S décembre) est lu et 
adopté. 



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XLII 



Sur la présentation de MM. E. Jourdan et Segond , M. Patin , li- 
cencié ès lettres, professeur de troisième au collège de Draguignan , 
est nommé membre titulaire. 

Communication de deux circulaires de M. le Ministre de l'Instruc- 
tion publique, des Beaux-Arts et des Cultes : 

La première est relative à l'étude des assemblées générales des 
communautés d'habitants en France sous l’ancien régime. 

Les ouvrages de La Poix de Frem in ville et de Denisart, aux siècles 
derniers, ceux de M. Alex, de Tocqueville, et plus récemment ceux 
do MM. Léopold Delisle et Albert Babeau ont remis en honneur 
l'étude de l'organisation de ces communautés, mais sont loin d'avoir 
épuisé le sujet. Voilà pourquoi la section économique et sociale du 
Comité des Travaux Historiques croit utile d'attirer l'attention des So- 
ciétés savantes sur une institution qui, au point de vue des souvenirs 
administratifs de l'ancienne France, présente un intérêt capital. 

La seconde circulaire annonce la modification apportée au pro- 
gramme des questions proposées au congrès de la Sorbonne en 1886. 

La section de géographie historique et descriptive a demandé que 
l'étude des communications fluviales entre la Manche et la Méditer- 
ranée fut ajoutée au programme de la section des sciences. 

A l’occasion du cinquantième anniversaire de sa fondation, la 
Société des Antiquaires de Picardie a organisé une exposition archéo- 
logique, et nous demande de vouloir bien y faire figurer quelques-uns 
des objets les plus remarquables de notre collection. 

La Société regrette de ne pouvoir répondre à ce désir, attendu son 
trop grand éloignement du lieu du concours. 

M. de Berluc-Perussis a bien voulu faire hommage d'une très inté- 
ressante étude sur les Anciennes Faïenceries de la Haute-Provence. 

Félicitations et remercîments à l’honorable donateur. 

La parole est donnée à M. Aimable Lombard pour la lecture du 
compte rendu suivant : 

« Messieurs , 

« Sur votre invitation, j’ai revu les sculptures du chœur de l'église 
de S'-Maximin, dont M. Rostan nous a offert les dessins. 

« Je puis dire : j’ai revu, car jamais je ne passe à S-Maximin sans 



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XLIII 



leur faire une visite. Un jour môme j’y allai pendant qu'on changeait 
de chevaux; un habitant m’offrit une place à son banc; d'autres arrivè- 
rent après moi et, pour ne déranger personne, j’entendis ensuite tout 
le rosaire, prière dont saint Dominique est l’instituteur. 

« Je me demande comment un amateur a pu mener à bonne fin cette 
œuvre, qui ferait honneur à la vio d’un artiste ! 

« Malheureusement, le dos du volume craque pour peu qu’on le 
feuillette. Il ferait bien sur une table, relié, avec un de ses médaillons 
sur le plat de la couverture. On n’aurait que l’embarras du choix, ce 
sont tous des chefs-d'œuvre. Le quatrième serait un exemple de ce 
que peuvent faire la foi et le talent d'un sujet invraisemblable: Un 
saint se faisant une barque et une voile de son manteau. Sauf l’ange, 
un peu sèchement cerné dans le trait, c’est irréprochable. 

« Le treiziéme, représentant le Saint sauvant, comme le pieux Énée, 
les objets de son culte d’une ville en flammes, plairait davantage aux 
âmes pieuses. 

« Les dessins sont environ six fois et demie plus petits que les ori- 
ginaux. Un compte rond aurait rendu la réduction plus facile. Pour- 
tant, je les crois exacts, et j'attribuerai aux originaux quelques défauts 
de perspective et de construction , pour ne pas dire d’anatomie. 
Le frère Funel, leur auteur, avait la foi des gothiques et plus de savoir; 
mais il pouvait être moins instruit que les maîtres de la Renaissance, ou 
moins bien secondé, car souvent les artistes ne font pas eux-mèmes la 
perspective de leurs œuvres. Le sentiment de ses compositions est 
toujours juste et fait songer au modèle de la peinture religieuse, à 
Lesueur et à sa vie de saint Bruno. 

« Les encadrements sont traités comme des broderies d'or par 
M. Ph. Rostan; le frère Funel les aurait peut-être moins bien des- 
sinés, les sculpteurs maniant mieux l’ébauchoir que le crayon. 

« Je pourrais dire cela de tous les détails, mais dès le premier mé- 
daillon je trouve : 

« L’avant-bras droit trop long, près du genou un pli qui n’est pas 
heureux, et une porte presque de face sur une église de trois quarts. 

« Je ne retrouve pas le talon dans le pied du religieux du huitième 
médaillon. Un maître de notre époque disait à un peintre qui avoiteru 
pouvoir se passer de modèle et n'avait fait poser que les chaussures : 
« Il n’y a pas de pieds dans vos souliers ». C'est un peu cela pour plus 
d’un personnage de la boiserie qui nous occupe. Souvent on ne re- 
trouve pas assez le corps sous le vêtement et la charpente sous la 
forme extérieure ou l’enveloppe du corps lui-même. 



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XLIV 



« Au cinquième médaillon, un artiste, moins scrupuleux, aurait 
atténué le trait sous le corps de l'ange, le traitant un peu en figure 
aérienne, de cette main légère qui a dessiné levingt-unième et le vingt- 
troisième. Ce n’est pas, d’ailleurs, une figure de premier plan. Ceci 
a mieux été observé dans le onzième, pour le petit religieux du fond; 
mais les bras du personnage principal s’attachent mal au corps. 

« Le tapis de la table du douzième est merveilleux de fini, mais la 
tête de l’ange ressort trop. 

« Dans le quatorzième, les jambes du sauvage sont courtes; on est 
convenu de leur donner à peu près la moitié de la hauteur du corps. 
Souvent, au contraire, je trouve des bras trop longs. Voyez, par exem- 
ple, le saint du troisième médaillon ! ses mains arrivent près du 
genou, au lieu d’en être séparées de la longueur d’une tête ou au 
moins d’une main. 

« Le parquet du quinzième est le contraire de la perspective, car 
les dalles ont plus de profondeur que de largeur; le point de fuite 
principal ne se retrouve pas et le bras de la stalle n’est pas hori- 
zontal. 

» Au dix-septième, le coude gauche est trop loin du corps. Si le per- 
sonnage du fond est à son plan, l’église n’y est pas, car ils sont à la 
même distance et il est aussi grand qu’elle. 

« Enfin, au vingt-deuxième, la tête de saint Paul est trop forte. On 
donne au corps sept ou huit fois la hauteur de la tête; celle-ci en serait 
la cinquième. 

« Ces fautes sont continuelles avant le XVI* siècle (voyez les tom- 
beaux des chevaliers). Je me demande si le religieux était tout à fait de 
son époque; mais son œuvre est empreinte d’une telle foi, elle est si 
bien dans son église, malgré la différence de style, que ses imperfec- 
tions y passent inaperçues. 

« Après la légèreté des colonnes, qui parfois semblent trembler 
sous la voûte et inquiètent le regard, c’est le chœur qui laisse l’im- 
pression la plus durable. Cette boiserie fouillée à jour est un riche 
contraste avec la nudité du monument et ses vitraux grossièrement 
bouchés. 

« Tout entier à son œuvre, le dominicain l’a terminée et au-delà, 
tandis que les architectes depuis des siècles désespèrent de la leur.Qui 
sait? peut-être un jour décideront-ils d’enlever ces sculptures comme 
un hors-d’œuvre disparate et encombrant, mieux à sa place dans une 
église Louis XIV ou un musée, que dans un monument du XIII* siècle! 
Alors, l’ouvrage dont notre bibliothèque s’est enrichie serait plus pré- 



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XLV 



cieux encore pour ceux qui aiment à revoir ces médaillons. Le faire 
des illustrations rappelle les grands maîtres : simple et sobre, j'ai cru 
voir Overbeck. Le texte est d’un correspondant du ministère pour les 
travaux historiques, frère du dessinateur; il est édité avec luxe, c’est 
donc un ouvrage complet. Bien qu’entraîné par l’art lui-méme, un artiste 
eut moins sacrifié à l'exactitude. Pour notre Société, s'occupant 
d’études exactes, mieux vaut l'œuvre telle qu’elle est. Modifiant les 
derniers mots du texte, je dirai, dans un style moins élégant : 

« Le dominicain a le défaut de ses qualités; loin du monde, il a con- 
servé quelque chose de la naïveté des primitifs au milieu du grand 
siècle. 

« En résumé : l’ouvrage dont j’ai à rendre compte est fort beau. S’il 
y a quelques inégalités, où n’en trouve-t-on pas? J’ai cru voir plus de 
souplesse vers la fin, ce qui m’a rappelé les dernières paroles de 
Titien, emporté par la peste à 99 ans : 

« Quel dommage qu’il me faille mourir ! je commençais à savoir 
« quelque chose. » 

Les petites curiosités de l’histoire: Prise de possession (Tun 
canonicat par la vue du clocher. Sous ce titre, M. Mireur communique 
ensuite un acte notarié de prise de possession d'un canonicat de la 
collégiale de Draguignan passé en plein champ, pendant la peste de 
1587. La cérémonie eut lieu devant témoins, en juillet, à 7 heures du 
matin, sur une des hauteurs qui avoisinent Trans, en vue du pinacle 
de notre ancienne église et du capiscol du chapitre, tenu à 40 pas de 
distance, « causant la contagion ». Le nouveau pourvu était le vicaire 
perpétuel du Muy, protégé naturel du collateur, Jean de Rascas, 
de la famille des seigneurs de ce lieu; les obligations de son ministère 
et aussi la prudence lui interdisaient l’accès d’une ville contaminée. 

On trouve plus d'un exemple de ce mode d'investiture, admis par le 
droit canonique, « fiction d’une fiction et simulacre d’un simulacre ». 
Celui-ci a paru mériter d’être cité, à cause de certaines particularités 
et comme souvenir épisodique de la fameuse peste de l’ermite. 

Cette communication clôture la séance. 

(Lu et adopté dans la séance du 2 février 1886.) 



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XLVI 



SÉANCE DU 2 FÉVRIER 1886. 



Présidence de M. le D r Doze, Président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (C h ), Azam (J 1 ), D r Balp, D r Doze, de Grossouvre, Guide, 
Jourdan (E.), De Lacouture, Latil , Mireur, Panescorse, 
Patin, Segond et Sivan. 

Ouverture de la séance à 8 heures 1/2 du soir. 

Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance (19 
janvier). 

Dépôts et envois. 

Poésies de François Dol , préface de Jean Aicard ; 2 exemplaires ; 
(souscription). 

Lou Franc Provçnçau pour 1886, offert par MM. Latil, éditeurs. 

Excursions archéologiques aux environs de Grasse , par L. Séné- 
quier, juge de paix. 

L Ecole buissonnière. Aups à travers les âges , par Edouard Gibelin. 

Ces deux derniers offerts par leurs auteurs respectifs, membres cor- 
respondants de la Société. 

Remercîments aux donateurs. 

M. Patin est prié de vouloir bien se charger de rendre compte de 
l'œuvre de M. Edouard Gibelin qui concerne une localité de notre ar- 
rondissement. 

Communication d’une lettre de la Société scientifique et littéraire des 
Basses- Alpes , de récente fondation , proposant l'échange des publica- 
tions. 

Accepté avec empressement. Il sera adressé à la nouvelle Société 
un exemplaire de tous les bulletins disponibles. 

M. le Président signale dans le dernier Bulletin archéologique du 
Comité des travaux historiques et scientifiques (n* 2 de 1887) une inté- 
ressante communication de notre honorable correspondant M. Fernand 
Cortez , de Saint-Maximin , sur la date de l'achèvement de V église de 



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XLVII 



Saint-Maximin qui éclaire d'une nouvelle lumière un point encore 
incertain après les savantes recherches de MM. Faillon et Albanès. 

Ce travail est donc un utile complément de celui , si remarquable , 
publié dans notre bulletin. 

M. J fc Azam communique la note suivante sur YHèlix citharisten - 
sisBour guignât, coquille nouvelle pour le département du Var. 

Cette coquille , excessivement rare , n’avait encore été trouvée qu’à 
laCiotat. M. Azam l'a récoltée au milieu de nombreuses Hélix Apicina 
à Bagnols , dans un prés au-dessous du village. L’honorable membre 
croit devoir encore signaler YHèlix Psaropsis Locard, recueillie par M. 
Locard aux environs d’Hyères , trouvée avec la précédente ; ainsi 
qu’une Hélix candidissima scalaire , ayant 0,015 de diamètre et 0,018 
de hauteur, trouvée à Bagnols, quartier de la Grande-Bastide. 

La parole est ensuite donnée à M. de Grossouvre qui , après un ex- 
posé oral sur certaines questions préliminaires , donne lecture de la 
partie essentielle d'un travail intitulé La Campagne du duc de Savoie 
en Provence et le siège de Toulon (1707). 

Sur le désir exprimé par l’assemblée , M. de Grossouvre veut bien 
promettre de réserver pour le bulletin cette relation nouvelle d'un des 
deux évènements militaires les plus considérables de l’histoire de notre * 
pays au siècle dernier. 

Cette communication épuisant l’ordre du jour , la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 12 mars 1886). 



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* 




XI.VIII 



SÉANCE DU 12 MARS 1886. 



Présidence deM. le D r Doze, président. 



Étaient présents : 

MM. C h Azam , J k Azam , Doze , Girard , Guide , do Grossouvre , 
E. Guérin , J 1 Jourdan , Eugène Jourdan , Imbert , De Lacou- 
ture , Alp. Latil , Mireur , Panescorse , Poulle , Aimable 
Lombard , Patin , Segond et Vial. . 

La séance est ouverte à 8 heures et demie du soir. 

Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance (2 février 
1886). 

Il est procédé à l'élection de 4 nouveaux membres , savoir : 

MM. Dauphin, pharmacien à Carcès, correspondant, présenté par 
MM. Mireur et Doze ; 

Auguste Rampai, associé , présenté par MM. Girard et Mireur; 
Georges Aubin , professeur au collège de Digne , présenté par 
MM. Eugène Jourdan et Doze. 

Rolland, président de chambre honoraire à la Cour d’Aix, cor- 
respondant , présenté par MM. Panescorse et Mireur. 

M. Rostan, de Saint-Maximin , membre correspondant, a offert a la 
Société le second volume de son important ouvrage sur l'église de 
Saint- Maximin , consacré à V Autel du Crucifix . 

M. A. Lombard est désigné pour en rendre compte. 

Un membre propose un projet d'excursion à Englugui , commune 
d'Ampus , pour y reconnaître divers camps retranchés. 

Ajourné à une saison plus favorable. 

Communication d'une lettre de M. le colonel Gazan , d'Antibes , le 
vénérable doyen de nos membres fondateurs et l'un de nos collabora- 
teurs les plus fidèles et les plus distingués , au sujet des diverses 
questions traitées dans une de nos dernières séances. 



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xux 



La compagnie exprime à l'éminent associé tous seâ rcmerclments 
pour Tintérôt dont il continue à honorer ses travaux. 

Le président de l'Institut Canadien français, au nom de cette Société, 
propose Téchange de ses publications pour resserrer les liens qui doi- 
vent unir les Sociétés littéraires et scientifiques entre elles. 

Adopté à l'unanimité par la Société qui saisit volontiers cette oc- 
casion pour témoigner ses profondes sympathies à un pays où l'esprit 
français et l'amour de la France se perpétuent d’une façon si vivace 
et si touchante. 

La commission précédemment nommée pour étudier un projet de 
concours d'histoire naturelle dans le département du Var présenté par 
M. Panescorse, fait connaître, par l’organe de M. Azara, que, malgré 
son incontestable utilité, un concours entraînant des frais considéra- 
bles, il y aurait lieu de le remplacer par l’avis suivant auquel on don- 
nerait le plus de publicité possible, savoir : 

« La Société d'Ètudes informe les personnes que leurs occupations 
ou fonctions obligent à parcourir le département ou exposent à changer 
de résidence, en particulier MM. les instituteurs primaires , que plu- 
sieurs de ses membres se mettent à leur disposition pour la détermi- 
nation et la classification des échantillons de toutes les branches de 
l’histoire naturelle, Géologie, Paléontologie, Botanique, Malacologie, 
Insectes, etc., qu'ils auront recueillis soit pour des collections particu- 
lières soit pour les musées scolaires. 

« Ces divers produits devront être adressés ù M. Panescorse, géo- 
logue, Allées d'Azémar , 21 , ou chaque correspondant pourra venir 
les retirer après qu'ils auront été classés et étiquetés. 

« On recevra aussi avec plaisir tous les renseignements utiles et 
découvertes intéressantes qui auront été faites, surtout au point de vue 
de l'archéologie du département, monuments anciens, inscriptions, 
monnaies, voies, etc., etc. » 

M. le Président donne lecture d’une lettre du Ministre de l'Instruc- 
tion publique qui annonce pour le mardi 2Z avril , à midi et demi , 
l’ouverture à la Sorbonne du Congrès des Sociétés savantes dont les 
travaux se poursuivront durant les journées des 28, 29 et 30 avril. 

Mission est donnée au bureau de désigner les délégués chargés de 
représenter la Société à cette solennité. 

M. Mireur lit ensuite un mémoire sur tes Noms patronymiques à 



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L 



forme latine en Provence dont un extrait est destiné , sauf l’approbation 
de la Société , à être soumis audit congrès de la Sorbonne. 

Après lecture et discussion , les conclusions formulées par M. Mi- 
reur sont adoptées par la Société qui donne son entière approbation 
au travail dont il s'agit et estime qu'il peut être présenté au congrès 
des Sociétés Savantes. 

L'ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

(Adopté dans la séance du 6 avril 1886). 



SÉANCE DU 6 AVRIL 1886. 



Présidence de M. le D r Doze , président. 



Étaient présents : 

MM. Aubenas, Azam (C k ), Azam (J 1 ), Guérin-Duval, Gubert (J k ), 
Guide , Jourdan (Eug.) , de Lacouture , Latil (A.), Lombard 
(Aimable), Panescorse, Patin, Segond, Sivan (Paul) et Vial. 

Ouverture de la séance à 9 heures du soir. 

Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière réunion (12 mars). 

Sont admis à l'unanimité comme nouveaux membres : 

MM. Chauvin , licencié en droit, titulaire, sur la présentation de 
MM. Segond et Gubert. 

Alfred Moris , architecte des Alpes-Maritimes, correspondant du 
Ministère de l’Instruction Publique, pour les travaux historiques, 
correspondant, présenté par MM. Doze et Mireur. 

Communication d’une lettre de M. Niderlinder , conservateur de la 
bibliothèque de la ville de Toulon , demandant à compléter notre bul- 
letin dont cet établissement ne possède que deux tomes. 

La Société regrette que l'état de ses collections ne lui permette pas 



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de satisfaire à cette demande en ce qui concerne les bulletins anciens. 
Dans l’avenir, la bibliothèque de Toulon pourra recevoir exactement 
nos publications en se faisant inscrire sur la liste des correspondants, 
comme l’avait fait celle de Marseille. 

L’insuffisance du tirage actuel pour desservir soit les abonnements, 
dont le nombre est en voie d’accroissement, soit les échanges, ne per- 
met pas également d’accueillir la demande de la Provence , Société 
littéraire , historique et artistique de Marseille qui désirerait entrer en 
rapport avec notre Société. 

Découverte dune pierre milliaire inédite â Brignoles . — MM. Auzivi- 
zier et Paul Lambot ont bien voulu envoyer un estampage de cette 
pierre qui vient d’être trouvée , couchée de plat, dans les fondations 
d’une maisonnette en démolition , à 150 ■ environ de la route actuelle 
de Flassans. Elle est d’un seul bloc , de forme quadrangulaire et me- 
sure 0"90 de hauteur sur 0*60 de largeur. La construction à laquelle 
elle servait d’unique fondation n’aurait pas plus de 200 ou 300 ans. 

En voici l’inscription : 

EROCLAVDIVS 

D1VICLAVDIF. 

ERMANICICAESAR 
NEP TI GAESARISAYGPR 
NEP DIVI AYG ABNEPO 
GAESAR AVG 
GERMAN1CVS PONTIF 
MAX TRIPOT IIII IMP-I1II 
COS III PP RESTITVIT 

Au-dessous , sur une seule ligne , quelques caractères peu lisibles 
que l’estampage n’a pu rendre, commençant par les lettres RP et finis- 
sant par le chiffre IV, dans l’intervalle une lettre informe et trois traits 
verticaux devant IV, dont le premier surmonté peutrêtre d'une abré- 
viation, le tout souligné par deux traits grossièrement ondulés. 

Au sujet de cette inscription détaillée donnant une généalogie com- 
plète de l’empereur Néron, M. Aubenas fait remarquer qu’il en a été déjà 
trouvé plusieurs exemplaires portant les mêmes indications, savoir : 

Le premier dans l’Estérel, à 6 k. de Fréjus ; 

Le second à Tourves; 

Le troisième à Brignoles ; 

Le quatrième au Luc ; 



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— LU — 

Le cinquième à 300 mètres du pont de Lépide sur l'Argens. 

L'originalité de ces inscriptions plus développées que de coutume 
autorise à supposer, d'après M. Aubenas, qne ces pierres pourraient 
bien se rapporter à la grande rectification de la voie Aurélienne faite 
sous le règne de Néron. Cette rectification étant une œuvre considé- 
rable , on aurait voulu en perpétuer le souvenir; de là les inscriptions 
d'une longueur peu ordinaire. 

Des remerciments sont votés à MM. Auzivizier et Paul Lambot pour 
leur intéressante communication. 

La Société exprime aussi sa gratitude à l'honorable M. Girieud , 
notaire à Solliès-Pont , qui a bien voulu , sur les instances de M. le 
Président, se dessaisir d’une belle pierre meulière en inélaphyre de 
l'époque gallo-romaine , signalée récemment par quelques membres 
dans son domaine de Retruc, commune de Trans. 

Cette pierre concave , partie supérieure et mobile du moulin , qui 
mesure 0",61 de diamètre et 0 mètre 21 d’épaisseur, est venue s'ajouter 
aux autres débris d’antiquité recueillis dans ces dernières années au- 
dessous du village de Trans et qui ornent notre petit Musée. Il serait à 
désirer que la partie convexe put un jour être retrouvée afin de com- 
pléter le moulin. 

Un engin de même forme et de mêmes dimensions existe dans le do- 
maine de la Bouverie (commune de Roquebrune), appartenant à M. 
Guérin, architecte du département; l’une des deux pierres a été utili- 
sée dans la construction d’un lavoir, à la fontaine de l'Eguillon, et 
l'autre git sur le sol près de la ferme. 

Un membre signale enfin la découverte récente à la campagne Gi- 
raud , dans la plaine d’incapis , sur les limites de Draguignan et de 
Trans, d'un certain nombre de sépultures gallo-romaines (5 ou 6 envi- 
ron) dont on n’a pu constater que les débris. Le petit champ où on les a 
trouvées en plantant de la vigne , sur deux points peu distants l'un de 
l’autre, est limitrophe à l’ouest du chemin de Trans à Flayosc, bordant 
la voie ferrée et présente un renflement caractéristique qui ferait sup- 
poser l’existence d’autres sépultures. 

A la suite de ces diverses communications , la parole est donnée à 
M. Aubenas , membre associé , qui communique le commencement 
d'un travail historique intitulé : la Reprise des Iles de Lérins sur les 
Espagnols en 1635. 



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LUI 



Il sera rendu compte ultérieurement de cette lecture qui n’a pu être 
achevée , à cause de l’heure avancée. 

L’ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 4 mai 1886). 



SÉANCE DU 4 MAI 1886. 



Présidence de M. le D r Doze, président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (C fc ), Azam (J h ), de Bresc, de Lacouture, Doze, Fériaud, 
Gubert, Imbert, A. Latil, Lombard (Aimable), Mireur, Pa- 
nescorse et Patin. 

Le procès-verbal de la séance du 6 avril est lu et adopté. 

M. le Président adresse ses félicitations à M. Mireur , tout récem- 
ment promu officier de l’Instruction Publique. Cette distinction em- 
prunte une valeur particulière aux circonstances dans lesquelles elle 
s’est produite, et la Société toute entière s’unit au Président pour té- 
moigner sa satisfaction de voir ainsi récompensé un de ses membres 
les plus méritants. 

On procède ensuite à l’élection de deux nouveaux sociétaires : 

1* M. l’abbé Fenouil , vicaire à Cotignac, comme membre correspon- 
dant, présenté par MM. Doze et Mireur. 

2* M. J. Pascal , avocat , secrétaire-général de la Société des che- 
mins de fer du Sud de la France, présenté par MM. Doze et J. Azam. 

Sur la proposition de M. Mireur , la Société décide d’envoyer à la 
bibliothèque de Toulon ce qu’elle possède des anciens bulletins. Quant 
à l’avenir , elle lui proposera de se faire inscrire parmi les correspon- 
dants. 



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f 




— LIV — 

La Société dt Agriculture , Sciences , Arts et Belles-Lettres du dépar- 
tement d! Indre-et-Loire , qui a traversé ces temps derniers une période 
de réorganisation , demande à reprendre avec la plus grande régula- 
rité, ses relations d’échange avec notre Société. — Adopté. 

La Société Académique de F Aube demande à échanger ses publica- 
tions annuelles avec les nôtres. — Adopté. 

Le conservateur de la bibliothèque Méjanesd’Aix demande à la Société 
de vouloir bien lui faire hommage de la collection de son bulletin. 

La Société décide de répondre à la Méjanes comme à la bibliothèque 
de Toulon. 

M. Mireur émet l’avis qu’il y aurait utilité pour la Société à dévelop- 
per de préférence ses relations dans notre région , dut-elle sacrifier 
quelques-unes de celles qu’elle entretient, sans grand avantage prati- 
que, avec des sociétés étrangères dont les travaux , très remarquables 
sans doute, ne sont à la portée que des personnes familiarisées avec la 
langue dans laquelle ils sont écrits. De plus, les bulletins de quelques- 
unes de ces Sociétés n’étant pas envoyés directement , mais étant dé- 
posés à Paris où nous n’avons point de correspondant, le service des 
échanges n’est pas sans difficulté. 

La dernière partie de la proposition, combattue par divers membres, 
est renvoyée à la prochaine séance. 

M. A. Latil dépose sur le bureau quelques médailles romaines. 
Deux , un Néron et un Adrien sont reconnaissables ; les autres , très 
frustes, sont indéchiffrables. 

Ces médailles ont été trouvées dans des urnes cinéraires , placées 
dans des tombeaux gallo-romains, découverts il y a une trentaine d’an" 
nées au quartier de Colmar , propriété de M. Maurin , commune de 
Trans. 

M. Maurin , qui veut bien en faire don à la Société, suppose que de 
nouvelles fouilles amèneraient d’autres découvertes. 

Des remerciements sont votés au donateur. 

M. J. Gubert, secrétaire, expose que ses occupations personnelles et 
surtout un voyage assez long qu’il va entreprendre ne lui permettant 
pas de donner à la Société tous les soins que ses fonctions exigeraient, 
il se voit obligé de donner sa démission. 

M. le président ne pense pas que l’on doive accepter la démission de 



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LV 



M. J. Gilbert, dont on n'a eu qu’à se louer jusqu’à ce jour, et émet 
l’avis de nommer un secrétaire adjoint , qui le suppléera pendant son 
absence. Il propose M. J. Azam, qui est accepté. 

La parole est ensuite donnée à M. Aimable Lombard pour la lecture 
de son compte-rendu sur le Retable du Christ de U église de Saint-Maxi - 
min , par M. L. Rostan. 

« Au fond de la nef de gauche de l’église de Saint-Maximin , se 
trouve un autel que souvent on ne remarque pas assez ; il est de 1520, 
comme le dit M. L. Rostan, qui vient de faire un nouveau don à notre 
Société pareil au premier , sinon plus beau. A première vue , je l’aurai 
cru du XV e siècle. 

« Cet autel a été remanié, je le regrette; une figure d’apôtre a été 
coupée et deux petits panneaux, très soignés, ont été placés au sommet 
de l’autel, ce qui rend difficile de les apprécier. Le reste n’a pas bougé. 

« La disposition générale est un grand Christ, entouré des scènes de 
la Passion, huit de chaque côté, et la mise au tombeau au pied de 
l’autel. 

« Cet ouvrage fut donné par Semblançay , trésorier de Provence , 
puis surintendant, victime, ainsi que le connétable de Bourbon , de la 
reine mère conflscant les biens de l’un et prenant les fonds que l’autre 
destinait à l’armée d’Italie (1). 

« Il mérite bien que l’on rappelle les vers populaires de Clément 
Marot : 

« Lorsque Maillart, juge d’enfer, menoit 
A Montfaucon Semblançay l’àrae rendre, 

A votre avis, lequel des deux tenoit 
Meilleur maintien ? pour vous le faire entendre, 

Maillart sembloit homme que mort va prendre ; 

Et Semblançay fut si ferme vieillard 

Que l’on cuidoit pour vrai qu’il menoit pendre 

A Montfaucon le lieutenant Maillart. 

« On rapporte qu’attendant sur l’échelle au moins une commutation 
de peine , il dit : « Si j’avais servi Dieu comme j’ai servi le Roi , il ne 
« me ferait pas attendre ». 

« L’auteur de ces peintures est un nommé Ronzen , peintre vénitien 
mais d’origine allemande, ainsi que l’indiquent son nom et son dessin, 



(1) Uist. de France, par Guizot, t. III, p. 43. 



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— LVI — 

parfaitement reproduit par M. Ph. Rostan, qui semble avoir étudié 
Albert Durer. Venise était la meilleure école pour ces dessinateurs un 
peu durs ; le coloris harmonieux des Vénitiens pouvait leur être fort 
utile et les compléter, s'il n'était reconnu que, pour acquérir des qua- 
lités opposées, on s'expose à perdre les siennes. 

« Comme le dit M. L. Rostan , ces peintures réunissent à la naïveté 
de la composition, à l'imperfection du dessin et de la perspective , 
beaucoup de style et de détails curieux. C'est une œuvre d'incontesta- 
ble valeur et d'un esprit éminemment religieux. 

« Les tètes sont souvent belles , c'est une transition entre le moyen- 
âge et la Renaissance. On la voit se dessiner. Les grands maîtres n'a- 
vaient plus qu'à faire comme de tels artistes avaient fait quelquefois ; 
au lieu de signaler leurs fautes trop nombreuses, mieux vaut s'arrêter 
à ce qu'ils ont fait de bien. Si parfois je critique, ce sera pour donner 
plus d'attrait à cette étude. 

« Avant la première planche, nous trouvons un dessin indiquant la 
disposition générale de l'autel : puis nous arrivons au 

1 ° PANNEAU. — LE CHRIST AU JARDIN DES OLIVIERS. 

« Bien drapé dans un manteau blanc , la tournure générale est 
bonne , le nimbe a un peu l'air d’un béret ; inutile de critiquer le 
raccourci du personnage qui appuie sa tête dans sa main , manqué au 
point d’en faire un être disgracié. 

2 ° TRAHISON DE JUDAS. 

« Le peintre, selon l'usage de son époque, habille les soldats comme 
il les voyait, ce qui peut fournir des renseignements. Judas se distin- 
gue par son nimbe sombre que nous reverrons. 

3 ° L'ARRESTATION DU CHRIST. 

« Même observation pour les costumes, la composition est bonne, 
sauf la pente du coteau un peu forte. 

4 ° LE CHRIST CONDUIT CHEZ ANNE. 

« On devine la scène du reniement au coq perché sous la voûte. 
Ici, outre les costumes, on peut étudier le mobilier et l’architecture 
François I"- la ligne d’hori/.on , trop haute, surtout pour un tableau 
placé à une certaine hauteur, donne à la salle l’air de monter. Ce de- 
faut est général, comme dans les décorations chinoises, et n’a pas 
l'avantage, comme chez «lies, d'éviter une confusion entre les person- 
nages réels et ceux de la tapisserie. 



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LVII 



5 °. LE CHRIST CHEZ CAÏPHE. 

« Il serait difficile de raccorder la perspective de l’amphithéâtre , 
placé dans le fond, avec le siège gothique fleurdelisé du grand prêtre. 
Tout cela n'est pas plus à sa place, au point de vue géométrique qu'au 
point de vue archéologique; mais on y trouve des détails intéressants. 

6° LES SOLDATS ET LA FOULE ENTOURENT LE CHRIST ET 
LUI VOILENT LES YEUX. 

« Le soldat élégant qui attache le bandeau ne serait désavoué par 
aucun maître ; mais la ligne d’horizon, placée trop haut encore, donne 
aux vaisseaux l'air de se promener sur les toits. La scène se passe à 
Venise. On reconnaît bien les divers monuments, Saint-Georges et le 
lion de Saint-Marc sur leurs colonnes. 

7 ° LE CHRIST DEVANT PILATE. 

« Le gouverneur de la Judée est à Avignon devant le palais des 
papes et Notre-Dame des Doms , ce qui nous permet de voir ces mo- 
numents tels qu’ils étaient au XVI e siècle. La place est un peu vide et 
Pilate bien seul. 

8° LA FLAGELLATION. 

« La scène se passe dans un palais Renaissance : l’exécuteur armé 
de fouets’, tourné vers le public, est bien dessiné; le mérite peut en re- 
venir à M. Rostan qui nous signale les figures de ce tableau comme 
péchant par les proportions. 

9 ° COURONNEMENT D’ÉPINES. 

« Les tètes sont bonnes; le soldat qui met un genou à terre est bien 
dessiné, mais un peu petit. Je me demande comment l'artiste a pu se 
tromper environ de moitié dans la longueur des jambes du Christ ! 

10 ° LE CHRIST BAFOUÉ. 

« Il y a des qualités de dessin et des costumes intéressants dans 
cette scène que l'artiste place devant le Colisée. Le personnage qui 
fléchit le genou est encore le meilleur. Sa tète ne déparerait pas un 
tableau de maître espagnol. Un soldat de Charles-Quint aura posé. 

11 ° l'ecce HOMO. 

« Cette scène compliquée témoigne d'une certaine étude, même dans 



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LVIII 



la perspective. Les costumes sont toujours ceux de l'époque du peintre 
et rappellent parfois ceux de nos jours, pour ies magistrats surtout; 
ressemblance que la couleur rend mieux dans le tableau , car on y voit 
des robes noires, rouges et ornées d'hermine. Telle est l’influence de 
la mode, que ce qui nous choque, c’est de voir à deux d’entre eux des 
chapeaux comme les nôtres, au lieu de toques. M. Rostan a retrouvé la 
ville représentée dans le fond dans une gravure de Lucas de Leyde > 
antérieure de dix ans, et Lucas de Leyde n’aurait eu que 16 ans alors ; 
ce qui parait difficile, vu l'importance de l’ouvrage où l’on voit une cen- 
taine de personnages. 

12° PILATE SE LAVE LES MAINS. 

« La scène se passe dans un palais Renaissance : quelques person- 
nages sont bien dessinés ; le porte-étendard vêtu de son armure XVI* 
siècle , celui que l’on aperçoit entre le Christ et lui, le hallebardier 
causant avec le rabbin, sont les meilleurs. La perspective est bonne ; 
le nain, le singe et le chien nous font bien voir la cour de l'époque. 

13° LE CHRIST PORTANT LA CROIX. 

« Scène curieuse qui s'explique d’elle-même. Je signalerai seule 
ment la ville moyen-âge du fond et, sur la tour qui défend la porte, les 
armes d’azur à croix d’argent. On peut jeter un coup d’œil aux deux 
larrons en chemise conduits par un cavalier. Quant à Simon le Cyré- 
néen , l’artiste en a fait un estropié. On voit très bien ici , sur l'éten- 
dard, le scorpion déjà reproduit au VI e panneau. C’était, parait-il , le 
symbole attribué à la synagogue au moyen-âge. Nous le reverrons 
plus loin. Sur la colline, un pendu fait pendant à un crucifié, et deux 
personnages indiquent du geste les suppliciés , comme pour montrer 
le rapprochement. N’y aurait-il pas là quelques retouches en mémoire 
de Semblançay, exécuté en 1527? 

14 ° LE CHRIST TOMBANT SOUS LE POIDS DE LA CROIX. 

« Belle composition digne d’un maitre, malgré le rocher pointu et sa 
construction fantaisiste. Le soldat est petit pour les autres personnages, 
parfois un peu grands. 

15° LE CHRIST EN CROIX. 

« Les cavaliers valent mieux que les chevaux dans les œuvres de 
cette époque. Sainte Véronique n'est pas mal dessinée, mais on dirait 
les personnages de cette composilion pris ailleurs et placés là sans 
tenir compte du plan où on les a mis. 



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16 ° LA DESCENTE DE CROIX. 

« Que je place avant le Crucifix pour suivre l’ordre de l’ouvrage. 
Les personnages aux mains jointes sont d'un grand style. L’expression 
est belle, les draperies ont de l’ampleur. Comme curiosité, on peut re- 
garder l'àme des larrons sortant de leur tête, sous forme humaine, et 
reçues, l’une par un ange, l'autre par un démon. Le centurion est 
plus petit que les femmes de gauche; il est cependant plus près. Il n’a 
pas la môme valeur comme dessin; on y sent l’élève. On soupçonne le 
peintre, en voyant de telles différences de talent, dans un même ta- 
bleau, d’avoir copié quelques morceaux et d’avoir fait son œuvre à 
coup de ciseaux. Le personnage vu de dos, qui monte à l’échelle, n’est 
pas mal ; il y a dans le haut quelques tètes très soignées. Quant à la 
Madeleine, les maîtres l'ont traitée si souvent d’une manière supé- 
rieure que , malgré sa chevelure , il nous est difficile d’admirer cette 
figure posée comme dans une crèche , toute droite , vue de dos et la 
tète de profil, mouvement forcé et inutile. 

17 ° LE CRUCIFIX. 

« Dessin insuffisant, sauf la tète. Les calices des anges sont une 
naïveté de l’époque. L’attitude des personnages au pied de la croix est 
bonne. M. Rostan avoue modestement que le crayon ne saurait rendre 
l’effet de ce tableau, dû en grande partie à la couleur. 

18 ° LA MISE AU TOMBEAU. 

« Œuvre pieuse et consciencieuse ; mais les jambes du Christ sont 
de profil et raides , le corps de trois quarts vers le spectateur , la tête 
de trois quarts du côté opposé, ce qui ne saurait être naturel. Une tête 
couverte d’une coiffe doit appartenir à la famille du donateur ; le do- 
minicain coupé par la bordure est sans doute le père Damiani » 
prieur de l’époque ; il est bien posé , bien dessiné et bien vivant. Le 
personnage tenant le linceul aux pieds du Christ me fait songer à 
Semblançay ; les figures sont bien en général. Avant de quitter cette 
belle page, on peut lire l'inscription du sépulcre. 

« Après la mise au tombeau , l’ordre des planches nous conduit aux 
trois panneaux remaniés. Dans le bas du premier , les apôtres ; à gau- 
che , on voit l’avant-bras du personnage coupé ; dans le second , le 
lavement des pieds. Les figures manquent de distinction ; la perspec- 
tive n’a rien de choquant. 

« Dans le troisième, la scène: la perspective aurait dû détourner de 
placer ce morceau au-dessus de l'autel , la table étant vue d’en haut; 



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mais les personnages les plus rapprochés du spectateur étant les plus 
petits, l'artiste n'y a guère songé lui-même. 

« Telle est, en résumé, cette œuvre dont on a offert parfois un grand 
prix. L'ouvrage de M. L. Rostan vous en dira davantage; ce qui a pu 
vous intéresser lui revient, sauf quelques critiques que Ton peut 
m’attribuer. » 

Acte de mariage du duc d’Epernon à Pignans (24 j 'écrier Î596 ). — 
M. Mireur annonce que M. le secrétaire de la Société historique de 
Gascogne a bien voulu lui faire adresser une reproduction par la pho- 
tographie de l’acte en latin de ce mariage, discuté dans une précédente 
séance (26 juin 1885), et communique cette épreuve à la Société. 

La nouvelle lecture du texte constate de nombreuses variantes, dont 
quelques-unes assez notables, avec celle donnée par M. de Castelbajac; 
on n'y trouve aucune trace de la double lettre , œ ou œ, suspectée avec 
raison , non plus que la forme Pigans , aussi barbare qu'inexplicable. 
De plus, l’écriture est parfaitement celle de l'époque et l'acte présente 
tous les caractères apparents de l'authenticité. Quelques-unes des ob- 
jections qui ne s'adressaient qu’à une leçon fautive disparaissent donc, 
mais celle capitale de la date subsiste toujours toute entière. 

Un travail complémentaire très utile serait la confrontation des si- 
gnatures, s’il était possible d’en trouver d'autres exemplaires. C'est 
sur ce point que vont porter les nouvelles investigations de M. Mireur 
dont il fera connaître les résultats dans une séance ultérieure, en même 
temps qu'il soumettra la lecture qu'il a faite du document. 

L'ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

Lu et adopté dans la séance du 8 juin 1886. 



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LXI 



SÉANCE DU 8 JUIN 1886. 



Présidence de M. le docteur Doze, Président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (Joseph), Doze, de Geoffroy, de Grossouvre , Guide, 
Imbert, Jourdan (Eugène), Jourdan (Joseph), Latil (Alphonse), 
Lombard (Aimable), Mireur , Panescorse et Patin. 

Le procès-verbal de la séance du 4 mai est lu et adopté. 

Le président remercie , au nom de la Société , M. de Geoffroy , mem- 
bre associé, d'avoir bien voulu se déplacer pour assister à la réunion. 

On procède ensuite à l'élection de 8 nouveaux membres. 

1* Membre résident : 

M. Touzet, juge au tribunal civil , présenté par MM. Jourdan (Jo- 
seph) et Doze. 

2* Membre associé : 

M. Ortolan , mécanicien en chef de l'armée navale de réserve , offi- 
cier de la légion d'honneur , de l’instruction publique et de l'ordre de 
Léopold de Belgique. 

3* Membres correspondants : 

M. Nettre, ingénieur, présenté par MM. Doze et Azam (Joseph). 

M. l'abbé Gaze, professeur au petit séminaire de Grasse, présenté 
par MM. Mireur et Fériaud. 

M. l’abbé Hermitte , chanoine , curé de Pourrières , présenté par 
MM. Segond (Henri) et Mireur. 

M. le docteur Blanc, ancien médecin de la marine à Pourrières, 
présenté par MM. Segond (Henri) et Doze. 

M. Yssartier, garde-mines, présenté par MM. Doze et Azam (Joseph) 

M. l'abbé Daniel , docteur en théologie , vicaire à Toulon, présenté 
par MM. de Grossouvre et Mireur. 

Lecture est donnée d'une circulaire du Ministre de l'Instruction pu- 
blique demandant le catalogue des manuscrits qui se trouvent dans la 
bibliothèque de la Société 

Renvoyé au Bureau. 






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LXII 



Le président fait part à la Société de la perte qu'elle vient d'éprouver 
en la personne de : 

Messire Louis- Achille-Jules CORBLET, 

Chanoine honoraire et ancien historiographe du diocèse d’Amiens, 
et membre de nombreuses sociétés françaises et étrangères. 

Notre biblothùque a été enrichie par cet honorable savant de ses 
nombreuses publications. 

Le président communique ensuite les circulaires : 

1® De la Société agricole scientifique et littéraire des Pyrénées-Orien- 
tales, donnant le programme de son concours pour l’année 1886. 

2® De l’ Académie de Mmes, donnant aussi le programme de son 
concours pour les années 1887 et 1888. 

3® De la Société Niçoise des sc. nat. hist . et gèog ., tendant à vulgari- 
ser la langue néo-latine et demandant à notre société de lui faire par- 
venir son adhésion. 

La Société ne voyant dans cette nouvelle langue que la contre-par- 
tie du Volapuck, et ne croyant pas davantage à la nécessité du néo- 
latin , passe à l’ordre du jour. 

M. Fulconis , membre correspondant, a bien voulu offrir diverses 
médailles trouvées dans les ruines du vieux Rougiers dont quelques 
unes ont pu être déterminées, ce sont: un Adrien, un Trajan, une 
médaille du moyen dge , une autre arabe et un Henri III. Les autres , 
romaines, sont trop frustes pour être déchiffrées. 

La Société remercie M. Fulconis de son envoi. 

M. Dauphin , membre correspondant à Garcès , envoie l'estampage 
d’une inscription chrétienne découverte aux Spéluques (Montfort). 
Cette pierre est encastrée dans un angle de la maison de campagne qui 
a succédé à l’ancien prieuré ; au-dessous est placée une colonne de 
granit à grains blancs et noirs de plus d'un mètre de hauteur. 

La Société remercie M. Dauphin de sa découverte et prie M. Mireur 
d’étudier cette inscription , qui parait aussi intéressante que rare. 

M. Auzivisier , membre correspondant à Brignoles , signale l’exis- 
tence de trois inscriptions dans cette ville : 

La première : 

ICI 

DEMEURE UN PERE 
DU PEUPLE 



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LXIII 



se lit sur la partie de la maison n° 15, rue des Lanciers ; les lettres 
sont peintes en noir sur plâtre. Elle date de la Révolution (1789-1799), 
époque à laquelle tous les conseillers de la commune avaient la même 
inscription sur la porte d’entrée de leur demeure. Celle qui nous oc- 
cupe désignait la maison habitée par M. Balthazar Mouton , conseiller 
en 1789. 

Une deuxième : 

1586 

au-dessous d'un petit cartouche portant les lettres 

H M 

séparées par un cœur. 

La pierre sur laquelle elle est gravée forme l’angle d’une maison du 
XVI* siècle. Une partie est dans la rue Entraigues et l’autre sur la 
place Jean Raynaud. 

La dernière , dont on n’a pu se procurer qu’une partie , est située â 
l’ancien prieuré de Saint-Jean de Carami auquel Alphonse II , comte 
de Provence , accorda des exemptions en 1202. Le clergé de Brignoles 
s’y rend encore en procession toutes les années , le premier jour des 
Rogations, et il est d’usage qu’on y chante le De Profundis . 

La parole est ensuite donnée à M. de Grossouvre qui lit le compte- 
rendu suivant : 

Opérations militaires dans les Alpes & les Apennins, par M. 

Henri Moris , archiviste du département des Alpes-Maritimes (1). 
Le premier volume, seul encore paru, a trait aux évènements de la 
guerre de la succession d’Autriche (1742-1748). Il nous donne des do- 
cuments nouveaux et précieux sur des campagnes trop souvent négli- 
gées. Mais n’était-il pas d’usage de considérer tout le milieu du XVIII* 
siècle comme une période de tristesse, de misère et même de honte, 
pour notre pays du moins ? par contre , nous exaltons volontiers tout 
ce qui s’est passé à l’étranger à cette époque. Combien ne sauraient 
citer du règne de Louis XV que les noms de quelques maîtresses du 
roi et les titres de quelques œuvres de philosophes ou d'encyclopédis- 
tes! On s’étendra complaisemment sur les scandales de la cour; on 
louera sans ménagement des œuvres littéraires parfois bien peu lues. 
Quant aux affaires intérieures ou extérieures, à l’œuvre politique, 
militaire, ou diplomatique, on ne s’en préoccupe guère. Plus d'un his- 



(1) En vente, b Draguignan, librairie Centrale et librairie Collet. 



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r 




LXIV 



torien croyait avoir rempli sa tâche quand, d'un trait de plume, il avait 
déclaré les ministres français incapables et les généraux nuis. Seuls , 
nos voisins et nos ennemis paraissaient avoir droit à notre admiration. 

Actuellement la critique historique s’exerce avec plus de sérieux : 
laissant presque de côté la légende , elle exige de sûres garanties , 
fouille les archives , recherche l’authenticité des pièces , pèse , com- 
pare et poursuit sincèrement la vérité. 

C’est ainsi que les évènements du règne de Louis XV commencent 
à être l’objet d’études approfondies. On se préoccupe des faits mili- 
taires d’une époque qui eut bien aussi ses éclairs de gloire. Si ces 
éclairs n’ont été que passagers , est-ce une raison pour n’en point 
garder souvenir ? A ce propos. M. M. nous permettra-t-il de lui si- 
gnaler une distraction échappée à sa plume. Dans son préambule 
(page 16), il oublie que Fontenoy a été un triomphe pour les armes 
françaises , et attribue aux alliés de Marie-Thérèse ce beau succès du 
maréchal de Saxe. N’y aurait-il là qu’une erreur de rédaction , il fal- 
lait la relever. 

Tous ceux qui s’occupent de l’histoire mil-taire consulteront utile- 
ment l’ouvrage de M. M.; il sera indispensable pour connaître à fond 
notre frontière du Sud-Est. Pas une vallée, pas une crête de cette ré- 
gion, depuis le Mont-Blanc jusqu’à Gênes , qui n’ait été parcourue ou 
occupée. A ce point de vue, les campagnes de cette époque sont aussi 
utiles à étudier que celles de la fin du siècle. Nous n’affirmerons pas, 
avec l’auteur, que Bonaparte et Carnot ont tracé tous leurs plans on 
s’inspirant de cette époque ; ce serait peut-être aller trop loin. Mais, 
certes , l’un et l’autre avaient étudié le passé , et , dans l’art militaire 
comme ailleurs, rien ne remplace la science, et les généraux ne s’im- 
provisent pas davantage que les soldais. 

Ce que l’auteur ne nous parait pas avoir assez clairement indiqué , 
c’est la source de ses documents. On reconnaît bien que l’ensemble 
de l’ouvrage appartient au capitaine Minutoli , et cependant M. M. 
nous dit : (page 4 de sa préface) qu’il a consulté également les archi- 
ves royales de Turin. Or, dans le cours du volume, rien ne permet 
de distinguer ce qui revient à l’historiographe italien de ce que M. 
M. a puisé ailleurs. La provenance italienne se sent partout. Le roi, 
c’est toujours le roi de Sardaigne, et l’ennemi, c’est l’armée française. 
Nous aurions encore une preuvo de cette origine dans l’orthographe 
du nom du maréchal de Belle-lsle, continuellement éorit Bellisle en un 
seul mot, comme dans l’ouvrage de Durante, par exemple. 

Ace sujet, nous devrions peut-être adresser un reproche à l’auteur. 



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LXV 



Il ne tient pas sa promesse : « Nous avons recherché l'orthographe la 
plus simple, l'orthographe courante , écrit-il dans la préface ; ce sera 
l’orthographe française pour les noms des villages actuellement en 
Franco, l'orthographe italienne ponr les noms des villages situés de 
l'autre côté des Alpes. Quelquefois , pourtant, il nous est arrivé d'em- 
ployer des noms piémontais qui se rapprochent davantage de la forme 
française et qui d'ailleurs sont plus employés que les noms italiens 
môme en Italie. » Il y a là une difficulté qui ne peut être résolue à la 
satisfaction de tous. La meilleure règle , à notre avis , consisterait à 
suivre la coutume pour les noms d’une notoriété réelle et, pour les au- 
tres, à s'en rapporter à un document, par exemple, la carte française 
au 80,000*, pour ce qui est sur notre territoire, la carte de l'Etat-major 
sarde au 50,000*, pour ce qui est au-delà de notre frontière. Vouloir 
chercher à se rapprocher de la prononciation, c’est entreprendre une 
tâche impossible. 

Ainsi M. M. écrit le mont Campi de l' Allé (page 18) — la carte porte 
Campi delFAllé — peut-être un nom tiré des évènements militaires de 
cette époque. Plus loin nous verrons écrit Grammont au lieu de Gram - 
mondo . Nous trouverons encore Ceee, Demont , la Bicocca , tandis que 
tous nos écrivains nous ont accoutumé à Ceca , Démonté et la Bicoque . 
Il serait possible de multiplier ces citations ; mais qui a tort , qui a rai- 
son t Et qu'importe ! la valeur de l’ouvrage n'en reste pas moins réelle, 
et si quelques erreurs de détail , quelques transpositions de noms se 
sont glissées sous la plume de l'écrivain, il n'y a pas lieu d’e nôtre sur- 
pris dans un travail de cette nature et de cette étendue. Souhaitons au 
livre une seconde édition, et ces petites imperfections disparaîtront. 

Ce serait sortir de notre tâche que d’entreprendre une analyse de 
détail de l’œuvre. Remercions seulement l’auteur de nous avoir donné 
un travail presque purement militaire dans lequel on peut suivre tous 
les mouvements des troupes. Peut-être , toutefois , les évènements se 
succèdent-ils trop au jour le jour sans qu’il soit facile de se rendre 
compte de prime abord de leur enchaînement. On ne saisit pas toujours 
la raison d'être de telle opération , non plus que ses conséquences. S’il 
m’est permis d'employer cette expression , le récit manque de relief, 
tout y est placé au même plan. Parfois il semblerait que ce sont les 
évènements seuls qui commandent et qu’aucun des chefs austro-sardes 
ne cherche à les diriger. 

La lecture de la campagne de 1745 donne du reste une triste opinion 
des talents militaires du roi Charles-Emmanuel. Voilà ce prince porté 
en arrière du Tanaro avec son armée qu’appuie à droite la forte place 



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LXVI 



d'Alexandrie. Les Français leur font face, en même temps qu'avec une 
partie de leurs forces ils assiègent Tortone. Va-t-il prendre l'offensive 
attenter de sauver une forteresse importante dont le siège se poursuit 
sous ses yeux ? Va-t-il manœuvrer pour attirer son adversaire sur une 
position où il pourra trouver l'avantage du terrain et du nombre ? Non 
pas. Il fera des reconnaissances , réunira des conseils de guerre , de- 
mandera l’avis de tous et de chacun, comme quelqu'un de bien décidé 
à ne pas agir. Un des généraux , le comte de la Mante , adressera un 
rapport qui est un modèle du genre. Pendant deux pages nous voyons 
retourner sur toutes ses faces cette remarquable proposition : « Une 
victoire nous donnerait des avantages sans nombre, mais une bataille 
perdue a pour l’ordinaire des suites pernicieuses pour le parti battu »; 
et la fin : « Je conclus par dire qu’à moins que nous ne sachions pas 
positivement les ennemis plus faibles que nous, nous ne devons pas 
entreprendre de les attaquer, ni nous flatter de les battre. » L’art 
militaire de cet habile homme n’était point compliqué. En s’adressant 
à d’aussi sages conseillers, Charles-Emmanuel se condamnait à l’inac- 
tion. Et cependant , malgré tout , il se décide enfin à marcher à l'en- 
nemi; mais, par une étrange fatalité, la veille même du jour de l’atta- 
que, on entend des salves de réjouissances, tirées dans le camp fran- 
çais , et une estafette vient annoncer que Tortone, assiégée depuis 28 
jours, est prise. L’inaction est plus que jamais de règle, les conseils de 
guerre multiplient de nouveau leurs avis jusqu’au jour où les colon- 
nes françaises passent le Tanaro , culbutent les Sardes dans leur 
camp et rejettent le Comte de la Mante et son armée jusque sous le 
canon de Valence (27 septembre). Le général sarde recevait une leçon 
d'art militaire. Une manœuvre , conseillée , dit-on (1), par le jeune 
Comte de Maillebois, avait attiré les Allemands de Schulembourg vers 
le nord, et les Français n’ayant plus devant eux que les forces sardes 
en venaient facilement à bout. L’ouvrage de M. M. est donc intéres- 
sant à plus d’un titre. Il nous fait constater qu’à cette époque , si vo- 
lontiers décriée, nous savions encore avoir des succès. Il nous montre 
aussi que, dans les armées combinées, c’est le manque d'entente entre 
les chefs qui est la cause la plus réelle des insuccès. Chacun se retran- 
che derrière les ordres de son gouvernement, et la tête qui dirige, fait 
défaut. 

C’est un enseignement qui date de loin et qui n’a jamais servi. 



(1) Durante. 



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LXVII 



Mais ce qui parait constituer le plus sérieux mérite de M. M., c'est 
de nous avoir donné une histoire très détaillée de tous les mouvements 
de troupe dont cette région frontière a été le théâtre. Nous pouvons 
suivre tous les groupes qui sillonnent la vallée du Pô, les Alpes-Mari- 
times, l'Apennin et le Montferrat; l'invasion de la Provence (1746-1647) 
est elle même assez détaillée. Nous pouvons apprécier la valeur des 
positions défensives de l'autre revers des Alpes et juger du mérite des 
différentes communications. 

C'est par la lecture attentive de toutes les campagnes dont nos fron- 
tières ont été le théâtre que nous pourrons préparer l’avenir. L'impor- 
tance du terrain n'est-elle pas restée ce qu'elle était autrefois ? 

Les mémoires du Maréchal de Berwick nous ont appris la manière 
de défendre la région du Dauphiné; ce nouvel ouvrage nous montre 
quels obstacles l'offensive française peut rencontrer sur l'autre versant 
des Alpes et quelles voies devront être suivies de préférence. Il fait 
ressortir la valeur des positions du Comté de Nice , positions si sou- 
vent utilisées à cette époque, de nouveaux attaquées et défendues pen- 
dant les guerres de la Révolution et aujourd'hui objet d'études et de 
travaux. 

M. M. rend un réel service à tous ceux qu'intéresse cette question 
de défense de notre frontière du Sud-Est , et nous désirons vivement 
voir bientôt paraître le second volume de l'ouvrage. 

Ne terminons pas sans rendre justice à la bonne exécution matérielle 
du livre : l'impression en est soignée , malheureusement les croquis 
laissent à désirer ;; mais l’auteur ne peut être rendu responsable de 
cette imperfection. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 9 novembre 1886). 



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t 




LXVIII 



SÉANCE DU 9 NOVEMBRE 1886 



Présidence de M. le D r Doze , président 



Étaient présents : 

MM. Azam (Charles), Azam (Joseph), Doze, de Gassier, Guide, Latil 
( Alphonse ) , Lombard ( Aimable ) , Mireur , Panescorse , Patin , 
Rampal (Auguste), Segond (Henri) et Touzet. 

Le procès-verbal de la séance du 8 juin est lu et adopté. 

M. le Président regrette que le mauvais temps ait empêché plu- 
sieurs membres d'assister à la séance. 

Il fait part de la perte que vient de faire la Société en la personne 
de l'abbé Barret, curé à la Garde, un de nos anciens membres cor- 
respondants. 

Il souhaite la bienvenue à M. Touzet, juge au tribunal civil et à M. 
Rampai (Auguste), nouveaux membres que la Société a été heureuse 
d'accueillir. 

M. de Gassier. conseiller général de Rians, est enfin remercié 
d'avoir bien voulu se dérober à ses occupations pour nous honorer 
de sa présence. 

On procède ensuite à l'élection de cinq nouveaux sociétaires : 

MM. de Jerphanion, conseiller général du Rhône, comme membre 
associé, présenté par MM. Doze et de Lacouture. 

Comme membres correspondants : 

MM. Wallerant, professeur d’histoire naturelle au lycée de Mar- 
seille, présenté par MM. Azam (Charles) et Segond (Henri); 
Philibeaux, chef de section de la compagnie des chemins de 
fer du Sud de la France, présenté par MM. Azam (Charles) 
et Panescorse ; 

Bossavy, commis des postes à Toulon, présenté par MM. Doze 
et Panescorse ; 

Melchior de Giraud d'Agay, propriétaire à Saint-Raphaël 
présenté par MM. Mireur et Azam (Joseph). 



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LXIX 



M. le Président dépose sur le bureau le Cartulaire de Lérins , très 
gracieusement offert par son honorable auteur, M. Moris, archiviste 
des Alpes-Maritimes, membre de notre Société, qu'il remercie vive- 
ment de ce précieux envoi. 

Lecture est donnée de dépêches de M. le Ministre de l'Instruction 
publique, des Beaux-Arts et des Cultes, demandant: 

1° La liste des questions choisies par la Société, afin d'arrêter le 
programme du congrès des Sociétés savantes en 1887; 

2* L'avis de la Société sur la meilleure date à donner aux réunions 
de la Sorbonne. 

La Société charge le bureau de répondre à la première dépêche. 

Elle adopte entièrement la proposition de M. le Ministre de ren- 
voyer les sessions annuelles de la Sorbonne aux vacances de la 
Pentecôte. 

Il est décidé enfin que la troisième dépêche reçue sera insérée au 
procès-verbal. 



c Paris , le 96 octobre 1886. 



« Monsieur le Président, 

« Mes circulaires des 19 décembre 1884 et 11 janvier 1886 vous ont 
fait connaître les questions choisies par le Comité des Travaux histo- 
riques et scientifiques en vue d'amener des communications plus 
nombreuses à la section des sciences économiques et sociales. 

« Parmi ces sujets d'études figurait une enquête sur les Assemblées 
générales de communautés d’habitants. 

« Quelques mémoires me sont déjà parvenus sur cette question et leur 
examen attentif me suggère une réflexion que je tiens à vous soumet- 
tre. J'estime qu’il y aurait inconvénient à réserver, pour une étude 
distincte, les documents relatifs aux délibérations sur des intérêts re- 
ligieux, et je crois devoir, en conséquence, inviter les personnes qui 
prépareraient actuellement des mémoires à ne pas négliger l'examen 
de ces délibérations. 

« Dans le cas où celles-ci auraient motivé des réunions spéciales, il 
me semblerait utile d’indiquer ce que les réunions ont pu présenter de 
particulier au point de vue des convocations, de la présidence, du lieu 
et du mode de délibération, de la rédaction des procès-verbaux, etc. 

« J'ai l’honneur de vous prier, Monsieur le Président, de vouloir bien 



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LXX 



porter ce vœu à la connaissance des membres de votre Société et de 
lui donner par les moyens en votre pouvoir toute la publicité désirable. 

« Recevez. 

« Le Ministre de Hnstruction publique, det Beaux-Arts et det Cultes, 

« (Signé) : René Goblet. » 

Envoi par M. Bouvier, pour la bibliothèque de la Société, de la 
1** partie d'un travail sur notre faune nationale devant renfermer 
rénumération complète de tous les animaux français. Ce travail est 
accompagné d'observations pratiques sur leur utilité agricole, indus- 
trielle, alimentaire, etc. Désireux d'ètre aussi complet que possible, 
M. A. Bouvier serait reconnaissant aux membres de la Société qui se 
sont occupés de zoologie, de tous les renseignements qu'ils voudraient 
bien lui communiquer sur la faune générale de notre département 
(vertébrés et invertébrés), ainsi que sur les apparitions d’espèces rares 
pour notre région et sur les collections qui les renferment. 

M. Patin donne lecture du compte-rendu suivant : 

L’ÉovU buissonnière. Aupi à travers les Ages » par l’abbé Gibelin. 
« Ce titre suffît à indiquer que l'auteur n’a pas voulu faire un récit 
direct et donner à son œuvre un caractère purement historique. En 
effet, il a préféré mêler à son récit la fiction, « qui sait tout embellir », 
dit-il dans la préface; et il a mis en scène deux héros chargés de re- 
later ses impressions. 

« Évidemment un exposé trop sec des faits, un texte hérissé de cita- 
tions puisées à toutes les sources et longuement discutées, une narra- 
tion sans cesse interrompue par des critiques de détail, peuvent inspirer 
au lecteur trop avide de solutions, ou trop ami d’une prose imagée et 
brillante, une certaine répulsion, quelquefois même l’ennui. 

« Néanmoins, et ceci est une vérité banale à rappeler aujourd’hui, 
c’est dans la discussion approfondie des textes, dans un style appro- 
prié à cette discussion que réside le secret comme aussi le charme 
de la vraie et solide histoire. 

« Si, guidé par son esprit littéraire, l’historien sait en outre commu- 
niquer à son style, simple et clair avant tout, la finesse de la pensée et 
la vivacité de l’expression, il se gardera bien de faire oublier que 
l’exactitude historique est sa principale préoccupation. 

« Dès lors est-il nécessaire, sous prétexte d’intéresser, malgré eux, 
les esprits qui vivent plutôt de fable et de roman, d’associer au simple 



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LXXI 



récit des faits les jeux de la fiction? Qu'importe si les esprits roma- 
nesques ferment le livre avant la fin, puisque ce qu’ils cherchent, ce 
qui surtout a le don de les intéresser dans une œuvre historique, ne se 
trouve point et ne doit point se trouver là ! Sed non erat his locus . 

« Or, cette dernière classe de lecteurs, M. l’abbé Gibelin, par géné- 
rosité peut-être, n’a pas osé l’abandonner. 

« Mais n’est-il pas à craindre alors que les archéologues sévères, 
uniquement attentifs à l’histoire et aux faits, se trouvant constamment 
arrêtés par les ornements accessoires qu’ajoute sans répit une imagi- 
nation ardente et passionnée, ne finissent par renoncer eux-mêmes à 
une lecture qui en somme n’est pas faite pour eux ? 

« N’est-il pas à craindre que l’auteur, en voulant mêler la fable au 
récit historique, ne produise finalement qu'une œuvre hybride, qui ne 
pourra avoir « ni l'intérêt d'un roman, ni la valeur d’une œuvre pure- 
ment historique »? (1) 



I 

« L’ouvrage de M. l’abbé Gibelin compte environ 200 pages et il en 
est bien une centaine qui sont étrangères à l'histoire. 

« Il s'agit de deux écoliers qui se créent quelques heures de loisir aux 
dépens des heures de classe, et qui parcourent Aups et les environs, 
recueillant çà et là quelques notices sur l’histoire de la ville, sur les 
mœurs locales, et visitant les monuments ou seulement les sites pitto- 
resques qui attirent surtout l’attention dans ce charmant pays. 

« Les deux écoliers, sur le seuil d'une chapelle, rencontrent un vieil- 
lard. Celui-ci leur montre d’abord le tort qu'ils ont eu de manquer la 
classe, puis cédant à un plaisir irrésistible qui est bien de son âge, il 
se met à conter; et c’est une leçon d’histoire locale qu’il va esquisser à 
grands traits. 

« Enfin il les congédie, et nos deux écoliers de mettre à profit les 
remontrances du vieillard en poussant plus loin l'excursion projetée. 

« Ils visitent alors successivement un monastère bâti en 1623, N.-D. 
de Lorette, et une autre chapelle, N.-D. de Liesse. 

« Quittant les hauteurs, ils prennent le vallon de l’Estrech et arrivent 
à une ferme, au moment opportun, celui du dîner. Le repas est naturelle- 



(1) Préface. 



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£ 




LXXII 



ment présidé par le doyen d'âge de la ferme, et le vieillard, non moins 
conteur que le premier, se met à rappeler quelques vieux souvenirs. 

(M. Patin cite alors quelques passages qui révèlent chez l'auteur un 
assez remarquable talent de narration; en particulier le chapitre X, 
Les Brigands, où le conteur a su ménager l'intérêt et conserver à cer- 
taines scènes un caractère dramatique éminemment propre à la 
situation. Il remarque en terminant, que la partie romanesque de 
l'ouvrage considérée à part, détachée d'un ensemble auquel elle ne 
semble pas devoir appartenir, pourra aisément charmer les lecteurs 
que la fiction intéresse). 



II 

« Mais si, lisant l'ouvrage en archéologues sévères, nous portons 
notre attention sur les faits historiques plutôt que sur les mérites de 
la fable ou les beautés du coloris, n’éprouverons-nous pas quelque 
déception en voyant la place très restreinte qu'ils occupent ? 

« Trouverons-nous suffisantes ces notes explicatives que l’auteur a 
placées à la fin du volume, et dont nous eussions préféré lire certains 
fragments disséminés dans le corps même de l'ouvrage f 

« Deux chapitres seulement sont consacrés à l'historique d'Aups, 
depuis les origines jusqu'aux temps modernes. 

(M. Patin suit alors pas à pas l'historien et signale très rapidement, 
parmi les observations fort justes, quelques points qui sont demeurés 
obscurs et quelques autres qui, selon lui, eussent pu être éclairés 
davantage. Il cite notamment les pages très brèves où l'auteur rappelle 
la peste qui sévit à Aups, en 1689, et le choléra en 1835 et 1854. Quel- 
ques renseignements à ce sujet eussent été certainement bien 
accueillis. Enfin, après cet examen rapide, il conclut ainsi) : 

« L'histoire d'Aups ne manque donc pas d'intérêt, et nous devons 
féliciter M. l'abbé Gibelin d'avoir porté de ce côté ses réflexions et ses 
études. 

« Les faits historiques ne remplissent pas l’ouvrage tout entier : quel- 
ques points intéressants sont encore dans l’ombre; d'autres auraient 
peut-être pu être éclairés davantage au moyen de citations prises dans 
les documents signalés par l'auteur. 

« Ce qui nous a frappé surtout, c'est la façon dont l'auteur a conçu 
son ouvrage, c'est cette préoccupation constante d’associer au récit his- 
torique les jeux de la fiction et les effets des ornements romanesques. 



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— LXXIII 



« L'auteur, par modestie sans doute, a* cru s'excuser en remarquant 
que son livre ne s’adressait qu'à ses compatriotes. 

« Certes, l’on comprend « tout l’intérêt patriotique qui s’attache à 
l’histoire de la ville natale ». Mais les archéologues Aulpins — et il y 
en a sûrement — qui aiment avant tout la vérité historique, et pros- 
crivent sans pitié tout ce qui ne tend pas directement à l’établir, iront- 
ils aussi, « par intérêt patriotique », goûter ces ornements accessoires 
qu’ils ne croyaient pas rencontrer ici ? 

« Et d'ailleurs pourquoi penser que les lecteurs Aulpins seront seuls 
sensibles à l'histoire de leur pays f 

« En somme, tous les lecteurs, si éloignés qu’ils soient les uns des 
autres, si différents d’idées et de mœurs qu’on les suppose, peuvent en 
lisant l’histoire de tel ou tel pays, s’accorder sur un point commun — 
je veux dire l’émotion que ne manque jamais de produire un ensemble 
de souvenirs nettement établis, contrôlés par une observation judi- 
cieuse, et enfin consacrés par une œuvre vraiment et purement 
historique. 

« Ainsi donc M. l’abbé Gibelin a fait là un travail de vulgarisation 
qui n’est pas sans mérite. Mais il est certain qu’en poursuivant ses 
recherches, il ne saurait manquer de produire bientôt une œuvre nou- 
velle, qui ne serait plus seulement une sorte d’entretien sur Aups à 
travers les âges, mais bien l’histoire approfondie et complète de cette 
intéressante localité. » 



M. Mireur lit ensuite la première partie de sa réponse à M. l’abbé 
Cazauran, archiviste du Grand Séminaire d’Auch, sur Le prétendu 
mariage morganatique du duc dfEpernon, 



L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 



(Ld^eTadopté dans la séance du 7 décembre 1886). 



ERRATUM. 



Au procès-verbal de la séance du 8 juin 1886 ont été omis les noms 
des deux membres qui ont présenté M. Ortolan , comme correspon- 
dants : MM. Latil et docteur Doze. 



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LXXIV 



SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE 1886. 



Présidence de M. le D p Doze, président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (Charles), Azam (Joseph), Doze, Guérin-Duval, Guide, 
Jourdan (Eugène), Jourdan (Joseph), de Lacouture, Latil , 
Lombard (Aimable), Mireur, Patin, Segond, Sivan et Touzet. 

Le procès-verbal de la séance du 9 novembre est lu et adopté. 

Le Président rappelle que, dans la séance du 8 juin, la Société, con- 
sidérant que le programme de ses études étant limité à l’archéologie et 
à l’histoire naturelle , les bulletins des Sociétés d’agriculture ne sau- 
raient lui être utiles, pas plus que ses bulletins ne peuvent présenter 
à celles-ci quelque intérêt; que l’état de ses finances ne lui permet pas 
d’augmenter son tirage, et surtout qu'il est préférable d’étendre nos 
relations dans la région, avait décidé en principe de supprimer ces 
échanges. 

En conséquence, ont été comprises dans cette mesure les Sociétés 
suivantes : 

Les Sociétés d’agriculture de Nice, de Pontoise, d’Auch, Boulogne- 
sur-mer, de la Marne, de Roquefort, de Tarbes. 

M. Issartier, correspondant, est nommé membre titulaire.^ 

Le président prie les membres de la Société qui ont emprunté des 
ouvrages à notre bibliothèque de vouloir bien les réintégrer, afin qu’on 
puisse terminer le catalogue qui est en cours de préparation. 

M. Mireur dépose sur le bureau une communication de MM. Gazan 
et Mougins de Roquefort, sur la pierre milliaire trouvée à Brignoles et 
signalée par MM. Auzivizier et Paul Lam bot, dans la séance du 6 
avril 1886. 

Cette pierre porte l’inscription suivante : 



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LXXV 



EROCLAVDIVS 
DIVICLAVDIF 
GERMANICICAESAR 
NEP TICAESARISAVGPR 
NEPVI DI AVG ABNEPO 
CAESAR AUG 
GERMANICVS PONTIF 
MAX TR POT IIII IMP IIII 
COS III PP RESTITVIT 

Voici comment, d'après les honorables auteurs de la note , cette ins 
cription doit être lue, traduite et commentée : 

« (N)ero Claudius, Divi Claudi(i) f(ilius), Germanici Cæsar(is) 
nep(os), Ti(berii) Cæsaris Aug(usti) pr(o)nep(os), Di(vi) Aug(usti) AB 
nepo(s), Cæsar Aug(ustus), Germanicus, pontif(ex) Max(imus), T(ri- 
bünicia) pot(estate) iiii, imp(erator) iiii , co(n)s(ul) iii , p(ater) p(a- 
tria) restituit. 

C'est-à-dire : « Néron Claudius ,jils du divin Claude, petit-fils de Ger- 
manicus Cæsar , arrière petitrfils de Tibère Cæsar Auguste , fils à la 4 • 
génération du Dioin Auguste , [lui-mème] Cæsar Auguste , Germanicus , 
souverain pontife, dans la 4 • année de sa puissance tribunitienne , impe- 
rator pour la 4* fois, consul pour la 3\ père de la patrie , a restauré (la 
voie). . . 

« Notre lecture, ajoutent-ils, se rapproche de celle de Millin, rela- 
tivement à l'inscription identique de N.-D. de TEstérel; mais notre 
version diffère de la sienne en un point. Il lit : Empereur pour la se- 
conde fois. 

IMP TER, au lieu de IMP IIII, imperator pour la 4* fois. 

« Historiquement, les Empereurs , indépendamment de cette déno- 
mination générale, se liant à la forme de gouvernement, recevaient le 
titre d 'imperator à la suite de campagnes victorieuses. 

« Néron partagea son troisième consulat avec Valerius Messala 
Carvinus, Tannée 58 de notre ère, époque de la restauration de la voie. 

« Il existe avec l’inscription susmentionnée de Notre-Dame de TEs- 
térel, et celle d'aujourd'hui , trois autres anciennes inscriptions mil- 
liaires, trouvées à Tourves , au Luc et à Brignoles , et toutes , à part 
des différences dues à l’action du temps, présentent également, sur 
neuf lignes , la même conception et le même mot de la fin, restituit , 
non suivi d'autres indications. 

« Nous pensons que ce mot s'applique à diverses rectifications exé- 
cutées , la même année , le long de la voie aurélienne et trop peu 



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— LXXVI — 



éloignées les unes des autres pour qu’on ait dû en marquer les distances 
et les numéros d’ordre, mais assez importantes pour que Ton tint à en 
perpétuer le souvenir. 

« Nous partageons, à ce sujet, l’opinion que M. Aubenas, de Fréjus, 
a exprimée dans la discussion ouverte, au cours de la séance du 6 avril, 
sur la nature des travaux auxquels restituit fait allusion. » 

On fait remarquer, à la suite do cette intéressante communication , 
que Y Annuaire du Var de 1818 mentionne, comme ayant disparu de- 
puis longtemps, une pierre milliaire présentant une inscription identi- 
que à celle trouvée sur le territoire de Brignoles , près du grand che- 
min, vers les confins des terres de Cabasse. 

Ces deux inscriptions ont une particularité qu’il faut relever. A la 
fin de la première ligne et du mot Claudius , les deux lettres V et S sont 
entrelacées. 

Tout cela permettrait de penser que les deux pierres milliaires n’en 
font qu’une^t que la construction à laquelle appartenait celle qui vient 
d’être découverte était moins ancienne qu’on ne l’avait supposé. 

M. Mireur signale une pierre milliaire aux Arcs , abandonnée dans 
la propriété de M. de Lassigny, où elle a servi longtemps de rouleau, et 
propose de la demander à cet honorable membre associé, pour le musée 
de la Société. 

M. Guérin-Duval est prié de faire les démarches nécessaires. 

M. Henri Segond dit que l’année dernière, sur les indications de M. 
Raybaud, maire d’Ampus , il s’était livré à la recherche d’une borne 
milliaire dont la présence avait été constatée dans la propriété de ce 
dernier, non loin de la voie romaine, entre Ampus et Draguignan. 

Les recherches furent infructueuses; mais il se pourrait qu’après 
les dernières pluies torrentielles, la pierre eut été mise au jour, ou tout 
au moins qu’il fut plus facile de la découvrir. 

11 lit à ce sujet uri extrait d’une lettre de M. l’abbé Thèdenat adres- 
sée à l’un de nos confrères : 

« Le maire d'Ampus trouvera certainement la borne; elle existe là 
où il croit qu’elle est. Voici un passage inédit de Peiresc qui confirme 
tout à fait les renseignements qui vous ont été donnés. 

« Bibliothèque nationale, fonds latin , n" 8958, fol. 198. 

« Inscription antique tirée sur une grosse pierre qu’une inondation 
« a fait découvrir au village d’Ampus, en l’an 1676, par M. le chanoine 
« Antelmi , de Fréjus. La pierre a \ pieds de hauteur , 2 pieds de lar- 
« geur, deux pieds d’épaisseur. 



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LXXVII 



TI.CAESAR 
DIVI.AVG.F.AVG 
PONT . M AXVM 
TRIB.POTEST. 

XXXIII ET (1) 

RESTITVIT.ET 

REFECIT. 

« Elle est présentement brisée en deux et a esté tirée en un petit 
vallon, fort proche du grand chemin. Ce qui me fait croire que c'était 
une pierre posée sous quelque arche d’un pont, pareille à celle que l’on 
trouva sous le pont d’Argens ». 

MM. Segond et Mireur sont chargés de rechercher cette borne. 

M. l’abbé Rouden , de Bandol , membre correspondant , adresse la 
nomenclature des objets qui ont été trouvés dans des fouilles effectuées 
au quai du port à Bandol , en janvier 1886. 

« Parmi de nombreux débris de tombeaux romains , on a recueilli 
les objets suivants : 

« La base pointue d’une amphore. 

« Fragment d’une lampe sépulcrale, artistement façonnée. 

« Vase étrusque (fragment), fond blanc avec dessins noirs. 

« Plat étrusque (fragment) à pâte gris-ardoisé. 

« Vase, 8 cent, de diamètres à la base ; à pâte rouge et ordinaire. 

« Petite fiole à parfum en poterie rouge. 

« Orifice d’un vase, 11 cent, de diam. 

« Débris de marbre blanc. 

« Statuette chinoise , 6 cent, de hauteur et 3 de diamètre, sans tête, 
le bras droit pendant et le bras gauche tenant une bouteille , couverte 
d’un vernis gris. La présence d’une statuette chinoise dans un tombeau 
romain nous a étonné. Mais notre étonnement a cessé quand nous 
avons appris par l’histoire qu’il existait entre les Romains et les Chi- 
nois un commerce très actif, fait par des caravanes passant par la Perse 
et l’Inde. D'ailleurs un pareil fait a été constaté dans des tombeaux 
romains par plusieurs archéologues. 

« Fragments d’ossements. 

« Fer de lance. 

« Goulot d’un petit vase en plomb. 

(1) « Dans le texte du militaire d’Ampus donné par Peiresc , 11 est évident que le ET de 
la fi* ligne n’existe pas sur la pierre ; il est dû I une distraction du copiste. 



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* 




LXXVIII 



« Couvercle épais d'amphore , muni d'un trou. 

« Nombreux fragments de vases et d'amphores. 

« Fragments de poterie dite de Samos, avec bas-relief à personnages. 

« Débris de poteries sarrâsines. 

« Poterie fine, de forme ovale, ornée de fleurs, ou présentant des ca- 
ractères arabes. 

« Enfin un certain nombre de médailles. 

Monnaies romaines : 

Commode; Adrien (colonie grecque): Julien l’apostat; Vespasien ; 
Lucius Verus; Gallien; Constantin le Grand; Constance II; Claude II. 

As, poids et monnaies. 

« Monnaies byzantines 

Justin ou Justinien ; Jean Zimesus; Bruttium (grande Grèce). 

« Parmi les monnaies modernes françaises, espagnoles et russes, on 
remarque un Gaston d’Orléans, prieur de Dombes. 

« Le nombre et la variété de ces médailles montrent que le port de 
Bandol se trouvait en relation avec plusieurs nations , telles que 
l’ancienne Rome, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la Russie, etc. Cela 
laisse supposer l’ancienne importance de cette ville , favorisée par un 
port sûr et abordable à tous les vents, comme l’indiquent les armoiries 
des seigneurs de Bandol. Dux et namgantium salus ». 

La parole est ensuite donnée à M. Mireur qui termine la lecture de 
son travail sur Le prétendu mariage morganatique du duc d'Epernon à 
Pignans. 

L’ordre du jour étant .épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 11 janvier 1887. 



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LXXIX 



SÉANCE DU 11 JANVIER 1887. 



Présidence de M. le D r Doze, président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (Charles), Azam (Joseph), Doze, Guide, Imbert, Jourdan 
(Eugènç), de Lacouture, Latil, Lombard (Aimable), Mireur , 
Patin, Segond, Si van et Issartier. 

Le procès-verbal de la séance du 7 décembre est lu et adopté. 

Nomination comme correspondant , de M. l'abbé Tholin , professeur 
de sciences au collège de la Seyne, présenté par MM. Azam (Joseph) 
fet Mireur. 

Communications : 

1* Dépêches de M. le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux- 
Arts annonçant l'envoi de divers ouvrages ; 

2* Lettre de la Société des antiquaires , nous priant de nous associer 
à la demande qu'elle vient de faire à M. le Ministre , à l'effet d'obtenir 
qu'il soit délivré à chaque délégué des Sociétés savantes au Congrès 
de Paris , une carte rigoureusement personnelle qui lui permettrait 
d'obtenir tous les jours l'accès dans les musées et bibliothèques , sans 
être obligé d'en faire une demande spéciale. 

La Société décide d'appuyer ce vœu. 

La parole est donnée à M. Segond qui signale l'existence d’un camp 
retranché à Draguignan, sur la hauteur au N. des Tuilières (cote 489 
de la carte d'Et. m.). Du côté de la vallée se trouve l'escarpement et 
de ce côté, comme d'habitude, il n'existe pas de mur en pierres sèches. 
Mais sur la face opposée , celle qui regarde la Sambre , on voit encore 
une triple enceinte. Trois fragments de porphyre de nature pétrogra- 
phique différente , débris bien reconnaissables de trois meules distinc- 
tes, ont attesté l'authenticité et l'antiquité du refuge. 

Le même membre lit ensuite la communication suivante : 

Note sur le quartier des Tuilières à Draguignan. — Un lambeau 
de terrain composé de grès et d'argiles appartenant à l'étage garum 



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LXXX 



nien se rencontre à quatre kilomètres environ au Nord-Ouest de 
Draguignan, au quartier desTuilières, sur l’ancienne route de Grasse. 

Ce terrain était signalé par les auteurs du Prodrome en 1853, en ces 
termes : « terrain marin ; grès et poudingues siliceux , montée de 
Saint-Pons près Draguignan » (1). 

Il s’étend depuis le Col des Tuillères jusqu’à la propriété Rouvier , 
sur une longueur de 7 à 800 mètres et sur une largeur de 100 mètres 
environ. 

Cette formation se trouve prise dans une faille orientée suivant le 
sens du vallon de la Tuilière, du N.-E. au S.-O. et elle appuie sur les 
dolomies liasiques inférieures aux cal c. à silex bajociens. Les dolomies 
de la colline cotée 489 à la carte d’Etat-major, sur la rive gauche du 
vallon plongent vers le Sud-Est et sont à peine recouvertes par les 
cale, à silex. Au contraire, les dolomies de la rive droite s’inclinent 
vers le Nord-Est, et elles sont couronnées non seulement par les cale, 
à silex, mais encore par les cale, blancs bathoniens à Rh. decorata et 
0 : costata dont les fossiles sont visibles à la carrière Meyran. $ 

Les couches du terrain des Tuilières sont presque verticales, et on 
distingue avec peine leur plongement vers le Nord. 

Elles comprennent : 1* A la base , une assise de bauxite compacte 
rouge de foie , se divisant en fragments polyédriques, avec quelques 
grains de fer, d’un mètre d’épaisseur environ ; 

2* Une formation d’argiles , avec grès et argiles micacées et avec 
calcaires concrétionnés. 

Les argiles renferment à la base, qui est très colorée, des fragments 
de bauxite non roulés. C’est encore à la base que se trouvent des cal- 
caires concrétionnés, roses et jaunâtres. Ces argiles contiennent quel- 
ques grains de fer, de quartz blanc et de cornaline. 

Des couches gréseuses micacifères, d’un mètre à un mètre 50, alter- 
nent avec les argiles rouges et avec des argiles blanches, très onctueu- 
ses au toucher. Cette partie, d'un gris sale ou blanchâtre, est caracté- 
risée par la grande quantité de mica qu’elle renferme. 

Enfin il existe, vers la partie supérieure des argiles, quelques lits 
calcaires dont l’aspect rappelle les cale, à Lychnus , contenant des 
petits grains siliceux arrondis et du silex. 

L’ensemble des argiles a une puissance difficile à évaluer, à cause des 
éboulis et des érosions, mais qui peut être de 40 mètres environ. 



(1) Prtd. d’hit, uat. du départ, du Yar t Draguignan, 1853, io-8% p. 66. 



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— LXXXI — 

3* Des grés et poudingues siliceux. 

Le ciment de ces roches et leurs petits éléments sont seuls siliceux ; 
les gros cailloux roulés sont calcaires et appartiennent aux terrains 
environnants: cale, rouges du lias, cale, blancs et blancs oolitiques 
du bathonien. 

Nous avons remarqué quelques galets de quartz identiques à celui 
qui se trouve dans les gneiss. Les poudingues ont 6 m. d’épaisseur. 

4* Des argiles jaunes avec éboulis : 10 mètres . 

Inutile d’ajouter que ces diverses assises sont privées de fossiles. 

L’aspect du terrain est donc, en petit, celui des argiles rouges des en- 
virons d'Aix , des brèches du Tholonet et des calcaires de Rognac. Les 
argiles rouges des Tuilières avec les dépôts micacés aualogues à ceux 
que signalait Coquand (1) à Cabasse , les poudingues et les calcaires 
siliceux et concrétionnôs , enfin les bauxites font ranger ce dépôt dans 
le garumnien. 

Ce terrain est donc un dernier lambeau, un représentant affaibli de 
cette puissante formation lacustre qui, partant du Languedoc, s’étend 
à travers les Bouches-du-Rhône et le Var jusqu’à Salernes et à Ville- 
croze. Mais il est difficile de se rendre compte, à son seul aspect, de sa 
liaison avec les dépôts du même Âge. On dirait que le terrain des Tui- 
lières s’était formé sur un espace plus étendu, et que les parties prises 
dans la faille ont été seules préservées des érosions. 

Enfin il faut remarquer que les conditions dans lesquelles se rencon- 
tre ici la bauxite , à peu de distance des gneiss de Garron , des grès 
permiens et des porphyres de Pennafort , à côté des grès siliceux et 
d’abondants dépôts micacés, pourront être invoquées par ceux qui at- 
tribuent la formation de cette roche au lavage des terrains plus anciens 
que le muscbelkalk et particulièrement des grès permiens. 

L'ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

Lu et adopté dans la séance du 1* février. 



(1 ) Mnli. Soc.jéol. 4e France 3 : 1. t. XXYI1I. p. 114. 



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LXXXII — 



SÉANCE DU l" FÉVRIER 1887. 



Présidence de M. Aimable Lombard, vice-président 



Étaient présente : 

$ . . • . 

MM. Azam (Joseph), Dozç, Gilbert (Joseph), Imbert, Issartier, de 
Lacouture, Latil, Lombard (Aimable), Mireur,. Patin, Poulle, 
Segond, Sivan et Vial. . 

Lecture du procès-verbal de la séance du 11 janvier, qui eôt adopté. 

M. le Président prononce les paroles suivantes : ' 

« Un de nos membres titulaires, M. Touzé, juge au tribunal de Dra 
guignan, a été nommé à Toulon ; nous le conservons comme t» ombre 
correspondant. % 

« Nous avons perdu un de nos fondateurs, le colonel Gazan, né à 
Antibes en 1792; ses études remontent à des temps éloignés de nous : 
il entra à l’École polytechnique en 1810. En décembre 1852 il demandait 
sa retraite et revenait au gite, après avoir combattu à Lutzen, Bautzen, 
Leipzig, Hanau. Il était chevalier de Saint- Louis et commandeur de ta 
Légion d’honneur. 

« Si l’on peut mêler une anecdote À cet évènement, je dirai qu’il ée 
promenait à cheval aux environs de Cannes lorsque l’Empereur débar- 
qua de l'ile d'Elbe. L'Empereur voulait le charger d’une mission pour 
son oncle, le général Gazan. Le capitaine qui avait fait son devoir, 
même à Leipsig, au milieu de tant de défections, répondit qu’il ! ne 
savait pas où était son oncle. La légende ajoute même que l’Empereur 
lui emprunta son cheval. ; . . ,, . t 

« C’était un collaborateur précieux, aux connaissances étendues et 
variées; il nous a donné des articles d’épigraphie et de numismatique; 
il aurait fait plus encore. . . 

« Conseiller général dans les Alpes-Maritimes et chez nous avant 
l’annexion, il assistait alors à nos séances. 

« Il est de ceux que la mort ne saurait emporter tout entiers; il vivra 
longtemps parmi nous par le bon souvenir et les travaux qu’il noua 
laisse; il vit môme en quelque sorte pour la Société, podr laquelle il a 



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LXXXIII 



travaillé jusqu'au dernier moment. Nous recevons à l'instant une bro- 
chure de lui; nous l'avons vu dans nos derniers procès-verbaux et 
nous le reverrons plusieurs fois dans notre prochain bulletin. » 

M. le Président dépose en môme temps sur le bureau l'exemplaire 
offert par feu le colonel Gazan et M. le docteur Mougins de Roquefort 
d'une Découverte dans la paroisse d'Antibes de trois autels primitifs 
chrétien élevés sur monuments romains; Caen , 1886. 

La Société tout entière s'associe aux regrets exprimés par son pré- 
sident, et vote des remerciraents à M. Mougins de Roquefort. 

Communication des réponses de V Académie de Rouen et des Sociétés 
archéologique de Bordeaux , malacologique de Bruxelles, historique et 
archéologique de Château-Thierry , archéologique du Midi de la 
France , acceptant unanimement les propositions d'échange qui leur 
ont été adressées. 

La Société est heureuse de cette extension de ses relations et de 
l’utile accroissement qui en résultera pour les collections de sa 
bibliothèque. 

La parole est ensuite donnée à M. le docteur Doze pour la commu- 
nication suivante : 

M. le docteur Doze expose à la réunion l'état actuel de la science 
microbienne. 

Ce nom de Microbes a été introduit dans la science en 1878 par 
Sédillot. Le vulgaire y comprend volontiers tous les organismes infi- 
niment petits et parasitaires. Mais on réserve plus spécialement ce 
nom aux organismes connus déjà sous le nom de Bactéries , tout en 
étudiant, à côté, des organismes inférieurs, tels que les moisissures, les 
levûres, les ac ti nom yces, etc. .., dont la recherche intéresse à plus 
d'un titre la santé et môme la vie des hommes et des animaux. 

Les microbes proprment dits sont donc les Bactéries ou Schyzomy - 
cètes , ce dernier nom faisant allusion à leur mode de reproduction 
par division ou scissiparité. Ils font partie de ce quatrième règne de la 
nature, régne des Protistes, comprenant tous les organismes qui, soit 
en réalité, soit par suite de l’imperfection de nos moyens d’investiga- 
tion, établissent ou paraissent établir une chaîne continue entre le 
règne animal et le règne végétal. 

Le mode le plus général de reproduction des bactéries est la scissi- 
parité. Quelques-uns en outre (le bacille du foin, le bacille du char- 
bon, etc...), produisent, dans certaines conditions de milieu, des 



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LXXXIV 



spores qui, à leur tour, donnent naissance aux bactéries. La rapidité de 
développement, très lente pour quelques-unes (microbe de la lèpre, de 
la tuberculose), est quelquefois très considérable.— Quelques microbes 
on t besoin d’étre en contact avec l'air libre pour prospérer, ils sont 
dits aérobies (Pasteur); d'autres vivent dans l'intérieur des liquides, 
Pasteur les a désignés sous le nom d 'anaérobies; tous demandent pour 
se développer certains milieux contenant du carbone et de l'azote. 
L'eau est pour eux un élément essentiel. La plupart meurent & la tera- 
dérature de l'eau bouillante et môme avant 80*. Ce n'est qu'à l'état de 
spores que leur résistance est extrême (de — 15* à 120*). 

Un certain nombre de substances empêchent le développement des 
bactéries ou les détruisent: l’acide phénique, l'acide salicylique, le 
thymol. Le plus énergique des antiseptiques est le sublimé corrosif, et 
une solution au 300,000 e arrête le développement du bacille du char- 
bon, Bacillus anthracis. 

Après ces renseignements préliminaires, dont on vient de lire le 
résumé, M. le docteur Doze répartit les microbès, suivant la classifi- 
cation artificielle la plus généralement adoptée, en quatre catégories 
suivantes : 

1* Bactéries à forme sphérique : sphèro-bacièries , ou micrococcus. 

2* Bactéries affectant la forme d’un cylindre terminé par une demi 
sphère. Ce sont les micro-bactéries , ou plus simplement les bactéries 
proprement dites. 

3* Bactéries en forme de bâton, ou bacilles, desmo-bactèries. 

4* Bactéries à forme spirale : spirilles ou spiro-bactèries . 

Il passe ensuite en revue ces diverses divisions, sans parler, bien 
entendu, de toutes les espèces connues, œuvre trop longue, dit le confé- 
rencier, tant est grand le nombre de ces infiniment petits. Ils peuplent 
l’air, l'eau, les divers liquides, les terrains; ils envahissent le corps 
humain. L'homme le mieux portant a sa peau couverte de ces para- 
sites. Une lamelle de verre, appuyée sur une portion de l'enveloppe 
cutanée, se charge de milliers de bactéries. On en trouve dans toutes 
les cavités naturelles du corps. 

§ I. — Miorooooou». — Parmi ces microbes, M. le docteur Doze 
étudie notamment: 1* ceux qui exercent une action chimique spéciale, 
tels que le micrococcus de l'urée qui produit la fermentation ammo- 
niacale de l’urine, le micrococcus qui amène la transformation 
mucoïde du vin, etc. . . ; 

2* Les micrococcus chromogènes (Af. prodigiosus, qui produit la 
neige rouge, le M. aurantiacus , colorant en orangé le blanc d'œuf 



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— LXXXV — 

bouilli, divers autres donnant des colorations couleur de pêche, vineuses, 
rosées, etc.); 

3* Les micrococcus produisant des maladies (le M. de la variole et de 
la vaccine, celui de l’érysipèle, de la diphtérie, de certaines pneumo- 
nies, de la scarlatine, de la fièvre puerpérale, etc..., le Af. ooatus 
qui produit chez les vers-à-soie la pébrine). 

§ II. — Bactérie*. — Citons le Bacierium termo, cause essentielle 
de la putréfaction, le B. lactis, transformant le lait en acide lactique, le 
B . aceti, transformant l’alcool en vinaigre, le B. xanthinum, qui colore 
parfois le lait en jaune; le B . sepiiccmiœ, produisant la septicémie, 
celui du choléra des poules, etc. 

§ III. — Baoillc*. — M. Doze parmi ces derniers cite entre autres, 
le Bacillus subiilis , le B. amylobactcr , qui produit la fermentation du 
fromage ; le B. ruber, produisant certaines couleurs rouges sur les 
matières amidonnées; le B. Syncyanus f faisant passer le lait au bleu; 
le bacille de la fièvre typhoïde, celui de la morve, de la lèpre, du char- 
bon, de la phtisie (B. de Koch), du choléra, etc. 

§ IV. — Spirille» ou •pitobactéric». — Le plus important est le 
Spirilkun Obcrmeyerü, qui, très probablement, est la cause de la fièvre 
intermittente. 

A côté de ces microbes proprement dits, M. le docteur Doze signale 
quelques organismes, tels que les Torula ou Saccaromyces , qui trans- 
forment le sucre en alcool et en acide carbonique ( T . cereoiciœ , 
ferment de la bière, T. ci ni, ferment du jus de raisin, Saccaromyces 
micoderma , produisant le blanc du vin, de la choucroute, de la bière, 
et identique à l'oïdium albicans, vulgairement le Muguet). 

D'autres organismes microscopiques, les Ascomycètes, fournissent 
leur contingent à cette étude. Citons Y Achor ion Shœnleini , qui pro- 
duit le Favus, le Trichophyton tonsurcins, qui produit l'Herpès tonsu- 
rans, le Microsporon Jurfur , produisant le Pityriasis versicolor. 

M. le docteur Doze termine en faisant ressortir l’intérêt de ceô 
études et leur importance au point de vue de la pathologie et de la 
thérapeutique qui fatalement est appelée à entrer dans une voie tou- 
jours plus sûre et plus rationnelle, témoin ce qui se passe pour la 
fièvre jaune, le charbon et la rage. Et n’y a-t-il pas là, ajoute-t-il en 
terminant, de quoi espérer, et est-il interdit d’entrevoir le moment où 
l’homme pourra enrayer les maladies zymotiqucs les plus violentes et 
prolonger désormais sa vie jusqu’à l'heure où l'usure des organes 



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— LXXXVI — 

amènera cette issue fatale à laquelle sont soumis tous les êtres 
organisés? 

(Lu et adopté dans la séance du 1* mars 1887). 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 



SÉANCE DU 1 er MARS 1887. 



Présidence de M. le D r Doze, Président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (Charles), Azam (Joseph) , Jourdan {Joseph), Imbert, 
Issartikr, Latil (Alphonse), Lombard (Aimable), Mireur, 
Segond et Vial. 

A l'ouverture de la séance, M. le Président est heureux de rappeler 
la distinction bien méritée dont vient d'être l'objet M. Aubenas , ré- 
cemment nommé membre correspondant du Ministère de l'Instruction 
Publique pour les travaux historiques, et adresse, au nom de la Société, 
ses félicitations à l'honorable savant, si justement apprécié en haut lieu. 

M. le Président annonce ensuite qu’il vient de recevoir une notice 
nécrologique sur le regretté colonel Gazan. Cette notice est due à la 
plume de M. le docteur Mougins de Roquefort, d'Antibes, ami et col- 
laborateur du défunt. Il est donné lecture à la Société de cet intéres- 
sant travail dont voici un extrait : 

» Alexis-Zacharie-Alexandre-Nicolas GAZAN , colonel d'artille- 
rie en retraite, commandeur de la Légion d'Honneur, officier de l'Ins- 
truction Publique, etc., était né à Antibes, le 7 mars 1792 et tenait, 
par sa famille et ses parents , parmi lesquels les généraux Vial et 
Gazan, à ce que cette ville avait de plus honorable et de plus distingué, 
vers la fin du dernier siècle et sous le premier Empire. 



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LXXXV11 



.« San amour du travail et sa belle intelligence le font repa^rquqr. 
d'abord au petit collège de Callian (Var), fort en vogue à l’époque, et 
d’pù sortent plus tard des sujets distingués. , . 

« U complète ses études au lycée impérial (Louis-le-Grand), au mo- 
ment où se crée l’Uniyersité de France et se réorganise l’instruction 
publique. 11 remporte un prix de physique au Concours général et s’y 
prépare à l’école polytechnique , où il est admis en 1810. 

« Sa vie militaire commence en 1812, qui le voit nommer successi- 
vement sous-lieutenant et lieutenant d’artillerie, au moment où s’ouvre 
la campagne d’Allemagne. 

« En 1813, il prend part aux batailles de Lutzen et de Bautzen qt se 
signale aux trois journées de Leipzig, où sa batterie est la dernière ù 
résister au feu des coalisés , maîtres de toutes les positions. Ce n’est 
pas assex, pour lui, de subir le deuil d’une grande défaite: il voit 
encore tomber sous ses yeux , blessé ù mort , son onçle Vial , général 
de division. 

« Blais, près de Hanau, deux de ses pièces d’artillerie vont rouvrir 
le feu , dans un engagement contre 30,000 Bavarois qui nous ont fait 
défection et que nous écrasons, avant de rentrer en France. 

« Vers la fin de 1813, il est promu capitaine et ne reste pas inactif, 
pendant notre belle campagne de France. 

; « En 1814 , avec la déchéance de Napoléon et le rappel des Bour^ 
bons, il est mis en demi-solde, comme tous ses camarades, et il rentre 
dans sa ville natale. 

« Le 1* mars 1813 , notre capitaine est témoin du débarquement de 
Napoléon au Golfe Jouan, ainsi qu'il le raconte dans une relation dont 
il nous a laissé le manuscrit et qu'il devait livrer à l’impres$iou , à la 
prière de quelques amis. On l’arrête sur la route de Cannes, qui 
doit le ramener chez lui à Antibes. Un camarade de l’école polytech- 
nique, le commandant Larabit , le reconnaît et le fait connaître; le 
général Drouot l’interroge, tente , mais vainement, de l'entraîner qt le 
présente même dans ce but , à l'Empereur. Cependant, la liberté litf 
est rendue, et le général, en lui serrant les mains, se borne à lui dire : 

« Adieu , Monsieur Gazan, j’espère avoir bientôt le plaisir de vous 
« revoir, dans qn temps moins difficile. » — « J’ai prêté serment, je le 
« répète , à un autre Souverain , dit Gazan ; mais , si l’Empereur re- 
« monte sur le trône, je le servirai comme par le passé » t 

« Remis en activité de service , en 1815 , sous la Restauration et le 
gouvernement, de juillet , il est promu successivement chef d'qscadroo,, 
lieutenant-colonel et colonel. C’est durant cette période de temps, favo- 



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r 




LXXXVIII 



rable aux perfectionnements de notre matériel cPartillerie et à ées dé- 
couvertes, qu’on l’appelle, comme directeur et inspecteur, dans diver- 
ses manufactures d’armes, et que ses connaissances théoriques concou- 
rent à l’adoption d’applications pratiques , dans la fabrication des pier- 
res à feu pour les armes portatives , dans le classement des modèles 
perfectionnés au dépôt central , dans l’essai des nouvelles armes à 
percussion et dans la construction des lances de sabre et des cuirasse** 
en acier fondu. 

« En 1848 , à l’avènement de la République , il est directeur de l’ar- 
tillerie à Toulon et investi par intérim du commandement du Var. 

« La manière dont il organise et effectue, en 1849, l’expédition du 
matériel de siège, à Rome , lui vaut, de la part du ministre, les éloges 
les plus mérités. 

« Mais arrive 1851, triste date pour lui ! 11 compte alors 59 ans de 
services , il est le plus ancien colonel de son arme , figure , avec le 
n* 1, sur le tableau d’avancement et il attend , avec confiance, les 
épaulettes de général. Contre toute attente, on les accorde au n*13. 

« Cette préférence , qui ne lui paraît pas justifiée, le fait renoncer à 
sa carrière. La retraite ne lui est accordée que sur sa demande motivée 
et réitérée , et il est rayé des cadres de l’armée. 

» Le voilà rendu à sa ville natale et à la vie civile ; mais l'inaction 
n’est ni dans sa nature , ni dans ses habitudes , et, c’est pendant près 
de trente ans de cette retraite anticipée que ses compatriotes ont pu 
connaître et apprécier, le savant et l’homme de bien *. 

M. Mougins de Roquefort énumère les services rendus à sa ville 
natale et à son canton, par M. Gaz an, successivement membre 
du conseil municipal, de diverses commissions locales et du Conseil 
général. Sa sollicitude s’exerça surtout à l’égard des écoles et du 
collège et lui valut comme récompense la rosette d’officier de l’Ins- 
truction Publique. On n’a pas oublié aussi à Antibes le concours 
dévoué qu’il prêta au colonel de Saint-Quentin pour l’organisation de 
la défense du département. 

« L’Age ne paraissait pas avoir d’action sur lui; seule, une infirmité 
drogressive, la surdité, vient le condamner à une nouvelle retraite, la- 
borieuse et féconde, qu’il a passée dans le commerce de ses livres et ses 
études de prédilection , l’astronomie, l’archéologie et la numismatique. 

« Assidu aux cours d'Arago , pendant son séjour à l'école polytech- 
nique, il s’était passionné déjà pour les opinions de ce savant à l’égard 
de la constitution du soleil. 11 y revient plus tard , et , s’inspirant des 
hypothèses émises sur la nature des taches solaires , par Wollaston , 
Faye, le P. Secchi , Jansen et autres , il conçoit une théorie nouvelle 
pour cette genèse , et il la soumet à l’Académie des sciences en 1873, 



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LXXX1X 



Mais, ce travail , malgré le crédit qu'il rencontre dans la presse et les 
ouvrages spéciaux , tels que le Ciel par Guillemin , où on pourra le 
consulter, est confié, depuis plus de dix ans , aux soins d'une commis- 
sion, dont le rapport toujours promis, est toujours à faire. 

« Espérons que ses amis verront un jour se réaliser le vœu exprimé 
par son épigraphe : Etsi tarda, tandem surgit veritas . 

« Habitant une ville et une région où Grecs et Romains ont laissé 
tant de souvenirs, il s'attache à recueillir et étudier les moindres dé- 
bris de leur civilisation, et son cabinet, cellule d'un chartreux de Fart , 
devient un musée de toutes sortes d'objets antiques dont le sort à venir 
n'est pas encore connu. 

« C'était l’œuvre de prédilection de cet infatigable érudit , notre ini- 
tiateur dans les études archéologiques , et qui, dans divers travaux, a 
bien voulu accepter notre collaboration ». 

M. Mougins de Roquefort fait ensuite remarquer que le colonel Ga- 
zan, en dehors de ses occupations scientifiques et archéologiques , 
trouvait le temps de se livrer à des délassements littéraires , malheu- 
reusement inédits et qui dénotaient chez leur auteur une imagination 
fertile en idées élevées et un cœur plein d'impressions vives et géné- 
reuses. 

« Telle a été la vie du colonel Gazan. Pareil au sage de l’antiquité , 
il pouvait la quitter sans crainte et, le 11 janvier 1887, il rendait son 
âme dans les sentiments de foi qui avaient guidé cette existence si 
bien remplie. 

« C'est avec cette auréole d’euthanasie que s’est éteinte cette bril- 
lante intelligence, « insénescente «jusqu’à la dernière heure, d'après 
l'expression d'un de nos physiologistes (1), qu'a fini cette vigoureuse 
existence , que le temps , les infirmités et la maladie ne semblaient 
avoir respectée, que pour la rendre plus utile à elle et autour d'elle. 

« C'est moins d'un Mortuus est que d’un Vixit, que se composerait 
son épitaphe , si eHe était conçue , à la manière de ces formules funé 
raires antiques, dont nous faisions ensemble l’étude ». 



(I> Lorriat, prof, à la facilté de Montpellier. 



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r 




— XG — 



Liste bibliographique des publications du colonel Gtaz&n (1). 

Numismatique .— Lettre sur quelques médailles romaines (Bulletin de 
la Société d’études. . . de Draguignan, I, 1856-1857 et II, 4868-1859). 

Description de huit médailles grecques appartenant à M. Douhlier , 
président de la Société d'études scientifiques et archéologiques de Dra 
guignan (Ibid. II). 

Monographie du canton d'Antibes (ext. de Y Annuaire des Alpes- 
Maritimes , 1863), in-8*, 23 p., Nice , Charles Chauvin. 

La formation du système solaire (Presse scientifique et industrielle 
des deux mondes , par J. -A. Barrai), 1886, Paris, Ch. Delagrave etC*. 

Inscription tumulaire , en vers léonins , du XIII 9 siècle , à la mémoire 
de M* Robert, évôq. de Gap , en collaboration avec le docteur Mougins 
de Roquefort (Cong. arch. de Paris 1867), in-8*, 15 p. 1870, Antibes , 
J. Marchand. 

Notice sur une pierre tumulaire de Soltiès Pont (Var) (extrait du 
bulletin de la Soc. d’études de Draguignan), 16 pag. avec lith. de la 
pierre, 1873, Antibes, J. Marchand. 

Réfutation de la brochure de M . Rossi , intitulée le Sphinx de Sol- 
uès-Pont (extrait du bulletin de la même Société), in-8* de 17 p., 1874, 
Draguignan, C. et A. Latil. 

Inscription grecque , trouvée à Antibes en Î886, par M. le docteur 
Mougins de Roquefort, en collab. avec ce dernier (ext. du bulletin de 
la Société acad. du Var), avec pl., 1876, Toulon, L. Laurent. 

Les taches solaires , leur nature, leur formation et leur disparition, 
2* édit., in-8* de 32 p., avec pl. 1880, Antibes, J. Marchand. 

Notice sur un autel ancien , trouvé à Antibes , avec pl., in-8* de 11 p., 

1881, Draguignan, C. et A. Latil. 

Notice sur des tombeaux romains du l 9t siècle, découverts à Vallauris 
en 1880, en collaboration avec le docteur Mougins de Roquefort (tom. 
VIII des Annales de la Soc. des lett., sciences et arts des Alp.-Mar.), 

1882, Nice, Malvano-Mignon, Paris, H. Champion, 15, quai Malaquais; 
Notice sur un fragment d'inscription romaine, ou d’un monument dû 

à Tibère , patron du municipe d’Antibes , trouvé dans ses remparts et 
restitué, in-8* de 4 p., avec pl., 1883, Antibes. 



(1) Cette li»te, peit-étre incomplète, renferme ton» te* travaux pibliée b notre eotnaie- 
taaee. D. P. M. de R. 



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— XCI 



Les tours carrées d'Antibes et leurs inscriptions , avec même collabor . 
(Ass. suppl. du Congrès d’Avignon à Fréjus), in-8* de 15 p., avec 
nomb. dessins, 1883, Tours, Paul Bousrez. 

Note sur une inscription latine (F Antibes , mentionnant une prêtresse 
et fiaminique , la seule de cette natiire , avec môme collaboration (ex. 
du bull, monumental de la Soc. d’archéol.), in-8* de 7 p„ aveo dessins, 
1884, Tours, Paul Bousrez. 

Un ossuaire de la paroisse d'Antibes, contenant les restes, l’anneau 
et l’instrument de martyre , probablement de S l -Valère, un de -ses 
évêques , avec même collab. (Gong. arch. de Pamiers 1884), inr8* de 
18 p.. Tours, Paul Bousrez. 

Fragment (F inscription votive , encastré dans la façade principale de 
la paroisse d'Antibes, avec même collabor. (Société d’ôt, de Dragui- 
gnan), in-8* de 7 p., avec pl., 1885, Draguignan , CL et A. LatiL 

Inscription tumulaire grecque, la suite de l’eepèca, trouvée près du 
fort carré d’Antibes , avec même collab. (Soc. d'ét de Draguignan) , 
in-8* de 8 p., avec pl, 1886 , Draguignan), C. et A. LatiL 

Découverte dans la paroisse d'Antibes de trois autels primitifs chré- 
tiens, élevés sur monuments romains, avec même collab. (Cong. arch. 
de Montbrison , 1885, méd. d’arg. coll. aux auteurs), in-8* de 19 p., 
avec pl. 1886, Paris, H. Champion, 15, quai Malaquais; Caen, H. De- 
lesques, 9 et 4, rue Froide ; 

Restitution de l'inscription tumulaire de Dame Sibilte de Toulon , 
XIII* siècle, encastrée dans la cathédrale de S u -Marie de cette ville 
((Cong. arch. de Nantes, 1886), en cours de publicat , même collab. 

Nombreux articl. liU. et scientifiques dans les journaux le Petit An- 
tibois et Y Avenir (F Antibes, 1868-1886; 

En préparation, avec son collab. habituel , une Histoire des Antiqui- 
tés (F Antibes. 

L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 5 avril 1887). 



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XGI1 



SÉANCE DU 5 AVRIL 1887. 



Présidence de M. le docteur Doze, président 



Étaient présents : 

MM. Guide, Jourdan (Joseph), Imbert, Issartier, de Lacouture, 
Latil (Alphonse), Lombard (Aimable), Mireur, Panescorse, 
Patin ,• Segond et Sivan. 

La séance ouverte , après lecture et approbation du procès-verbal de 
la précédente, M. Segond , rapporteur de la Commission chargée d'exa- 
miner les manuscrits déposés au nom de M. Dieulafait au secrétariat 
du Conseil général du Var et gracieusement communiqués par M. le 
Préfet du Var, expose sommairement les travaux de M. Dieulafait 
sur la géologie du département. Il analyse en quelques mots les 
diverses brochures publiées sur cet intéréssant sujet (1), et termine 
en ces termes : 



(1) Bibliographie des études de Dieulafait sur la géologie du Var (parues poar la plupart 
dans le Bit//, de lo Soc. géologique de Fronce ): 

I. — Première note sur les dépôts infraliashues dans le Midi de la Provence. ( Bull , 
II* série, t. xxnt, page 809.) 

9. — Découverte du Ouït dans le Sud-Ouest du département do Var. (Bu//., !!• série, 
t. mu, 1866.) 

3. — Sur Tige des calcaires blancs des environs de Toulon. (Bu//., U* série, t. xxir, 
18€7. 

4. — Sur les calcaires blancs des environs de Toulon. (Bit//., II* série, t. xxvt, 1869.) 

6. — Sir les dolomies de Saint-Hubert. (Bull., U* série, t. xxvu, 1870.) 

6. — Note sur la zone t avicula eoctorta dans le Sud-Est de la France. (Bull., Il* série, 
t. xxiV.) 

7. — Trias provençal. (Bull, de lu Société d’ Elude» de Drognignon, 1869.) 

8. — Zone* avicola contorta et infra-lias dans le Midi de la Frauee b l'Ouest du Rhône. 
Bull. II* série, t. xxvi.) 

9. — Élude sur la zone li avicula cootorla et l’iofra-lias dans le Sud et le Sud- Est de 
la France. 1870. (Ann. de géologie , t. i, Paris, V. Masson.) 

10. — Étude snr les coaches comprises entre la formation jurassique moyenne et la for- 
mation crétacée dans les alpes de Grenoble b la Méditerranée. (Bull. II* série, t. xxvu.) 

II. — Note sur les calcaires b terebratula diphya dans les alpes françaises de Grenoble b 
la Méditerrannée. (Comptes-rendus de l'Acod. des Sciences, t. lui.) 

19. — Note sir l’oolite inférieure, les calcaires b empreintes végétales et les calcaires b 
enlroques dans le Sud* et le Sud-Est delà France. (Bull., II e série, t. zxv.) 



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— XC1II 



« En résumé, les travaux de Dieulafait ont porté sur la partie 
inférieure des terrains calcaires de notre département, et du Sud- 
Est de la Provence. 11 a étudié d’abord le trias dont il a indiqué 
l'étendue géographique et les limites supérieure et inférieure. Puis s es 
travaux ont porté sur le jurassique. Pour les autres étages supé- 
rieurs ou inférieurs à ces deux grands termes de la série géologique, 
Dieulafait parait s’en être rapporté à ses prédécesseurs ou du moins 
il n’a pas publié ses observations originales, abstraction faite de ses 
études de géologie générale sur les roches cristallines et sur les 
minéraux qu’elles contiennent. Mais dans la période jurassique il 
faut distinguer les terrains qui ont attiré particulièrement son atten- 
tion, ce sont le Rhètien, ï (JoUte inférieure, la grande oolite et les 
calcaires blancs sur lesquels se sont élevées tant de. controverses. 
Parmi ces terrains, c’est évidemment la zone à Avicula conforta qui 
a captivé l’attention du géologue. La description de cette zone dans 
toute l’étendue du département et dans les régions voisines est cer- 
tainement l’œuvre la plus considérable de Dieulafait sur la géologie 
du Var. 

* La synthèse des diverses brochures publiées sur ce sujet n’a 
pas été faite. Sur la demande du Conseil général, Dieulafait se mit 
à l’œuvre et la mort l’a surpris au commencement du travail de 
rédaction qu’il allait entreprendre. Le mémoire manuscrit qu’il a 
laissé comprend seulement la description du trias et de l’infra-lias . 
C’est la copie de son étude sur le trias (qui a paru au bulletin de 
notre Société) et — probablement — de sa thèse de doctorat. JLe 
Conseil général du Var auquel le manuscrit a été remis ne peut donc 
en faire usage, car il n’ajoute rien aux observations dont Dieulafait 
a enrichi la science. 

« Quant à la carte annexée aux manuscrits, elle est devenue 
inutile. L’auteur le pensait sans doute ainsi et c’est précisément 
ce qui permet de se rendre compte des hésitations que l’on a 
pu remarquer chez lui. Pendant que Dieulafait se tournait vers des 



13. — Quatrième note snr U zone fc avicnla contorta dans le Sid de la Franee. (Bull., 
Il* série, t. xxv.) 

U. — Description géologique de la région de Toilon. (Bull, de l» Soe. d’ Étude» de 
Droguignên. 1871.) 

15. — Zone li avicnla contorta, son rôle comme soirce aqiifère (Bull. Soe. d 1 Études de 
Drtguiguën, 1807.) 

16. — Analyse sommaire des travail exécités, etc (Toilon, Laurent, 1«71). 



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XCIV 



études de géologie chimique pleines d’intérêt, le Service de la carte 
géologique de France commençait dans notre département l'exécution 
de la carte au 80,000 e . Les conclusions du professeur de la Faculté 
de Marseille frirent en partie acceptées et en partie modifiées par 
les savants ingénieurs de ce service. La division du travail, qui est 
fait par feuilles de la carte d’état-major , la compétence de ceux qui 
sont chargés de cette tâche, ont permis d'arriver à une exactitude que 
ne pouvait atteindre une seule personne. Devant les résultats obtenus, 
Dieulafait devait se considérer comme surpassé. Et, dans le cas où 
il aurait voulu entreprendre une synthèse, il était obligé, ou bien 
de laisser de côté des travaux importants dont il connaissait les 
résultats avant leur publication, eu bien de s'approprier des obser- 
vations qui ne lui étaient pas personnelles* 

« Enfin, sans avoir à décider si Dieulafait a rempli les obligations 
qu'il a contractées vis-à-vis du Conseil général, qu'il nous soit permis 
de prendre la défense de notre regretté collègue, un des collabora- 
teurs les plus distingués de notre Bulletin. Le bienveillant encou- 
ragement que l’assemblée départementale a accordé au professeur 
du lycée de Toulon l’a aidé à conquérir une chaire de Faculté qu'il 
a su bien remplir. Ce résultat est suffisant et le Conseil général l'a 
compris lorsqu'on 1875 (1) il a exprimé au savant sa « gratitude et 
sa haute estime. * 11 ne faut pas revenir sur cette opinion et il est 
bon de déclarer que le léger sacrifice que l'on s’est imposé a été 
une juste compensation des dépenses faites par Dieulafait pour 
parcourir un département qu'il a en partie décrit, et que si l’exposé 
et la carte qui avaient été promis n'ont pas été terminés, ses 
publications antérieures assurent néanmoins à Dieulafait une place 
honorable dans l’histoire de la géologie du Var. » 

L'ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 3 mai 1887). 



(1) Séanee do llaoflt 1175. 



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SÉANCE DU 3 MAI 1887. 



Présidence de M. le docteur Doze, Président. 



Étaient présents : 

MM. Azam (Charles), Doze , Issartier , Jourdan ( Émile ), Jourdan 
(Joseph), Lacouturi (de), Latil, Lombard (Aimable), Mireur, 
Patin, Panescorse, Segond, Sivan et Vial. 

La séance ayant été ouverte, le procès-verbal de la précédente 
(5 avril) est lu et adopté. 

Sur la proposition de MM. Doze et Joseph Jourdan , sont nommés 
membres titulaires , 

MM. Dor , secrétaire général de la C Ir du Sud. 

Chiris , commis principal de la direction des Postes. 

De Picamilh, substitut du Procureur de la République* 

Ouvrages et objets divers offerts à la Société : 

Mouans-Sarioux , étude historique par M. Sénéquier, juge de paix 
à Grasse, membre correspondant de la Société, couronnée aux con- 
cours du centenaire de la réunion de la Provence. 

Une série d’échantillons de minéralogie et de paléontologie ; une 
collection d’objets divers ressortant surtout de l’histoire naturelle et 
provenant de nos diverses colonies , le tout offert par la famille de 
feu M. Jourdan , ancien agent- voyer en chef. 

Des remerciments sont votés aux donateurs. 

La parole est ensuite donnée à M. Patin pour la lecture de la suite 
de son travail sur le Comité de surveillance révolutionnaire de Dragui- 
gnan. 

M. Patin raconte la formation de ce comité et fait connaître ses pre- 
miers actes. Le 8 mai 1794, le comité est constitué ; un local est mis à 
sa disposition: le 1" étage de la maison Villeneuve, occupée aujour- 
d’hui par l’école municipale de filles. 

De nombreuses arrestations ont lieu. M. Patin en fournit le détail , 
ainsi que les circonstances les plus intéressantes. 

L'exposé de ces actes s’arrête en mars 1794 , époque où la conspira- 






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XCVI 



tion des Hébertistes produit son contre-coup dans la province et spé- 
cialement dans notre comité. 

De mars à juillet 94 , le comité de surveillance eut à résister à la 
contre-révolution qui éclatait de toutes parts. 

Le centre des contre-révolutionaires était l’assemblée patriotique 
qui, sans caractère légal, se réunissait à Draguignan depuis 89. appré- 
ciant et discutant les actes des pouvoirs publics. 

Le comité de surveillance résiste à ces tentatives des « modérés » et 
finit par les comprimer. 

Les principaux meneurs sont poursuivis et arrêtés : ce sont les cito- 
yens Troin, tourneur > Dominique Muraire y avoué ; Laplane , juge au 
tribunal du district; le. gendarme Long et quelques autres. . 

Ces faits nous conduisent jusqu’au 9 thermidor, date à laquelle 
s’ouvre une nouvelle période pour l’histoire de notre comité. 

M. Mireur lit ensuite l’introduction d'une Notice historique de la 
Sénéchaussée de Draguignan . 

Ce travail fait connaître la révolution qu’opéra au XVI* siècle , dans 
la vieille ville du moyen âge, la création d’un des sièges les plus impor- 
tants delà province par détendue exceptionnelle de son ressort. Mou- 
vement des constructions , extension du périmètre , accroissement ra- 
pide de la population , sur laquelle l’auteur donne quelques détails iné- 
dits, érection de l’église en collégiale, création d'un collège, dépla- 
cement de l’ancien hôpital Saint-Jacques, tous ces progrès matériels 
ou moraux s’enchaînent et se rattachent au même évènement. Bien 
plus grande encore devait être son influènce sur notre avenir. 

« J'en ai dit assez, trop peut-être, conclut M. Mireur, pour montrer 
que le tribunal du Sénéchal a été de tous nos établissements de l’ancien 
régime de beaucoup le plus considérable et par son importance propre 
et par l’action décisive qu'il eut sur notre développement matériel et 
moral, et par la place de premier ordre qu’il tient dans notre passé et 
enfin par ses conséquences sur notre avenir. 

« Sous ce dernier rapport, il concourut puissamment par le rayon 
nement de notre petite influence au dehors, par le maintien de nos 
relations avec tout l’ancien comté de Fréjus, par la cohésion des in- 
térêts de cette vaste région groupée autour de notre centre, à préparer 
les voies à notre avènement comme chef-lieu administratif, qui ne fut 
qu'une tardive, mais légitime restitution. 

« Et à cet égard encore , si Draguignan se trouva prêt , à l'heure de 
la réorganisation des circonscriptions judiciaires pour ses nouvelles 



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— xcvii 



destinées , si la cour d’assises notamment y fut comme chez elle , 
pourvue d’un barreau exercé déjà et bientôt l’un des plus brillants du 
ressort , ne dut-on pas en rendre grâce à la lointaine fondation du roi 
François I", d'heureuse mémoire ? 



« En résumé, le palais fut pour les anciennes générations le principal 
foyer de vie intellectuelle , l’école des mœurs publiques, des talents et 
des caractères, la source de la fortune et de la considération des fa- 
milles de la bourgeoisie dont la plupart grandirent sous la toge , en 
même temps que la source de notre prospérité locale et de notre 
modeste prééminence. Il nous a donné nos deux députés du Tiers aux 
Etats généraux, parmi lesquels le premier président Muraire, c’est-à- 
dire, notre plus haute illustration. La Sénéchaussée est vraiment pour 
les trois derniers siècles le pivôt de toute l’histoire de Draguignan ». 

L’ordre du jour étant épuisé , la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 8 novembre 1887). 



SÉANCE DU 15 NOVEMBRE 1887. 



Présidence de M. le docteur Doze, président 



Étaient présents : 

MM. Azam (Charles), Dor , D r Doze, Guide, Latil (Alphonse), 
Lombard (Aimable), Mireur, Panescorse, Patin, Picamilh (de), 
Segond et S ivan. 

La séance ouverte, il est donné lecture du procès-verbal de la précé- 
dente (3 mai) , qui est adopté sans observations 
M. le Président souhaite la bienvenue à M. Dor et de Picamilh, 
membres titulaires , et exprime les regrets unanimes qu'a causés le 
départ deM. Emile Jourdan, actuellement professeur au lycée de Nice. 

M. Jourdan continuera à faire partie, comme non résidant de notre 
Société où restera le souvenir de son concours dévoué et de ses très 
sympathiques relations. 



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XCVIII 



Sont nommés membres titulaires : 

MM. Alexandre Astier, avocat; 

Cappon , ingénieur de la Cie des chemins de fer du Sud , mena 
bre de l’académie de la Rochelle. 

Présentés par MM. Doze et Mirour. 

Bernardini, licencié en droit, professeur au collège, 

Présenté par MM. Doze et Patin ; 

Membre associé : 

M. Télenne, conseiller général, 

Présenté par MM. Doze et Mireur; 

Membres correspondants : 

Gleyse , juge de paix a Aups , 

Présenté par MM. de Picamilh et Jourdan ; 

Pierre Garcin , avocat, hommes de lettres à Marseille , 

Présenté par MM. Panescorse et Patin. 

Ouvrages reçus : 

Mélanges historiques , 8 vol. 

Bibliographie des Sociétés suçantes , 4 vol. 

Annales du musée Guùnet , t. X. 

Envoyés par le gouvernement , 

3 brochures de M. Gustave Marty, de l’Ariège. 

Note sur une sépulture mègalythique par M. Lombard Dumas. 

Dépôt et remcrciments. 

Dépôt par M. Panescorse d’échantillons d’araphibolite lamelleuse 
granité à gros éléments , et destinés au musée de géologie. 

♦ 

Communication par M. le Président d’une Note de M. de Geoffroy, 
membre associé, sur la décou verte de sépultures gallo-romaines au Muy. 
Renvoyé au comité de rédaction. 

Communication de M. Segond sur la récente découverte d’une sé- 
pulture gallo-romaine , dans la tranchée du chemin de fer du Sud à 
Draguignan , quartier de Sainte-Cile, propriété Augier. 

Cette sépulture , aussitôt détruite, était formée de tuiles à rebords 
dont un seul débris a été sauvé par M. Ardisson , propriétaire du voi- 
sinage. Elle contenait des fragments d’ossements , et quelques débris 
de cuivre, pouvant provenir d’un effet d’habillement ou d’équipement. 

Il n’est pas inutile de remarquer que le point de cette découverte 
n’est qu’à 150 ou 200* environ du chemin dit de Saint-Joseph , qui 
parait être l’ancienne voie conduisant par une bifurcation à Largues 
et à Flayosc. 



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XC1X 



M. Mireur signale à l’attention de la Société l’existence dans les en- 
virons de deux enceintes appartenant au même système de défense et 
probablement aussi à la même époque que celles explorées déjà sur 
divers points du territoire de notre ville. Il dépose sur le bureau quel- 
ques débris de poterie qu’il y a recueillis , présentant entre eux une 
très grande analogie et les caractères communs aux poteries de la 
période celtique. 

1 # Camp de l’ancienne ville dite des Mures , au quartier de Candelon 
[Camp de long ?], dans le territoire de Salernes et sur la limite de celui 
de Villecroze (mentionné par M. de Bonstetten, dans sa Carte archéo- 
logique du Var ). — Il est situé sur un plateau fortement incliné vers 
sud-est, est protégé au nord-ouest par des rochers à pic et se compose 
d’un mur intérieur en pierres sèches de 2" environ de largeur, dessinant 
un parallélogramme allongé du nord-ouest au sud-est. Une seule ligne 
suffisait à la défense du côté de la falaise à pic; du côté opposé, au con- 
traire, par où on y accédait de Villecroze, on compte 4 lignes parallèles 
diversement distantes l’une de l’autre , savoir : la 1" de la 2*, de 80 ■; 
la 2" de la 3*, de 19"; de la 3* à la 4*, 15"; et de la 4 e à la 5% de 100" en- 
viron L’intérieur du camp ne mesure pas moins de 112" approximati- 
vement de largeur, sa longueur est bien plus étendue. 

Ce camp n’est pas seulement intéressant par le nombre de ses en- 
ceintes , il l’est aussi par ses dimensions peu communes. 

2* Camp de Piol à Callas. Situé sur un plateau très élevé , au nord- 
ouest de Callas , par où on y accède , en suivant un certain temps 
l’ancien chemin de Favas , large et pavé , sur lequel se rencontrent 
quelques tessons de poterie d’apparence gallo-romaine; domine à pic, 
à l'ouest , le vallon de Maussan et n’a qu’une enceinte de ce côté où il 
est défendu par le précipice et quelques bancs de rochers. 

Du côté opposé , très accessible , se développent deux grands murs 
parallèles, à l’origine de 4 à 5" d'épaisseur , aujourd’hui presque entiè- 
rement écroulés, indépendamment d’une série d’autres moins impor- 
tants qui sont encore apparents sur certains points et constituaient 
autant de lignes de défense. 

Dans l'intérieur de l’enceinte , divers entassements de pierres et 
peut-être des traces de divisions , notamment vers nord-est; débris de 
poterie de diverses époques et dans les environs morceaux de porphyre 
pouvant provenir de meules portatives. 

Cette enceinte, beaucoup moins vaste que celle des Mures, se rap- 
procherait comme proportions de celles de Draguignan avec lesquelles 
elle devait correspondre par l’intermédiaire du camp du Piol de Saint 
Biaise à Figanières que la Société se propose d’aller explorer. 



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La parole est ensuite donnée à M. Patin pour la lecture de la suite 
de son étude sur les Comités de surveillance révolutionnaires. 

Cette communication ayant épuisé l’ordre du jour, la séance est levée 

Lu et adopté dans la séance du 20 décembre 1387. 



SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE 1887. 



Présidence de M. le D r Doze, Président. 



Étaient présents : 

MM. Balp, Cappon, Dor, Doze, Chiris, Guide, Jourdan, Issartier , 
Latil, Lombard , Mïreur , Patin, Segond, Sivan et Vjal. 

Ouverture de la séance et lecture et adoption du procès-verbal de la 
précédente. 

M. le Président présente aux suffrages de la Société , comme mem- 
bres résidants, MM. Dagan, professeur de rhétorique au collège et M. 
Dauphin , professeur de 4 e , proposés par MM. Mireur et Patin, et M. 
Bernés, juge au tribunal, proposé par MM. Guide et Jourdan. 

Accepté à l’unanimité. 

Don : de deux supports en poterie de vases apodes (époque gallo- 
romaine), trouvés h C’ivaillon , offerts par M. Henri Paul , préfet du 
Var; 

D'une hache celtique en serpentine, trouvée à Chdteaudouble parM. 
Anthoine, instituteur et secrétaire de la mairie de cette commune ; 
donnée par M. Mireur. 

Publications offertes par leurs auteurs : 

Un peintre basalpins oublié , par G. Aubin. 

Les assemblées de pat'oisscs à Mcu'ans , avant 1789 , par M. Cappon. 
La couche de cendres de Narans , par le même. 

Remereiments à tous les donateurs. 

M. Cappon signale à l'attention de la Société la publication d’un re- 



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marqu&ble ouvrage de M. Musset, archiviste de la Rochelle, sur les 
Faïenceries rockelaises dont il fait ressortir l’importance et aussi l'in- 
térét spécial pour le Yar au point de vue des faiences de Varages. 

M. Mireur fait la communication suivante : 

Le 31 août dernier, des ouvriers creusant des trous pour plantation 
d'arbres sur la route nationale n # 7, à la limite du département , dans 
le territoire de Pourrières, ont mis au jour, au point kilom. n° 1 k. 2, 
presque en face de la Petite-Pugère , sur la porte de laquelle se lit en- 
core Hostel de Paris , une sépulture gallo-romaine. 

Cette sépulture, enfouie à un mètre environ de profondeur, se com- 
posait de briques à rebord entourant un cercueil en plomb de 0" 53 de 
longueur sur 0, 37de largeur etO" 3 d épaisseur, mal fermé par un cou- 
vercle du même métal , non soudé et dont les bords étaient repliés de 
façon à ce qu’il s’emboitét sur le coffre. Ce couvercle était maintenu, 
en outre, par deux morceaux de fer formant cornière. 

L’intérieur contenait, mélangé à une grande quantité de terre qui s'y 
était infiltrée à la longue par les fissures : 

1* Des ossements humains ; 

2° Une ampulia d'un verré très mince (1); 

3* Une lampe en poterie portant en relief la signature Vibiani. 

L 'ampulia a été malheureusement brisée par les ouvriers et le cer- 
cueil mis en pièce pour être vendu. On a pu cependant en sauver les 
morceaux, au nombre de 10, pesant212kil*, mais trop fragmentés pour 
qu’il soit possible de le reconstituer, et n’offrant d’ailleurs aucune 
trace d’inscription ni même de dessin. Ancune marque non plus sur 
les briques à rebord. 

Les débris de plomb ayant une certaine valeur vénale et n’ayant pas 
de valeur archéologique seront probablement vendus au profit de l’Etat. 
Quand à la lampe , elle sera réservée pour le Musée du chef-lieu et les 
briques resteront à la mairie de Pourriôres. 

A 16" de cette sépulture, on en a rencontré une autre , formée par 
quatre briques creuses assemblées et qui avait dû être fouillée et dé- 
truite en partie lors delà construction de la route. 

Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que le tombeau dont il 
s’agit était situé à 150" environ des ruines de l’arc de triomphe de Ma- 
rius, sur les bords de l’Arc, et non loin de la voie aurélienne, sinon sur 
cette voie elle-même. 



(1) Uoe antre « mpulla serait conservée, noos dit-on , dans ta ferme de la Pctite-Pugcre 
ouïe fermier actuel l'a toujours voe. 



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Cil 



M. Cappon, communique le résultat, assez inattendu , de ses premiè- 
res recherches sur les faïenceries de Varages , aux XVII* et XVIII* 
siècles. 

M. Cappon pense qu'il n'est pas sans intérêt de dire comment il a 
été amené à faire ces recherches locales , les premières croit-il , et 
raconte qu'au XVIII* siècle, un peintre en faïence Varageais de quelque 
valeur, vint s'établir à la Rochelle , en Aunis, et y prit bientôt la direc- 
tion de la fabrication d'une manufacture.-— Jean-Marie Bayol , aidé de 
l'un de ses frères qui vint bientôt le rejoindre, donna une vigoureuse 
impulsion à l’industrie céramique Rochelaise. 

Les procédés particuliers et les divers genres de décors , employés 
par J.-M. Bayol à la manufacture de la Rochelle , étaient de ceux 
qualifiés jusqu'ici sous le nom de « Genre Moustiers », « genre Marseil- 
lais »; il semblait donc intéressant de rechercher quel était le genre 
adopté dans la fabrication varageaise que représentait J.-M. Bayol. 

Varages et ses produits céramiques n'ont pas encore fait l'objet d'é- 
tudes sérieuses et approfondies. C'est à peine si quelques lignes, 
toujours les mêmes, lui sont consacrées dans les ouvrages spéciaux 
traitant de céramique. 

Pour Sèvres même, Varages est à peu près inconnu. 

Varages a été englobé, comme centre de fabrication, dans cet ensem- 
ble de manufactures provençales signalées en 1863 par M. Davillier , 
mais que, Moustiers excepté, il n'a pas pris le soin d'étudier isolément. 

Le baron Davillier, inventeur de Moustiers , a certainement écrit en 
1863, sur les faïenciers et les faïences de Moustiers, tout ce que l'on en 
sait encore aujourd'hui. 

Car, il faut bien en convenir : malgré les publications plus récentes 
de MM. J.-E. Doste, Gorde et de Berluc-Perussis, aucun renseigne- 
ment nouveau n'est venu s'ajouter à ceux déjà donnés par le collec- 
tionneur et l’érudit heureux et habile , qui avait su si bien et en si peu 
de temps, arrêter les grandes lignes caractéristiques du genre de fa- 
brication artistique qu'il venait de découvrir. 

Enfin il lui donna un nom , « le genre Moustiers ». Ce gènre est resté 
immuable depuis lors , et, sous cette étiquette assez large, on a classé 
une foule de produits , non marqués , non signés , mais portant assu- 
rément les caractères du « genre Moustiers », tel qu'il l'avait défini. 

M. Cappon pense qu’il faudra opérer bientôt un partage par suite de 
l'attribution que l’on sera forcé de faire à Varages, d'un certain nombre 
de pièces classées jusqu’ici parmi les produits de Moustiers. 

M. Cappon amené , comme il l'a dit, à faire quelques recherches au 



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— cm — 

sujet de J.-M. Bayoi , constata, non sans étonnement , l’existence de 
très nombreuses manufactures à Varages , vers le milieu du XVIII* 
siècle, et la présence d’une quantité relativement considérable de pein- 
tres , sculpteurs, mouleurs, tourneurs, etc. 

Ce modeste bourg , dont il est si peu parlé dans les ouvrages spé- 
ciaux, avait donc eu sa période de prospérité industrielle et artistique t 

L'histoire de Moustiers et de ses produits céramiques est tout entière 
dans celle des Clerissy. M. Davillier, après avoir suivi les divers mem- 
bres de cette famille , s’illustrant par leur art de terre, a grand soin 
de les présenter au lecteur, comme les fondateurs de ce centre impor- 
tant et perfectionnant chaque jour leurs produits. Industriels aussi heu- 
reux qu’artistes habiles, ils arrivent enfin à la fortune et aux honneurs; 
puis ils passent la main à Oléry.— Le genre Moustiers était créé. 

Or , dit M. Cappon , il résulte de mes premières recherches , que 
Varages a eu pour premier faïencier , sinon un Clerissy , un des Cle- 
rissy de Moustiers, mais bien un de leurs élèves « Estienne Armand », 
né à Varages le 21 août 1674. 

Étienne Armand, « maïstre pintre faïensier », dut installer son usine 
dans le courant de 1694; car, au commencement de l’année 1695, il avait 
déjà allumé ses feux et commencé la fabrication de produits similaires 
à ceux de Moustiers. 

M. Paul Arbaud, d’Aix , possède un plat sur lequel on lit : Fait par 
moi E. Armand . à Varages , 1698 . — Ce plat présente tous les ca- 
ractères des faïences de Moustiers. 

Mais voici que, le 23 novembre 1695, Joseph Clérissy et Honoré Cle- 
rissy, neveux du premier des Clérissy de Moustiers, viennent s’installer 
à Varages ; quelques années plus tard un autre Clérissy, Jean-Baptiste, 
frère des précédents , laisse Moustiers et rejoint ses deux frères, déjà 
fabricants prospères et estimés de Varages. 

L’histoire des Clérissy de Varages est pour le moins aussi intéres- 
sante que celle des Clérissy de Moustiers , affirme M. Cappon. C’est 
aussi autour de leur nom et de leurs manufactures que viennent gra 
viter tous les nouveaux fabricants, et ils furent nombreux. 

M. Cappon pense qu’il y a lieu de tenir grand compte de ce fait : les 
Clérissy de Moustiers , appelés sans doute par Armand , créant les 
faïenceries de Varages environ dix ans seulement après que le premier 
des Clerissy eut fondé celles de Moustiers et y continuant à coup 
sûr les traditions de Moustiers. 

Tout semble donc jusqu'ici prouver que Varages développa son 
industrie céramique parallèlement à celle de Moustiers ; y apportant 



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— CIV — 

les perfectionnements, les modifications de forme , de couleur, de des- 
sin, réclamées par la mode, alors comme aujourd’hui si changeante, si 
variable. — Et Varages y réussissait aussi bien que sa rivale; autre- 
ment on ne s’expliquerait pas le nombre toujours croissant des manu- 
factures, le nombre toujours plus grand des peintres venus de tous les 
points de la France, appelés par des faïenciers intelligents et avisés. 

Varages a fait le genre Moustiers , sous toutes ses formes : le ca- 
maïeu bleu à dessins tirés des estampes italiennes , aussi bien que le 
décor Berain, Boulle et Torro. Varages a fait les grotesques en poly- 
chrome, puis le genre Pompadour, puis la faïence imitation de Chine ; 
Varages a employé , le moment venu , les couleurs violentes que l’on 
attribue à Marseille, puis il a fait les Strasbourg avec « Jleurs naturel- 
les », la faïence jaune , et enfin et surtout le « genre Varages », le 
seul qu’on ne lui dénie pas aujourd’hui , représenté par la faïence 
commune. 

Varages, assure M. Cappon, a eu, pendant les trois derniers quarts 
du XVIII* siècle , une vie céramique industrielle énorme. — Le sou- 
venir s'en est à peu près effacé dans le pays. — M. Davilliers ne l’a 
pas soupçonné, et Varages se trouve encore entouré d’une ombre 
mystérieuse, épaisse et profonde ; mais la lumière se fera sur ce passé 
artistique et industriel. 

M. Cappon ajoute qu’il n’ignore point combien il est difficile d’ex- 
tirper l'erreur, combien il faut de temps pour qu’une opinion se subs- 
titue à une autre; aussi déclare-t-il ne se faire aucune illusion sur le 
sort réservé tout d’abord à la publication de ses modestes recherches. 

Varages lui apparaît comme la rivale de Moustiers : — beaucoup 
de Moustiers, pense-t-il, sont tout simplement des Varages. — Mais 
lorsqu’il aura fait paraître la monographie céramique de Varages , 
M. Cappon ne doute pas que la lumière ne se fasse peu à peu. L’on 
verra alors combien le « genre Moustiers » doit à Varages, en répu- 
tation et en succès auprès des amateurs , des curieux et même des 
simples collectionneurs. 

L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée. 

(Lu et adopté dans la séance du 10 janvier 1888). 



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DEUXIÈME PARTIE. 



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MONNAIES 

I 

FÉODALES FRANÇAISES (1) 

PAR M. E. CARON , 

VICE-PRESIDENT DB LA SOCIÉTÉ FRANÇAIS B DB NUMISMATIQUE ET b’ ARCBE oLOGIR . 



RÉSUMÉ ANALYTIQUE 

PAR M. LOUIS BLANCARD , 

CORRESPONDANT DB L'iNSTITUT , MBMBRE HONORAIRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE 
DB NUMISMATIQUE ET D’ARCHEOLOGIE. 



M. Caron ^a terminé la publication de ses Monnaies féodales 
françaises; l’Institut les a couronnées et elles se trouvent aujour- 
d’hui dans les mains de tous ceux qui possèdent le grand ou- 
vrage dont elles sont le supplément, les Monnaies féodales de 
France . Conçue et exécutée dans le même esprit et par les mêmes 
procédés que celle de M. Poey d’Avant , l’œuvre de M. Caron en 
a les qualités et les imperfections; on y trouve une constante 
impartialité d’appréciation sous une forme qui n’est jamais 
acerbe, la recherche consciencieuse relevée par l’observation 
personnelle, le dédain du parti pris et une connaissance appro- 
fondie des types féodaux. Ce ne sont pas là des mérites ordi- 
naires. 

M. Caron suit pas à pas Poey d’Avant; outre qu’il le met à 



(l) Paris, 1882-81 , in-1® avec pl. 






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MONNAIES 



jour, il ne néglige aucune occasion de le rectifier, et soude , par 
ses corrections , chaque page de son livre à celui de son devan- 
cier, sans que les erreurs de celui-ci, relativement peu nombreu- 
ses, lui voilent ce que la science , ce que lui-même doivent à ce 
savant regretté. 

Fillon avait eu le projet qu’a exécuté M. Caron. On doit savoir 
gré à l’ami, l’inspirateur , le conseiller de Poey d’ Avant, d’avoir 
facilité un travail qu’il ne pouvait faire de sa personne et de s’être 
dessaisi dans cette vue des dessins qu’il avait recueillis. Du reste, 
il n’y a pas d’auteur à qui M. Caron ait pu emprunter davantage, 
car il n’en est pas qui ait eu plu* large envergure; certainement 
son ingéniosité ne valait pas la pénétration de Longpérier, mais 
elle lui a donné la clé de bien des problèmes. Longpérier est le 
maître que M. Caron préfère. Après lui et Fillon, c’est à M. A. 
de Barthélemy que M. Caron doit le plus. Saulcy,M. Robert, au 
jugement prompt et sûr; M. Maxe Werly, actif et sagace; le 
regretté Gariel dont la collection était si libéralement ouverte ; 
M. Hucher , digne collaborateur de Saulcy et de M. de Barthé- 
lemy; Man tell ier, économiste distingué; MM. de Soultrait, 
Deschamps de Pas , Buhot de Kersers , Chauffier , Lalanne , 
Léon Lacroix, qui ont fait sensiblement progresser la nu- 
mismatique de leurs provinces ; MM. Serrure , père et fils , au 
nom cher à la science; Dewismes, Lecointre-Dupont, qui ont mé- 
rité d’être loués par Longpérier ; Charvet; le comte Grimoard 
de Longpérier, qui a su faire honneur à son illustre nom ; MM. 
Récamier, Deloche, Dancoisne, Chassaing, H. de Gourgues, 
Morin-Pons, Vallier , Blancard ; MM. Laugier et Roman, qui se 
recommandent par l’habileté désintéressée de leur crayon autant 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



5 



leurs connaissances ; Carpentin ; Heiss et Promis, aussi célèbres 
de ce côté qu’au delà des Pyrénées et des Alpes ; M. Chabouillet, 
aussi considéré au-delà des monts que de ce côté; tels sont les 
auteurs des principaux ouvrages et mémoires où M. Caron a 
puisé, avec autorité, une part de son livre. L’autre part, ou il l’a 
tirée de ses propres et savantes dissertations , publiées dans 
Y Annuaire et les Mélanges , ou il l’a rédigée spécialement sous 
forme— selon les cas — historique, critique, descriptive, portion* 
précieuse de l’œuvre puisqu’elle contient l’inédit, en types et 
surtout en notions. 

Le plan suivi par M. Caron est calqué sur celui de Poey 
d* Avant. 

C’est par le Duché de France que débute le livre. Voici d’abord 
trois variétés d’une pièce portant le nom de Hugues. Est-ce Hu- 
gues le Grand ou Hugues Capet? Faut-il y lire Dux Frecorum 
avec M. Caron , Dux Frecorum et cornes (comte de Paris) avec 
M. de Barthélemy ? Dans le champ d’une 4 ma pièce on voit E et R 
en monogramme, que l’auteur traduit par Frecorum ; ces lettres 
n’ont-elles pas pour objet de faire que la pièce ne soit pas ano- 
nyme? A propos de Corbeil qui suit , M. Caron fait remarquer 
que l’attribution par Fillon à cette ville du denier de Bouchard 
n’est rien moins que sûre , attendu qu’elle ne repose que sur 
l’interprétation des lettres C O qui peuvent tout aussi bien signi- 
fier cornes. Une monnaie de Mantes (p. 4), tirée d’une notice de 
M. de Barthélemy , donne lieu à M. Caron de résumer l’opinion 
de ce savant sur les imitations de cette monnaie par les cadets 
de Véxin, seigneurs de Nanteuil le Haudouin. — L’article sui- 
vant , Dreux (p. 5), est la reproduction d'une notice de M. Caron 



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MONNAIES 



sur les seigneurs et les types monétaires de cette ville; puis 
arrive, avec Nogentle Roi , une longue dissertation historique 
sur la seigneurie de Nogent (p. 7) et les comtes de Dreux , qui 
sert de préambule à la détermination des monnaies au châtel 
usité à Nogent et à Dreux, du XI a au XII e siècle; le tout se ter- 
mine par les descriptions , la dernière très raisonnée , de trois 
variétés au châtel et au nom de Nogent . — En redonnant un 
denier de Meulent à HUGONIS MILITIS (p. 12), M. Caron 
' résume l'opinion de son éditeur, Fillon, qui attribuait au titulaire 
de cette monnaie des deniers de Dreux au nom de ce personnage, 
et il expose les motifs qui l'empêchent d'adhérer à cette opinion. 

Au duché de France succède la Normandie (p. 13). M. Caron 
emprunte à Longpérier d'ingénieuses observations sur le V ini- 
tial de VLOTVICI et de ses variantes qu'on lit au droit de nom- 
breux deniers de Rouen , et à Fillon la description de plusieurs 
deniers de Richard I et II. — Pourquoi M. Caron a-t-il catalogué, 
sous le nom d 'Eoreux (p. 17), divers gros et florins de Charles le 
Mauvais? La série de Bretagne (19) s’ouvre par la classification de 
Fillon en monnayage anonyme et monnayage signé et la descrip- 
tion des pièces à l’appui ; M. Caron , en transcrivant ce travail , 
déclare en laisser la responsabilité à son auteur. Après la théorie 
de Fillon (19-24), vient celle plus restreinte et plus sûre de M. 
Lecoq-Kerneven (25), accompagnée des distinctions de M. Aus- 
sant sur la cessation de l'anonymat et les monnaies des Conan; — 
puis de nouveaux emprunts , sans importance doctrinale, faits à 
Longpérier, Fillon, Bigot, M. de Barthélemy; un résumé d'une 
dissertation de M. Caron sur un denier de Philippe Auguste, 
frappé à Rennes au type du tournois et à la légende SCS MAR- 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



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TINVS (29), au sujet desquels Gariel avait fait la juste remarque 
que leur adjonction n’était point le fait d'une erreur, mais d’un 
système; — les descriptions des monnaies inédites de Jean I, II 
et III et de Jean le Captif par M. Caron, résumant soigneuse- 
ment et avec clarté ce qu'ont écrit sur les mômes points MM. 
Bigot, Chauffier , Poey d’Avant, Robert, Saulcy , Maxe Werly, 
de Barthélemy et Lecoq-Kerneven. — Charles de Blois (34-37) et 
Jean de Montfort (38-46), son compétiteur, ont des notices très 
développées. En débutant, M. Caron s’élève contre l’attribution 
que M. Lecoq-Kernevéb, Poey d’Avant et Bigot faisaient et font 
à Auray de la monnaie de Charles où l’on a mai lu AREG CIVIS, 
au lieu de TREG CIVIS (Tréguier) (34), lecture donnée par M. 
Chauffier qui observe avec juste raison qu’Auray n’a jamais été 
une cité. Si en tout cas M. Caron avait fait fausse route dans 
cette lecture , il rachèterait ce léger méfait par la publication 
d’une longue suite de monnaies inédites au nom du môme prince, 
et la réédition de nombreuses pièces de ce duc et de Jean IV , 
empruntées à MM. Chauffier , Saulcy , de Barthélemy , Bigot, et 
classées par eux aux ateliers de Vannes , Brest , Quimperlé et 
Guérande , et surtout par la peine qu’il a prise (46-62) en essayant 
de mettre un peu d’ordre , grâce aux travaux de Saulcy , dans les 
631 pièces de Charles de Blois et Jean IV publiées par Poey d’A - 
vant et les 46 qu’il y a ajoutées (p. 46). Ce n’est pas sans succès 
que M. Caron a entrepris une besogne pour laquelle il n’a pas 
reculé devant l’examen du poids et môme du titre des espèces , 
mais dont l’étude du type, et c’était rationnel devant cette efflores- 
cense d’imitations, a été la partie essentielle (Cf. pl. IV). M. Caron 
constate qu’il n’a pu accroître la numismatique de Jean V que de 



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MONNAIES 



deux pièces, mais il Ta enrichie de citations tirées des Documents 
monétaires de Saulcy et de textes publiés par M. Bigot. 

Après la description de quelques pièces bretonnes d’Anne de 
Bretagne, de Louis XII, de François I er , et l’attribution au comté 
de Penthièvre, par M. Caron, d'un denier au nom de Quimperlé y 
on arrive à Y Anjou (p. 62), mais on s’y arrête peu. Un denier 
« dégénérescent », et un pied-fort de Charles II , du Catalogue 
Rousseau, un denier de Foulques Nerra, accompagné d’une men- 
tion du Catalogue de Rollin et Feuardent et de cette remarque 
que Longpérier attribuait la légende ANDEGAVENSIS au mon- 
nayage antérieur à Charles I er , et c’est tout. 

Suit le Mans (p. 64). « La série des monnaies du Mans , dit 
« M. Caron , ne s’est, à notre connaissance, enrichie depuis 20 
« ans que d’un type nouveau ; mais , grâce aux recherches de 
a M. de Barthélemy, elle a été rectifiée dans ses origines » (p. 64). 
La théorie de M. de Barthélemy est que la charte de monnayage 
de Louis le Débonnaire (836) est fausse puisqu’elle vise une 
concession monétaire qui aurait été faite par le roi Thierry, 
qu’il n’y a jamais eu de concession monétaire faite par les Mé- 
rovingiens et que les monnaies mansoises carlovingiennes, môme 
aux noms de Pépin et de Charlemagne , sont des produits du 
monnayage épiscopal. M. Caron admet la première proposition, 
contre M. Hucher, mais non la deuxième. — Le type nouveau 
est le pied-fort d'un double coronat de Charles de Valois. 

Suit le gros tournois de Saint-Martin de Tours (p. 66), que 
Saulcy et M. de Barthélemy ont daté , en l’éditant , du règne de 
Philippe-Auguste (Le Blanc pensait que le gros tournois remon- 
tait jusque là). Ces deux savants ont cru un instant tenir la 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



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preuve de cette assertion , maisM. Maxe Werly ayant démontré 
que ce gros de Saint-Martin était du XIV e siècle, la question de 
l'origine du gros tournois avait été rouverte et M. de Barthélemy 
était revenu à l’opinion commune , partagée par MM. de Wailly 
et Vuitry , qui attribue à saint Louis la création de cette mon- 
naie. On sait aujourd’hui que cette croyance est fondée et que le 
gros tournois est imité du sarrazinas chrétien d’Acre de 1251. — 
Pourquoi M. Caron a-t-il intercalé un denier de Loches (p. 68), 
emprunté à Gariel , entre le gros de Saint-Martin de Tours et le 
denier de Tours? Celui-ci, au type chinonais (p. 69), est remar- 
quable parce qu’on y a rapproché le nom de Tours de celui d’Or- 
léans (p. 70). Un denier au môme type et à légende illisible a été 
joint au précédent d’après un dessin de Fillon. — Nous sommes 
en pleine « dégénérescence » de la tôte cariovingienne. Après 
Tours voici Blois (70), avec des variétés nouvelles dues à MM. 
Grimoard de Longpérier et Hucher , la remise au jour des indi- 
cations de Cartier pour le classement des monnaies de Blois et 
des observations personnelles de M. Caron sur l’origine des 
fleurs de lis des deniers de Blois trouvés à Beaugency. 

Beaugency (73), Chartres (74), Vendôme (74), Châteaudun (75) 
ne sont pas oubliés par M. Caron. Sur le premier nom, il rap- 
pelle que Longpérier datait de Charles le simple le denier carolin 
au nom de BALCENTI CASTRO , mais ne l’attribuait pas à cet 
empereur et par conséquent n’en faisait pas un denier royal . A 
propos de Chartres , M. Caron revient sur les fleurs de lis qui 
manquent aux deniers chartrains du trésor de Beaugency et pro- 
duit deux nouveautés , intéressantes l’une par la forme des A 
l’autre parce qu’elle est un pied-fort (d’un denier de Charles d’An- 



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MONNAIES 



jouj. Il enrichit la série de Vendôme d’une pièce inédite au type 
chinonais et d’une obole , empruntée à M. Bouchet, sur laquelle 
les deux noms de Vendôme et Chàteaudun attestent, selon les 
prévisions de Cartier, l’association monétaire des deux villes. 
Cette dernière monnaie intéresse aussi Chôteaudun dont la notice 
se compose des observations de M. Hermerel sur la trouvaille 
de Nogent-le-Rotrou et des descriptions de six variétés au type 
dunois de la trouvaille de Sierck et de deux autres : l’une au nom 
de Raoul (de Clermont), l’autre à celui de Guillaume (de Flandre). 

Le Perche (p. 79) amène une monnaie au type dunois et la res- 
titution à Philippe-Auguste , avec M. Delisle et M. deWailly, 
Cartier et Saulcy , d’un règlement sur les monnaies du Perche , 
etc., attribué par M. Lecointre Dupont à Henri d’Angleterre; 
M. Caron conclut du rapprochement de ce règlement avec la 
composition du trésor de Massay sur Cher (80) que le monnayage 
du Perche date du milieu du XII e siècle; il signale ensuite un 
denier de Romorantin , REMERENSIS , faussement attribué à 
Mer par le Catalogue Dassy . 

L’étude du monnayage féodal du Berry (p. 80) est des plus 
attrayantes, et il n’en est point qui ait tenté davantage les numis- 
matistes. Poey d’Avanl date ce monnayage de Lothaire ; M. 
Caron le croit postérieur , et la pièce au nom de Lothaire, 
royale. — Voici la monnaie d’ODO DVX et DOLEO CI VIS, et, 
à ce sujet , le résumé de la discussion (81) qui eut lieu entre 
Fillon, qui l’attribuait à DéoU en Berry, et Longpérier, à Dol en 
Bretagne. Quicherat vint à la rescousse , et, en prouvant charte 
en main qu’Eudes de Déols avait été dux militie , commandant 
d’armée, sous Henri I #r , il assura le succès de Fillon. M. Caron 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



H 



donne deux variétés inédites de l'étoile à cinq branches , qui lui 
fournissent l’occasion de rééditer les observations de Fillon sur 
le pentalpha. — En continuation des monnaies d’Eudes de Déols 
sont classés un denier inédit d’Ebbes , une variété d’un denier 
très connu de Guillaume I er , une obole de Guillaume II et deux 
oboles et deux deniers de Guillaume III. Sous les noms de Raoul 
IV, V et VI, M. Caron place une critique à l’adresse de Poey 
d’Avant qui prétendait inutile, parce qu’il ne pouvait pas la faire, 
la classification des monnaies de ces barons , et il réserve à 
Raoul VI toutes celles au nom de Radulfus. A propos de Guil- 
laume III, il combat une attribution de La Saussaye et emprunte 
d’excellentes remarques à Longpérieret M. Bubotde Kersers. — 
Issoudun (87). On trouve ici la classification par Longpérier des 
monnaies d’Issoudun ; la restitution à Raoul II , conformément à 
l’avis de Longpérier et Fillon , des deniers classés à'Raoul III 
par Poey d' Avant d’après Cartier; l’analyse du trésor de Massay 
par M. Buhot de Kersers; le classement à Guy de Nevers, par 
Longpérier, d’une monnaie donnée par Poey d’Avant à Guil- 
laume I* r , et enfin une attribution à Philippe-Auguste, par Long- 
périer, avec dissertation historique très précise, d’un denier, 
connu à 2 ex., à la légende de PHILIP’ REX-EXOLDVNI. — 
Sancerre(jp. 91) vaut encore à Poey d’Avant une correction; c’est 
à M. de Barthélemy que M. Caron l’emprunte; il s’agit d’un de- 
nier sur lequel on lit O GOCOM SO, attribué à Eudes II, comte 
de Sancerre , et qu’il faudrait restituer à Saintes ou à Bordeaux. 
Suivent deux deniers inédits à la tête sanccrroise et deux ester- 
lins que Sancerre doit à Mantellier. — Fillon rattachait la fleur 
de Vierson (p. 93) à la tête chinonaise; M. Caron repousse avec 



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MONNAIES 



raison le rattachement , mais il se rallie à Fillon, en s'appuyant 
sur le style et les armes des monnaies , pour restituer à Guil- 
laume II les deniers que Poey d’Avant attribuait à Guillaume III; 
il emprunte ensuite à MM. Brugière de Lamotte et Buhot de 
Kersers deux deniers d’Hervé II et à Fillon l’attribution à Jeanne 
de Brabant de la monnaie au DOMINA ALBA que, depuis (Gf. le 
suppl.), M. Buhot de Kersers a restituée justement à Blanche de 
Joigny , mère et tutrice d’Hervé de Vierzon. — Grèce à la trou- 
vaille de Massay , M. Caron a pu éditer l’obole de saint-Aignan 
(p. 95), inconnue à Poey d’ Avant; il a augmenté aussi les séries 
de Celles (p. 96); de Château Meillant (p. 97) par une rectification 
infligée à Poey d’Avant et Cartier et des emprunts à Fillon etM. 
Chauffier; de Charenton (p. 98), en éditant des pièces qu'il a ac- 
compagnées de dissertations personnelles et de remarques sug- 
gérées par la critique que fit Longpérier d’une attribution de M. 
de Soultrait et par des lectures de Charvet et M. Chauffier. 

L’article de Neoers (p. 104> est riche en additions de pièces 
classées. M. Caron n’y cite M. de Soultrait que pour adhérer à 
l'opinion de ce numismatiste d’après laquelle cons (consul) et 
cornes s’employaient indifféremment et simultanément (p. 106). 

Souoigny (p. 105) nous rémémore les découvertes de Chazaud 
et la restriction qu’y apporte M. de Barthélemy en ne datant que du 
XII e siècle un monnayage que Chazaud lui-même faisait remon- 
ter au IX e . Parmi les pièces inédites que publie M. Caron, figure, 
quoique l’exemplaire soit trop fruste pour qu’on en puisse pré- 
ciser le type , l’obole à la tête de face. — Bourbon (p. 111) remet 
sur le tapis la monnaie d’alliance éditée par Duchalais, déclarée 
fausse par Poey d’Avant , reconnue authentique à la vente Col- 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



13 



son, et dont le trésor de Jonzac contenait plusieurs exemplaires : 
on sait qu’elle est au type de la Marche. — M. Caron emprunte 
à Longpérier la description d’une pièce de Mahaut (f 1262), 
d’une deuxième à l’ancien nom royal immobilisé, attribuée à Jean 
de Bourgogne, mari d’Agnès , sœur de Mahaut, et il édite une 
obole au nom de CAST VILLA , précédé d’une initiale illisible; 
à ce sujet, il rappelle que , sur un denier de la dame de Sully, 
Fillon ne put pas lire le nom du château. 

Auvergne (115). Sans m’arrêter à la controverse qui eut lieu 
entre M. de Gourgues et Poey d’Avant au sujet de la légende 
VICTORI ACO, à laquelle correspond Vieille-Brioude , selon M. 
de Gourgues, le Bourg de Saint-Ilpize , selon M. Chassaing, je 
viens au Puy (116), dont un denier carlovingien très précieux 
porte l’ancien nom Anitium , et je complète ce que M. Caron dit 
de l’attribution par Longpérier à Manosque de la légende MAN VE 
SCE en rappelant que l’illustre maître avait renoncé à cette lec- 
ture et s’était rangé à celle de Poey d’Avant (p. 117). 

Limousin (p. 117). Après avoir édité une variété monétaire de 
Yabbaye de Saint-Martial (117), M. Caron présente un exposé 
généalogique et monétaire sur les vicomtes de Limoges (118) , 
au cours duquel il édite un denier à un nom fruste et un deuxième 
à celui de Guy ; c’est avec les mêmes développements qu’il traite 
la numismatique de Turenne (p. 121), grâce à ses recherches 
personnelles et aux travaux de Cartier, M. Deloche, Pau et de 
Barthélemy, d’où il ressort que le premier type de Limoges est 
imité de l’odonique et que le dernier est l’écu triangulaire , à la 
fin du XIII e ou au commencement du XIV e siècle. 

La numismatique du Poitou a été très sérieusement étudiée 



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MONNAIES 



(p. 127) par M. Lecointre-Dupont, par Fillon, etM. Caron, « re- 
grettant de n’avoir pas de nouveautés à signaler » , reproduit les 
grandes divisions tracées par Fillon (p. 128), et résume ses pro- 
pres travaux et ceux de M. Lecointre-Dupont et deRoudier, 
Maurice Ardant et Boutaric; à ces pages , M. Caron a joint des 
monnaies dont plusieurs , à rencontre de son regret, sont iné- 
dites (p. 137). 

La Marche (p. 143) s'ouvre par une critique de Poey d’Avant 
et un éloge mérité de M. de Cessac qui, « par une étude conscien- 
cieuse des chartes», a rétabli la vérité des faits historiques. 
L’éloge est suivi d’un long emprunt au travail de cet auteur , 
dont la conclusion, douteuse pour M. Caron, est que la monnaie 
de la Marche se nommait Marquée , et de la description de deux 
oboles et quatre deniers inédits des comtes de la Marche. 

Angoulême (p. 146) a un contingent de quatre variétés inédites 
et une nouvelle correction de Poey d’Avant , coupable de n'avoir 
pas appliqué à Hugues XII ce qu’en dit la chronique de S 1 Mar- 
tial : Hugo cornes Marchie monetam suam rénovât in deteriorem , 
d’avoir attribué à Angoulême et à la Marche un même denier et 
de n’en avoir pas tiré au clair le meuble du deuxième canton de 
la croix : Est-ce une brosse ? une coquille ? M. Léon Lacroix , 
croyant y voir une cloche, a excité la verve spirituelle de M. 
Caron, mais, non sans esprit, il a retiré aussitôt son explication 
et le meuble reste indéterminé. 

Périgord (p. 149). Contrairement à l’opinion de Longpérier et 
d’accord avec Poey d’Avant , le denier au nom d’ELIAS , mal 
dessiné jusqu’à présent, est descendu d’Hélie V à Hélie VI par 
M. Caron qui rappelle, à cette occasion, les travaux de l’abbé 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



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Leydetet de MM. Gourgues et Galy, malgré lesquels la numis- 
matique périgourdine offre encore bien des lacunes. A propos de 
Bergerac (p. 450), M. Caron disserte sur la date de la prise de 
cette ville , celle de son monnayage qu’il établit , d’après les 
données de Rymer et M. Siméon Luce, de 1347 à 4360, et sur les 
probabilités de l’origine bordelaise d’un esterlin d’Edouard III 
frappé à BRAGIE et d’un gros d’Henri de Lancastre , seigneur 
de Bergerac, au different d’un petit b. — M. Caron attribue à 
Saintes (p. 155) deux deniers inédits au nom de Louis, aux trois 
croisettes, dont le revers porte STCINAS. 

Aquitaine (p. 155). Une trouvaille récente permet à M. Caron 
de publier trois deniers inédits, d’argent, aux noms de LEUTA- 
RIO et BVRDELA, au champ orné de lettres inexpliquées, d’un 
style très ancien. Il donne ensuite des monnaies de Bernard- 
Guillaume , Sanche Guillaume , Eude , Guillaume VIII et IX , 
Eléonore et Louis VII; un de ces deniers, emprunté à Fillon , 
offre, comme certaines espèces de Bordeaux, Vienne, Môcon et 
Lyon, un S qui attend une explication; un autre, la légende 
VICTORIA , Victoriacum pour M. de Gourgues, Vitré, Vitry ou 
Vitrai pour M. Galy. — Les monnaies anglo-françaises (p. 460), 
ont quatre initiales d’atelier, dont deux certaines: G et L, de 
Guiche et Lectoure , et deux douteuses : F et P pour Figeac , ou , 
d’après Fillon et Poey d’Avant, Fontenay le Comte , Périgueux 
ou Poitiers . C’est à Muret qu’on doit la lecture du G. Après cet 
exposé, M. Caron décrit quarante-trois variétés aquitaniques, 
inédites ou empruntées à Fillon , aux noms d’Edouard I et III , 
du Prince Noir , de Richard II et Charles de France, et il enlève 
à l’Aquitaine deux blancs attribués à Henri IV et qui appartien- 



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MONNAIES 



nent à l'Espagne : cette partie du livre est presque entièrement 
l'œuvre personnelle de M. Caron. 

La monnaie arnaldése d’Agen (p. 171) est enfin retrouvée; 
M. Caron l'emprunte à M. Galy ainsi que les développements 
historiques de ce numismatiste , tirés pour une part des recher- 
ches de Saint Amans et Labenaisie (p. 173). 

M. Caron a eu la bonne fortune de publier le premier deux 
deniers et une obole au nom de Lectoure ; en les rééditant, il re- 
produit la partie historique de sa dissertation et l’accompagne 
d'une note de M. Camoyret sur les formes successives du nom 
de Lectoure. 

Un rapprochement entre la monnaie de Jean de Gand , attri- 
buée à Bayonne (p. 177), et les espèces au nom de Jean I er , roi 
de Castille, publiées par M. Heiss, amène M. Caron à rectifier 
cette attribution fondée sur la lettre B qu'il interprète par Burgos. 

Béarn (p. 178). M. Saige et de la Grèze ont expliqué les mots 
ONOR et FORÇAS ; M. Caron le rappelle. Les pièces inédites 
qu'il décrit ensuite, dont une très belle de Gaston de Foix , sont 
de ce prince, de François et de Catherine. 

Navarre (p. 180). C'est à M. Heiss que M. Caron emprunte 
quelques uns des deniers, notamment les plus anciens , qu’il 
donne ici; les autres paraissent pour la première fois ; il publie , 
d'après M. Géry , la deuxième monnaie connue du comté d ’Em- 
purias (p. 185), laquelle porte comme la première, éditée par 
Poey d'Avant, une sorte de croix que M. Géry définit Y épée des 
marquis Cette définition semble très juste à M. Caron. 

Barcelone (p. 186). D'après Fillon, il faut dater du XI e siècle 
un denier à monogramme dégénéré et aux noms de CARLUS et 
BAICHIONAI. 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



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Languedoc (p. 187). M. Caron analyse et contrôle un essai de 
classification , dû à M. Fillon et publié dans le Catalogue Rous- 
seau (p. 187), sur les monnaies des comtes de Toulouse , puis, 

« rentrant dans le domaine des faits » (p. 191), il réédite, d’après 
M. Ch. Robert, le denier de Raimond VI ou VII, frappé en or ou 
plutôt doré, et il ajoute quelques nouveautés. — On sait que les 
sceaux et les monnaies de saint Gilles (p. 197) ont pour type 
l'agneau Pascal. Or , Fillon, trouvant « les rudiments de V agneau 
égidien » dans la lettre E renversée du denier de Pons de Tou- 
louse, a vu là une dégénérescence d’un nouveau genre. M. Caron, 
cette fois, proteste vivement et appuie sa protestation de deux 
oboles inédites. — M. Caron rectifie , d'après M. Blancard , les 
dates et la classification des deniers des marquis de Provence 
(p. 198) du nom de Raymond, classe en conséquence deux de- 
niers inédits et relève la légende COS qui ne peut être traduite 
cette fois que par COmeS palatii. 

Narbonne (p. 199). « C’est dans cette vicomté qu’a été frappée 
la première monnaie émanant d’un seigneur ayant ou usurpant 
les droits régaliens (p. 200) ». Après ce souvenir donné aux de- 
niers de Milon de Narbonne , M. Caron décrit cinq deniers (dont 
un emprunté à Challande) , de Raimond I ep , Aimeri I er , Alfonse 
Jourdain et Aimeric III , et attribue à ce dernier les deniers à 
la clé. — M. Caron retire à Carcassonne (p. 202) une pièce muni- 
cipale qu’à tort lui avait octroyée Poey d’Avant, reproduit un 
denier et une obole publiés par Challande , et édite deux pièces 
nouvellement découvertes.— Béziers (p. 205). M. Caron assure , 
avec quelques dévoloppements, que le type de cette ville procède 
de Toulouse et non de Carcassonne et Barcelone et produit un 



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MONNAIES 



denier inédit et une obole empruntée à M. Hoffmann. — Lodève 
(p. 207), Uzès (p. 207), Viviers ( p. 207), Mende (208) ont une si- 
militude de types; ils tenaient le droit de monnayage, les deux 
premiers de Philippe’Auguste (1188 et 1211) et Viviers de l’em- 
pereur Conrad (1149) ; Mende [en eut la confirmation en 1167 de 
Louis VII. Les monnaies de ces villes sont inédites, sauf celles 
de Mende, empruntées à Challande et M. Vallier. — Rodez (p. 
209) nous ramène à la dégénérescence : PAX de DVX. M. Caron, 
qui la désapprouve , édite pour Rodez un denier de la comtesse 
Cécile ; pour Alby (p. 210) un denier de « VUgo dégénéré » auquel 
M. Compayré , s’appuyant sur ce que la pièce était commune au 
comte de Toulouse, à l’évêque d’Albi et à un seigneur féodal , 
substitue « les signes attributifs des parties contractantes »;et 
enfin, pour Cahors (p. 210), deux monnaies, anonymes s’il faut 
se conformer à l’opinion de Chaudruc de Crazannes, de Guil- 
laume si le V d’un canton est l’initiale de ce prélat. 

Provence et Forcalquier (p. 211). M. Caron emprunte à M. 
Blancard l’attribution au roi Ildefonse et à l’archevêque d’Arles 
de la monnaie du REX ARAGONE au revers de la mitre, et 
l’indication des émissions monétaires de Charles 1 er (p. 213); il 
décrit ensuite diverses monnaies de Charles II et ses successeurs 
jusqu’à Charles III, et de Charles VIII , dont quelques unes iné- 
dites, et la plupart tirées des dissertations de Longpérier, Fillon, 
Carpentin , MM. Laugier, Morin-Pons et Blancard. — Arles ar- 
chiépiscopal (p. 235) a eu un monnayage ancien et prolongé; M. 
Caron analyse une étude de M. Blancard sur l’origine de ce mon- 
nayage dont il enrichit la suite de quelques nouveautés et de 
plusieurs types déjà publiés par Vallier et Laugier. — On possède 



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un diplôme de Frédéric II, accordant aux Aoignonnais , en 1239, 
une monnaie communale ; des chartes de 1243 et 1247 constatant 
le cours de cette monnaie; des deniers effectifs à la légende 
AVINIONENSIS. M. Caron, sans nier l’importance des preuves 
fournies parM. Blancard, se demande si Ton ne pourrait pas y 
voir une monnaie pontificale imitée de la monnaie de Narbonne 
de 1229 à 1234 et frappée par le même légat que celle-ci (p. 241). 
— La numismatique d 'Orange (p. 242) offre encore bien des lacu- 
nes ; M. Caron en a comblé quelques unes en se servant des tra- 
vaux de MM. Vallier , Laugier , Feuardent, Longpérier et Char- 
vet; il a rectifié , d’après M. Blancard , l’explication donnée par 
Duchalais et Longpérier des chiffres d’un double denier de Ray- 
mond IV. — Segne (p. 251) appartenait aux comtes de Provence ; 
Longpérier , croyant cette ville aux comtes de Forcalquier , lui 
a attribué la monnaie de Bertrand IV, comte de Forcalquier, au 
nom d’ED’NE. M. Blancard , relevant l’erreur de Longpérier, a 
restitué la monnaie à Embrun , appartenant aux comtes do For- 
calquier; M. Caron, rejetantcette attribution, se range à l’opinion 
de Longpérier. — A Manosque (p. 253), c’est à tort que M. Caron 
attribue, d’après Longpérier , un denier sur lequel Poey d’Avant 
a lu justement SCE. MANVE (sancte Marie). Le maître lui- 
même avait reconnu son erreur. — Les travaux de MM. Vallier et 
Roman et des communications de MM. Roman et Laugier ont 
permis â M. Caron d’ajouter dix pièces ù la série de Saint-Paul - 
Trois-Chàteaux (p. 255). — Valence (p. 259). M. Caron reproduit 
les interprétations par MM. Vallier , Roman et Vallentin du type 
étrange de la monnaie communale de Valence; ensuite il puise 
dans les travaux de MM. Vallier, Roman, Long, Charvet, Long- 



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S 




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MONNAIES 



pôrier et Vallentin, toutes les pièces épiscopales (p. 266) et com- 
tales (p. 269) de Valence et de Die qu’ils ont fait connaître, rec- 
tifie une lecture inexacte de Poey d’Avant et édite plusieurs 
variétés nouvelles. — A propos à' Embrun (p. 269), M. Caron 
croit, contrairement à l’avis de M. Blancard , qu’EDNE n’a pas 
pu donner Ebredune (nsis), et refuse à cette ville le COMES 
ED’NE ; il décrit un gros d’Embrun , édité par Carpentin , en le 
reculant de 25 ans, d’accord avec M. Roman. — Pour Gap (p. 270), 
M. Caron a publié une pièce, d’après Laugier , et a réédité une 
monnaie plusieurs fois parue, pour en confirmer la lecture. — La 
numismatique de Montèlimart (p. 270), traitée historiquement , 
est accrue de nombreuses pièces, d’après Longpérier, Carpentin, 
Vallier, Vallentin, Roman et les documents édités par l’abbé 
Chevalier;— celle de Vienne (p. 279), de quelques pièces inédites 
ou rectifiées par M. Caron , et d’emprunts faits à Longpérier, 
Charvet , MM. Guigue, Roman et Morin Pons; — celle des évê- 
ques de Grenoble (p. 282) est diminuée des produits du mon- 
nayage commun à ces prélatset aux dauphins. 

Au recueil des monnaies delphinales (p. 283), de M. Morin 
Pons, très utilisé par Poey d’Avant, M. Vallier a ajouté 18 pièces 
que M. Caron, en les rééditant, accompagne d’autant de variétés 
inédites , notamment du sol couronnât appartenant A M. Morin- 
Pons, et d’un blanc sur lequel M. Chabouillet a lu , avec raison, 
Regis Jllius , dans les lettres R. FI. que M. Deschamps de Pas 
traduisait par Rex Flandrice. 

M. Guigue avait découvert, dans les chartes du X e siècle, un 
comte Hugues de Lyon (p. 298), et Longpérier avait non seule- 
ment approuvé [l’attribution de M. Guigue, mais avait expliqué 



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par MARCHIO le monogramme des deniers de Guillaume où P on 
voyait Imperator ou Conradus et où M. Recamier continue de 
voir Conradus. Ce nom se lit sur des deniers à trois types : le 
premier très ancien, à grand monogramme , que M. Caron, con- 
trairement à Poey d’Avant, enlève de la série féodale, mais laisse 
à Lyon, de concert avec Longpérier et M. Guigue; le deuxième 
au calvaire : la fameuse obole de Conrad ; la troisième , au mo- 
nogramme de Pévêque Burcard (p. 301), que Poey d’Avant a\ait 
mal présenté et que M. Caron redresse sur les indications de 
Fillon. Au monnayage anonyme des archevêques de Lyon (p. 301) 
appartiennent les quatre deniers, le double et le gros inédits , 
dont les descriptions, suivies de l’analyse par M. de Barthélemy 
des documents recueillis par M. Morin Pons et de la date du 
monnayage royal de Lyon fixée par M. Robert à la fin du XV® 
siècle, terminent le chapitre lyonnais du supplément. 

Les Bombes (p. 309) sont représentées dans le Recueil par 
trois pièces de Jean I er et deux de Pierre II , précédées des ob- 
servations de Sirand , rectifiées par Mantellier , sur l’origine du 
monnayage de ce petit Etat. 

Dans sa notice sur la Franche-Comté (p. 313) (Comté de France 
d’après M. Castan), M. Caron débute en mentionnant, sans la 
développer , l’interprétation par Buryus Ledonis de la légende 
BLEDONIS, interprétation dont Morel-Fatio est l’auteur. 

M. Caron attribue ensuite à Philippe-le-Bel ou à Philippe-le- 
Long les monnaies au nom de Philippus que MM. Plantet et 
Jeannez et après eux Poey d'Avant ont données à Philippe II , 
seigneur de Vienne, et à Philippe du Rouvre un denier aux nom 
et titre de PHS DVX BU COMES. 



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MONNAIES 



A la maison de Chàlon- Auxerre (p. 316) appartient un denier 
publié par M. de Barthélemy, dont M. Caron ne peut donner le 
dessin, l’objet étant perdu. — M. Caron enlève aux archevêques 
de Besançon (p. 316) une monnaie que leur avait attribuée Poey 
d’Avant et que Longpérier a restituée à Riga. 

On connaît enfin, depuis la trouvaille de la rue Vieille-du- 
Temple et grâce à l’œil exercé de M. Stedranski qui a su l’y dé- 
couvrir, un franc â pied frappé par l’abbé de Saint-Ogen de Joux 
(p. 317) , dont MM. Plantet et Jeannez avaient signalé les droits 
monétaires créés par diplôme de Frédéric Barberousse, en 1175. 

MM. Robert et Charvet n’ont pas dit le dernier mot sur les 
monnaies du Comté de Mclcon (p. 319), et M. Caron ne peut s’ex- 
pliquer l’émission, à Mâcon , de deniers aux noms d'Henri I er ou 
de Philippe I er , rois de France; il attribue à Othe Guillaume, 
d’après Charvet, divers deniers inédits, et y ajoute trois deniers 
aux noms de Robert II et ses successeurs. — Sous la rubrique 
de Tournus (p. 323), M. Caron édite une pièce qu’il penche à 
croire, contrairement à l’avis de M. de Barthélemy, antérieure au 
XII e siècle. — Le comté de Chàlon (p. 323) ne donne lieu qu’à un 
essai d'interprétation des lettres INS; et Autun (p. 324) à l’édi- 
tion d'une nouveauté dont la lecture attributive, par Gariel , n’a 
pas l’adhésion de M. Caron. 

Les travaux de M. Maxe Werly et les attributions de Sauley 
et Longpérier ont fait faire de notables progrès à la numismati- 
que du duché de Bourgogne (p. 325) ; M. Caron se garde bien 
de ne pas les enregistrer en même temps qu’il publie un cavalier 
d’argent à la légende MONETA NOSTRA et un florin de Saint- 
André pour la Bourgogne.— Langres (p. 333), Tonnerre ( p. 334), 



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Auxerre (p. 337), Sens (p. 338), ont eu de leurs monnaies récem- 
ment étudiées par MM. de Barthélemy, Maxe Werly , Gharvet et 
M. Caron lui-même qui en a accru les suites de plusieurs varié- 
tés inédites. 

La Champagne (p. 338) ne devint comté qu’au XI 6 siècle; mais 
en Champagne, auparavant, étaient les comtés de Trop es e tdo 
Meaux . D’après M. Chauffier, M. Caron attribue à Herbert II un 
denier que Longpérier croyait postérieur au règne de Lothaire 
(dont il porte le nom) , et donne à l’abbaye de Prum et à la 
Champagne un denier que le môme savant croyait de facture 
bretonne; il est vrai que M. Caron , n’ayant pas vu la pièce., ne 
peut se prononcer sur le style. Il attribue ensuite un denier iné- 
dit à Thibaut I® 8 et un deuxième ô Hugues et présente des obser- 
vations sur les légendes des monnaies de Thibaut II , III et IV. 

Des espèces bien connues au moyen âge étaient celles de Pro- 
vins (p. 342). Bourquelot les a étudiées avec soin; M. Maxe 
Werly a résumé son étude. M. de Barthélemy fait remonter ce 
monnayage à Eudes I® r , ô cause du monogramme, et Fillon date 
de Thibaut V la forme TEBAV. — M. Caron regrette que, la ré- 
cente découverte , faite à Rome , de monnaies romaines au type 
prooinois (p. 343) n’ayant pu lui être communiquée , il ne puisse 
rien ajouter à ce que l’on en connaît. — Il y eut, dès le X® siècle, 
des monnaies d’alliance aux noms de Troyes et de Meaux { p. 344): 
Fillon l’avait pressenti; une monnaie à ces deux noms et de la 
fin du IX® siècle donne raison à Fillon contre Longpérier; M. 
Caron la publie d’après Gariel. — Sur Meaux (p. 345), M. Caron 
reproduit, avec dissertation, une pièce qu’il édita lui-même et qui 
fait remonter à Thibaut II , peut-être Thibaut I er , le monnayage 



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MONNAIES 



de cette ville. — M. Buvignier a pu adjoindre une nouveauté à la 
suite des évêques de C hàlons-sur-Marne (p. 347). MM. de Bar- 
thélemy et Maxe Werly, continuant leurs travaux et ceux de 
Longpérier et Duquenelle , ont fait faire à la numismatique ré- 
moise (p. 348) des progrès qui ont permis à M. Caron non seule- 
ment d'accroître le nombre des variétés archiépiscopales , mais 
d’éclaircir certains faits obscurs. 

Sous les rubriques de Porcien (p. 355), Chiny (p. 358), Rethel 
(p. 359), M. Caron rectifie Poey d’Avant , Perreau , Serrure et 
Chàlon, et, grâce â MM. Ghauffier , Maxe Werly et Piot et à ses 
propres productions, il complète Longpérier et établit l’authen- 
ticité du denier de Louis de Rethel au type champenois. 

Picardie (p. 360). M. Caron reproduit , en la résumant, sa 
théorie de la synonymie de PAX et COMMVNITAS, mais il re- 
connaît que les trouvailles éditées par MM. Desains , Mallet, de 
Roucy, la battent en brèche; il donne pour Amiens trois deniers 
inédits, un pour Pèronne (p. 363), un pour Beauvais (p. 363) et 
deux pour Saint-Médard de Soissons (p. 364). — M. Maxe Werly 
ayant établi qu’on ne peut prouver le monnayage épiscopal de 
Soissons (p. 365) et dès lors se refusant à y croire , M. Caron se 
demande ce qu’il faut faire des deniers au nom de Soissons et au 
temple dégénéré, sur lesquels Fillon retrouve les vestiges du 
monogramme carolin; en outre il ne refuse pas aux évêques de 
Soissons, d’accord avec M. Rigollot, les pièces aux ED, Œ, PE 
répétés. — Pour le comté de Soissons (p. 367) et la seigneurie de 
Pierrefonds il a pu réunir quatre types, dont un inédit; et, 
d’après les titres et les sceaux , il a prouvé que le mari d’Agathe 
de Pierrefonds s’appelait CONO et non CANON comme le por- 



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FÉODALES FRANÇAISES, 



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tentles deux deniers de Soissons et dePierrefonds.— Les travaux 
de M. de Roucy et le catalogue Dassy accroissent la liste des 
monnaies épiscopales de Noyon (p. 369) de deux variétés; M, 
Caron y a ajouté une pièce inédite. — L’évêché de Laon (p. 370), 
quoi qu’en ait dit Longpérier, monnaya de compte à demi avec le 
roi Louis V ; M. Desains, l’auteur de cette proposition, a l’adhé- 
sion de M. Caron qui l’appuie d’une nouveauté au nom de ce 
Roi. — M. Chabouillet avait minutieusement décrit un denier de 
Raoul de Coucy (p. 371) en fortifiant d’un texte le droit de mon- 
nayage de ce baron; M. Caron lui emprunte ses conclusions et sa 
monnaie. — M. Caron ne parle de la monnaie de Nesle (p. 371) 
que pour la restituer , malgré Poey d’Avant et en s’appuyant sur 
Gariel, à la série royale. 

M. Gariel, « ennemi déclaré du système des immobilisations » 
(p. 372), proclame dans le denier carlovingien de Corbie (p. 372), 
sans nom ni monogramme royal , la première monnaie féodale 
de France; M. Caron adhère , reproduit conclusion et dessin , 
édite trois deniers de cette abbaye, et rectifie, d’après Fillon , la 
description du type de Hugues. 

Encre (p. 374). M. Caron peut inscrire, le premier, le nom de 
celte ville parmi les ateliers féodaux par suite de b découverte 
d’un denier (unique) à la légende MONETA CA , dans le champ 
ROLI, et au revers 1NCRENSIS. 

Boulogne (p. 374), Calais (p. 375), le Vermandois (p. 378), le 
Ponthieu (p. 379) ne sont pas omis. La plus curieuse des trois 
monnaies de Boulogne estcelle d’Alphonse de Portugal, seigneur 
de cette ville. — Pour Calais (p. 375), M. Caron reproduit une 
monnaie d’Edouard 111 et une d’Henri JV, éditées par M. Des- 



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MONNAIES 



champs de Pas , et résume le mémoire où elles ont paru ; il re- 
pousse l’attribution au Vermandois (p. 378), proposée par M. 
Desains, de la légende VERANVMIV, et regrette queM. Dourif 
n’ait pas fait graver le denier à' Eléonore qu’il a édité et qui est 
une imitation de ceux de Philippe Auguste; enfin , après avoir 
rappelé que M. Van Robais refuse aux comtes du Ponthieu (p. 
379) l’atelier de Quenlovic et que M. Deschamps de Pas tend à 
leur accorder celui de Montreuil , M. Caron réédite , d’après M. 
Van Robais , deux nouveaux deniers de ces comtes. 

Artois (p. 380). L’interprétation du nom de Robert , des mon- 
naies d'Arras , varie avec chaque numismatiste : pour M. Dan- 
coisne, Robert est un monétaire; pour M. Hermand, un comte 
d’Artois; pour MM. Serrure, un comte de Flandre; pour M. Des- 
champs de Pas , Robert le Frison. M. Caron classe deux de ces 
roberts à Arras (p. 380), et y ajoute , d’après M. Dewismes , un 
denier au môme type et un autre à la lettre R attribué par M. 
Dewismes à Robert II. Une cinquième pièce, tirée d’Hermand et 
oubliée par Poey d’Avant, est un petit denier de Philippe d’Al- 
sace. — Longpérier avait loué M. Dewismes de sa classification 
des espèces de Saint-Omer (p. 384) en abbatiales, communales 
et comtales; MM. Leglay , Deschamps de Pas, Giry, Serrure, 
Longpérier lui-môme , n’approuvent pas toutes les attributions 
de M. Dewismes. M. Caron résume la classification et les objec- 
tions qu’elle a soulevées , et ajoute dix-huit pièces , empruntées 
généralement à M. Dewismes, à l’intéressante numismatique de 
cette ville. — M. Caron rappelle que l’attribution à Saint-Venant 
(p. 391) par MM. Serrure et Dewismes de deux monnaies où ce 
nom est inscrit sous une forme douteuse, a été approuvée par 



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FÉODALES FRANÇAISES. 



27 



Longpérier. — M. Blancard a prouvé que la maille incertaine à 
la femme au faucon , publiée par Hermand, appartenait à Fait - 
quembergue (p. 391) ; M. Caron accepte cette attribution; il re- 
pousse , avec Longpérier celle que M. Dewismes voulait faire à 
Adeline de Guines d'un denier d'Eléonore de Saint-Omer. — La 
découverte de l’atelier féodal de Lens (p. 392) est due à M. Des- 
champs de Pas; c’est à lui et à M. RigolloL que M. Caron a pris 
ce qu'il donne sous cette rubrique. Sous celles de Saint-Paul 
(p. 393) et Ligny (p. 393), il édite un gros et reproduit quatre 
monnaies d’or d’après M. Serrure fils. 

Un supplément (p. 395) contient une addition de M. Maxe 
Werly à la numismatique de Bretagne (p. 395), une à celle de 
Blois (p. 396), une à celle de Chàieaudun (p. 396), d'après M. 
Lalanne; des additions et rectifications à la numismatique du 
Berry (p. 396) et du Nivernais (p. 399), d’après M. Maxe Werly, 
Buhot de Kersers, le comte de Toulgouet, Gariel, MM. Richard, 
Dancoisne, Lalanne , Feuardent; à celles de Cahors (p. 401), 
d’après M. Léon Lacroix; de Monièlimart (p. 403), de Lyon (id), 
d 'Elincourt (id.), d’après M. de Barthélemy, Récamier, Serrure 
fils. 

L’ouvrage se termine par la description des indéterminées 
(p. 4), empruntées à Saulcy et à MM. Feuardent, Deschamps de 
Pas, Dancoisnes, Dewismes , etc., ou éditées par M. Caron. Les 
planches , au nombre de 27, sont l’œuvre de MM. Roman et 
Dardel. 

Le résumé que j’achève, longue nomenclature de noms et d'in- 
dications trop sommaires, démontre suffisamment le caractère 
de l’œuvre. M. Caron y manifeste les qualités bien distinctes 
d'auteur, de collecteur et de critique. 



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28 



MONNAIES FÉODALES FRANÇAISES. 



Sa part d'auteur est notable; outre les descriptions de types 
inédits que l'on trouve à tous les chapitres, à presque tous les 
paragraphes, M. Caron a fait plus d'une fois usage de ses précé- 
dentes publications , et plus d’une fois aussi, en résumant celles 
d'autrui, il les a accompagnées de commentaires. 

Comme collecteur, M. Caron n’a laissé de côté aucune étude, 
aucune indication numismatique parue, depuis 1860, non seule- 
ment dans les grands recueils mais dans les mémoires les moins 
connus; son livre ne laisse, sous ce rapport, rien ô désirer. 

Comme critique, M. Caron a déployé une bonne volonté et une 
impartialité digne d’éloges. Il y aurait une extrême injustice à lui 
reprocher de n’avoir pas pénétré les questions et apprécié la va- 
leur des sources avec la sûreté du diplomatiste, car dans sa pré- 
face, il déclare ne pas l’être. 

Je ne dis rien de la méthode suivie par M. Caron : elle lui était 
imposée par le livre qu'il a continué; les défectuosités en remon- 
tent ô Poey d’Avant, que je ne pourrais blâmer qu’en étant pour 
lui plus sévère que ses contemporains. Ceux-ci ont pu critiquer 
l’application de la méthode, mais non la méthode elle-même, car 
ils n'en employaient pas d’autre. Ce n’est qu’après 1868 que 
Saulcy a songé ô introduire l’analyse scientifique dans ses tra- 
vaux de numismatique médiévale et ce n’est qu’en 1876 (IV, 192) 
que Longpérier a déclaré l’étude analytique indispensable à de 
tels travaux. Tant qu’on n’y aura pas recours, on ne fera rien 
produire ô cette branche de la science, qui soit absolument com- 
plet et exact, mais ceci est l’avenir. Le supplément que M. Caron 
a donné au grand ouvrage de Poey d'Avant est pour le présent 
une satisfaction qui justifie la faveur de l’Institut et le bon accueil, 
très mérité, du public. 



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ESPmON-DE-PALLIÈRES 

(VA R) 



SES ÉGLISES, SES SEIGNEURS, 

LA COMMUNAUTÉ DES HABITANTS 

PAR 

FERNAND CORTEZ. 



Chapitre 1 er .— Le village actuel. 

§ I. — Armoiries. V Armorial Général de France (1), dressé 
par Charles d’Hozier conformément à l’édit royal de 1696 et con- 
servé actuellement à la bibliothèque nationale (section des ma- 
nuscrits) à Paris, donne à la commune d’Esparron-de-Pallières 
les armoiries suivantes : 

Porte (2) : d'argent , à un lion de gueules et le mot Esparron 
écrit en caractères de sable , en fasce , moitié à 
dextre et Vautre moitié à senestre . 

(I) Provence, tome I, (• 1599; blasons, t. II, f* 1473 ; enregistrement , 90 I.— V. Armo- 
rial des communes de Provence , par L. de Bresc, Aups 18G7, p. 106. 

(9) Par cette simple mention , YArmonial général distingue les armoiries portées par les 
eommanes et que celles-ci présentaient b l’enregistrement, de celles qni forent imposées 
aox eommanes qui n’avaient pas de blason. 



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30 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Achard, dans sa Géographie de Provence, lui donne à peu près 
les mômes armes, savoir: d’argent, au lion de gueules , armé et 
laftipassé de sable. 

§ II.— Situation. Esparron-de-Pallières, dans l'arrondisse- 
ment de Brignoles, a pour chef-lieu de canton Barjols, ô 22 ki- 
lomètres ; son doyenné et bureau de poste est Rians, à 8 kilom.; 
son bureau de perception Bras, à 27 kilom.; il a fait partie, 
jusqu’en 1789 , de la viguerie et , sous la Révolution , du district 
de Saint-Maximin, à 18 kilom. 

Groupé au pied du château de ses anciens seigneurs, sur le 
versant nord d’une colline cotée à l’altitude de 429 m., d’après la 
carte de l’Etat-major, ce petit village agricole de la Basse-Pro- 
vence , pittoresquement situé, possède une histoire remontant à 
une haute antiquité et que l’on peut suivre jusqu’aux premiers 
siècles de l’ère chrétienne, grâce à ses nombreux documents 
écrits tant sur pierres que sur parchemins. 

Son territoire renferme une antique chapelle du onzième siècle 
parfaitement conservée, connue sous le nom de Notre-Dame-du- 
Revest, qui suffirait seule à lui donner un légitime renom. 

De plus, il a vu naître et a eu pour seigneur Charles d’Arcus- 
sia , grand amateur de la chasse au faucon si fort en honneur à 
la fin du XVI e siècle, qui s’est fait un nom et une autorité dans 
son art et a laissé des ouvrages estimés sur la matière. Ce per- 
sonnage , type du gentilhomme campagnard, aussi remarquable 
par ses connaissances que par son caractère et ses hautes rela- 
tions sociales , vient de rencontrer tout récemment son érudit 
biographe en M. E. Jullien , ancien magistrat à Reims, lequel , 
dans une notice des plus attachantes, en préface à la réédition 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



31 



d’une partie des œuvres de èet auteur, s’est complu à mettre en 
lumière le noble caractère et les principaux traits de la vie de ce 
vrai philosophe chrétien (1). 

A ces divers titres , l’histoire d’Esparron nous a paru offrir 
quelque intérêt et mériter une courte monographie. Mais aupa- 
ravant, il est bon d’avoir une connaissance exacte des lieux qui 
font l’objet de cette étude. 

Suivant que l’on arrive par Saint-Maximin au Midi, ou par 
Rians à l’Ouest, l’aspect et la physionomie sont différents, les 
impressions variées. Après avoir traversé dans sa longueur la 
fertile plaine de Saint-Maximin et laissé à droite, sur son émi- 
nence, le village de Seillons, la route, s’élevant jusqu’au plateau 
boisé qui sépare Esparron de ces deux localités , suit constam- 
ment, sur une longueur de 10 kilom., les bois taillis de la sei- 
gneurie de Seillons et les terres vagues et déboisées connues 
sous le nom de Pallières (2), s’étendant depuis le mont de Sainte- 
Victoire à l’Ouest , jusqu’aux collines de Barjols , à l’Est, et qui 
ont servi à désigner les villages d’Esparron et de son voisin 
Saint-Martin-de-Pallières. C’est dans cette dernière partie , au 
sol rocailleux et bon seulement pour la vaine pâture, que se trou- 
vent les quartiers désignés par les noms caractéristiques delà 
Colle Pelade et de Pierricous. 



(1) La conférence des Fauconniers de Charles A’Arcussia , réimprimée sur l'édition de 
1644, avec une notice et des notes par Ernest Jullien ; Jouaust, Paris, 1883, charmant vo- 
lume in-H, imprimé avec luxe, de LXXX111 et 136 pages — Collection du Cabinet de Ve- 
nerie , VU. 

(2) Pour nous conformer h l’usage adopté dès le XVI* siècle , lorsqu'on a francisé le mot 
latin « Paleria », nous écrirons Pallières , bien qu'on dût l'orthographier avec une seule l 
ainsi que le fait H de Bresc , toc. cil., qui dit : Esparron et Saint-Martin -de-Palières. 



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32 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Mais on est arrivé au sommet de la dernière ondulation du 
plateau et on roule vers Esparron ; aussitôt le site change. A tra- 
vers la gorge, étroite au début et qui va s’évasant en forme d’en- 
tonnoir, par où l’on accède à Esparron, apparaît à un détour du 
chemin , sur la droite , la façade Sud du château , élevé de trois 
étages percés chacun de neuf larges fenêtres. A mesure que l’on 
descend , l’horizon s’étend de plus en plus et l’on distingue une 
partie du magnifique panorama que l’on pourra détailler à l’aise 
une fois arrivés ; près de soi, les yeux se reposent agréablement 
sur le verd foncé d’un bois de haute futaie qui tapisse, à gauche, 
la pente abrupte de la gorge, les nombreux lacets blancs de la 
route qui descend vers la plaine et les toitures sombres des pre- 
mières maisons. On longe la partie occidentale du parc et pre- 
nant la route, nouvellement construite, qui contourne les masses 
de rochers sur lesquels est bâti le château ainsi que de hautes 
murailles à demi démolies , seuls restes de l’ancienne église pa- 
roissiale dite de Saint-Jacques, on entre dans le village par des 
ruelles étroites , laissant à droite les vieilles maisons les plus 
rapprochées du château et dont le quartier porte encore le nom 
de Darcussi, sans doute en souvenir des d’Arcussia, anciens sei- 
gneurs du lieu ; encore quelques pas , et , après avoir aperçu les 
chênes et les ormeaux séculaires de la partie laissée, à titre gra- 
cieux par les propriétaires du château , à la libre jouissance des 
habitants , on arrive par une pente rude sur la place principale , 
de peu d’étendue , fermée sur ses deux côtés, Est et Nord , par 
l’église paroissiale actuelle et la maison curiale. 

Vu de la plaine, au Nord , l’aspect est plus sévère : tout le vil- 
lage étagé sur la pente, mais descendant de plus en plus pour se 



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ESPARRON-DE-PAU.IÈRES. 



33 



rapprocher de la fontaine et de la route au pied du côteau , se 
développe librement au regard* Un petit clocher bas et carré 
indique seul et différencie des autres maisons l’église sans style 
du village. Le tout est dominé par les rochers servant d’assises 
aux fortes et épaisses murailles d’enceinte qui supportent le châ- 
teau, vigoureusement mis en relief par le feuillage sombre des 
arbres touffus et d’espèces variées qui forment le vaste parc de 
cette résidence seigneuriale. 

Des ruelles à pentes roides conduisent au pied des murs d’en- 
ceinte du château; c’est au milieu d’un pan de ces murs qu’on 
plaça, sans doute lors du remaniement au siècle dernier, la pla- 
que de marbre blanc sur laquelle le célèbre fauconnier , Charles 
d’Arcussia , avait fait graver en caractère mi-partie grecs et 
latins cette inscription , où il se peint tout entier et qu’il avait fait 
placer , ainsi qu’il le dit dans un de ses ouvrages, au-dessus de 
la porte d’entrée de son manoir : 

APKOUzlÀ 
SVA SORTE 
CONTENTES 
1586. 

On arrive enfin au château en traversant une belle esplanade, 
vaste allée ombreuse et gazonnée, de 25 mètres de large sur près 
de 300 mètres de long; une grille la sépare de la cour d’honneur, 
au Nord, sur laquelle s’ouvrent les entrées principales; on aper- 
çoit au fronton d’une fenêtre un écusson sur pierre , aux armes 
des d’Arcussia, c’est-à-dire, 3 arcs cordés placés 2 et 1. 

Le château est moderne et sans caractère architectural ; c’est 
un bâtiment carré, reconstruit pendant la seconde moitié du siècle 



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34 



ESPARRON- DE-PALLIÈRES. 



dernier par son nouvel acquéreur, le secrétaire du roi, de Lor 
doné. L’intérieur présente, au rez-de-chaussée, de belles et 
grandes pièces, bien distribuées, aux plafonds ornés de moulu- 
res du gracieux style Louis XV ; l’ameublement est du meilleur 
goût, sans surcharge : meubles en tapisseries du siècle dernier, 
d’autres plus anciens , des styles Louis XIV et Louis XIII , fau- 
teuils Henri lien cuir et à clous dorés, bahuts artistiques, 
tableaux dont un, décorant la salle de billard et représentant 
Louis XV enfant, est remarquable. Au premier étage, une longue 
galerie bien éclairée contient une série importante de portraits 
de la famille de Sinéty, dont la branche d’Esparron, héritière 
des Lordoné, est propriétaire de cette terre depuis le commence- 
ment de ce siècle. 

De l’ancien chôteau féodal, habitation des d’Arcussia , il ne 
reste plus qu’une aile à l’Ouest, contenant la cuisine spacieuse 
et voûtée au vaste foyer dont le haut tablier est supporté par 
deux forts piliers en pierres; on remarque encore dans cette 
partie un long corridor, sorte de boyau étroit de l m 80 de hau- 
teur, formé par une série de voûtes surbaissées, faisant commu- 
niquer au rez-de-chaussée les façades Sud et Nord. 

Mais un des grands attraits de ce site , c’est sans contredit 
l’admirable point de vue dont on y jouit. Un vaste panorama se 
déroule sous les yeux ; au-dessous de soi , on a la fertile plaine 
d’Esparron , renommée par ses blés , couverte de vignes avant 
l’invasion du phylloxéra, parsemée de quelques arbres fruitiers, 
tels qu’amandiers , oliviers , figuiers, et de quelques rangées de 
mûriers ; elle s’étend de Saint-Martin-de-Pallières , à l’Est, jus- 
qu’à Artigues et Rians , à l’Ouest; diverses routes la sillonent; 



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ESPARRON— DE-PALL1ÈRES. 



35 



les bois de Montmajour, dont la croupe arrondie s’élève , du côté 
de Rians , jusqu’à un signal côté sur la carte de l’Elat-major à 
une altitude de 588 m , la séparent de la grande plaine de Valavez, 
aujourd’hui desséchée, mais qui présentait encore au siècle der- 
nier un lac ou étang fréquenté par de nombreux volatiles. Plus 
loin, apparaissent les villages de Ginasservis à mi-côte et de 
Saint-Julien-le-Montagnier sur son mamelon. 

A l’arrière-plan, la vue n’a presque plus de limite : on est en 
face de l’immense plaine traversée par la Durance , large trouée 
par où cette rivière coule presque directement du Nord au Sud 
sur un parcours de plus de lOOkilom.; on distingue la chaîne du 
Luberon, le mont Ventoux, les hautes montagnes du Dauphiné, 
les montagnes neigeuses des Alpes et, quand le temps est pro- 
pice, la cime conique et très caractéristique du mont Viso. Enfin, 
ramenant les yeux plus près de soi, on voit, à l’Est, la masse im- 
posante du château de la Verdière et sa large terrasse dominant 
le village de ce nom; et, si l’on monte quelque peu jusqu’au 
sommet du parc, on peut apercevoir le haut des tours et du châ- 
teau de Saint-Martin-de-Pallières, les villages de Pontevès , 
Fox-Amphoux, etc. 



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36 



ESPARR0N-DE-PALL1ÈRES. 



PREMIÈRE PARTIE : LES ÉGLISES. 



Chop. I. — Le Revest auprès d’Esparron. 

§ I. Notre-Dame du Revest. — A moins d’un kilomètre d’Es- 
parron, dans la plaine et à gauche de la route de Rians, apparaît, 
au milieu d’arbres séculaires et sur une pelouse , la chapelle 
connue sous le nom de Notre-Dame-du-Revest. Ce monument, 
bien qu’isolé et comme abandonné, par l’aspect seul de son ar- 
chitecture et de ses dimensions , donne à penser que ce n’était 
pas là primitivement une simple chapelle rurale, mais bien une 
véritable église, qui doit avoir son histoire et ses souvenirs. 

Cette église (1) est de style roman; elle est bien orientée; quatre 
contreforts extérieurs , placés du côté du Nord seulement , sou- 
tiennent l’effort des quatre travées intérieures; l'abside, à l’Est , 
de forme ronde, est remarquable par le bel appareil de ses pier- 
res. La façade , aux assises régulières comme l'abside , se dis- 
tingue par la porte d’entrée à plein cintre, couronnée d’uû fron- 



(lj A la suite d’une communication de M. L. Rostau, de Saint-Alaximin, membre corres- 
pondant du ministère de rinstruction Publique et sur le rapport de M. le comte Robert de 
Lasleyrie, professeur * l’école des Chartes, membre-secrétaire du comité des travaux histo- 
riques, section d’archéologie, cette section a émis le vœu que la chapelle de Notre-Dame 
d’Esparron, si bien conservée et remarquable par son architecture romane, fut classée parmi 
les monuments historiques. En conséquence, la communication de M. Rostan a été renvoyée 
h l’administration des Beaux-arts pour être soumise b la Commission des monuments his- 
toriques ( Bulletin du Comité , Archéologie , 1883, n* 1, p. 133). 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



37 



Ion ou galbe en éventail , au-dessus duquel a été rapporté un 
écusson en pierre, à demi brisé, dont les quelques fragments en 
relief permettent d’y reconnaître les attributs d’un évêque ou 
d’un abbé mitré. Une seule ouverture très-exigue , d’une forme 
singulière, rectangulaire et rétrécie au centre , perce la façade 
au-dessus, mais non à l’aplomb de la porte. 

A l’intérieur , les dimensions dans œuvre sont : 26 mètres de 
longueur, 5 mètres 50 de largeur et 7 mètres 75 de hauteur. 

L’église n’a qu’une seule nef à quatre travées; les voûtes à 
berceau sont soutenues par des arcs doubleaux portés par des 
pilastres; un cordon règne tout autour des parois latérales au- 
dessus des fausses arcades, lesquelles sont toutes cintrées, à 
l’exception des deux de la première travée, à l’entrée, qui sont 
ogivales. 

L’abside, en cul-de-four, est d’un très-bel appareil , bien supé- 
rieur à celui de la nef et moins élevé qu’elle. 

La nef n’est éclairée que par un oculus de très-petite dimen- 
sion au-dessus de l’arc de l’abside et par la petite et singulière 
ouverture , en forme d’I , sur la façade; une fenêtre cintrée, en 
forme de meurtrière , percée dans le mur du Nord a été fermée 
à l’extérieur. 

La porte d’entrée est formée , à l’intérieur , par un grand lin- 
teau en pierre surmonté d’un arc de décharge. 

Le sol de la nef est dallé de grandes pierres vers le fonds , 
tandis que la première partie de ce dallage, probablement ruiné , 
se trouve aujourd’hui recouvert d’un autre dallage de forme très 
rustique superposé au premier; un grillage en bois sépare les 
deux parties. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 

Les armes des d’Arcussia accolées à celles des Glandevès, 
peintes en forme de litre funèbre, sont reproduites sur chacun des 
pilastres soutenant les arcades. 

Sur l’autel en bois fort simple repose dans une niche la statue 
ancienne , en marbre et coloriée, de la Sainte-Vierge debout al- 
laitant l’enfant Jésus , nu , recouvert d’un simple linge autour 
des reins : la Vierge a les cheveux dénoués et pendants jusques 
au milieu du dos; sur sa tête est posée la couronne héraldique 
de reine. 

On conserve , à l’intérieur, deux inscriptions romaines ainsi 
que deux tables d’autel primitif en pierre qui seront décrites 
plus loin. 

Une porte percée dans l’abside , du côté épître, établissait au- 
trefois la communication entre l’église du Revest et son monas- 
tère adossé à sa façade Sud , dont on aperçoit encore quelques 
pans de murs et sur les ruines duquel on a établi , en 1856, le 
cimetière communal. 

Les habitants ont en grande vénération Notre-Dame-du-Re- 
vest; mais ce sont surtout les jeunes filles de l’endroit qui l’in- 
voquent d’une manière toute particulière et naïve; elles l’implo- 
rent bien souvent, dans le secret de leur cœur par cette invoca- 
tion populaire : 



Nouasto Damo de Recès , 

Fè-mi douna qu sabès ! 

L’attachement de cette population pour son antique chapelle 
est bien justifiée; car c’est là, sur son emplacement même, que se 
trouve, pour ainsi dire, le berceau du pays; du moins, c’est à son 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



39 



occasion qu'ont été octroyées les nombreuses chartes de dona- 
tion insérées au Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Mar- 
seille , permettant , avec l'aide des quelques vénérables épaves 
du passé qui y ont été religieusement conservées, de préciser la 
date de sa fondation et de reconstituer l’histoire môme d'Espar- 
ron. 

La chapelle romane du Revest date du commencement du XI 6 
siècle; l'archevêque d'Aix en fit la dédicace en l'année 1033 ; elle 
fut bâtie peu après la reconstruction du monastère bénédictin , 
aujourd’hui ruiné, auquel elle servit d'église. Ces deux monu- 
ments remplaçaient un premier monastère cassianite détruit de 
fond en comble, au VIII e siècle , par les Sarrasins; ce primitif 
monastère chrétien s'élevait lui-méme sur l’emplacement d'une 
colonie ou villa romaine. Quant au village d'Esparron , il ne pa- 
rait pas remonter bien loin au-delà du X 6 siècle. 

§ II. La villa romaine; camp retranché de Montmajour ; ins- 
criptions. — Au point de jonction des deux grandes vallées d'Es- 
parron et de Valavez se dresse , à plus de 200 mètres au-dessus 
de la plaine , par des pentes abruptes et des rochers à pic, le 
sommet du plateau boisé de Montmajour, dont la pointe tournée 
vers Rians, à l'Ouest, affecte la forme d'un éperon : Vespéroun , 
tel est le nom que l’on donne aujourd'hui à ce quartier. 

Cette forte position ne pouvait manquer de faire partie du sys- 
tème de castramétation suivi par les Romains dans ce coin de la 
Provence où se trouvent, sur presque chaque crête, des vestiges 
de leurs travaux de fortification. Un camp retranché y fut établi : 
des ruines bien apparentes l’indiquent encore de nos jours et les 
habitants l'appellent lou fort. Il se reliait , à la distance de 9 kil. 



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40 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



à vol d’oiseau et au moyen d’un autre camp plus petit élevé au 
sommet pointu de la colline d’Artigues, avec l’important camp 
retranché de Pain de munition , commandant toute la contrée et 
qui paraît avoir seryi de base d’opérations à Caïus Marius, dans 
le plan de campagne que ce célèbre général romain suivit avec 
tant d’habileté et de constance pendant trois ans et qu’il termina 
si glorieusement par la défaite et l’extermination totale des Teu- 
tons, dans la plaine de Pourrières , l’an 102 avant Jésus-Christ. 
Les historiens rapportent que Marius trouva, dans cette san- 
glante bataille , de solides et vaillants alliés dans les peuplades 
gauloises des environs et notamment parmi les Liguri qui habi- 
taient le pays compris entre la Durance au Nord et le mont de 
Sainte-Victoire au Sud, peuplade à laquelle se rattachaient les 
habitants de la vallée d’Esparron (i). 

Ces trois camps retranchés, placés presque en ligne droite du 
Nord au Sud et à une égale altitude, dominaient la voie romaine, 
tracée par Marius lui-méme dons sa première partie , laquelle, 
partant d’Aix , contournait la montagne de Sainte-Victoire, pas- 
sait à Claps, au puits de Rians (au pied môme de Pain de muni- 
tion) et là pouvait se bifurquer et suivre l’une des deux vallées 
pour gagner Varages, Tavernes, Montmeyan, le gué de Quinson 
et l’antique cité de Riez. 

Le camp de Montmajour est de forme rectangulaire : le mur 
d’enceinte , en pierres sèches et brutes , élevé sur trois côtés 
seulement, mesure 75 pas de longueur sur les faces Sud et Nord 
et H5 pas à la face Est. Le côté Ouest est défendu naturellement 



(1) Etude d’un camp retranché , par Melrhior Tirao Marseille, 1873. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

par une barre de rochers escarpés qui se prolonge vers les faces 
S. et N.; la partie la plus vulnérable et la seule accessible était 
par l'Est; aussi un autre mur, également en pierres sèches, 
placé en avant et à 50 pas du mur d'enceinte , barrait le plateau 
dans toute sa largeur. 

A l'abri et sous la protection des camps retranchés de Mont- 
majour et d’Artigues , qui défendaient la vallée d’Esparron, de 
nombreuses villas romaines s'élevèrent dans la plaine. Licinius 
GratuSy (d'autres lisent Nicinius Graius) établit la sienne au 
pied de Montmajour , ainsi que le prouve l’inscription qui se 
trouve sur une fontaine à la campagne dite la Blanque, dans le 
territoire de Rians (1). 

Domitius Pedullus , personnage important de la cité d’Arles, 
allait se reposer des fatigues et des soucis des charges publi- 
ques que lui avait imposées successivement la confiance de ses 
concitoyens , dans sa villa auprès du village actuel d'Esparron, 
et c’est là même, qu’après sa mort, ses cendres furent sans doute 
déposées sur un monument funéraire que rappelle la première 
inscription ci-après. 

Le site était bien choisi : une source d’eau vive et abondante 
jaillissait des rochers à une courte distance; posé sur le versant 
Nord de la colline à laquelle il s'adossait, ce lieu de repos était 
encore protégé contre les ardeurs du soleil de Provence par les 
grands chênes qui s'étageaient sur la pente; il avait à sa proxi- 



(1) Baron de Bonstetten. Carte arckêol. du var , art. Rians , Artigues et Saint-Martin 
près d’Esparron. — A deux kilom. plus au Nord, b la Dèsidère près Roques-Rousses, on 
voit encore de nombreux vestiges romains ; des tuiles et poteries romaines se rencontrent 
aussi en abondance auprès des villages d’Artigues et de Saiol-Martin-dc-Palièrcs. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

mité les meilleurs terrains de cette fertile plaine que les bras des 
esclaves défrichèrent en partie ; deux gorges agrestes et retirées 
conduisaient au sommet du plateau et on pouvait de là gagner 
facilement, en cas de danger, les forêts épaisses des vastes bois 
de Seillons et d’Ollières. 

Les eaux de la source furent captées et amenées à la villa au 
moyen d’un canal qui suivait les sinuosités du terrain et dont on 
aperçoit encore de temps à autre la cuvette faite en solide ciment 
romain; un puits fut creusé (1), des constructions s’élevèrent et 
la colonie romaine put vivre en paix durant plusieurs siècles, 
laissant après elle des traces indéniables de son passage. En 
effet , tout autour de la chapelle du Revest et sur le sol incessam- 
ment remué par la charrue , se montrent de nombreux débris de 
briques, de poteries, d’éclats de pierres basaltiques ayant fait 
partie de quelques moulins à bras; des substructions apparais- 
sent à fleur de terre; des fouilles ont mis au jour de nombreux 
tombeaux recouverts en pierres ou en briques dites sarrasines , 
dans l’un desquels on a trouvé des monnaies , malheureusement 
perdues , et un tronçon de la courte et large épée du légionnaire 
romain. On voit aussi en cet endroit deux fortes pierres plates, 
identiques , présentant sur la face polie deux creux rectangulai- 
res d’égale dimension séparés par un trou plus petit au centre ; 



(1) Lors do transfert do cimetière d’Esparron sur les raines du monastèie do Revest. en 
1856, les travaux d’ameublissement du sol ont fait découvrir un ancien puits comblé , dont 
les parois, formées par des pierres taillées, de petit appareil et posées par assises réguliè- 
res, dénotent le travail architectural des Romains. Une charte de l'an 1030 (n° 269 du Cart.) 
le mentionne déjà comme antique: « pu te cm anticum ». 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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delà pierre; ces creux portent chacun à leur centre un trou 
carré assez profond permettant d’y sceller une autre pierre ou 
une pièce de bois; elles servaient apparemment de support au 
cône renversé d’un moulin à bras dont la pointe s’enfonçait dans 
le petit trou du centre , et dans les creux parallèles devait s’en- 
castrer le châssis de bois permettant de faire mouvoir la petite 
meule. 

Tous ces vestiges disent fort clairement qu’on se trouve en 
présence d’un établissement romain; mais la villa auprès d’Es- 
parron a laissé deux autres témoins irrécusables de son exis- 
tence en ce lieu , dans les deux inscriptions païennes que nous 
allons transcrire et qui sont toutes deux conservées dans l’inté- 
rieur de la chapelle du Revest. 

La première et la plus importante est à gauche en entrant, au 
milieu et contre l’arcade de la troisième travée; elle est gravée 
en lettres d’un beau caractère, de0 m ,08 de hauteur, sur une pierre 
en partie enfoncée dans le pavé de l’église. La face sur laquelle 
est gravée l’inscription est légèrement en creux entouré d’un 
encadrement de moulures rectangulaires. 

Elle est ainsi conçue : 

T. DOMITI* L F* TER- PEDVLL 0 
ARELATENSI- OMNIBUS 
HONORIB* IN- COLON 
SVA- FVNCTO- EUTYCHO" 

LIBERTVS* (1) 



(1) Cette inscription a été plusieurs fois publiée savoir, par : 1' Honoré Bouche , Histoire 
chronologique de Provence, tome I, page2ü2 2’ l’abbé Papon, Histoire générale de Pro- 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



« A Titus Domitius Pedullus, fils de Lucius , de la tribu Te- 
rentina , citoyen d’Arles , ayant rempli dans son pays toutes les 
charges honorifiques, Eutychon, son affranchi [éleva ce monu- 
ment]. » 

« Ce Domitius Pedullus , dit l’abbé Papon dans son Histoire 
de Provence , était un citoyen d’Arles, de la tribu Terentina , qui 
avait passé par toutes les charges de sa patrie , ce qui lui don- 
nait le premier rang parmi ceux qui avaient , dans leur pays , 
les prérogatives de la noblesse et qu’on appelait domi nobiles . 
Quant à l’affranchi Eutychon (1), qui ne prend pas le nom de son 
maître, contre l’usage, il était grec d’origine, s’il faut en juger 
par le sien ». 



retice , tome I, p. 246;— 3 de Noble-la-Lauzière , Histoire d'Arles , inscriptions antiques, 
p. XXIV, n* 1C9 ; — 4 Ab. Féraud, Histoire géographique et statistique du département 
des nasses-Alpes , Digne, I8GI, p. 343 ; — 5- baron de Bonstctten , Carte archéologique 
du département du Var % Toulon 1873, art. Esparron. 

Ces différents auteurs , sauf le dernier, ont commis la même erreur; sur la Toi de Bou- 
che, ils ont placé cette inscription sur le territoire de la commune d’Esparron-de-Verdon 
(Basses-Alpes), ravissant ainsi b la commune d’Esparron-de-Pallières (Varî on bien qui lui 
appartient et un monument précicBx pour son histoire. Mais aucun n'en a donné la copie 
exacte et textuelle, et tel qui voulait rectifier scs devanciers est tombé dans une erreur plus 
grave. 

La transcription que nous en donnons est minutieusement exacte dans ses moindres dé- 
tails ; elle est, d'ailleurs, d’une lecture facile, tant les caractères en sont beaux et corrects. 
Nous la publions, ainsi que la suivante, après l’avoir relevée sur place et d’après un calque 
très soigné pris par M. L. Roslan, qui en a fait l’objet d’une communication V. supra. 
note 1, p. 10. 

(1) Le nom grec A' Eutychon s'est latinisé. On trouve b Arles cinq ou six inscriptions por- 
tant les mots Eutgches, etis, ia, iœ. — La Lanzièrc , Histoire d'Arles , inscriptions n** 36, 
06, )?l, 1%, 120, 177 — Baron de Bonstelten, toc. cit ;art. Taurocnlum, 5. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

La deuxième inscription est à droite, sur une pierre incrustée 
dans le mur, sous la fausse arcade ogivale de la première travée. 
Les caractères en sont moins beaux; son archaïsme, la forme 
des A, des N, des M, tracés en forme de lambda grec, l'orthogra- 
phe d ’uæsori, tout indique une plus basse latinité et une époque 
plus rapprochée de la nôtre. 

G* IVLIO 
VITIONI* Q- 
IVLIVS* SVP 
STES- FRATRI 
IVLIAI- QF* AVI 
TAE* Q- LVCANIVS 
INSEQVENS* OP 
TVME- VXSORI* (1) 

« A son frère Caius Julius Vition, Quintus Julius Supestes ; 
à sa femme bien-aimée Julia Avita, fille de Quintus, Quintus 
Lucanius Insequens » (2). 

Ces deux inscriptions, trouvées au même lieu, nous ont révélé 
l'existence et l’importance de la villa romaine établie en ce même 
endroit , ainsi que les noms de divers personnages qui y ont 



(1) Publiée par le baron de Bonstetten , toc. cit., qui en donne une reproduction et une 
double lecture vicieuses. 

l2) Nous devons cette traduction k M. l’abbé Albanès, le savant historiographe du diocèse 
de Marseille , dont la science épigraphique ne le cède eu rien k la compétence archéologi- 
que.— Malgré l’apparence contraire , les mots supestes pour superstes et insequens sont 
des noms propres : le cognomen de ces citoyens romains. On les rencontre dans d’autres 
inscriptions, notammeut k Arles (la Lauzière : n* 175) et k Cabasse (baron de Bonstetten , 
art. Cabasse, l). 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



habité et y ont été ensevelis ; nous connaissons encore par elles 
sa durée approximative (1). 

En effet, si la première de ces inscriptions, par son style cor- 
rect, la beauté et la régularité de ses lettres, doit remonter à la 
belle époque romaine , c’est-à-dire au 1 er ou , au plus tard, au II* 
siècle de l’ère chrétienne, la seconde est de cette époque de dé- 
cadence et de barbarie qui a caractérisé la fin et la chute de 
l’empire romain d’Occident. Plusieurs siècles se sont donc écou- 
lés entre l’érection des deux monuments funéraires rappelés par 
ces deux inscriptions païennes. 

§ III. Le Monastère cassianiie ; les Sarrasins . — Quand l’ère 
des persécutions fut close et que, avec Constantin et ses succes- 
seurs, la religion chrétienne put librement se développer et 
trouva partout faveur et protection , la Provence ne tarda pas à 
se convertir au christianisme , du moins à en exercer publique- 
ment le culte; les églises chrétiennes remplacèrent partout les 
temples païens. 

La villa romaine qui nous occupe subit, elle aussi, cette trans- 
formation : sur son emplacement et sans doute dans le courant 
du V e siècle, s’élevèrent un monastère chrétien et une église. 



(1) Le président Fauris de Saint-Vincent , archéologue provençal de la On du siècle der- 
nier, dans nne note manuscrite trouvée dans les papiers du château d'Esparron, ayant eu 
connaissance de ces deux inscriptions par des calques qu’il reconnaît défectueux et qui lui 
ont fait commettre des erreurs dans la lecture , y trouve néanmoins la preuve certaine que 
ces lieux ont été habités par des familles considérables dans les 2«, 3* et 4 e siècles. « L’une 
de ces inscriptions , dit-il (celle b Domitius), parait être, par la forme des lettres , des 
meilleurs temps; l’autre est d’une époque postérieure; les lettres en sont presque bar- 
bares ». 



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ESPARRON— DE-PALLIÊRES. 



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L existence de ce premier monastère est hors de doute ; elle 
ressort, d’une manière év idente , des termes mêmes de la charte 
solennelle , par laquelle , vers l’an 1030, Geoffroy de Rians et sa 
femme Scocia, dans le but de coopérer à la réédification du mo- 
nastère qui depuis fort longtemps avait été détruit par les infidè- 
les , font donation au nouveau monastère et à sa dépendance 
1 église de Notre-Dame , placés sous l’obédience de l’abbaye de 
Saint-Victor de Marseille et situés au diocèse d’Aix , dans cette 
vallée appelée Vances qui se trouve entre les châteaux d’Arti- 
gues et d’Esparron , de toute la part leur revenant de la terre où 
fui anciennement la villa , aujourd’hui terre co-seigneuriale ou 
condamine (1 ). 

La construction delà primitive église est non moins certaine : 
on ne saurait , en effet , comprendre un couvent sans son église. 
D’ailleurs, elle a laissé une preuve matérielle de son existence : 
ce sont deux larges pierres quadrangulaires , polies et légère- 
ment creusées à leur face supérieure ; le creux porte un enca- 
drement de moulures rectangulaires. C’est bien là la forme et 



(1) Canalaire de l'abbaye de Sainl-riclor de Marseille, tome I, n* 269 < ... Q oa 

proptcr «go Josfredus et Dior mea Scocia , auctorilale seeuti , donamus ad monasuriam 
rekediflcalioxem mcmbra Saneta Uaria et Sancti Johannis vel sanctam Crucem , quijam 
Ion, e veto tempore deslructn. fuit a payant, .... qBO d Omni (empote ait habitacio mo- 
aaehorum. Juslns ea, Domine, et taeii canonea prohibent ot obi fuit abitacio moaachorum, 
non débet esae laieorum habitacio... Ipaum monaaterio que est in comitatu Aqueuse , in 
ralln qne nominant rances et est inter castrum Artiga et Esparrone. Donamua ad ipsum 
monaaterium terra nbi faeril villam et est condamina ; parlent meam douo et eat partita 
per 1111.... »— La traduction de celte charte n’eat paa aiaée , tant les règlea lea plua élé- 
aentaires de la sjntaie y sont violées; le sens pourtant n’est paa douteus. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



les dimensions des tables d’autel qui se firent communément à 
partir du V e siècle. 

Ces deux pierres sont conservées dans l'église actuelle du 
Revest : la plus grosse , qui devait sans nul doute servir d’autel 
principal, mesure l m 85 de long sur l m de large; elle gît à tei*re 
sur le pavé de l’église et sert actuellement de marchepied au 
banc des prieurs de la chapelle (1); le creux est rempli par du 
plâtre, on ne peut donc s’assurer s’il n’y aurait pas gravés quel- 
que inscription, lettre ou signe quelconque. 

L’autre, plus petite , n’a que l m 20 de long sur 0 m 68 de large ; 
le creux est à découvert, on n’y aperçoit ni lettre ni signe. Posée 
à plat sur un support, elle sert d’appui à un corps saint les jours 
de procession. C’était lâ , sans doute , un autel latéral de la pri- 
mitive église. 

La charte, citée plus haut, ne nous dit pas à quel ordre de Re- 
ligieux se rattachaient les moines qui étaient venus s'installer à 
côté ou sur l’emplacement même de la villa romaine pour y bâtir 
un couvent et une église. Mais à quelle autre famille monastique 
pouvaient-ils appartenir , si ce n’est à celle, si florissante et si 



(1) Jusque vers l’année 1840, celle pierre, supportée par un massif en inaçoniu rie, a î^ervi 
de table d'autel b la chapelle actuelle du Revest et ou y a célébré jusqu'alors le sacrilice 
de la inesse ; b cetto époque , le rétable eu bois doré et sculpté tombant , parait-il, en 
ruines, l’autel entier fut démoli, la pierre placée Ib où elle se voit aujourd'hui, les boiseries 
mises en pièce ; et, b la place d’un ensemble qui avait un caractère artistique et un intérêt 
archéologique , ou voit aujourd'hui un autel en bois plus que modeste. Il serait b désirer 
que cette pierre cousacrée fût bientôt remise en !a place qu’elle n'nuïail jamais dû quitter 
cl redevint encore le tablier de l'autel principal de Notre-Dame-du-Revest, retrouvant ainsi 
l’emploi qui lui est naturellement assigné par sa destination primitive et un usage non in- 
terrompu durant treize siècles ! 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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nombreuse dès ses débuis que fonda saint Cassien, dont l’abbaye 
de Saint-Victor de Marseille prit la suite quelques siècles après, 
mais qui, dès le commencement du V e siècle, compta jusqu’à 
5,000 religieux sous cette règle et se vit obligée de les dissémi- 
ner de tous côtés en Provence , en multipliant ainsi les fonda- 
tions religieuses et les monastères ? « Nombreux essaims d’une 
ruche trop pleine, ainsi que nous l’apprend la tradition, les moi- 
nes cassianites se répandirent dans toutes les directions, princi- 
palement dans les lieux écartés et éloignés des villes , pour y 
planter leur tente » (1). 

Le site agreste et retiré d’Esparron-de-Pallières, la fertilité de 
la vallée, les forêts épaisses qui l’entouraient, convenaient de 
tous points à des moines fuyant le monde et cherchant la re- 
traite. 

On ignore par quel acte de transmission la villa romaine , ses 
esclaves et ses terres, passèrent entre les mains des religieux ; 
s’il y eut vente ou donation. Cette transmission dut être paisible: 
la supposition d’un fait violent ou brutal, d’une usurpation , doit 
être écartée. Ce n’est pas par la violence, encore moins parla 
terreur , que ces paisibles soldats du Christ , admirables pion- 
niers de la civilisation chrétienne , s’avancèrent en Provence , 
conquérant les âmes, défrichant les terres, la couvrant de leurs 
innombrables établissements. On doit plutôt admettre : ou bien 
que le dernier propriétaire de la villa , rejeton d’une de ces fa- 
milles romaines dont le nom nous a été révélé par les deux ins- 
criptions , converti au christianisme, se soit senti entraîner , lui 

(1) Le Couvent royal de Saint-Maximin , par l'abbé Albanès, Draguignan , WBft, p. 8. 

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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



aussi , par ce puissant courant religieux qui porta à ce moment 
tant de milliers de Provençaux , de tout rang et de toute condi- 
tion, à quitter le monde et à suivre la règle de saint Cassien ; ou 
bien que , sans héritier, il ait légué sa villa ou en ait fait dona- 
tion, dans un but pieux. 

Les esclaves de la colonie romaine devinrent les serfs du mo- 
nastère; et, s'ils continuèrent à être attachés à la terre, qu’ils 
cultivèrent toutefois à leur profit en payant les redevances à 
leurs seigneurs , leurs nouveaux maîtres n’avaient plus droit 
absolu de vie et de mort sur eux. Des mœurs et une législation 
plus douce ne cessèrent d’améliorer leur condition sociale, grâce 
à l’influence de plus en plus prépondérante de la religion et de la 
civilisation chrétiennes. 

Mais le monastère cassianite auprès d’Esparron , ainsi que 
son église , subirent le sort de presque toutes les fondations re- 
ligieuses en Provence, à la suite des invasions et des ravages 
des Sarrasins. Ces fanatiques ennemis de la foi chrétienne cou- 
vrirent, au VIII e siècle , le sol de cette malheureuse contrée de 
destructions et de ruines; ils mirent tout à feu et à sang, prin- 
cipalement ce qui leur rappelait le nom chrétien; les religieux 
furent dispersés, les couvents et les églises pour la plupart 
pillés et détruits. Le monastère d’Esparron n’échappa pas à leurs 
déprédations: ainsi que nous l’apprend la charte, il fut complè- 
tement détruit, ses moines chassés et ses terres confisquées au 
profit de ces cruels vainqueurs. 

Ce fut sans doute à cette époque désastreuse que les habitants 
de ce territoire, groupés autour du monastère, abandonnèrent 
leurs paisibles et commodes demeures des bords de la plaine 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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pour se réfugier sur la hauteur voisine, à P abri d’un château-fort 
et de solides murailles. La villa , ou bourg ouvert et non clos de 
murs, fut abandonné pour le caslrum , ou lieu fortifié. De ce mo- 
ment daterait la fondation du village d’Esparron, Castrum de 
Sparrone. L’origine de nombreux villages, en Provence, perchés 
sur les hauteurs, n’eut souvent pas d’autres causes. 

§ IV. Le monastère Bénédictin ; les chartes du XI e siècle . — 
Nous n’avons eu , jusqu’ici, pour nous guider dans cette histoire 
reculée que quelques pierres, vénérables épaves du passé ; elles 
nous ont permis néanmoins des inductions rationnelles que le 
témoignage écrit de personnages vivant au commencement du 
XI e siècle , à môme par conséquent de connaître ce qui était de 
tradition courante dans leur pays et d’un passé non encore trop 
éloigné d’eux , est venu confirmer et corroborer d'une manière 
inébranlable; par elles nous avons pu reconstituer l’histoire de 
cette localité à près de dix siècles en arrière et jusqu’au commen- 
cement de Père chrétienne. Mais , à partir du XI® siècle , les do- 
cuments écrits sont nombreux; plus de vingt chartes , insérées 
dans le Cartulaire de V abbaye de Saint-Victor de Marseille y 
nous parlent du monastère auprès d’Esparron-de-Pallières et de 
son église, appelée plus tard Notre-Dame-du-Revest. 

Les dix premiers siècles de Père chrétienne venaient de s’a- 
chever, laissant la malheureuse Provence toute meurtrie et à 
moitié dépeuplée à la suite de nombreuses guerres et surtout 
d’invasions incessantes , dont la plus terrible fut celle des Sar- 
rasins , lesquels accumulèrent tant de ruines que leur souvenir 
demeura longtemps un objet de terreur. La date fatidique de Pan 
1000 arrive, et aussitôt ce fut, de toute part, comme un réveil de 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



foi religieuse; un courant d'idées de justice et de restitution > 
inspirées par la religion chrétienne, entraînait chacun vers les 
fondations pieuses, les aumônes, les restaurations d'églises et 
de couvents. 

« Les enfants ou héritiers de ces seigneurs qui s'étaient em- 
parés ou avaient recueilli les propriétés des fondations religieu- 
ses, comme des biens sans maîtres (conquêtes bien souvent 
payées de leur sang , en contribuant à chasser les Sarrasins de 
Provence), se demandèrent à quel titre ils pouvaient retenir les 
biens des églises et ces églises elles-mêmes, et, pour mettre leur 
conscience en repos, ils les rendirent successivement à leurs 
anciens possesseurs. De là viennent ces nombreuses donations 
d'églises et de terres que Ton rencontre si fréquemment dans les 
titres du onzième siècle. Que l’on ne s'y trompe pas; ce ne sont 
point là des fondations nouvelles, mais des restitutions » (1). 

Esparron-de-Pallières offre une nouvelle preuve de ce fait his- 
torique; les diverses chartes, dont nous allons donner l'analyse, 
ne laissent aucun doute à cet égard. 

La célèbre abbaye de Saint-Victor de Marseille, de la règle de 
saint Benoît et dont les titres publiés dans les deux gros volumes 
in-quarto de son Cartulaire relatent la puissance dans le cours 
du XI e siècle, avait été appelée, à la fin du siècle précédent, vers 
l'an 965, par l’évêque de Marseille, Honoré, frère de Guil- 
laume I er , vicomte de Marseille, à continuer l'œuvre religieuse et 
civilisatrice si bien commencée par la famille de saint Cassien , 
dispersée et détruite depuis longues années à la suite des inva- 



(1} le Couvent Royal de Saint-Maxinnn, par l'abbé Albaoès, p, b. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



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sions sarrasines. Les Bénédictins remplacent dès lors les Cas- 
sianites ; et, après le triomphe final sur les infidèles, en 972, ils 
reprennent peu à peu toutes les anciennes possessions de leurs 
prédécesseurs. 

Charte I (1), datée du règne de Rodolphe III , roi de Bourgo- 
gne Transjurane (994-1032), dont le comté d’Arles, embrassant 
la partie de la Provence comprise entre la Durance pt la mer, 
était un fief en dépendant : Vers l’an 1025 , Galdrade , dame de 
Brignoles, assistée de sa fille Scocia, de Geoffroy de Rians , 
son gendre, détache et désempare en faveur du monastère au- 
près d’Esparron , de la terre seigneuriale ou alleu qu’elle pos- 
sède dans le territoire de Brignoles, l’église de saint Christophe 
martyr, située dans la vallée de Signoleprès Vins, avec la terre 
en dépendant qui s’étend des rives du Carami et de la source 
dite de Pertica jusqu’à la limite du territoire de Cabasse. 

Charte II (2), datée également du règne de Rodolphe III : vers 
l’an 1030, ou mieux 1025, Geoffroy de Rians et sa femme Scocia, 
en vue de la reconstruction du monastère auprès d’Esparron 
détruit par les Sarrasins , lui font donation , ainsi que nous 
l’avons vu au § III ci-dessus , de toute leur part , divisée en 
quatre parcelles , de la condamine sur laquelle se trouvait an- 
ciennement la villa; une de ces parcelles, de 133 destres de long 
sur 90 de large , au-dessus du chemin conduisant à Artigues , 
s’étendait depuis le mont appelé le petit Artigue jusqu’au cime- 
tière du monastère au point où se trouvait un ancien puits (3). 



(1) Cari, da St-Yicior, n* 281. 

(2) Ibid, n* 269. 

(3) Voir ci-dtssas, p. 14, en note. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



Ils donnent encore, en d’autres quartiers , une terre près le che- 
min qui mène à Saint-Pierre (1); une autre, au-dessus de la route 
d’Artigues , près la source dite de subitana; une vigne sous le 
village d’Esparron ; autre vigne, au clos de Caucibert; une terre 
de 10 muids (2), ayant en moyenne 137 destres de long sur 109 
de large , confrontée sur un point par le ruisseau venant de la 
source appelée Grassa ou Brasca (3). 

Charte III (4), même époque, au mois de décembre: Hugues 
de Baux et sa femme Inaurs font donation au monastère de 
Notre-Dame et de Saint-Jean, dans la vallée de Vances auprès 
d’Esparron , de cinq mesures de terre arable près le chemin qui 
mène à Saint-Martin. 

Charte IV (5), vers l’an 1030 au mois d’avril : Geoffroy de 
Rians, sa femme Scocia et leurs fils Guillaume et Pons donnent 
au monastère d’Esparron l’église de Saint-Maurice (dans le ter- 
ritoire de Rians, sans doute), et la terre à son entour détachée 
du mas Jaubert ou Abelon. Pons, fils de Beliel, Archimbert, 
Manassès et divers autres font également donation de diverses 
terres au môme lieu en faveur de ce monastère. 



(1) Ce quartier, compris dans la section C de la commune d’Esparron, a conservé ce nom; 
on dit : la ferrage de Saint-* 'ierre ; un oratoire, dédié a Saint-Pierre , se voyait encore en 
ces dernières années au bord du chemin de Ginasservis. 

(9) Le muids , modius , mesure de superficie, valait donc environ 1500 destres carrés. 

(3) Ces noms sont inconnus I Esparron. 

(4) Cart . n* 270. Déc. cire. 1055.— Cette date approximative, donnée par les annotateurs 
du Cartulaire , ne parait pas justifiée; nous préférons celle de 1030, eomme le laisse enten- 
dre sa place dans le registre au milieu des actes qui paraissent tous delà même époque. 

(5) Ibid. n* 271. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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Charte V (1), môme année , au mois de mai : Franc , vicomte 
de Fréjus, et sa femme Aimerudis abandonnent au monastère 
d’Esparron tous leurs droits sur la terre seigneuriale ou conda- 
mine, située tout autour de ce monastère. Cet acte de libéralité a 
pour cautions et témoins , Pons de Marignane , archevêque 
d’Arles (1000-1030), Geoffroy et Scocia, etc. 

Charte VI (2), môme époque : Autre Franc et sa femme Gala 
donnent audit monastère une « masata » de terre arable, ou soit 
16 muids, détachée de leur alleu sis dans la plaine de Valavez (3). 

Charte VII (4), vers l’an 1030 : Laugier , sa femme et ses en- 
fants donnent audit monastère d’Esparron une parcelle de terre 
sur laquelle s’élève l’église de Saint Michel-Archange, détachée 
du domaine qu’ils possèdent au comlat Venaissin , au territoire 
de Monteux , quartier de Bonnefont. 

Charte VIII (5), môme époque : Emma, dame de Brue, son fils 
Geoffroy et ses autres enfants font donation à ce même monastère 
du tènement ( çabannaria ) de Pons-le-jeune faisant partie de leur 
domaine ou alleu de Saint-Estève dans le territoire de Brue. 

Charte IX (6), môme époque : Albert d’Amirat donne au mo- 
nastère d’Esparron une terre détachée de son domaine d’Amirat, 

(1) Cart . n- 979. 

(9) Ibid . n- 973. 

(3) Certains étymologistcs font dériver ce mot de c vallisavium >. On ne aanriit pour- 
tant traduire « Val de Viso » que par Valavez , surtout i cause de la proximité de la plaine 
de ce nom du village d’Esparron. 

(4) Cart . n- 974. 

(5) IM, n- 975. 

(6) Ibid . n* 976. 



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ESPARR0N-DE-PALL1ÈRES. 



dans le territoire de Rians, quartier dit « inAlbuges »; une vigne 
près la source d’Olmeda ; toute sa part de l'héritage de son frère, 
consistant en un champ, dit le Pottelier au quartier de Vadarmes, 
dans le territoire de la Verdière (?); une terre près la source dite 
la Brascasse; tout son héritage appelé « Traines »; enfin une 
quarterée de vigne à la Fabresse près Rians. 

§ V. Construction de V église. — Ces diverses chartes , datées 
pour la plupart du règne de Rodolphe III, roi d'Allemagne (994- 
1032), sont vraisemblablement antérieures à l’année 1030, date 
extrême fixée par les annotateurs du Cartulaire. A ce moment , 
en effet, le monastère auprès d’Esparron est déjà reconstruit et 
habité; son église, seule conservée de nos jours et dont on fit la 
dédicace trois ans après , va recevoir des donations tout aussi 
importantes. 

Charte X (1) : En 1033, Geoffroy de Rians et Hugues de Baux, 
leurs femmes et leurs enfants , Pons (leur frère) et Aubert 
ayant fait élever , avec l’aide d’hommes pieux , l’église du mo- 
nastère d’Esparron , lui assignent en dot , selon la coutume ec- 
clésiastique , en sa qualité d’épouse du Christ, toute la partie 
de leur domaine seigneurial à l’entour et auprès de cette église , 
vaste quadrilatère formant, sans nul doute, tout l’ancien tène- 
ment du primitif monastère cassianite. Du côté d’Esparron, la 
limite partait de la roche de Trémolon (la roco de Raymoun , dit- 
on encore aujourd’hui), descendait au ruisseau de Reinard, pas- 
sait à la fontaine ou source de Carpée (la font del corp), à la 
vigne de l’église paroissiale Saint-Jacques d’Esparron et attei- 



(1) Cari, n* 968. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



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gaait les bois de Montmajour; du côté d’Artigues, elle suivait les 
ruisseaux de Scalion et de Caromb (dénominations perdues), 
pour s’élever jusqu’au sommet du mont appelé le Petit Artigues. 
— Pierre I , archevêque d’Aix (1038-1050), averti de ces faits, 
rend cette donation irrévocable par la dédicace qu’il fait de la 
nouvelle église qu’il consacre au Seigneur, sous le vocable de 
Notre-Dame et de saint Jean-Baptiste. 

Charte XI (1), datée du règne de Conrad II le Salique, roi 
d’Allemagne et de Provence (1032-1038): Vers l’an 1033, au mois 
de juillet, Pons (de Rians, sans doute), fils de Guillaume , donne 
à l’église de Notre-Dame auprès d’Esparron une parcelle de terre 
détachée de son domaine en ce territoire. 

Charte XII (2): Le 12 juin 1034, Avond et sa femme Ingil- 
burge, Franc, vicomte de Fréjus, Pons, fils d’Albert et A rantrude, 
femme de Nevolong, voulant participer à l’œuvre de la construc- 
tion de l’église de Notre-Dame auprès d’Esparron, lui assignent 
en dot diverses parcelles de terres , comprises apparemment 
dans les limites tracées par la charte X ci-dessus. 

Charte XIII (3). Le 15 octobre 1059, Geoffroi de Rians, sa 
femme Scocia, Guillaume et Pons, leurs fils; Hugues de Baux , 
Inaurs, sa femme et leurs fils Guillaume, Hugues et Pons; leur 
neveu Guillaume III, dit le Jeune, vicomte de Marseille, Adal- 
garde, sa femme et leurs fils, Foulques, Geoffroi, Pons et Aicard; 
Amiel de Fos et sa femme Garsia, tous les quatre cohéritiers 
au même titre , ratifiant solennellement les donations par eux 

(1) c«r/. n* 277 et 1063. 

(2) Ibid, n* 282. 

(3) Ibid. D- 267. 



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ESPARRON-DE— PALLIÈRES. 



faites précédemment au monastère d’Esparron, concèdent à per- 
pétuité et à titre d’alleu à l’abbaye de Saint-Vîctor de Marseille 
ladite église de Notre-Dame et de Saint-Jean auprès d’Esparron, 
avec tous ses droits et dépendances, dons et acquisitions faits 
par eux ou qui le seront à 1’avenir, tels que terres, vignes, bois, 
garrigues, sources, ruisseaux, arbres fruitiers ou non, prés, 
etc., en un mot tous les droits utiles et honorifiques. 

Charte XIV (1) : L’an 1064 , Rostang, fils de Jean , du lieu de 
Rians , en rémission des nombreux méfaits commis par lui à 
l’encontre de l’abbaye de Saint-Victor, fait donation à l’abbé Du- 
rand (1060-1064), d’un champ appelé les Pierriers, sis au terroir 
d’Esparron , entre la Courneyrède au levant, la source ou fon- 
taine Dodon (2) au couchant et le bois de Montmajor au Nord. 

Charte XV (3): L’an 1068, ledit Rostang, assuré que tous les 
biens sont périssables , sauf ceux donnés soit aux monastères, 
soit aux églises pour être distribués en aumônes, fait don à 
l’autel de Sainte-Marie et de Saint-Victor martyr, élevé dans 
l’église du monastère auprès d’Esparron, d’un domaine qu’il 
tient d’Arnulphe situé en ce territoire. 

Charte XVI (4) même époque : Franc et sa femme Riperga 
donnent à cette même église une parcelle de terre détachée de 
leur domaine dans le territoire d’Esparron et joignant les terres 
du monastère. 

(1) Car/. D- 279. 

(2) Appelée, en 1600. le pnits de Don t près les quartiers de la Courneyrède et de Ment* 
major ; rection A, du cadastre de la commune d’Esparron. 

(3) Car/. »• 278. 

(4} Ibid . n- 980. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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§ VI. — Union du prieuré d’Esparron . Grâce à ces libéralités 
et aussi à l’influence et aux richesses qu’avait acquises la puis- 
sante abbaje de Saint-Victor de Marseille, dont il était une 
dépendance , le monastère auprès d’Esparron ne tarda pas à 
voir croître son importance et à s’annexer le prieuré du village 
môme d’Esparron-. Ce prieuré et son église paroissiale , sous le 
titre de Saint-Jacques, n’avaient pas encore été rendus au do- 
maine de l’église, mais étaient la propriété particulière des sei- 
gneurs d’Esparron; ils furent réunis à notre monastère, dès la 
fin du XI e siècle, par la charte suivante : 

Charte XVII (1), 21 avril 1093. Pierre II , fils de Geoffroi I , 
vicomte de Marseille , religieux de Saint-Victor et archevêque 
d’Aix (1085-1103), voyant avec peine combien les églises de son 
diocèse , qui appartenaient encore à des seigneurs laïques , 
étaient pressurées et comme en esclavage; considérant aussi 
que, malgré tous ses efforts , au mépris de son autorité, de ses 
exhortations et même des décrets d’excommunication qu’il avait 
lancés, il n’a pu les arracher de leurs mains et les rendre à la 
liberté; en vertu de son autorité épiscopale, cède et transmet à 
perpétuité à Richard , abbé de Saint-Victor (1080-1106) et à ses 
successeurs , les églises paroissiales de Saint-Jacques d’Espar- 
ron et de Sainte-Foi d’Artigues, avec tous leurs droits et revenus, 
tels que cimetières , dîmes , prémisses , oblations , etc., pour en 
jouir et disposer en vrais maîtres , à la condition toutefois de lui 
en faire hommage et d’en payer annuellement les cens. 

Le prieur du monastère de Notre-Dame auprès d’Esparron fut 



(1) Cari, n* 990. 



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é 





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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



chargé d'exercer les droits de l'abbé; il prit dès lors le nom et 
la qualification de prieur d’Esparron. 

§ VII. Le prieuré du Reoesi .— En dépit de tous ces avantages 
et malgré les libéralités importantes octroyées en sa faveur par 
ses généreux bienfaiteurs, pour la plupart parents ou alliés de la 
puissante famille des vicomtes de Marseille, cette fondation ne 
prospérait pas ; peu de familles étaient venues se grouper autour 
du monastère qui manquait ainsi des bras nécessaires pour la 
culture de ses vastes possessions. Les habitants d’Esparron 
préféraient, avec raison, les solides murailles et la forte position 
du château , où, en cas de danger, ils pouvaient trouver un abri 
et se mettre en sûreté, eux et leurs biens, aux avantages d’être à 
proximité du monastère et de sa belle église romane; car leur 
situation dans la plaine, plus commode et plus agréable sans 
doute , les laissait sans défense contre un de ces coups de main 
si fréquents à une époque où la sécurité ne se trouvait guère 
qu’auprès des châteaux-forts. D'ailleurs le souvenir toujours 
présent des ravages exercés en ce lieu par les Sarrasins devait 
les en tenir éloignés. 

Aussi, le prieur de ce couvent, dans le but d'accroître cette 
petite population , obtint de Douce II , comtesse de Provence 
(1 166-1168), fille unique de Raymond-Bérenger II , dit le Jeune , 
l’autorisation de transférer sur une partie de terrain constitué 
en défends et situé à proximité du monastère, pour les y fixer 
et y bâtir des maisons , les hommes et leurs familles de la petite 
villa ou hameau connu sous le nom du Reoesi . 

Ce transfert n'eut pas lieu immédiatement et dut rencontrer 
des oppositions et des obstacles , ainsi que l’on peut l’inférer de 
la charte suivante, donnée dix ans plus tard. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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Charte XVIII (1), 21 mai 1177. Alphonse II , roi d'Aragon , 
comte de Barcelone et marquis de Provence , s’adressant à sesi 
fidèles sujets, les seigneurs de Rians et de Simiane et les vicom- 
tes cTEsparron , fait appel à leur amitié et à leur dévouement 
pour qu’ils n’entravent pas , mais plutôt qu’ils aident et favori- 
sent dans son entreprise son cher et fidèle F., prieur d’Espar- 
ron, qui voulait transférer et fixer auprès de son monastère les 
hommes du hameau du Revest , suivant la concession à lui pré- 
cédemment octroyée par feue la princesse Douce, de Barcelone, 
comtesse de Provence. 

C’est pour la première que nous voyons apparaître le nom du 
Revest ; jusqu’alors le monastère et son église étaient connus 
sous les noms de monastère et église de Notre-Dame et de Saint 
Jean-Baptiste auprès d’Esparron; la vallée ou le quartier, sous 
celui de Vances. Mais à partir de ce transfert et après cette 
charte, le quartier, le monastère, le prieuré prennent le nom du 
Revest; l’église est appelée Notre-Dame-du-Revest, c’est sous ce 
nom qu’elle est arrivée jusqu’à nous et qu’elle est encore dési- 
gnée. 

Où était située cette petite villa ou hameau du Revest, dont les 
quelques familles furent transportées auprès d’Esparron ? Il 
n’est pas aisé de le savoir, car la charte, qui seule aurait pu 
donner des renseignements précis , est muette à cet égard ; 
en outre, ce nom du Revest est porté par bien des localités ou 
quartiers en Provence. Il est à croire , pourtant , que ce devait 
être dans le territoire de Rians; c’est, en effet, aux seigneurs de 

(1) Cari, n* 1110. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



ce lieu que, d’une part, le comte de Provence, leur suzerain , fait 
l’invitation de ne pas s’opposer au départ d’hommes sur lesquels 
ils pouvaient avoir à prétendre quelques droits seigneuriaux, et, 
d’autre part, les vicomtes d’Esparron sont priés par lui de ne pas 
avoir ombrage de cette légère augmentation dans la petite popu- 
lation du monastère, leur voisin. 

Mais tous les efforts faits pour grouper un centre de population 
autour de ce monastère et lui donner un peu de vie, le furent en 
pure perte : peu à peu les habitants du Revest disparaissent sans 
être remplacés , et trois siècles plus tard , cette fondation reli- 
gieuse, si florissante au début , n’est plus désignée que par ces 
mots : « le lieu inhabité dit du Revest » auprès d’Esparron. De- 
puis lors , le silence et la solitude n’ont pas quitté ce quartier, 
et, de nos jours , des ruines marquent l’emplacement du monas- 
tère , transformé en cimetière; à quelques centaines de mètres 
plus haut , au pied des rochers , des murs écroulés indiquent la 
place des maisons ayant , sans doute , servi d’habitation aux fa- 
milles transférées du Revest. Seule, l’église de Notre-Dame-du- 
Revest reste debout, isolée , au milieu des grands arbres , gar- 
dant comme un cachet de tristesse qu’augmente encore l’abandon 
où on la laisse. 

L’histoire du Revest ne présente donc plus guère d’intérêt ; 
aussi les documents qui dorénavant s’en occupent sont-ils peu 
nombreux et de mince importance. 

§ VIII. Les prieurs Bénédictins. — Le prieuré du Revest , uni 
à celui d’Esparron, fut possédé jusqu’au XVI e siècle par l’abbaye 
de Saint-Victor de Marseille; un moine bénédictin , ayant reçu 
ses lettres de provision directement de la cour Romaine, le tenait 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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sa vie durant à titre de commende , en avait l’administration et 
en percevait les revenus. Mais , ainsi que la plupart des prieurs 
commendataires, il ne résidait pas dans son prieuré, où il n’ap- 
paraissait que de temps à autre; le service paroissial était fait 
par un curé et un ou deux secondaires , aux gages du prieur. 
Aussi, ce défaut de résidence, cet absentéisme, dirait-on aujour- 
d’hui , fut cause de la diminution et de la ruine graduelle des 
terres et du monastère du Revest , et , en fin de compte , de la 
perte de ce prieuré pour l’abbaye de Saint-Victor. 

Durant le cours de cette longue période de cinq siècles envi- 
ron, nous ne pouvons citer qu’une dizaine de noms de prieurs. 

1 ° F., prieur de Notre-Dame auprès d’Esparron , obtient , en 
1177, d’Alphonse II d’Aragon , la confirmation de son privilège 
l’autorisant à transférer auprès de son monastère les hommes 
du Revest. 

2° Bertrand de Barre , moine de Saint-Victor , prieur du Re- 
vest, au diocèse d’Aix, est privé de son bénéfice, le 14 juillet 
1273 (1), en vertu d’une décision de l’abbé Guillaume, assisté du 
chapitre, qui institue à sa place le suivant. 

3° Jean Estournel, religieux de Saint-Victor, est nommé prieur 
du Revest, le 14 juillet 1273 (1). 

4° Pons de Ulmo reçoit la collation du prieuré, en 1336 (2). 

5° Bertrand de Barras , prieur du Revest, en sa qualité aussi 
de gouverneur , recteur et administrateur des dames de Saint- 



()) Archives départementales des B.-du-R — Inventaire des chartes de St-Victor , 7G5. 
(9) Arcli. des B.-du-R.— Aix, n» 108, (• 284. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



Zacharie et du prieuré bénédictin de Saint-Maximin, fait, par 
acte du 8 mai 1395 (1), un échange de droits de cens sur des mat- 
sons à Saint-Maximin avec Guillaume de SaintrBlaize , prieur 
du couvent des Frères Prêcheurs de cette ville. 

6° Jean Massini, prieur d’Esparron et du Revest, est relevé, 
ainsi que Gilbert d’Othon , prieur de Gardanne , de Pexcommu- 
nication papale qu'ils avaient encourue faute d’avoir payé la 
somme de 44 ducats d’or à la chambre apostolique , suivant let- 
tres données à Rome le 8 août 1467 (2) , par Jacques de Muccia- 
rellis, de Bologne, chanoine de la basilique de Saint-Pierre, cha- 
pelain et camérier du pape Paul II. 

7° Ogier d’Anglure , abbé de Saint-Victor de Marseille (1475- 
1505), prieur commendataire du prieuré de Notre-Dame-du-Res 
vest auprès d’Esparron-de-Pallières , fait faire la résignation de 
son bénéfice au profit du frère Jean Massini , qui suit, par son 
procureur et mandataire spécial, le Fr. Jacques Seguier, reli- 
gieux de Saint-Victor et prieur de Pourcieux , suivant acte du 6 
décembre 1482 (3), reçu par M e Jean Roque, notaire d’Auriol. 

8° Jean Massini (le même peut-être que ci-dessus, n° 6), moine 
et camérier du monastère de Saint-Victor, après avoir obtenu de 
la cour romaine les lettres de provision du prieuré du Revest, 
en reçoit l’investiture des mains d’Isnard Ricavi , infirmier du 
monastère de Saint-Victor et vicaire général de l’abbaye, en ab- 
sence de l’abbé Ogier , suivant acte du 20 décembre 1482, reçu 
par M e Jean Caradet, dit de Bourgogne, notaire à Marseille (3). 

(I) Reçu par M* Guillaume Botini, not. h Saint-Maximin.— Archives do couvent. 

(9) Arch. dép. des B.-du-R.— B. G86. 

(3] Ibid — B. 704. 



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ESPARRON -DE-P A LLIÈRES . 



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9° Jean Henri , prieur d’Esparron , seigneur et prieur du Re- 
vest, est témoin, à Esparron, à l’acte de transaction du 26 janvier 
1508 , passé entre les coseigneurs de ce lieu et délimitant les 
droits et possessions de chacun d’eux. 

10° Gaspard de Glandevès , prieur du Revest et d’Esparron , 
est en procès, en 1531, avec Gaspard d’Arcussia, seigneur d’Es- 
parron, à raison de la juridiction seigneuriale du Revest. 

§ IX. Le chapitre de Grignan. — Ce fut le dernier prieur bé- 
nédictin; à sa mort, une bulle du pape, Paul III, donnée à Rome 
le 27 septembre 1539, unit, pour toujours et jusqu’à la Révolution 
française, les prieurés du Revest et d’Esparron au chapitre des 
chanoines de l’église collégiale de Saint-Sauveur de la ville de 
Grignan, en Dauphiné. 

Ce changement de titulaire , bien loin d’apporter aucune amé- 
lioration à la situation déplorable du monastère du Revest, ne fit 
que consommer sa ruine. L’abbaye de Saint-Victor de Marseille 
n’avait pas su , il est vrai , ou pu faire prospérer cette fondation 
religieuse, objet de tant de dons et de largesses de la part de ses 
riches bienfaiteurs du XI e siècle; elle était pourtant bien située 
et avait été dotée d’excellentes terres en labours , vignes , prés , 
bois, etc., formant une contenance qu’on peut évaluer à près de 
200 hectares; cet important tènement avait été peu à peu perdu 
ou aliéné, et , lorsque le chapitre de Grignan en prit possession , 
il en restait bien peu de chose ; l’éloignement de ce dernier et son 
défaut de résidence firent le reste. Le monastère fut complète- 
ment abandonné et le curé , aux gages du chapitre pour faire le 
service paroissial d’Esparron, résida dès lors constamment dans 
la maison curiale, au village môme. 

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ESPARRON-DE— PALL1ÈRES. 



Aussi , le nouveau titulaire eut-il hâte de se défaire de ses 
droits seigneuriaux sur le Revest qui n'avaient plus qu'une mi- 
nime importance. Par acte de transaction du 13 octobre 1548 (1), 
le doyen du chapitre, messire Balthasar de Villeneuve, en 
échange de l'abandon des droits de directe et de lods sur les 
biens dans le territoire d'Esparron , ainsi que du droit de four- 
nage du pour la maison curiale du village et en récompense du 
consentement donne par le seigneur du lieu à l'union des deux 
prieurés au chapitre de Grignan, cède à Gaspard d'Arcussia , 
seigneur d'Esparron, la juridiction seigneuriale du Revest, avec 
réserve déposséder en franchise leurs biens présents et à venir 
audit quartier. 

Mais des lettres royales de rescision , données à Aix le 8 mars 
1636 (2) par Louis XIII , roi de France , annulent cette transac- 
tion, à la requête de l’économe du chapitre de Grignan , faisant 
ressortir que l'accord ci-dessus avait été obtenu au moyen de 
manœuvres peu loyales, que d'ailleurs « c'estoit sans charge, ni 
procuration de ce faire , sans aucune précédente délibération de 
l'estime , utillité et nécessité , sans permission de Notre Saint- 
Père le Pape, ni de l'évêque diocésain , sans le consentement du 
patron de ladite église , . . . que le susdit messire de Villeneuve 
auroit cédé au seigneur d'Esparron la juridiction seigneuriale du 
Revest , représentant le tiers dudit prieuré d'Esparron ,. . que 
l'alliénation des biens immeubles de l'église , sans les formalités 

(1) M« Claude Maliverny uot. i Aix.— Foods do cfaât. d’Eap. Inven. d’Areus., f, 75. 

(») Fonda du r.bdl. d’Eap. 



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67 " 



ESPARRÔN-DË-PA LUÈRES . 



de droit , ne peut être couverte que par une prescription de cent 
ans... » 

Un accord passé à Grignan « dans le château et salle vieille », 
le 1 er avril 1643 (1), entre les chanoines du chapitre (2) et Jean- 
Baptiste d’Arcussia , seigneur d’Esparron , détermine les droits 
des parties qui sont remises en l’état qu’elles se trouvaient avant 
ladite transaction de 1548; le chapitre garde la juridiction du 
Revest et le seigneur d’Esparron se reconnaît tenu de lui payer 
la dîme à raison du 20 e pour ses biens nobles et , pour les rotu- 
riers, à la cote des habitants. 

Enfin, le 13 mai 1673 , messire Marcel Prat, chanoine et pro- 
cureur spécial du chapitre de Grignan , vend au seigneur d’Es- 
parron « les prés et terres (20 hect. environ), jas et fénière que 
ledit chapitre avait dans les territoires d’Esparron et du Revest», 
pour le prix de 2,560 écus de 60 sous pièce , ou soit 7680 livreà ; 
partie de ce capital fut payé peu après et les intérêts du restant 
prix servis au denier 16 jusqu’à la transaction du 16 mai 1717(3), 
passée à Marseille entre messire Scipion Chambon, chanoine du 
chapitre et Pierre d’Arcussia, seigneur d’Esparron, par laquelle 
ces intérêts sont fixés pour l’avenir au denier 20. Le solde de ce 
prix, ou soit 4259 livres, fut payé par la dame Madeleine-Thérèse 

(1) M» Jean Lombard, not. h Grignan. 

(?) « Présents : R. P. en Dieu , messire Claude Serre, docteur ès droits et doyen de la 
dite église, messire Jacques Pichet, secrétaire, César Chambon, trésorier, Nicolas Vigne, ra« 
de chœur, Jean Brémond, Antoine Serre, Estienne de Rivis , Guillaume Pomier , François 

i * . . • 

de Loute çt Marcel Prat, prêtres et chanoines dnd. chapitre , d’une part. — '» Fonds du 
chât. d’Espar., A. 78. 

(3) M* Boyer, notaire à Marseille — Fonds do chdt d’Espar. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Allègre , veuve de Louis-François deLordoné, en son vivant 
seigneur d’Esparron , en sa qualité de tutrice de Madeleine-Cé- 
cile Lordoné , sa petite fille , suivant quittance du 15 pluviôse an 
III (1), donnée par le citoyen Hugues-Placide de Loche, receveur 
de l’agence nationale de l’enregistrement des domaines et droits 
y réunis, au bureau de Rians, après visa signé par les adminis- 
trateurs du district de Saint-Maximin , du 27 frim. môme an (2), 
et le visa des administrateurs du département du Var, siégeant 
à Grasse, du 5 nivôse suivant (3). 



Chap. IL — Les églises paroissiales. 



§ I. La vieille église de Saint-Jacques . — La première église 
paroissiale d’Esparron avait pour titulaire saint Jacques apôtre: 
contemporaine, sans nul doute, de la fondation môme du village, 
elle est citée dès le commencement du XI e siècle; elle était située 
au Sud-Ouest du village, immédiatement au-dessous des masses 
de rochers formant les assises du château. Ce monument sans 
style, construit en maçonnerie, était formé d’une seule voûte en 
contrebas du terrain , de 15 m de long sur 6 m de large; à côté et 

(1) Fonds d« chât. d’Espar. 

(3) Signé : Boyer, président, Messiés Contard, Concordan, Verne, Demonre, Roux et Lien- 
tard, agent-national. 

(8) Signé : Maarel, président, Faocbicr, Bonlay, cadet, Goiran, Amalric. 



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ESPAR RON-DE-P ALLI ÈRES . 



69 



au dessus se trouvaient les salles servant d’habitation au des- 
servant ou curé de la paroisse. 

Primitivement la propriété particulière des seigneurs d’Espar- 
ron qui en percevaient les revenus et bénéfices , l’archevêque 
d’Aix, Pierre II des vicomtes de Marseille, en fit don, en 1093, à 
l’abbaye de Saint-Victor déjà en possession du monastère et de 
l’église de Notre-Dame auprès d’Esparron , plus tard du Revest. 
L’abbaye de Saint-Victor posséda le prieuré d’Esparron uni à 
celui du Revest jusques en 1539 , époque à laquelle une bulle du 
pape Paul III en fit passer la possession et le bénéfice au chapi- 
tre des chanoines de Grignan. 

Un siècle après et par suite de la construction de la nouvelle 
église, la vieille église de Saint-Jacques fut totalement abandon- 
née et ne servit plus dans la suite que de grenier à foin ou môme 
de bergerie; aujourd’hui et depuis l’ouverture récente de l’em- 
branchement sur la route de Saint-Maximin , cet édifice a été 
rasé et il n’en reste plus qu’un grand pan de muraille aux pier- 
res noircies par le temps. 

§ IL L’église actuelle de Notre-Dame de l’Assomption. — Les 
chanoines de Grignan, devenus les prieurs d’Esparron et du 
Revest, voulurent, comme don de joyeux avènement , doter leur 
nouveau prieuré d’une église paroissiale plus vaste, mieux pla- 
cée et d’un agrandissement plus facile: ce ne fut, d'ailleurs , 
qu’à cette condition que le seigneur et les habitants donnèrent 
leur consentement à cette union. Gaspard d’Arcussia , seigneur 
d’Esparron, cède, dans ce but et gratuitement en 1545, un terrain 
attenant aux aires sur l’emplacement duquel la nouvelle église 
paroissiale fut bâtie dans les premières années du XVII* siècle 



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70 ‘ ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

et consacrée, vers 1625, sous le vocable de Notre-Dame de l’As- 
somption; ses patrons secondaires sont Saint-Jacques et Saint- 
Jean-Baptiste. 

Son architecture n’a rien de remarquable : une seule nef for- 
mait primitivement tout le vaisseau de cet édifice ayant dans 
; œuvre 20" 1 de long, 7 de large et 7 m 50 dè haut. 

Commencée vers 1605, l’église neuve fut couverte en tuiles en 
1610et le clocher terminé en 1618; il avait coûté 120 écus de 3 1. 
En août de la même année , on pose les cloches fournies par les 
maîtres fondeurs le Suisse et Rieard ; le pavé de l’église fait en 
béton, à raison de trente sous la canne (2 m ), par Guigou Castol 
et Honoré Jaubert, maîtres maçons d’Esparron , fut achevé l’an- 
née suivante; en 1621, on fait l’escalier pour monter au clocher. 

4 Peu après l’église fut livrée au culte : ô ce moment, une seule 
chapelle, sous le clocher, flanquait au Nord-Est l’unique nef de 
! cet édifice; c’était la chapelle seigneuriale , où Charles d’Arcus- 

- sia, le fauconnier, fit creuser le caveau de famille indiqué par une 
pierre tombale sans inscription ; ô sa mort , dont la date est en- 
core incertaine, il y fut enseveli ô côté de la plupart de ses nom- 

i breux enfants ou petits enfants. 

Plus tard on fit trois ouvertures ô la muraille Sud et on cons- 
truisit les trois chapelles de Saint-Antoine , de Saint-Honorat et 

- de Sa in te- Agathe. Cette dernière est aussi dédiée à Sainte-Anne; 
à côté sont les fonds baptismaux. Ces trois chapelles communi- 
quant ensemble forment comme une nef latérale. 

A la façade Nord et comme pendants, à la suite de la chapelle 
seigneuriale ou du Rosaire, on éleva la chapelle de Saint-Joseph 
en 1660 et celle de Saint-Eloy en 4771. La sacristie ne fut com- 



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ESPARRON-DE- PALLIÈRES . 



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mencée qu'en oclobre 1669, suivant contrat de prix fait passé à 
cette date entre le conseil et M e Pierre Gallueil, maçon et consul 
de l’année, moyennant la modeste somme de 25 écus. 

Par suite de la construction de la nouvelle église paroissiale , 
la maison curiale restée auprès de la vieille église de Saint-Jac- 
ques, à Cla8tre y se trouvait très-éloignée et comme en dehors du 
village. En 1745 , le conseil communal délibère d’en construire 
une nouvelle plus à portée et attenant à l’église : c’est le presby- 
tère actuel qui fut terminé quatre ans après , ainsi qu’il résulte 
de l'acte de réception fait, après expertise, par maîtres Peloutier 
et Olivary , maîtres maçons de Rians et d’Aubagne, commis à 
cet effet. 

Le cimetière d’Esparron, qui se trouvait à côté et en arrière de 
l’église de l’Assomption, fut transféré, en 1856, auprès de Notre. 
Dame-du-Revest et sur l’emplacement môme des ruines du mo- 
nastère dont on a utilisé, pour les murailles de clôture, une par- 
tie des débris et quelques restes des anciens murs. 

§ III. Œuvres d'art; le tableau du Rosaire . — Les objets d’art 
conservés dans cette modeste église sont peu nombreux; on re- 
marque pourtant le maître-autel en bois doré artistement ou- 
vragé, le tableau de saint Antoine , dans la chapelle de ce nom , 
signé : « Baltezard Lomelinus Aquensis , me pinxit et inv. 1616», 
celui do saint Honorât : « Achard fecit 9 1787 », mais surtout, le 
plus précieux de tous, le tableau du Rosaire (1). Placé dans la 

(1) Ce tableau, véritable œuvre d’art , malheuresement non signée , a dû être fait vers 
1610 et du vivant de Charles d’Arcussia , le célèbre fauconnier , qui s’y est fait représenter 
et qai parait, d’après l’aspect de son visage , être âgé d’une soixantaine d’années. Particu- 
lièrement dévêt h Notre-Dame-du-Bosairc , dont il récitait fréquemment le_chapelet , ainsi 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



chapelle de ce nom , au centre d’un retable à deux colones torses 
en piètre doré , cette toile mesure environ quatre mètres carrés. 
Dans la partie supérieure , au centre , apparait la Sainte-Vierge 
ayant l’Enfant-Jésus sur ses genoux , tenant chacun en leurs 
mains le chapelet du Rosaire qu’ils remettent à deux Anges; un 
rosier gigantesque, partant du bas du tableau, envoie ses ra- 
meaux vigoureux chargés de quinze médaillons représentant les 
quinze mystères du Rosaire, pour entourer en forme de guir- 
lande ce sujet principal; des roses garnissent les coins supé- 
rieurs. 

Dans la partie inférieure , à gauche , Charles d’Arcussia est 
représenté à genoux, les mains jointes, la tête découverte, l’épée 
au côté, avec un manteau jeté sur ses épaules; la figure est 
douce et encore assez pleine, le regard calme et d’un philosophe; 
il porte la moustache courte et la royale, les cheveux sont taillés 
en brosse, une grande collerette abaissée, à deux rangées de 
canons peu saillants , est placée sous son cou , des manchettes à 
la mousquetaire entourent ses poignées. Derrière lui se tiennent 
debout saint Dominique et saint Charles Borromée, son patron , 
se montrant les mystères du Rosaire; le fond est occupé par de 
grands arbres, et sur l’horizon se détache la silhouette d’une tour, 
émergeant du milieu d’un parc ombragé. 

A droite, est le portrait de Marguerite de Forbin, femme de 
Charles, aussi à genoux , les mains jointes, paraissant d’une 

qo'il le dit lai-même dans «es ouvrages , Charles devait avoir ce beau tableau dans son 
château et sa chapelle particulière ; ce ne fut qu’après sa mort et en sept. 1631 que son 
fils aîné , François , en lit don I l’église paroissiale pour la décoration de la chapelle qui 
dès lors prit le nom du Bosaire. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 73 

taille au dessus de la moyenne et d’une assez forte corpulence ; 
un grand col renversé, se terminant en pointe sur le devant, est 
posé sur une guimpe carrée; les manches de sa robe foncée sont 
gauffrées et bouffantes. Derrière elle se tient debout saint Fran- 
çois d’Assises; dans le paysage tout oriental du fond , on voit le 
dôme d’une mosquée et une tour carrée. 

Entre ces deux personnages , au bas du tableau , sont placés 
l’écusson des d’Arcussia portant en cimier un casque de cheva- 
lier et entouré de feuilles d’acanthe, et celui des Forbin entouré 
simplement d’une cordelière. 

Un autre tableau , en forme d’ex-voto, placé entre les chapelles 
de Saint-Antoine et de Saint-Eloi , est curieux non comme pein- 
ture, mais comme trait de mœurs et esprit de foi : il réprésente 
toute la famille de Laurent Rébuffat, d’Esparron, assis aux côtés 
de sa femme, entourés de leurs six garçons et de leurs huit filles 
qui tous ont embrassé la vie religieuse et sont revêtus du cos- 
tume de l’ordre qu’ils ont choisi. Au-dessous est écrit ce distique: 
c Quot sunt nati , tôt sunt vivi. 

Quos sacerdos Dei vivi 
Vovit omnes ut, non vivi 
Sint in cælo redivivi. 

Famille Rébuffat, d’Esparron, 1720. » 

§ IV. Liste des Curés . — Les prieurs décimateurs d’Esparron, 
aussi bien les moines de Saint-Victor que les chanoines de Gri- 
gnan, ne résidaient pas dans leur prieuré; ils en percevaient les 
revenus et bénéfices qu’ils affermaient moyennant une somme 
d’argent; les rentiers du prieuré s’obligeaient, en outre du prix 
de rente, à assurer le service divin de la paroisse et, à cet effet , 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



d’y entretenir, moyennant des gages fixes et annuels, un curé et 
deux vicaires, à la nomination du prieur. 

Un acte d’arrentement du prieuré d’Esparron-de-Pallières et 
du Revest , passé par le chapitre de Grignan , le 20 juillet 
1720 (1), stipule que le rentier percevra tous les revenus du 
prieuré de quelque nature que ce soit , moyennant la rente an- 
nuelle de 1350 1.; en outre de ce, il sera tenu de payer annuelle- 
ment 425 1. au vicaire (curé) d’Esparron; 150 1. à chacun des 
deux secondaires; 90 1. au prédicateur; 30 1. aux consuls pour 
les ornements et l’entretien de l’église; 30 1. à la jeunesse d’Es- 
parron pour le « droit de vaquette »; 12 1. à l’abbé de Saint-Victor 
de Marseille; 4 1. au chapitre de ladite abbaye; 150 1. ou vicaire 
du lieu inhabité d’Artigues; 4 charges 5 panaux de blé à l’arche- 
vêque d’Aix ; 4 charges de blé aux consuls d’Esparron pour ma- 
rier quelque pauvre fille du pays ; 8 l. pour les joyes ou prix pour 
la fête patronale de Notre-Dame du 15 août ; plus les frais de la 
visite de l’archevêque d’Aix ou de son grand vicaire. 

Le desservant de cette paroisse, d’abord curé amovible, devint 
vicaire perpétuel ou à vie de 1670 à 1720; il prit alors le titre de 
provicaire jusqu’en 1750; à cette date, on lui redonne le nom de 
curé qu’il garda jusqu’à la Révolution; depuis le concordat, on 
l’appelle recteur. Ses aides étaient « les secondaires »; il en eut 
deux jusqu’à la Révolution ; de nos jours, Esparron est une sim- 
ple rectorerie avec un seul desservant, sans vicaire. 

1° Messire Antoine Janselme, de Ceyreste, curé d’Esparron, 
1495-1508; il eut pour secondaires, en 1506, Barthélemy 
Roux , de Gréoulx et Jean Jolly. 

(1) Bourges , oot. I Rians. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



75 



2° -Messire Jean Rébüffat , curé, 1509 ; Honorât Barbier, secon- 
daire. 

3° Messires George Caslol, Gaspard Alphéran et Jean Rébüffat, 
prêtres à Esparron , vers 1550; tous dudit lieu. 

4° Jacques Rébüffat, curé, 1580-1591 ; Pascal Gerbaud , prêtre. 

5° Cappel, curé, 1602-1608. 

6° Christol Martin, curé, Pellicot et Elzéar Fenouilh, secon- 
daires, 1616-1617. 

7° Léotard, curé, 1620. 

8° Pierre Onde, curé; Pierre Dolly et Michel, prêtres, 1626. 

9° Lieutaud, curé, 1628. 

10° Claude Franc, curé, 1631 ; vicaire perpétuel , 1633-1667 ; 
François Guirel , delà Verdiêreet François Martin, secon- 
daires en 1660. 

11° Claude Saliier, de la Verdière, vicaire perp., 1668-1698; An- 
toine Talent, second., en 1682; Jean-Ant. Corriol, prêtre, 
de Volonne, résidant à Esparron, 1689. 

12° François Saliier, vie. perp., 1699-1706. 

13° Jean Pascalis, vicaire perp., 1707-1711. 

14° Jean Caillat, vie., 1712-1723; Thomas Blanc , prêtre desser- 
vant, 1718; P. Laget, observantin, second., 1721. 

15° Sage, provicaire, juin 1723- mars 1725; Guis, second. 

16° Antoine Clément, provicaire, 1725-1727. 

17° Honoré Sourd , de Rians , provicaire , 1730-1750, puis curé , 
mourut en fonctions avant le 15 mai 1768. 

18° Dermitanis, curé, 1768-1784; Pin, second., 1771. 

19° Poulidon, de Rians, curé, 1785-180?; Paul, second., 1786. 



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ESPABRON-DE-PALLIÈRES. 



20° Abbé Perrache , recteur de Saint-Martin-de-Pallières , des- 
servant Esparron, 1808. 

21° Roussenq, recteur, 1809-1816. 

22° André, rect., 1816-1821. 

23° Tassy , rect. d’Artigues, desservant par binage Esparron , 
1821. 

24° Audibert, 1822-1824. 

25° Tassy, ci-dessus, 1824-1826, recteur d’Esparron. 

26° Guion, né à Saint-Martin, rect. d’Esparron; 1826-1835; 
transféré à Carcès. 

27° Brémond, 1835-1837; transféré à Solliès- Toucas. 

28° Barbarroux, rect., 1838-1842; transféré àFlassans. 

29° Hilarion Barras, né à Besse, rect. d’Esparron, 1842-1852; 
transféré à Bargemon. 

30° Joseph Jauffret, né à Rians, rect., 1852-1865; transféré à 
Varages. 

31° François Jean, né à Varages, rect., 1865-1868; aumônier à 
Marseille. 

32° André Brandi , né à Conségudes , rect., 1868-1875 ; vicaire 
au Luc. 

33° Louis Bertrand , né & Varages , ex-vicaire à Rians , recteur 
actuel d’Esparron depuis 1876. 



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ESPARRON— DE-PALLIÊRES. 



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DEUXIÈME PARTIE : LES SEIGNEURS. 



Chap. I. — Les Bienfaiteurs du monastère auprès 
D’ESPARRON AU XI e SIÈCLE. 

Avant d'entreprendre la suite chronologique de la généalogie 
des diverses familles qui ont possédé par mariage ou par achat, 
la seigneurie d’Esparron , il nous a paru utile de donner , ici 
môme, quelques notes biographiques sur les principaux bienfai- 
teurs du monastère auprès d’Esparron, dans le cours du XI e siè- 
cle; leurs libéralités et leur position sociale méritent bien cette 
mention spéciale , nécessaire aussi pour la complète intelligence 
des diverses chartes dont nous avons donné l’analyse. Cette 
étude, d’ailleurs, permettra de reconnaître quels ont pu en être , 
ô cette époque lointaine, les premiers seigneurs et auquel d’entre 
eux on doit rattacher les vicomtes d’Esparron qui apparaissent 
sûrement à partir de 1300. 

§ I. Pons-le-Majeur et les vicomtes de Marseille . — Au pre- 
mier rang de nos généreux donateurs se placent les divers mem- 
bres de la descendance de Pons-le-Jeune , que quelques histo- 
riens de Provence, notamment Bouche et Gaufridi (1), donnent à 
tort comme 3 e fils à Boson II , comte de Provence et en font , 



(1) Biitoire chronologique ie Provence , par H. Boucha , t. (I , p. 88. — Histoire de 
Provence , par J F. de Gaufridi, t. i, p. 80. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

sans plus de raison , la souche des vicomtes de Marseille. Si , 
comme il y a lieu de le croire, sa famille se rattache à cette der- 
nière, au moins faudrait-il remonter d'un degré. 

Dans son Inventaire chronologique et analytique des chartes 
de la maison de Baux (1), M. le docteur L. Barthélemy donne la 
filiation suivante à Pons-le-Jeune : mais le consciencieux et la- 
borieux restaurateur de l'histoire de la célèbre maison de Baux 
n'apporte pas la preuve directe de cette filiation qui paraît quel- 
que peu hasardée, tout au moins pour les deux premiers degrés ; 
aussi les donnerons-nous sous réserves. 

I. Pons, propriétaire en Argence (2), par delà le petit Rhône, 
vivait vers la fin du IX 3 siècle. Il paraît descendre de Leibulfe, 
comte ou gouverneur d’Arles , et d’Odda, sa femme, qui font do- 
nation, vers l’an 830 , à Léotmond ) abbé de Lérins , de diverses 
églises et terres, en Camargue, qu’ils avaient reçues , à titre 
d’échange, de Noto, archevêque d’Arles, vers 825 (3). 

D’où : 1° Ison, qui suit; 

2° Humbert, évêque de Vaison , vers l’an 900. 

II. Ison, n’est connu que de nom. On lui donne pour fils: 
Lambert-le-Juge, Pons-le- Vicomte ou le majeur, et Raiambert, 
gentilhomme d’Arles, propriétaire aussi en Argence, témoin à 
Arles en 965. 

Les deux premiers, attachés à la cour des comtes de Provence 
de la première race qui résidaient le plus habituellement à Arles, 

(1) Marseille, 1882.— Introduction, p. Vil. 

(3) Dans l’ancien comté d’Arles ; actuellement commune de Fourqucs , canton de Beau- 
caire, arrondissement de Nîmes, Gard. 

(3) Bouche, Histoire de Provence , t. II, p. 22. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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exercèrent auprès d’eux les fonctions de juge et de vicomte , 
fonctions peu connues, mais qui n’étaient occupées que par les 
premiers seigneurs du pays. Etaient- ils réellement frères et 
faut-il les admettre comme tels? A notre sentiment, la preuve en 
est encore à faire, car dans aucun titre ils ne sont qualifiés ainsi, 
et, dans les nombreux actes où apparaissent les divers membres 
de leur descendance , on ne les voit pas agir ou figurer comme 
des parents rapprochés ; leurs biens sont totalement distincts. 

Lambert-le-juge est la tige des seigneurs de Reillane ; nous 
n’avons pas à suivre cette généalogie qui ne se rattache pas 
d’une manière directe à notre étude sur Esparron. Disons seule- 
ment que Boniface, 2 e fils de Lambert , est le premier qui prit le 
nom de sa seigneurie de Reillane (1); parmi ses 9 enfants, il faut 
citer Rimbaud , d’abord religieux de Saint-Victor , puis arche- 
vêque d’Arles (1030-1069), homme remarquable par sa science 
et sa piété; en sa qualité de Primace des Gaules , il assiste, le 5 
octobre 1040, à la tète des évêques de la région , d’un nombreux 
clergé, des principaux seigneurs de la Provence et d’un grand 
concours de peuple , à la bénédiction solennelle du monastère de 
Saint-Victor de Marseille, faite par le pape Benoit JX, préside le 
concile de Toulouse en 1056 et celui d’Avignon en 1060, fonde 
peu après l’église collégiale de Barjols et institue le pardon de 
Correns (2); il avait fait de nombreuses donations à l’abbaye de 
Saint-Viclor , en particulier ou de concert avec ses frères, soit à 
Reillane soit à Auriol. Sa famille , en effet /possédait cette der- 

(1) Arrondissement de Forcalquier, Basses-Alpes. 

(8) Bouche, loc. cil., t. II, p. 71 h 80. 



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ESPARRON-DE— PALLIÈRES. 



nière seigneurie , vaste domaine qui s’étendait depuis Aubagne 
jusqu’à Saint-Zacharie. La branche d’Auriol adopta ce nom; mais, 
à la suite de divers partages parmi ses nombreux descendants , 
les uns prirent le nom de Roquevaire (1), seigneurie démembrée 
du grand domaine d’Auriol dès le milieu du XII e siècle, les au- 
tres celui d’Esparron qu’ils tirèrent de la terre de ce nom, sise 
auprès du Verdon et qu’il ne faut pas confondre avec Esparron- 
de-Pallières. Il n’y a , parait-il , aucun lien de parenté entre les 
Esparron, seigneurs d’Auriol et ceux d’Esparron -de-Pallières. 

Les historiens de Provence et, de nos jours, les différents au- 
teurs qui se sont occupés de la généalogie et de l’origine des 
vicomtes de Marseille sont loin d’étre d’accord sur l’identité , la 
vie et les actes de Pons , le prétendu frère de Lambert; mais il 
résulte de leurs dires, des documents cités par eux et principale- 
ment des chartes de Saint-Victor : 1° que Pons-le-vicomte et 
Pons-le-majeur sont une seule et môme personne; 2° qu’il doit 
être regardé comme l’auteur commun des vicomtes de Marseille, 
ainsi que des maisons de Baux et de Fos; c’est à lui qu’on doit 
remonter pour trouver le lien de parenté signalé formellement 
par la charte XIII ci-dessus entre ces trois grandes familles. 

Pons serait donc le père (2) de Guillaume, 1 er vicomte de Mar- 
seille; par suite , on peut croire que la charge de vicomte , que 
Pons exerçait auprès des comtes de Provence et dont le nom 
servit à le désigner, lui fut enlevée, sans doute à cause de son 

(1) La ville 4e Roquevaire , par l’abbé J. -H. Albanès, Marseille, 1881 . 

(9) M. l'abbé Albanès n'admet pas cette opinion généralement reçue et affirme que c’est 
nn seigneur de Trois , Arlulfe , qui doit être considéré comme la souche des Vicomtes de 
Marseille.— Armorial et sigillographie des épiques de Marseille , art. XXVII et XXVIII. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



81 



âge avancé , pour en investir son fils , Guillaume I , en récom- 
pense de sa bravoure et des signalés services qu'il venait de 
rendre lors de la prise du dernier rempart des Sarrasins réfu- 
giés è la Garde-Freinet, en 973. 

Pons est, en effet, qualifié une seule fois de vicomte : c'est en 
l'année 965, tandis qu'après cette date il n’apparaît plus que sous 
le nom de majeur, sans doute pour le distinguer de Pons-le- 
jeune, reconnu par tous les auteurs modernes comme un de ses 
fils. 

D'autre part, les principaux historiens de Provence , Bouche , 
Ruffi, Gaufridi, Papon, etc., et les généalogistes, tels que l'abbé 
Robert de Briançon, Artefeuil, etc., admettenttous comme vérité 
historique , et qui n’offre pas l'ombre d’un doute , que Pons de 
Fos , auteur de la maison de ce nom (ainsi désigné parce qu'il 
eut en partage la terre de Fos près de Martigues) , est aussi 
un fils de Pons-le-majeur, le rattachant ainsi de très- près et par 
la voie du sang aux Vicomtes de Marseille et à la maison de 
Baux. Nous suivrons d’autant mieux ces différentes indications 
que cette filiation nous parait clairement résulter des termes 
mêmes de la charte d’Esparron de 1059. 

Nous établirons donc cette généalogie de la manière suivante : 

III. Pons-le-Vicomte ou le Majeur (1) apparaît en mars 965 
à Marseille , en 968 et 979 è Arles , comme témoin et de la suite 
de Boson II et de Guillaume I , son fils et successeur, comtes de 
Provence. Il avait épousé, en premières noces (au dire de l'abbé 



(1) Cf C*rt., ■••39, 390, 199.— Papou, t. U, p. 499 n.-* Bouche, t. 11, p. 41,— Ruffl, 
t. I, p. 60 et 61.— Invent, de la maie, de Baus, par le docteur Barthélemy, Introd. VII. 

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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



Robert, cité avec des réserves par Ruffi), Idith ou Judith, fille 
d’A , comte de Bretagne; et, dans ce cas , en 2 e8 noces, Belle- 
trude ; sont morts tous deux avant Tan 1000. 

D’où : 1* Guillaume I, auteur des Vicomtes de Marseille (1). 

2° Honoré III (2), évêque de Marseille (948-976), con- 
traint le comte Boson II, en présence des juges et des 
principaux seigneurs du comté assemblés à Arles en 
965, à restituer au monastère de Saint-Victor de Mar- 
seille diverses terres situées au bord de l’Huveaune 
et que ce prince détenait injustement; fait, environ 
dans le même temps, donation à ce monastère de tout 
ce qu’il possédait à Marseille dans le périmètre des 
terres du couvent compris entre la mer , la colline de 
la Garde et le quartier de Paradis; et, par le même 
acte, don de tous ses droits héréditaires qu’il avait en 
divers lieux, notamment à Marignane, Lambesc, 
Castellane, etc.; il fut remplacé sur le siège épiscopal 
de Marseille par son propre neveu , Pons I , fils de 
Guillaume I, vicomte de Marseille, vers l’an 976, épo- 
que approximative de sa mort; on l’honore comme 
saint et on en fait mémoire le 12 mars , dans le dio- 
cèse de Marseille. 

3° Pons-le-jeune, qui suit. 



U) V la généalogie de ces Vicomtes dans YBist. delà v. de Mars . , par L.-A.deRnffl , 
1696, t. I) p. et sniv. 

(9) Cf. : Cart., r* 15, 18, 98, $9,71, $90. - Riffi, t. I, p. 60.- Qatlia Christiane de 
Denis de Sainte-If arlbe, t. I, p. 649 et 648. 



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ESPARRON-DB-PALUÈRES. 



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4° Pons-de-^oe , auteur de la maison de ce nom , rap- 
porté plus loin ; ; 

&° Ermengarde (1), fait donation à 1’église Saint-Genept 
près Arles, par charte du 5 février an 1000 ^ de plu- 
sieurs vignes détachées du domaine qu'elle tient par 
héritage de son père , Pons , ais à la Laurade pr^s 
Taraecon* 

Elle avait épousé N. ,* 

D*où : A. Flavien, parait en Tan 1C00. v 
B. Théobald , , , id, 

6° Balda (2), donne à l’abbaye d9 Saint-Victor une vi- 
gne sise, comme celle de sa sœur, à. la Laurade , et , 
vers l’an 1010, une autre vigne au territoire de Riez 
en faveur dë l’église de Notre-Dame à Castellane. 
Elle avait épousé N. = 

D’où : A. Raynouard, paraît en 1010. t 
B. Brémortd, id. j 

§ II. Maisons de Baux et de Riant. 

IV. Pons- le-Jeune (3), parait dès 961 r fait donation aux cha- 
noines de Saint-Etienne d’Arles , le 8 avril 975, d’une vigne au 
territoire d’Argeace; est nommé, ainsi que sa femme Profecte, à 
l’acte de 981, par lequel Silvius c^de aux moines de Montmajour 
unp terre touchantte château de Baux, au comté d’Arles et reçue 
desdits Pons ét Profecte qu’il appelle ses seigneurs, en récom- 



(1} Car/., n* 169. 

(2) Car/., n* 169, 192, 771. 

(3) Car/., n » 165, 169. 275.— Papon, t. Il, p. 203, f>r. It et UK— Beacbe, t. II-, p. 38. 
— Raffl, t. I, p. 60 et 481 — Invent, de la mais, dé Baux , introd. Vil, n* 1, 2. 8, 4, 7. 



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84 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



pense des services qu’il avait rendus à leur fils* Hugues (de 
Baux) ; est présent avec son fils , Geoffroi (de Riqns) , en 1 an 
1000, à l’acte de donation des vignes de la Laurade , tttite par sa 
sœur, Ermengarde; assiste, en 1005 , eu mariage d’Odile, fille 
de Lambert-le-Juge, avec Foulques, vicomte de Marseille; parait 
encore et pour la dernière fois vers 1025 à la donation faite par 
son fils Geoffroi, au monastère d’Esparron. Il avait épousé Pro- 

fecle : 

D’où : 1- Hugues (1), surnommé de Baux, le fondateur de cette 
puissante maison , paraît dès 981 , fait avec l’abbaye 
de Saint-Victor, le 10 janvier 1045 , un échange de 
terres à Marignane et donation en faveur du monas- 
tère auprès d’Esparron de toute sa part héréditaire 
qu’il peut avoir en ce territoire par actes des années 
1033 , 1055 et 1059 , dut mourir peu après. Il avait 
époulé Inaurs, fille d’Artaud, vicomte de Cavaillon : 
D’où : V. la généalogie de la maison de Baux par 
le docteur Barthélemy. 

2° Geoffroi , qui suit. 

3° Pons, clerc. 

V. Geoffroi de Rians (2), assiste avec sa femme et leurs 
quatre fils aux donations de 1017 et 1030 faites par Galdrade, sa 
belle-mère , en faveur de l’église de Notre-Dame de Camps près 
Brignoles et du monastère auprès d’Esparron ; à cette dernière 
date , abandonne toute sa part héréditaire de la terre se.gneu- 




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ESPAimON-DE-PALLIÈfcES. 



86 



riale ou condamine située autour de ce monastère, eu 1033, à 
l'occasion de la dédicace et de la consécration faite par Pierre I , 
archevêque d’Aix , de l'église de Sainte-Marie et de Saint-Jean- 
Baptiste récemment édifiée à côté dudit monastère (PEsparron , 
aujourd'hui Notre-Dame-du-Revest, lui fait don, de concert avec 
son frère, Hugues de Baux, et à titre de restitution, des terres 
de l'ancienne villa de Vances, comprises entre Esparron , Arti- 
gues et les bois de Mon tma jour, vaste quadrilatère ayant formé 
sans doute le tènement du monastère cassianite détruit par les 
Sarrasins ; cette importante libéralité est solennellement ratifiée 
le 15 octobre 1059, par eux, Guillaume III, dit le jeune , vicomte 
de Marseille , leur neveu et Amiel de Fos , se disant tous les 
quatre cohéritiers au môme titre. Il avait assisté aux donations 
des églises de Saint-Pierre et de Saint-Jean, à Brignoles , faites 
en 1042 et 1056 par sa belle-mère et sa femme, à l'abbaye de 
Saint-Victor de Marseille, à laquelle >1 donne lui-même, en 1050 
et 1056 , diverses terres et droits qu'il possédait en propre au 
château de Papia , territoire de Marignane; mourut après 1060. 
Il avait épousé, avant octobre 1011 , Scocia , fille de Gui et de 
Galdrade (1), seigneurs de Brignoles. 

D’où : 1° Hugues parait de 1017 è 1042 ; S. P. 

2° Gui , id. 



(1) Gai (*)• •!* d’Aldegarde, cède b l'abbaye de If onta^eor , eo ocl. ldi, et de eencert 
avec ton frère Albert , mari d'Etieanette , régliae d'Estoubloa ai diocèse de Digne , ses 
droits , terres et revenus , sons l'obligation d’j construire va coiveat ; la même année , il 
antorise sa femme Galdrade, dame de Brignoles, dans 1s donation qu'elle fait h l'abbaye de 
Saint-Victor de l'église Sainte-Perpétue, an territoire de Brignoles, < in wnlie Awoltnnnnn », 
anjovrd'boi la Celle ; veuve , Galdrade (e) continue ses libéralités envers eetto abbaye » la 



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86 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES, 



3° Guillaume (1), ooseigneur de Tourves, la Gayole , 
etc., doüne à l'abbaye de Saint-Victor , en 1037 , une 
terre ou mas au territoire de Tourves; de concert avec 
scn frère, Pons, et par charte du 27 juin 1066, lui fait 
don de partie de leur terre allodiale de la Gayole , et 
ratifie toutes les donations faites par leurs parents , 
notamment celle de l’église Saint-Pierre à Brignoles. 
11 avait épousé, avant 1037, Arsen ou Garsende. 

D’où : fils et filles dont les noms nous sont inconnus. 

4° Pons-Geoffroi (2) , coseigneur de Marignane, la Ga- 
yole au territoire de Tourves, Riens, etc., comparait, 



avril H>17, elle lii cède l'église de Notre-Dame de Camps , I laquelle eile fait doa , en 
1020, d’un moulin è Brignoles, dit le moulin de Rodier; à la même date , elle donne è l’é- 
glise Saint-Pierre de Brignoles une vigne de sa condamine près de Vins, < in pertica », è 
laquelle elle ajoute, en 1038 , une terre et vigne sises entre le château de Brignoles et la 
rivière du Carami ; en 1090 , désirant contribuer è la rééducation du monastère auprès 
d'E*parvon-de-Pallières, elle abandonne en sa faveur tous les droits qu'elle avait sur l'église 
de Saiut«Christophe et.lcs terres en dépendant . situées dans la vallée de la Sigoole , entre 
Vins et Cabasse ; en 1012, assistée de scs dites et de ses gendres et de concert avec Guil- 
laume. mari de Prodecte, Ûls de Lambert-lc-Jnge et de Laugarde , sa seconde femme, Guil- 
laume III dit le Jeune, vicomte de Marseille, les fils d'inguibran, évêque de Cavaiilon , et 
autres, lions cohéritiers ou possesseurs , elle cède è l'abbaye de Saint-Victor tous scs droits 
snr l’église Saint-Pierre, à Brignoles; parait encore, en 1056, ï la donation de l'église St- 
Jean è Brignoles. 

D'où : 1* Scocia, mariée è Gcoffroi de Rians ; 

9* Gualburge ou Guaodafburge . parait eu 1042. Elle avait épousé Guibert I de 
Tourves, eoseigneur de ce lieu et laissa postérité. 

(•) Cart., U» 881, 849, 348 , 351, 369 , 963, 3é8, 871, 998 ï 401, 417.— Papon , t. !!, pr. 
IV; 

(1) Cari. U*> 912, 320, 825, 812, 397, 359, 367 et 968. 

(9) Ctrl. U • 916, 917, 218, 850, 357 , 367, 368, 398, 400, 402, 466. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



87 



dès 1017 , à diverses donations de ses parents ; fait , 
de concert avec son frère , Guillaume, des libéralités 
à l’abbaye de Saint-Victor , à laquelle il cède , en son 
particulier, des maisons à Rians, et par charte de 
1070, toute sa part d’héritage ou soit la moitié du châ- 
teau de Papia, au territoire de Marignane , des salins 
de Ligagneau , de l’étang de Bolmon et de l’ancien 
port de Vagnères (1), avec réserve de l’usufruit sa 
vie durant; le 4 décembre delà môme année, il charge 
les biens qu’il vient de donner d’une fondation d’une 
mesure d’huile pour faire brûler nuit et jour deux 
lampes dans l’église de Saint-Victor, à Marseille , 
devant l’autel de saint Pierre apôtre. Vers 1050, il 
est dit époux de Candide et en 1 070 d’Etiennette : 

D’où : fils et filles inconnus. 

Faute de documents précis, nous ne pouvons pousser plus loin 
cette généalogie ; les chartes qui font mention de ces enfants 
n’en donnent pas les noms et on ne saurait les rattacher d’une 
manière sûre , car , suivant l’usage de ce temps , où le nom pa- 
tronymique n’était point encore généralement conservé , le fils 
prenait souvent un nom bien différent de celui du père, spéciale- 
ment celui d’une de ses terres. C’est pourquoi, il nous faut men- 
tionner ô part les De Rians qui suivent. 

Nous constatons, dès à présent, que les divers descendants de 
Pons-le-vicomte ont eu chacun des droits, mais seulement sur 
la vallée de Vances, aujourd’hui le Revest, dont ils se dépouillè- 

(1) Communes de Marignanes, Martigtea et Fts, arrondissement d’Àix, B.-dn-R. 



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88 ESPARRON-DE-PALJL1ÈRES. 

rent en faveur du monastère reconstruit, parce que c’était là des 
anciens biens d’église qui devaient en conscience faire retour au 
domaine de l’église. Quant à le seigneurie proprement dite d’Es- 
parron , dont les terres du. monastère n’étaient qu'une enclave , 
nous venons de voir qu’elle ne figurait pas dans les possessions 
de le descendance de Poj&s-lo-jeune* Appartenait-elle alors à la 
maison 4 q Fos ou aux vicomtes de Marseille ? Nous penchons 
pour cette dernière hypothèse* bien que nous n’ayons pu en 
rencontrer, la, preuve certaine * ainsi que nous l’établissons ci- 
dessou su 

annotateurs du cartulaire de Saint-Victor et, à leur suite, 
le docteur Barthélemy, trompés par la similitude de nom, ont dit 
que Pons de Rians (1) était fils de Geoffroy de Rians , le confon- 
dant ainsi avec Pons-Geoffroi , ci-dessus : il faut nettement les 
séparer, car ce sont deux personnes distinctes. En effet, Pons 
de Rians est dit, à plusieurs reprises , fils de Guillaume (de 
Riaps ,, sans doute), lequel est mort avant 1059 , et, en outre , 
mari d’Aldegarde, fille de Dodon , du lieu de Rians , coseigneur 
de Simiaue ; il donne, vers l’an 1035, au monastère auprès d’Es- 
parron , une parcelle de terre sise en ce territoire; cède à l’ab- 
baye de Saint-Victor, en 1059, la terre de Campagne qu’il détache 
de son eJlau de CoHongue ou Simiane; lui donne, en 1070 , un 
domaine à Rians et un autre à Marignane et, par le même acte, 
Aldega.rde^ sa femme , fait donation à ladite abbaye du quart de 
la seigneurie de Collongue qu’elle avait reçue de. son père. 



(1) Cart. ir* 210, 219, 216,219, 956, 977, 1063, 1077. - Invent . de la maieot de Baux, 
par !• docteur BartbtMemy, iotrod., p. VII. 



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ESPARRON—DE— PALLIÈRES. 



89 



Dodon , et de plus , veut qu’après sa mort , cette abbaye hérite 
de la moitié de tous ses biens. Ces grandes libéralités donnent à 
entendre qu'ils ne laissèrent pas de postérité; les chartes ne par- 
lent nulle part de leurs enfants, on ne peut donc admettre Pons 
de Rians comme l’auteur de la famille de ce nom. 

Le château de Rians était, semble-t-il, un lieu important dans 
le cours du XI« siècle; une charte le désigne ainsi : de notisaimo 
caatro de Rianno; divers personnages vivants à cette époque et 
dont le lien de parenté entre eux n’est pas indiqué, en ont adopté 
simultanément le nom , mettant ainsi dans l’impossibilité de re- 
connaître auquel d’entre eux on doit rattacher la famille de Rians 
que nous retrouverons aux siècles suivants. 

Rostaing (1), fils de Jean, du château de Rians et frère de 
Guillaume et de Brémond, décédés, fait en faveur de l’abbaye de 
Saintr-Victordeux donations , en 1064 et 1068, de terres sises au 
territoire d’Esparron , au quartier de Montmajour. Veuf en pre- 
mières noces , la charte le dit remarié et lui donne un fils , mais 
sans le désigner par leur nom. 

Citons encore parmi les bienfaiteurs du monastère auprès 
d’Esparron , un Albert (2) qui, vers 1030, donne à ce monastère 
diverses terres détachées de ses domaines d’Amirat et de Fa- 
bresse , au territoire de Rians; il parait être la souche de la fa- 
mille d’Amirat (de Rians), dite aussi de Pioult ou de Puy- 
Haut , {de Podio Alto). 

Enfin , les vicomtes de Fréjus (3), Franc , mari d’Aimerudis , 

(1) Car/., u * 278 el 379. 

(9) Car/., n* 276. 

(3) Car/., n»211, 268, 272, 273, 280, 564, 565, 567, 568. 



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90 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Franc, mari de Gala et autre Franc, mari de Riperga ; les deux 
premiers paraissent vers 1030 comme donateurs des terres qu’ils 
ont autour du monastère d’Esparron et l’un d’eux est dit beau- 
frère de Guillaume III dit le jeune, vicomte de Marseille. 

§ III. Maison de Fos. 

IV. Pons de Fos (1), 4 e fils de Pons-le-majeur ou le vicomte, 
est, ainsi que son frère Guillaume I , vicomte de Marseille , co- 
propriétaire de la Cadière, vers l’an 993 : 

D’où: 

V. Gui de Fos (2), assiste en 1038 à la donation du lieu de 
Six-Fours faite par Geoffroi I, comte de Provence, à Foulques , 
vicomte de Marseille , mari d’Odile , et , en 1057 , à la donation 
faite par le même Geoffroi à l’abbaye de Saint-Victor d’une terre 
à la Laurade près Tarascon ; propriétaire à Saint-Marcel près 
Marseille , il donne , au nom de son fils Pons, une vigne en ce 
territoire à Bertrand , frère de Durand et d’Aicard , que celui-ci 
remet à ladite abbaye, en cette môme année 1057. 

D’où : 1° Pons II, parait en 1057. 

2° Amiel, dont l’article suit. 

3° Gui (3), donne à Saint^Victor , en 1071 une terre ou 
condamine au lieu de Collongue ou Simiane. 

4° Rostang, archevêque d’Aix (1060-1082). 

VI. Amiel de Fos (4), de concert avec les fils de Pons-le-jeune 



(1) Cf. : Cari, n' 77;— Rnffi, t. 1, p. 86;— Bouche, t II, p. 179; — Papoa, I. II, p. 597; 
—\b Robert, t. III, addit. , art. Fos, p. 35; - Artefeuil, art. Laidet. t. II, p. 49 et sopp. 
art. Porcellets , p. 240. 

(9) Cart., n*» 53, 184, 447. 

(3) Ibid., n 957. 

(4) Cari., n * 207, 086. 



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ESP A R RON- DE-PA LLI ÈR ES . 



91 



et Guillaume III dit le jeune, vicomte de Marseille, qualifiés tous 
de cohéritiers , abandonne , en 1059 , toute sa part d’héritage au 
lieu dit aujourd'hui le Revest en faveur du monastère auprès 
d’Esparron. Il avait épousé Garcia qui parait encore en juillet 
1094, pour ratifier avec ses trois fils, en ce qui les concernait, la 
donation des droits de barque et autres sur le Rhône et la Du- 
rance faite par Raymond-de-Saint-Gilles , comte de Toulouse , 
en faveur de l’abbaye de Saint-Victor. 

D’où : 1° Pons de Fos, assiste à la première croisade, en 1096; 
il est l’auteur de la branche des seigneurs de Bormes 
qui vendirent aux Porcellets, le 8 mars 1180, une 
part de la seigneurie de Fos et, en 1219, aux syndics 
de Marseille, leurs droits sur les places d’Hyères et 
de Brégançon ; cette branche alla se fondre , vers la 
fin du XV e siècle, dans la famille de Laidet. 

2° Bertrand , paraît en 1094. 

D’où : 1° Amiel. 

D’où: A. Gui, époux de Guillaumette de 
Blacas. S. P. 

3° Geoffcoi, dont l’article suit. 

VII. Gkoffroi de Fos, paraît en 1094 ; il s’intitule marquis de 
Fos et d’Hyères. 

D’où : 1° Raymond-Geoffroi (t), prête l’hommage, dans la ville 
de Tarascon, en février 1146, au jeune Raymond- 
Bérenger II, comte de Provence; assiste avec ses 
frères Rostang et Gui, en octobre 1164, à la transac- 

(l) Cart. de Sainl-Viclor, n- 1106.— Papon, l. II, page 231. 



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92 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



tion passée entre l’évêque et les vicomtes de Marseille. 

2° Rostang, paraît en U 64. 

3° Gui (1), prévêt de l’église métropolitaine d’Aix en 
1185, devint archevêque de cette même ville (1190- 
1211 ). 

4° Pons, dont l’article suit. 

VIII. Pons de Fos II, paraît en 1188; est mort en 1217. 

D’où : 1° Raimond-Geoffroi , dont l’article suit. 

2° Geoffroi-Irat, confirme en 1223, ainsi que ses trois 
frères puinés, la vente de la coseigneurie d’Hyères et 
de Brégançon, faite par leur frère aîné aux syndics de 
Marseille en 1217. 

3° Gui-Caraarlenc, paraît en 1223. 

4° Guillaume de la Garde, id. 

5° Pons de Fos, id. 

IX. Raimond-Geoffroi de Fos (2), coseigneur d’Hyères, 
Brégançon, etc., vend , en 1217, à la ville de Marseille , la part 
que lui et ses frères avaient sur ces deux places et sur les salins 
dits des Iles d’or, avec tous les droits qui leur étaient échus de 
l’héritage de leur mère, moyennant la somme payée conyptant de 
18000 sols royaux; vente ratifiée , en 1223„ par ses* frères: qui 
touchèrent pour cet objet 8000 autres sols royaux. Les sceaux 
de Raimond-Geoffroi portaient , d’un cêté , un lion (armes de' In 
maison de Fos) et , de l’autre r une étoile è B rayons , avec cette 
légende : « Sig ilium Dominorum Arearum ». Il avait épousé Si- 
biande ou Sibille des Porcellets. 

(1) Boucle, t. II, p. 150, 171, 204. 

(9) Rnffl, l. I, p. 87 et 106.— Àrtefeuil, t. Il, p. 50 et 940. 



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ESPARRON— DE-PALLJÈRES. 



93 



D'où : 1° Rostang. 

2° Geoffroi Irat. 

3° Guillemette, mariée à Obert, comte de Vintimille. 

Les anciens historiens et généalogistes provençaux qui s'oc- 
cupent de cette branche de la maison de Fos , spécialement 
Ruffi, le plus exact et le plus complet de tous, n'en poussent pas 
plus loin la généalogie : s'éteignit-elle ou changea-t-elle de nom, 
comme tant d'autres familles provençales à cette époque ? Cette 
dernière hypothèse est assez vraisemblable. 

* Peut-être fautr-il rattacher à cette branche un Bertrandet (1), 
fils de Gui de Fos, cité comme un des 76 gentilshommes proven- 
çaux qui se rendirent à Barcelone en 1288 , pour servir d’ôtages 
et de cautions à la mise en liberté de Charles II d’Anjou, comte 
de Provence, prisonnier du roi d'Aragon. 



Chap. II. — Les Vicomtes d’Esparron. 



§ I. Leur rattachement aux Vicomtes de Marseille. 

Nous avons hésité longtemps avant d’admettre que les vicom- 
tes d'Esparron-de-Pallières , modestes seigneurs de cette petite 
localité où nous les voyons installés dès le commencement du 
XIV* siècle, époque où nous pouvons en suivre la généalogie , 
descendaient des anciens vicomtes de Marseille et se rattachaient 

(1) Rnffl . 1. 1, p. 151. 



i 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



directement à cette famille. Cette solution pourtant était indiquée 
par bien des faits qu’en dehors de laquelle on ne peut expliquer 
d’une manière satisfaisante, notamment le nom de vicomte donné 
è ces seigneurs; était-ce un titre attaché à la seigneurie, ou sim- 
plement un nom patronymique ordinaire, comme on dira plus 
tard Visconli, en Italie, Comte, Baron, etc., en France ? Il man- 
quait, pour se prononcer , la preuve précise et directe. Mais , 
grâce à l’heureuse et fortuite découverte faite par M. Mireur , 
archiviste du département du Var, qui s’est empressé de nous en 
faire part, d’une charte (1) authentique du commencement 4lu 
XIII e siècle et dont nous parlons plus bas (charte de Rocbaron), 
ce rattachement ne saurait être mis en doute. 

Cette descendance directe se déduit des quatre preuves sui- 
vantes : 

Preuve I. — La charte XIII ci-dessus , du 15 octobre 1059 , 
nous montre un des vicomtes de Marseille , Guillaume III dit le 
jeune , qualifié de neveu de Geoffroi de Rians et de Hugues de 
Baux, fils de Pons-le-jeune et se disant , ainsi qu’Amiel de Fos , 
tous les quatre cohéritiers au môme titre des terres par eux don- 
nées au monastère auprès d’Esparron , indiquant par là une pa- 
renté très-rapprochée et que nous croyons être au 5 e degré , 
passé lequel ledit Guillaume n’aurait pas été leur neveu , mais 
bien leur cousin. On ne peut admettre que cette parenté vienne 
des femmes, explication qui ne repose sur aucune donnée, tandis 
qu'en remontant par une filiation directe et masculine jusqu’à 
Pons le vicomte ou le majeur , on trouvé exactement ces cinq 



(1) V. aux pièces justificatives , I. 



! 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



95 



degrés. Cette constatation donne encore plus de force à l'opinion 
qui fait de ce dernier l’auteur commun de ces grandes familles. 

Par cette charte, on voit encore que les vicomtés de Marseille 
étaient propriétaires à Esparron et qu’ils ne cèdent à l’abbaye de 
Saint-Victor que les terres qui avaient appartenu anciennement 
au monastère cassianite d'Esparron détruit par les Sarrasins et 
allouées, sans nul doute, à titre de butin, au môme Pons-le-Ma- 
jeur , lors d’un de ces partages des terres des couvents et des 
églises reconquises sur les Sarrasins qui précéda leur expulsion 
^définitive. Quant à la seigneurie d'Esparron , fief patrimonial et 
bien laïque , elle ne pouvait être l’objet d’une restitution ; elle 
était du patrimoine des vicomtes de Marseille, ainsi qu’on le 
verra mieux ci-après. 

Preuve II. — L’archevêque d’Aix , Pierre II , 4 e fils de Geof- 
froi I , vicomte de Marseille, dans le but de donner le premier 
l’exemple de la réforme d’un abus criant contre lequel il ne cesse 
de s’élever (la détention entre les mains des seigneurs laïques 
de certaines églises de son diocèse), et, dans la crainte qu'après 
lui celles qu’il possédait en propre ne retombassent dans des 
mains profanes, donne, par la charte du 21 avril 1093, à l’abbaye 
Saint^Victor les églises paroissiales d’Esparron et d’Artigues , 
leurs droits et revenus. 

Gomment entendre cette donation , si on ne veut pas admettre 
qu’il agit ici en vrai maître et seul possesseur de la seigneurie 
d’Esparron et de sa voisine, Artigues, dont les églises parois- 
siales étaient une dépendance ? Sans doute, était-ce en considé- 
ration de ce que celles-ci n'avaient pas encore été rendues au 
domaine de l’église, qu’on avait attribué ces deux seigneuries à 



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96 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



un homme d’église et qu’on les avait mises dans sa part d’héri- 
tage. 

A sa mort, la seigneurie d’Esparron dut faire retour au conti- 
nuateur direct des vicomtes de Marseille et probablement à son 
neveu , Reymond-Geoffroi I , aïeul de Raymond-Geofftoi II, que 
nous verrons qualifié de vicomte d’Esparron. 

Preuve III. — Alphonse II , roi d’Aragon , marquis de Pro- 
vence , voulant autoriser le tranfert des hommes de la villa du 
Revest auprès du monastère d’Esparron , adresse sa missive , 
donnée à Marseille le 21 mai 1177, aux seigneurs de Rians et dé 
Simiane et aux vicomtes d’Esparron « Vicecomiiibus de Espar- 
rono ». Quels peuvent bien être ces vicomtes qui surgissent 
tout-à-coup au beau milieu du XII e siècle , alors qu’il ne reste 
plus en Provence, à celle époque, que la seule famille des vi- 
comtes de Marseille qui ait conservé ce litre ? 

A la date de cette charte , parmi les neuf enfants d’Hugues- 
Geoffroi II , vicomte de Marseille , on voit figurer entre autres , 
Raimond-Geoffroi II et Guillaume IV , dit le Gros: ces deux 
frères, unis d’une étroite affection et animés de sentiments pieux, 
possédaient en commun et dans l’indivision une grande partie de 
leurs biens; ils font ensemble de nombreuses libéralités, notam- 
ment à la Chartreuse deMontrieuxel à l’abbaye du Thoronet (1). 
C’est vraisemblablement à eux deux que s’adresse la charte du 
roi Alphonse. 

Preuve IV.— Par acte du 3 janvier 1227 (2), Guillaume de 

(!) Bifl, J lit*, de JT art., tome I, p. 75 et svhr. 

(?) Jean 4e Boni , ne . ! Caere. — Pièce jostif. I. 



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ESPARRON-DE-PALUÊRES. 



97 



Rocbaroii vend à Geoffroî-Reforciat , le château de ftddbartrti et 
les droits seigneuriaux qu’il y avait , spécialement ceux qu'il 
tenait de R . O . vicomte d’Esparron , et ce pour le prix de 16500 
sous royaux couronnés qu’il confesse avoir reçus en totalité et 
déclare renoncer, pour lui et les siens, à jamais opposer l’ex- 
ception de ce que ce paiement n’aurait pas été réel et en espèces. 

Ce Geoffroi-Reforciat, désigné seulement par ses prénoms , 
sans nom patronymique à la suite et sans autre qualification, ne 
pouvait être qu'un personnage connu et sur l'identité duquel il 
ne pouvait s’élever de doute; son nom de famille se trouve d’ail- 
leurs dans le corps de l’acte, c’est un vicomte d’Ësparfôii. Il 
semble, en effet, résulter des termes mômes de cet acte de vente 
que c’est plutôt par rétrocession pour défaut de paiement , que 
l’acquéreur rentre dans la possession de la seigneurie de Roc- 
baron, dont il était d’ailleurs majeur seigneur , et qui avait été 
aliénée précédemment par R. G. vicomte d’Esparron , son père 
sans doute. Malheureusement pour la certitude absolue de cette 
appréciation , la charte ne donne pas la qualification de père ou 
de fils à l’un de ces deux personnages ; il nous faut donc ap- 
porter d’autres justifications. 

Si l’on se reporte à l’arbre généalogique des vicomtes de Mar- 
seille, dressé par Ruffi, déjà cité, on voit que Geoffroi-Reforciat, 
vivant dans la première moitié du XIII® siècle , était le fils aîné 
de Raimond-Geoffroi II , vicomte de Marseille , lequel apparaît 
dès 1170 et mourut peu après 1213. Les deux initiales R. G. de 
l’acte de vente ne sauraient vouloir désigner que des prénoms ; 
on voit peu d'exemples où le nom de famille ne soit pas écrit en 
entier et seulement marqué par une initiale, tandis que le fait est 

7 



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98 



ESPARRON- DE-PALLIERES 



fréquent pour les prénoms. Nous traduirons donc, sans crainte, 
ces mots : « a R. G. vicecomiie de Sparrono » , par ceux-ci : 
« a Raimundo-Gaufrido , vicecomite (de Massilia , domina) de 
Sparrono ». 

Les généalogistes de la famille des vicomtes de Marseille ne 
donnent pas d’enfant à Geoffroy-Reforciat : si le fait est exact, sa 
seigneurie d’Esparron dut passer à un des membres de la nom- 
breuse postérité de son frère Burgondion I, mort en 1241, et c’est 
à elle qu’il faut rattacher la descendance de nos vicomtes d’Es- 
parron, que l’on connaît d’une manière sûre à partir de 1300 (1). 

§ IL — Généalogie. 

I. Bertrand I des vicomtes (2), coseigneur d’Esparron-de- 



(1. Nous ne pouvons dissimuler que ces explications ne nous satisfont pas pleinement et 
que nos preuves peuvent bien se changer en simples probabilités. La charte de Roebaron , 
trop peu explicite sur ce point t nous jette dans un grand embarras . si donc noos avons 
fait fausse route en attribuant aux Vicomtes de Marseille la descendance des Vicomtes d’Es- 
parron, nous ne voyons que la maison de Fos à laquelle on paisse les rattacher. En effet, 
i la date de celte charte , eu 1337 , vivait oa était décédé depuis peu Raimond-GeofTroi de 
Fos, dont le bisaïeul , Amiel, était copropriétaire du lieu du Revest- auprès d'Esparron et 
pouvait avoir des droits sur cette dernière seigneurie. Ne serait-ce pas lui que veulent dé- 
signer les initiales R. G. de la charte ? Dans ce cas , on peut croire que, ne pouvant plas 
porterie titre de seigneur d’Hyères qu’il venaii de vendre ainsi que ses frères aux Marseil- 
lais, lui Ou ses descendants prireal la qualification de vicomte, en souvenir de leur origine. 
D’autre part la commune d’Esparron porte dans ses armoiries et de très-ancienne date un 
lion que l’on trouve dans les armes de la maison de Fos. Il y a donc la bien des indica- 
tions sérieuses; mais dans l’impossibilité oû nous sommes d’apporter plus de lumière sur 
ce point obscur, nous maintenons notre première version , laissant i d'autres, plus compé- 
tents ou pins heureux, le soin de traneher cette question. 

(3) Celte dénomination nous paraît seule rationnelle : c’est ainsi d’ailleurs que le petit-fils 
de Bertrand e:t désigné dans la charte d’hommage de la seigneurie de Tourves (voir page 
71 , note 1). Dans les divers actes que noos donnons aux pièces justificatives , ce nom 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



99 



Pallières, est mort avant 1330 (1). Il avait épousé Béatrix d’Es- 
parron, qui fait son testament audit château d’Esparron, le 7 mai 
1330(2), par lequel elle veut être ensevelie au cimetière de l’église 
Sainte-Madeleine, à Saint-Maximin, fait des legs pieux au cou- 
vent des Frères prêcheurs de cette ville et institue pour son hé- 
ritier universel, son fils, Guillaume. 

D’où : 1° Guillaume, dont l’art, suit. 

II. Guillaume des Vicomtes, coseigneur d’Esparron, possé- 
dait indivis avec Gui d’Esparron, chevalier, autre coseigneur du 
dit lieu , des cens et services sur des maisons, terres, prés, vi- 
gnes à Saint-Maximin , dont il fit faire, de concert avec lui, nou- 
veaux actes de reconnaissance, reçus en 1342 et 1347 par M e 
Pierre Parisius, not. audit Saint-Maximin; est mort avant l’année 
1369. 

III. Bertrand II des Vicomtes, damoiseau , habite à Saint- 
Maximin la maison dotale de sa femme; partage, le 12 avril 
1369 (3), avec le fils de Gui d’Esparron , les droits de cens à 
Saint-Maximin et son territoire , possédés en commun par leurs 
pères et, par acte du 14 mars 1391 (4), cède sa part et moitié de 



est presque constamment écrit avec une abréviation de !a terminaison « vicecomit .? ; mais 
on le trouve aussi parfois s’accordant aux divers cas do singulier. Si c'était un nom patro- 
nymique . il serait indéclinable; si un litre ou une qualification , il devrait prendre l’accord. 
Nous pensons qu’il tenait des deux et les variations des notaires b ce sujet, dans le corps 
du même acte, dénotent bien leur embarras et militent en faveur de notre opinion. 

(1) C’est lui qui, selon toute apparence , fut un des trois délégués qui, en avril 1320, re- 
çurent au nom de Charles , duc de Calabre . dis de Robert , comte de Provence, l’hommage 
et serment de fidélité des Marseillais.— Roffl, t. 1, p. 161. 

(9) Pièces Justificative , III. 

(3) V. pièce justificatives, V. 

(4) ld. 



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ESPARRON-DF-PALUÈRES. 



tous ces droits à Guillaume de Saint-Biaise , prieur du couvent 
des Frères prêcheurs de Saint-Maximin , en paiement des legs 
et anniversaires faits par ses parents ou alliés. En mai 1376 (1), 
il prête Thommage , pour les terres qu'il possédait au territoire 
de Tourves, à Jacques d’Arcussia de Câpre, nouvellement gratifié 
par la Reine Jeanne de la seigneurie de Tourves et sa vallée; est 
l'un des quatre délégués de la ville de Saint-Maximin qui , en 
nov. 1387, prêtèrent serment de fidélité à la Reine Marie (2) ; 
premier syndic de cette ville en l'année 1400. Il avait épousé la 
fille d’Amiel Gassoli (3), chevalier, laquelle fait son testament à 



(1) Arch. départ des B -du-R.— B. 576... t tfob. Bertrand*# de Vicecomitibus »... 

(9) Cartulaire municipal de Saiat-Maximu, par M. L. Roslan, p. KM. 

(3) GASSOLI. 

Rostang 1 Gassoli est cité, comme dépoté de la ville de Saint-Maximin, parmi les 76 gen- 
tilshommes provençaux qui, vers la fin de l’année 1288 [al, forent désignés comme ôtages 
et envoyés h Barcelone pour la mise eu liberté de Charles II d'Anjou , prisonnier da roi 
d’Aragon (n). 

D’où (probabl 1 )» P Amiel qui soit. 

U. Amiel I Gassoli, chevalier, est viguier de Marseille en l’année 1300. 

D’efr fprob 1 ), 1* Amiel, qui sait. 

2. Robert, est institué héritier universel par le testament de sa sœoren 1318 

3. Catherine, veove de Bérenger d’Audibert, chevalier de la v. d’Aix, fait 

son testament h Aix . le 17 mai 1318 ( bj , par lequel elle veut être ense- 
velie auprès de son mari dans l'église des Frères Mineurs i Aix , ins- 
titue pour ses héritiers universels scs deux frères et , en cas de leur 
décès sans enfants, lègue 1000 fi. d or au couvent de Saint-Maximin. 
III. Amiel il Gaisoli, chevalier, de la v. de Saint-Maximin , achète , le 20 Jée. .1344 f(J 
diverses terres et prés , en ce territoire, de Rostang Gassoli , damoiseau de cette ville; 

(a) Ruffl I, p. 152. 

(b) Pierre Rufll , not. — Arch. du couvent de Saint-Maximin. 

(c) Guilllaume de Saint-Maximin, not. id. 



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ËSPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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Saint- Maximin, vers l’année 1400, par lequel elle veut être ense- 
velie dans l’église Sainte-Madeleine, audit Saint-Maximin et dans 
la chapelle de Saint-Pierre-Martyr auprès de son père. 



rtçoil de la Reine Jeanne, en récompense des services rendus par lui et les siens, le titre 
de charabellau et nne rente de 100 onces d’or* prendre sur les droits et revenus royatix de 
St-Max., suivant lettres patentes , données * Naples le 19 août 1348 fd); an nom des habi- 
tants de St-Max., il présente les privilèges et immunités de cette ville * ladite princesse 
qui les confirme par lettres patentes, données * Naples, le 15 juillet 1352 (d)\ en qualité de 
procureur de Raimond de Baux, comte de Soletto , nommé par acte du 16 avril 1853 (e) il 
reçoit , le 14 juin suivant, le serment de fidélité et l’hommage des habitants de Tourves 
et sa vallée (e ); viguier de la ville de Marseille en l'année 1361 (f h il mourut en charge ; 
il avait épousé probablement en 2 e * noces, Marguerite de Pourrières (g), fille de N. et 
de Jeanne Martin , de Marseille [g). 

D’où : N. Gassoli, épouse Bertrand II des vicomtes d’Esparron. 

On trouve encore : 

I. Guillaume I Gassoli, chevalier, est témoin * Saint-Maiimin en 1261. 

D’où (probablement) Jacques qui suit. 

II. Jacques Gassoli , est mort avant 1311. Sa veuve , Brémonde de Marseille , fait son 
testament * Saint-Maximin , le 15 mai 1346 (A), par lequel elle fonde trois anniversaires au 
couvent de Saint-Maximin, lègue * l'hôpital et * l’église Notre-Dame do Bosc * Pourrières, 
* la confrérie de Beaumont , au couvent des prêcheurs de Marseille, et au fr. Guill. de 
Marseille, son frère consanguin , religieux au couvent de Saint-Maximin. 

D’où : 1° Cornnta, légataire de sa mère, en 1346, épouse Pierre Ferenqui, damoiseau de 
Ceyreste; sont morts tous deux avant le 3 août 1350. 

2* Béatrix, héritière universelle de sa mère ainsi que ses enfants en 1346, épouse N. 

I. Raimond 1 Gassoli, chev. de Saint-Maximin, est mort avant 1297. 

[d) Cartul. de Saint-Maximin , p. 33. 

(e) lu», de ta mait. de Baux , n M 1336 et 1339. 

[f) Ruffl, II, p. 220. 

(g) Mourut avant le 13 oct. 1371 , après avoir légué au couvent des Frères prêcheurs de 
Saint-Maximin 20 sous couronnés pour 4 messes d’anniversaire et institue pour son héritier 
universel, Pierre de Pourrières (ou Servières), de Marseille, son frère.— (Arch. du couv.). 

(A) Goilllaume de Saint-Maximin , not. Id. 



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ESPARRON-DE— PALLIÈRES 



D’où : 1° Rixende, épouse en l 1 *® 8 noces et avant 1397, Honorât 
de Néoules et en 2 e8 noces , avant le 21 avril 1416 (1), 
noble Raimond Vachon (dit Malignon ou de Brigno- 
les); seule héritière , ainsi que son fils , de Guillel- 

D’où : 1* N. f qui suit. 

2* Hugues, chanoine de l’église Notre-Dame de Corbolion, fonde un anniversaire 
b Saint-Maximin. 

3* Raimond II , damoisean , en sa qualité d’héritier pour moitié de son frère, le 
chanoine, cède par acte du 2 mai 1300 au couvent des Frères Prêcheurs 
de cette ville , pour se libérer de sa part de cet anniversaire , divers droits de 
cens qu’il vient d’acheter d'Orsel Rabier, not. aodit Saint-Maximiu ; meurt vers 
1330. Il avait épousé Alasacie. 

D’où : ▲ Roslan II Gassoli, damoiseau , cède au couvent de Saint-Maximin, le 
U juin 1339 (k), une terre en ce territoire , en paiement d’un anniver- 
saire établi par son père ; parait en 1361 et encore en 1391. II avait 
épousé N., Allé de Jean Gossolen, not. h Saint-Maximin. S. P. 

II. N. Gassoli , est mort avant 1297. 

D'où : l- Gassol Gassoli , transige, ainsi que son frère et par acte du 3 octobre 1297 U) 
avec Jean Vigorosi, prieur du couvent de Saint-Maximin, au sujet de l'anniver- 
saire fondé par leur oncle, le chanoine ; paraît encore en 1347. 

2* Guillaume, qui suit. 

III. Guillanme II Gassoli, chevalier, paraît en 1297, est mort avant 1313. Il avait épousé 
Hugnette qui teste b Saint-Maximin le 24 mai 1313 (/), Ûlle (probablement) du chevalier 
Domingo, de Saint-Maximin, qui lui assigne en dot 100 1. et 601. pour ses habillements et 
joyaux, par son testament du 6 avril 1261, reçu par Hugues de Balma, not. b Saint-Maxim. 

D'où . I* Hugues Gassoli, chevalier, institué héritier universel par le testament de 9a mère 
en 1313. 

(J) Guill. Feutrier , not. b Saint-Maximin — Arch. du couvent. 

( k ) Guill. de Saint-Maximin , not.— Id. 

(l) Suivant acte de reconnaissance de cens sur une maison b Saint-Maximin , rue de la 
Cour, soumise b la directe et seigneurie de ladite Rixende, acte reçu par Aicard de Balma , 
not. b Saint-Maximin , rappelé dans la sentence arbitrale du 35 février 1513-14 (Gombaud 
Arbaud, not. b Saint-Maximin, 340), prononcé en faveur d'Honoratde Thomassin coseigneur 
de Néoules. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



mone de Néoules, leur fille et sœur , décédée sans 
enfants. Ladite Rixende transige, par acte du 15 oct. 
1443 (1), avec Adémar Fidelis , prieur du couvent de 
Saint-Maximin, au sujet decette succession à laquelle 
ce couvent prétendait avoir été subrogé. 

D’où : du 1 er lit, 1° Bérenger de Néoules, est présent et stipule 
audit acte de transaction de 1443. 

2° Guillelmone de Néoules, épouse de Baltha- 
zar Gossolen , de Saint-Maximin , décédés 
tous deux avant 1443. S. P. 



Chap. III. — Esparron. 



Coseigneurs d' Esparron-de-Pallières > Saint-Esièce-la-Foux- 
d*Argens(2), Bouissei (3), Besaudun, etc . ( 4 ). 

Armes : de gueules, à l’épée d’argent en bande (5). 

Les Esparron-de-Pallières ne nous paraissent pas être de la 
môme famille que les autres coseigneurs de ce lieu, les vicomtes 
d’Esparron; dans les actes assez nombreux où on les voit agir 
ensemble, ils ne se qualifient ni d’oncle , neveu et cousin; une 



(1) Jean Silvi, not. ï Saint-Maximin. Voir : (Pièce justificative, VIU). 

(9) Com. de Brue-Anriac, canton de Barjols, arrondissement de Brignole», Va r. 
(S) Membre de la seigneurie d’Esparron. 

(4) Com. de Varages, cant de Barjols, arrondissement de Brignole*, Var. 

(5) D'après M. le marquis Je Boisgelin : Généalogie inédite des d’Arcussia. 



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104 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



seule alliance paraît avoir eu lieu entre eux et encore n’est elle 
pas sûrement indiquée. Se rattacheraient-ils alors aux Esparron 
d’Auriol ? Les nQmbreux points de ressemblance que Ton ren- 
contre dans les armoiries de ces deux familles donneraient à en- 
tendre qu’il y a entre eux quelque affinité; mais on ne saurait les 
a^ejmjler b partir du XIV e siècle. 

César Nostradamus (1) dit que les d’Esparron sont « d’une fort 
noble et ancienne maison de Provence, qui portoit d’or à une 
bapcfô d© gueules, chargée d’une espée couverte d’un fourreau 
de sable ou de velours noir, passée dans sa ceinture de mesme , 
roulée à guise de serpent, l’une et l’autre garnis d’argent ». Il 
veut parler apparemment des Esparron d’Auriol et les trois per- 
sonnages qu’il cite dans le cours de son ouvrage paraissent être 
de cette dernière famille. 

La généalogie de nos d’Esparron ne peut s’établir qu’à partir 
des suivants : 

I. N. d’Esparron. 

D’où : 1° (Probablement) Jacques, dont l’art, suit; 

2 e I s nard d’Esparron , chev. coseigneur de Saint-Es- 
tève-la-Foux , reçoit, vers l’année 1308 (2), au nom 
deRaibaude de Causols, veuve de Reforciat d’Agoult 
de Trets , l’hommage d’Alix de Barras , dame de 
Peypin; fait son testament en son château de Sainte 
Estève, le 24 octobre 1320 (3), par lequel il veut être 



(1) Histoire et chronique de Prov. t Lyon, 1614, p. 190, 317 et 481. 

(2) Pitboti-Curl, t. IV, p. 119. 

(3) V. pièce justificative, 11. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



105 



enseveli dans l'église de Saint-Maximin et à la cha- 
pelle Saint-Dominique , revêtu de la robe des Frères 
prêcheurs ; fait des legs pieux au couvent de Saint- 
Maximin , aux églises de Notre-Dame-du-Plan à 
Brue, de Saint-Pierre d’Auriac; lègue ô sa sœur 
Béatrix, dame de Saint-Martin , à ses filleuls , à ses 
serviteurs , à Béatrix, sa femme; institue pour son 
héritier universel, son neveu, Bertrand d’Esparron, 
avec substitution en faveur de ses petits neveux ; 
nomme pour ses exécuteurs testamentaires Bertrand 
Cornut , chevalier , seigneur de Brue et M e Hugues 
Bruni , médecin de Saint-Maximin. il avait épousé , 
en l res noces , Cécile de Saint-Estève , laquelle , par 
son testament du 4juillet 1312 (1), fonde en faveur 
du couvent de Saint-Maximin deux anniversaires de 
40 sous reforciats qui devront être servis par Hu- 
gues Roque , coseigneur de Trets, en sa qualité de 
donataire des biens que ladite dame possédait à 
Saint-Estève ; et, en 2 e8 noces , Béatrix, à laquelle il 
lègue 100 1., ses joyaux et bijoux, deux coffres et le 
tiers de ses hardes et linge. S. P. 

3° Béatrix , légataire de son frère, femme ou veuve en 
1320, de N. de Saint-Martin. 

D’où : A. Pierre de Saint-Martin , substitué à la suc- 
cession de son oncle Isnard. Il avait épousé , 
avant 1320, Barrasse N. 



(1) V. pièce justificative, Vit. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



4° (Probablement) Rostang , religieux dominicain au 
couvent de Saint-Maximin , présent au chapitre tenu 
le 8 février 1311 (T. 

II. Jacques d’Esparron, est mort avant l’année 1327 (2), date 
du testament de sa femme Alasacie. 

D’où : 1° Bertrand dont l’art, suit. 

2 e Besaudune, épouse avant 1320 N. de Pourrières. 

D’où : A. Pierre de Pourrières. 

. B. Brémond de Pourrières , substitué l’un et 

l’autre, en 1320, à la succession de leur 
grand oncle Isnard d’Esparron. 

III. Bertrand d’Esparron, chev., coseigneur d’Esparron-de- 
Pallières , Saint-Estève , paraît en 1320, est témoin en 1330 au 
testament de Béatrix d’Esparron, femme de Bertrand I des Vi- 
comtes, coseigneur d’Esparron; fait son testament en son château 
d’Esparron le 25 septembre 1340 (3), par lequel il veut être ense- 
veli dans l’église de Saint-Maximin et à la chapelle Saint-Domi- 
nique , institue pour ses héritiers universels son fils , Foulques , 
et son petit-fils, Gui , fils de François, auxquels il fait le partage 
de ses biens; à défaut de mâles dans sa descendance, il appelle 
à sa succession son petit-fils, Foulques de Rians; enfin, il nomme 
pour ses exécuteurs testamentaires Isnard de Pontevès, seigneur 
de Pontevès et Sillans, le prieur du couvent de Saint-Maximin et 
Bérenger d’Amirat, dit Le Puy-Haut ou de Pioult (a/iaa de Podio 



(1) Le couvent royal de Saint-Maximin , par l’abbé Albanès, p. 86 n. 

(9) M e Guill. Caprerii , not. b Saint-Maximin: rappelé dans on antre ci-dessous, p. 1390. 
(3) V. pièce justiûr.ative, IV. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



107 



alto), prieur du couvent des Frères prêcheurs d’Aix , son ami et 
allié de son fils, François. 

D'où: 1° Bertrandet. S. P. 

2° Isnardet, nommé, ainsi que son frère, au testament 
d’Isnard d’Esparron, leur oncle, en 1320; sont morts 
tous deux avant 1340. S. P. 

3° François, dont l'art, suit. 

4° Foulques d’Esparron , damoiseau , reçoit en partage, 
par le testament de son père , les terres d’Esparron , 
la bastide de Bouisset et les terres à Tourves que son 
père avait reçues de Giraud Carbonel, de Brignoles ; 
possède une maison et des terres dotales à Saint- 
Maximin. 

D’où : A. François d’Esparron, damoiseau, seigneur 
de Besaudun , fait son testament le 24 juin 
1361, « par lequel institue son héritière, sa 
vie durand , sa mère et apprès elle noble 
Foulquet de Rians, conseigneur dud. lieu, 
lequel estoyt de la maison et surnom d'A- 
goult * (1). S. P. 

5 ü Marguerite d’Esparron, femme en 1340 de Raimond 
de Rians, coseigneur dud. lieu. 

D’où : A. Foulques de Rians, coseigneur de Rians , 
appelé éventuellement à la succession de 



(1) Fonds du chût. d’Esparron : Inventaire des titres et papiers dressés en 1589 par 
les ordres de Charles d’Arcussia , seigneur d'Esparron , f« 68. — Le testament reçu par 
m e Guill. Mollini, notaire à Rians. 



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108 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



son grand-père , Bertrand d’Esparron , en 
1340, à défaut de môles dans la ligne di- 
recte ; institué , en 1361 , héritier universel 
par son cousin germain, François d’Es- 
parron, fils de Foulques. 

D’où : A. Rostan de Rians , coseigneur 
d’Esparron et de Besaudun , vend , 
par acte du 12 novembre 1370 (1), à 
Véran I d’Esclapon , mari de Cathe- 
rine d’Esparron , sa part et portion 
de la seigneurie d’Esparron et la 
bastide de Bouisset. 

IV. François d’Esparron , coseigneur d’Esparron , transige , 
vers 1343 , avec son frère, Foulques. Il avait épousé Blanche de 
Puy-Haut ou de Pioult. 

D’où : 1° Gui, dont l’art, suit. 

2° Rostan d’Esparron, coseigneur d’Esparron, cité à 
l’acte de 1370 ci-dessus. 

D’où : A. (probablement) Guillaume d’Espar., sage 
ès droits, juge royal à Saint-Maximin, en 1389. 

3° Bérengère d’Esparron, fait son testament le 3 juillet 
1361(2); était veuve à cette date de Lantelme Cri- 
gné, chevalier de Hubaye, diocèse d’Embrun. S. P. 

V. Gui d’Esparron, coseigneur d’Esparron, reçoit en partage 
par le testament de son grand-père , Bertrand d’Esparron , les 

(1) Hugues André» de Callas, not. b Àix.— Invent. d'Arc., f* 86. 

(2) Baudon Goinard, not. i Hubaye; rappelé dans l’aete de 1390. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



109 



domaines et terres que ce dernier possédait aux châteaux et ter- 
ritoires de Saint-Estève, Auriac, Chôteauvert, Pontevès, la Bas- 
tide , Tavernes, Barjols et Saint-Martin-de-Pallières ; fait faire , 
en 1342 et 1347, par M® Pierre Parisius , notaire à Saint-Maxi- 
min , et de concert avec Guillaume des Vicomtes , coseigneur 
d’Esparron , de nouveaux actes de reconnaissance des cens sur 
les maisons , terres , prés , vignes qu’ils possédaient indivis à 
Saint-Maximin; teste le 1 er mars 1351 (1) et mourut avant le 2 
décembre 1359. A cette date, Béatrix de Barras, sa veuve, en 
qualité de tutrice de ses enfants mineurs, demande la division et 
partage de la seigneurie d’Esparron (2). 

D’où : 1° Le vicomte , « vicecomes oicecomit » , coseigneur 
d’Esparron , mineur en 1359, marie en 1367 sa sœur, 
Catherine , à Véran d’Esclapon ; prête l’hommage 
pour sa coseigneurie d’Esparron au jeune Louis II 
d’Anjou , comte de Provence, le 14 mai 1386(3); par 
acte de décembre 1390 (4), il cède à Guillaume de 



(1) Goill. Feraud, not. * Ginasservis ; rappelé dans l'acte de 1390. 

(3) Pierre Marchesii, not. il Saint-Maximin. — In?. d'Arc., V 85. 

(3) Ab. Robert de Briançon : Etat de la Provence , t. I, p. 224. --Cet auteur avance 
que la seigneurie d’Esparron-de-Pallières fut érigée en vicomté (sans dire en faveur de qui), 
par lettres patentes de la reine Jeanne, eu 1379. Sans vouloir y contredire, nous ferons re- 
marquer que, bien avant celte date et depuis plusieurs siècles, une branche des coseigceurs 
d’Esparron , n'était désignée que par ce nom de Vicomte. Cette érection aurait-elle eu lieu 
eu faveur du dernier des d’Esparron, qui , pour une cause que nous ne pouvons expliquer , 
quitte son nom patronymique pour prendre celui de Vicomte, mettant ainsi en doute sa 
propre filiation, si elle u'était clairement marquée dans divers actes ? Mais alors, d’où vient 
que les héritiers et successeuis de ce dernier, le» d’Esclapon et les d’Arcussia , n’ont ja- 
mais pris cette qualification ,si le titre avait été réellement attaché h la terre? 

[i) V, Pièce justificative VI. 



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no. 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Saint-Biaise , prieur du couvent de Saint-Maximin , 
sa part et moitié des cens et services qu’il possédait 
en propre à Saint-Maximin, après le partage de 1369 
fait avec Bertrand II des Vicomtes ; cette cession a 
lieu en compensation et paiement de divers legs et 
anniversaires faits et fondés audit convent par ses 
aïeux et parents, entre autres, en 1327, par Àlasacie 
veuve de Jacques d’Esparron, en 1351, par Gui d’Es- 
parron, son père et, en 1361, par Bérengère d’Espar- 
ron, sa tante; ne paraît pas marié. S. P. 

2® Catherine d’Esparron, épouse, suivant conlrat du 5 
janvier 1367 (I), Véran I d’Esclapon. 

C’est à la suite de ce mariage que la coseigneurie d’Esparron 
passe aux d’Esclapon, qui suivent. 



Chap. IV.— Esclapon , 

Coseigneurs d y Esparron-de- P altières , Bouisset , etc . 

I. Véran I d’Esclapon, juge des appels en Provence, plus 
tard maître rational, devint coseigneur d’Esparron-de-Pallières, 
en janvier 1367, par son mariage avec Catherine d’Esparron , 
fille de Gui, coseigneur d’Esparron et de Béatrix de Barras; 
avPuiert, en nov. 1370, de Rostan de Rians, coseigneur de Be- 
saudun , sa part de la seigneurie d’Esparron et la bastide de 
Bouisset; fait un compromis, le 10 janvier 1371 (2), avec Ber- 



(1) Gaill. Cousini , not. ii Àix.— Inv. d’Arc., f 39. 

(2) Fonds da chât . d’Uspar. Inv. d’Arc., f“ 83, rt4. 



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JESPABRON— DE-PALLIÈRES. 



111 



trand Cornut, seigneur de Cadarache, qui prétendait avoir des 
droits à la coseigneurie d’Esparron , en vertu dé la substitution 
faite par François d’Esparron au profit de Rostan de Rians ; 
passe transaction , suivant acte du 1 er septembre 1373 (1), avec 
les habitants d’Esparron , au sujet des deux tours qu’il y avait 
lieu de construire en son château pour la défense commune ; pa- 
rait encore en nov. 1385; dut mourir peu après. 

D’où : 1° Jean, dont l’art, suit. 

II. Jean d’Esclapon, coseigneur d’Esparron, parait en 1389 
et 1390; fait un accord, le 1 er février 1391 (2), avec Guillaume de 
Saint-Biaise , prieur du couvent des Frères Prêcheurs de Saint- 
Maximin, au sujet d’un legs fait audit couvent par Foulques 
d’Esparron. Il mourut avant le 6 juillet 1407 (3); à cette date , sa 
veuve , Sillone Fabri , tutrice de ses enfants mineurs, présente 
requête au juge d’Aix pour rendre ses comptes de tutelle et pou- 
voir se remarier. 

D’où : 1 ° Véran, dont l’article suit. 

2° N. d’Esclapon. 

III. Véran II d’Esclapon, coseigneur d’Esparron, maître ra- 
tional, fait hommage de sa seigneurie d’Esparron à la reine 
Yolande, mère et tutrice de Louis III, comte de Provence, suivant 
acte du 11 sept. 1419, reçu par Arnault de Symon, secrétaire du 
roi; paye un acompte de la dot de sa fille, Suzanne , à Jean de 
Villemurs, seigneur de Voix, son mari, par quittance du 11 jan 



(1) Bruoenqai, not. * Aix.— lnv. d'Arc., f* 71. 

(S) Jehan Yitallis, not. h Barjols.— lnv. d’Arc , f. 86. 
(3) lnv. d’Arc., f- 39. 



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112 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



vier 1453 (1); fait son testament , le 28 août 1466 (2), en temps de 
peste, par lequel il institue pour son héritière universelle, sa fille, 
Madeleine, femme de François d’Arcussia. Il avait épousé N. 

D’oû : 1° Madeleine, est femme en août 1466, mais encore sans 
enfant môle, de François d’Arcussia , fils de Louis , 
seigneur de Tourves ; héritière universelle de son 
père , Véran, elle reçoit la coseigneurie d’Esparron- 
de-Pallières qui passe ainsi aux d’Arcussia; échange, 
le 7 janvier 1470(3), avec Honoré de Castellane, sei- 
gneur d’Entrecasteaux , coseigneur d’Esparron-de- 
Pallières, plusieurs propriétés sises audit territoire 
d’Esparron; fait son testament à Esparron , le 31 
juillet 1505 (4). 

D'où : (Voir Arcussia). 

2° Susanne , épouse , avant janvier 1453 , Jean de Ville- 
murs, seigneur de Voix; donne quittance, le 17 mars 
1474 (5), à sa sœur Madeleine , dame d'Esparron , 

(1) Jean Rougier, noi. b Riais — liv. d’Arc., f *5. 

(2) Jehan Vincent, alias Pogeti, not. habitant de Saint-Maximin.— Inv. f- 68 -... « Car, 
an contrat de mariage entre eux (Madeleine et François d’Arcussia), aj promis de fere heres 
Ion premier mascle de son Dis et de ma fllle et que ledict entrant non es vengot de moi 
tems et eognoisse te terme de ma vie s’aprocbe, per se, volly et laissy mon bercs univer- 
sel comme dessus madicte Aille, Magdelene... .Item, volly que, en cas que lad. Magdelene 
vinsse b morir sans entrant de son corps, me plaise volly q«e ledict F rances . maryt sien , 
per les services que m’a faicts et en aqueste maladie , volly que sie si jnour et m* de mes- 
dicts biens tant que vivra et, après eileis, volly que vengue b ma tille Sylbone ou aux siens, 
moihyer de Elzias Cornât...» 

(3) Hubert Sallier, not. b la Vcrdière.— Inv. d’Arc., f- 6. 

(4) Laurent de Fabriciis, not. b Saint-Maximin. 

(5) Etienne Cbabanis, not. b Manosque.— Inv. d’Arc., f* 55. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



113 



pour tous ses droits sur les biens de son père. 

3° Sillone, épouse avant le 28 août 1466, Elzéar Corûut, 
seigneur de Linsel ; reçoit , par acte du 13 août 1466 
(1), de sa sœur Madeleine , la somme de 800 florins 
fixée par sentence arbitrale pour tous ses droits sur 
la succession de Véran d’Esclapon, son père. 



Chap. V. — La coseigneurie d’Esparron. 



L’ensemble du territoire actuel de la commune d’Esparron for- 
mait anciennement deux seigneuries distinctes : il y avait la terre 
du Revest et celle d’Esparron proprement dite , l’une et l’autre 
sous la directe universelle et la haute juridiction du roi , comte 
de Provence. 

Le Roi René, pressé d'argent , vendit à François d’Arcussia , 
coseigneur d’Esparron , par acte du 2 janvier 1472 (2), tous les 
droits seigneuriaux de la cour sur Esparron et le Revest, con- 
sistant en l’entière juridiction, mère et mixte impère , non seule- 
ment sur les hommes dudit d’Arcussia, mais encore sur tous ceux 
des autres coseigneurs , ainsi qu’aux droits d’albergue, cavalca- 
de , leydes , passages, pulvérages, droits de rétention par préla- 
tion , de lods et trezain , de fournage , etc., pour le prix de cent 
écus d’or de vingt-cinq gros pièce, payés comptant. 

(1) Louis Fabre, not. audit Manosqne.— Id. 

(9) Arcb. départementales des B. -du-R.— Rcg. Pavo, (• 179. 

8 



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A 




114 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



La terre du Revest, qui comprenait le tiers environ des terres 
arables du territoire d’Esparron , était un fief ecclésiastique pos- 
sédé primitivement par les moines cassianites, violemment 
usurpé sur eux par les Sarrasins qui détruisirent l’église et le 
monastère primitif et recueilli, après l’expulsion de ces derniers, 
comme biens restés sans maîtres, par Pons-le-Vicomte ouïe 
Majeur, dont les descendants en remirent la possession, dans le 
cours du XI e siècle, à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille. Les 
moines de Saint-Victor , prieurs à titre de commendedu Revest , 
en furent dès lors les seigneurs, mais avec le droit de basse 
justice seulement, ainsi que le constate une sentence rendue le 4 
mai 1473 (1), par le juge de Saint-Maximin, qui défend à François 
d’Arcussia , acquéreur des droits royaux , de troubler le prieur 
dans l’exercice de son droit de juridiction. Pourvu du bénéfice de 
ce prieuré, en 1539, le chapitre des chanoines de Grignan vendit 
en 1673 au seigneur d’Esparron , Jean-Baptiste d’Arcussia, tous 
les droits seigneuriaux et les terres du Revest, réduits alors à 
bien peu, pour le prix modique de 7000 1. 

La seigneurie proprement dite d’Esparron fut pendant long- 
temps divisée entre plusieurs coseigneurs : au XIV e siècle, elle 
était possédée vraisemblablement par moitié par les Vicomtes et 
les Esparron ; la part de ces derniers passa , par mariage , en 
1367, aux Esclapon et un siècle plus tard, en 1466, aux Arcussia. 
Quant à celle des vicomtes, elle fut recueillie , vers 1400, par 
Rixende , seule héritière de ces derniers , et apportée-en dot aux 
Thomassin de Néoules; en 1470, elle se trouvait sur la tête de 



(1) Arch. départementales des B.-dn-R.— L. 503, n» 2506. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



115 



Jeanne de Glandevès , femme d’Honoré de Castellane , seigneur 
d’Entrecasteaux ; vendue, vers 1540, à Honoré Laugier de C61- 
lobrières, un quart revint par succession aux Arbaud-Bargemon 
et l’autre quart aux Gombert-Dromon; elle fut intégralement 
réunie , après Tachât de 1610 , à la famille d’Arcussia qui y joi- 
gnit, 60 ans plus tard , la seigneurie du Revest ; en dernier lieu , 
les terres d’Esparron et du Revest furent vendues , en 1758 , au 
conseiller du Roi, de Lordoné et passèrent par mariage, en 1810, 
dans la famille de Sinéty , qui en possède encore aujourd’hui le 
château et diverses fermes. 

§ I. Castellane-Entrecasteaux. 

I. Honoré de Castellane, seigneur d’Entrecasteaux, cosei- 
gneur d’Esparron^de-Pallières et de Courmes, chambellan du 
Roi René, fils d’autre Honoré, fait échange, par acte du 7 janvier 
1470 (1), avec Madeleine d’Esclapon, dame en partie d’Esparron, 
de diverses terres sises en ce territoire; transige, suivant acte 
du 21 janvier 1472 (2), avec François d’Arcussia, mari de cette 
dernière, lequel reconnaît que Jeanne de Glandevès, dame d’En- 
trecasteaux, a droit à la moitié de la juridiction d’Esparron et 
notamment au droit de four, les cens et services devant apparte- 
nir , 3/5 aux Arcussia et 2/5 aux Castellane; prête l’hommage le 
4 mai 1465 et fait son testament le 22 juin 1477. Il laissa , de 
Jeanne de Glandevès-Faucon, Gaspard, qui suit. 

(I) Habert Sallier, noL k la Verdière — Fonds do château d’Esparron : Invent d’Are., 
fol. 6. 

(3) Jean Ponsoni, not. h Saint-Maximin.'» Id. fol. 71. 



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116 



ESPARRON-DR-PÀLUÈREJS . 



II. Gaspard t>b Castellamb , seigneur d’Enlreciastefeux, FoV- 
Amphoux, Peyrolea, , etc,, coafeignaur d’E^parroa-dB-PaUiôrtB , 

■ chevalier de l’Ordre du Roi > est reoopnu aeigeeur pour la moitié 
d’Espamm par Jean d’Arcuasia ; fils de François, euivantlraa- 
sactiôn dü 26 janvier 1508 (1) et participe à la tfausactipn du 10 
t mdra 1513 t>ass£e entre led coaeignêurs et, les habitants d'Espar- 
rop ; fait son testament le 1,7 juillet 1531 et mourut peu après. Il 
avait épousé , le 6 janvier 1498 , Blanche Adhémar deMonteH, 
fille de Gaucher (2), baron de Grigqap et de Diane de Mohtfoilt, 
des comtes de Campobasso. 

D’où : 1° Gaspard, dont l’article suit. 

2° Anne , femme de Gaspard de Villeneuve. 

3° Melchionne, femme en l rea noces de Michel de Puget- 
Figanières et , en 2 e8 noces , suivant contrat du 25 
avril 1546, de Joseph de Carnbis. 

III. Gaspard deCastellane-Adhémar (3), comte deGrignan, 



(1) V. ci après IP transaction 

(8) Par donation entre vifs do 3 aoftt 1505, Gaucher Adhémar assure h 6a AU# Blanche ta 
seigneurie et baronnie de Grignan, peu après érigée en comté, dans le cas où son fils aîné, 

i 

Louis, époux d’Anne de Saint-Cbamond, vint ï mourir sans postérité.— L'Arrondissement 
de Montélimar, par Lacroix, archiviste départemental, Valence 1874, t. IV, p. 220. 

<3) Après la mort de Louis Adhémar , son oncle maternel , et la transaction du 19 mars 
1565 passée avec Anne d’Este , veuve et héritière de François de Guise , lequel avait été 
institué héritier universel par ledit Louis, il recueillit la plupart des biens des AdhémqY , 
prit le titre de comte de Grignan et ajouta h son nom et h ses armes le nom et les armes 
des Adhémar. Il fut le trisaïeul de François de Castellane-Adhémar , comte de Grignan , 
lieutenant-général pour le Roi eu Provence, qui épousa, en troisièmes noces, suivant con- 
trat * Paris du 97 janvier 1669, la fille de la célèbre madame de Sévigié. — Laoroix , toc. 
ci/., t. IV, p. 990 et soi v. 



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BfcPARRON-DB-PALLI ères. 



ii7: 



seigneur d’Entrecâsteâux , coseigneûr d'Esparron-de-Pallières , 
etc., chevalier de l’Ordre dû Roi , ambassadeur auprès du Pape , 
fait hommage de ses terres au Roi , François l tr , le 15 septembre 
1531, transige le 24 novembre 1534 (1) avec Gaspard d’Àrcussia, 
fils de Jean, et lui remet unè terre è Bouisset; achète , par acte 
du 6 décembre 1536 (2), de Jean Peyre la bastide du Oaoàl mort , 
à Esparron ; vend , vers 1540, à M® Honoré Laiigier, coseigneur 
de Coüobrîères et Chôtèaudouble , ancien avocat du Roi, demeu- 
rant à Àix , tous ses droits sur la seigneurie d’Ësparron , avec 
faculté de rachat pendant six ans , faculté dont il n’usa pas. Il 
avait épousé , en l 1 *®* noces , Anne de Toumon et, en 2® 8 noces , 
Lucrèce de Grimaldi. 

§ II. — Laugier-Collobriêres. • 

I. Honoré I Laugier, coseigneür de Gollobrières et Ch&teau- 
doublë/hoéncié en droit,' Çat reçu, le 8 juih<1512, avocat-général 
du Roi au Parlement de Provence, en. lé chaîne de Nicolas de 
Saint^Martin et privé de sa charge , par arrêt des commissaires 
du Roi, le 10 octobre 1535 , pour avoir accusé de malversations 
le< président Chassa née; fit uhprèmier testament, le 13 août 1528 
(3), par lequel ü veut être enseveli â Aix, dans Féglisëdes Obser- 
vantes et légué à se s huit enfants ; et un second le 25 août 
1545 (4), dans lequel il établit une substitution, à défaut de pos- 

(1) François Borilli, not. h Aix.— Fonds dn cbât. d’ Esparron. 

(9) Jesn Pothonier, not. I Cotignac.— Id , invent. d’ Arc., fol. 46. 

(3) Glande Gantier, not. b Aix. 

(4) Fonds do cbât. d'Espsrron. 



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118 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



térité de ses fils, en faveur des enfants mâles de ses filles ma- 
riées, Marguerite et Honorade ; vers 1540 (1), il achète de Gas- 
pard Il de Castellane, sa moitié de la seigneurie d’Esparron-de- 
Pallières et en fait hommage au Roi en même temps que de ses 
autres terres. Il avait épousé , avant 1519 , Madeleine Guérin ou 
Garin, fille d’Antoine. 

D’où : 1° Honoré qui suit. 

2° Michel , eut à sa part la coseigneurie d’Esparron ; 
fait de concert avec Gaspard d’Arcussia , coseigneur 
d’Esparron , une transaction avec les habitants du 
lieu, en août 1546 (2), et mourut peu après, instituant 
pour son héritier son frère, Honoré. S. P. 

3° Nicolas , prieur de Gordes, légataire de son père en 
1528. 

4° Marguerite, épouse, en juillet 1523, Honoré Arbaud- 
Bargemon, ci-après* 

5° Honorade , épouse, en 1540, Louis de Gombert-Dro- 
mon, ci-après. 

6° Louise, légataire de son père en 1528. 

7° Autre Louise, id. 

8° Sibille , épouse, avant le 13 août 1528, Louis Thadei, 
docteur ès droits d’Aups. 

II. Honoré II Laugier, coseigneur de Collobrières et Chà- 
teaudouble, naquit à Châlons en Bourgogne, vers 1519; docteur 
ès-droits, jurisconsulte, fut reçu le 4 mai 1554 conseiller auPar- 



(1) Arcb départ, des B.-da-R. : archevêché d’Aix, G. 209. 
(9) Vtir ci-après IV* tria». 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES . 



119 



lement de Provence en une charge créée ; héritier de son frère 
Michel , il devint coseigneur d ? Esparron-de-Pallières ; en cette 
qualité et assisté de son beau-frère, Louis de Gombert, il fait 
avec Gaspard d’Arcussia , majeur seigneur d’Esparron, le par- 
tage des biens qu’ils possédaient indivis à Bouisset, suivant 
compromis et tirage au sort passé à Aix le 27 janvier 1551 (1), 
dans la grande salle du Palais, par devant Geoffroi Salla , sei- 
gneur deMontjustin, conseiller au Parlement; habite quelquefois 
sa maison d’Esparron , où il se trouve notamment le 30 mars 
1551 (2); se joint au procès intenté à la communauté d'Esparron, 
auquel met fin un arrêt de la cour du Parlement en 1557 (2), qui 
détermine les droits des habitants dans l’usage des bois soit de 
chauffage, soit de construction ou de charronnage. Par son testa- 
ment, dont la date n’est pas indiquée , il lègue à l’hôpital Saint- 
Jacques d f Aix (3), toutes les terres qu’il avait acquises des ha- 
bitants et particuliers d’Esparron , en usant de son droit de 
prélation; mourut à Aix et fut enseveli aux Observantins , le 22 
juillet 1571. Il avait épousé , suivant contrat du 16 février 1538 , 
Marguerite de Clapiers , fille d’Antoine, veuve en premières no- 
ces de Louis de Garnier, seigneur de Thorenc. S. P. 



(1) Fonds du chat. d’Esparron, 

(S) Id lovent. d’Are., f* 4. 

(3) Le 4 déc. 1571 , quelques mois après le décès du testateur , les Recteurs de l’hôpital , 
savoir : Claude de Grasse, sieur de Callian . Alexis Geoffroy f Jean Benoist et Honoré Bas- 
teti , d’Aix , font procéder , de concert avec les héritiers fidéicommissaires dudit sieur de 
Coilobrières, h l’estime de ses biens et droits sur la moitié delà place d’Esparron.— Ext. 
des archives de l’bôpital Saint-Jacques d’Aix, par m* de Goa, notaire et greffier de cet hô- 
pital. — Fonds du chat. d'Esp. : invent. d’Arc., f* 10. 



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m 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Après sa mort > la substitution par fidéicommis insérée au 
testament de son père , s’ouvrit en faveur de ses neveux d’ A r- 
baud et Gombert , qui devinrent ainsi coseigneurs d’Esparron , 
chacun pour un quart. 

§ III.— Arbaud-Bargbmoh. 

I. Honoré Arbaud , fils de Jean , coseigneur de Bargemon et 
de Jeanne Nepote , épouse le 23 juillet 1523 , Marguerite de Lau- 
gier, fille d’Honoré, coseigneur de Collobrières , Chôteaudouble 
et Esparron-de-Pallièrea, avocat général et de Madeleine Garin. 

D’où : 1° Pierre qui suit. 

2° Claire , épouse le 23 juin 1566 N. 

II. Pierre Arbaud, coseigneur d’Esparron-de-Pallières , 
achète, le 10 février 1574, des recteurs (1) de l’hôpital Saint-Jac- 
ques d’Aix , tous les biens et terres à Esparron qu’Honoré Lau- 
gier , conseiller au Parlement, avait légués audit hôpital., et ce 
pour le prix total de 689 1.; vend par acte du 11 février 1610 (2) à 
Charles d’Arcussia de Câpre, seigneur d’Esparronÿ son quart de 
la seigneurie d’Esparron pour le prix de 18000 1.; dut mourir peu 
après et avant le 2 avril suivant. Il avait épousé Honorade de 
Matheron, dame de Reynier. 

D’où : 1° Jean-Baptiste reçoit , ainsi que ses frères , le 2 avril 
1610 (2), le prix de la vente du quart d’Esparron con- 
sentie par son père. 



(1) « Présents : M* Pons d’Escallis, Papeltaud , Isoard de Thorame la Basse , recteurs . 
Appert ao gros Livre Ronge, côté f- 63. >— Fonds da chât. d'Esp. 

(S) Jean Anglès, not. fe Ai*.— Id. 



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ESPAR RON— DE- PALLIÈRES. 



121 



2° François. 

3 p Atphant , prêtre. 

§ IV. — Gombert-Dromon. 

I. Louis de Gombert, fils de Jean et d'Anne d'Urre, seigneur 
de Dromon, Saint-Geniez , Authon , Orves, coseigneur d'Espar- 
ron-de-Pallières, assiste son beau-frère Honoré de Laugier , 
conseiller au Parlement, à l'acte de partage fait à Aix, en 1551, 
avec Gaspard d’Arcussia , pour les terres indivises ô Esparron. 

Il avait épousé, vers 1540, Honorade de Laugier, fille d'Hotaoré , 
coseigneur de Collobriôres , Ch&teaudouble et Espârron , avocat 
général et de Madeleine Garin. 

D’où , entre autres : 1° Marc, dont l'article suit. 

2° Claude, seignéur de Saint-Genièz , coséigneur d'Es- 1 
parron-de~Palliôres, cède , par acte d’échange du 21 
sept. 1580 (1), son huitième de la seigneurie et tous 
ses autres biens d’Esparron à Charles d’Arcussia de 
Câpre > lequel, en échange , lui remet la quatrième 
partie de la terre et seigneurie de Chéteauvieux , 
diocèse de Senez , qu’il avait eue par donation du 13 
sept. 1565(2), de feue Catherine d'Arcussia, sa tante, 
peu après le décès de Diane de Castellane, fille de 
cette dernière, issue de son mariage avec Antoine de 
Castellane, coseigneur de Chôteauvfaux ; la dite 

(1) Martin Dorand et Pierre Montagnac . notaires respectivement k Aix et k Varages. — 
Fonds du chât. d’Esparron. 

(3) Honoré Delphin, net. k Rians, rappelé dans l’acte ci-dessns. 



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122 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Diane , femme en premières noces de Claude Gom- 
bert , avait hérité de son père et était décédée sans 
enfants , laissant sa mère son héritière universelle. 
A la suite de cet échange, ledit Claude devint défini- 
tivement coseigneur de Chéteauvieux ; fit son testa- 
ment le 24 août 1592. Il avait épousé en premières 
noces ladite Diane de Castellane et, en secondes 
noces, suivant contrat du 8 mars 1587, Diane Brun 
de Castellane , fille de Balthasar, sieur de Caille et 
de Lucrèce Ambrois. 

II. Marc de Gombert, seigneur de Dromon et en partie d’Es- 
parron, fit son testament le 28 nov. 1607. Il avait épousé, suivant 
contrat du 2 février 1573, Lucrèce de Villeneuve, fille de feu An- 
toine, baron des Arcs et de Marguerite Mathieu du Revest. 

D’où : Antoine et Alexandre de Gombert , sieurs de Dromon , 
Saint-Geniez , Chàteaudouble et pour un huitième d’Es- 
parron ; comme substitués en partie aux biens d’Honoré 
Laugier, ancien avocat- général du Roi, leur bisaïeul, ils 
vendent pour le prix de 9,300 1. à Charles d’Arcussia de 
Câpre tous leurs droits sur Esparron , suivant acte fait 
à Aix le 19 novembre 1609 (1), dans la maison de l’ac- 
quéreur; les vendeurs reçoivent en paiement 4581 1. 
dues par les consuls et communauté de Barjols à l’ac- 
quéreur, comme cessionnaire de Gaspard de Vinti- 
mille , seigneur d’Ollioules, suivant acte de cession du 



(1) Ledit Jean Anglès, not. Acte fait en présence d'Alexis Michaelis . consul d’Aix et de 
Claode Ségniran, tons deax écuyers de ladite ville.— Fonds dn chât. d'Espar. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



123 



25 août 1599 (1) et acte primitif d’obligation du 12 mai 
1586 (2); et les 4719 1. restantes leur sont indiquées à 
prendre sur la même communauté de Barjols, en déduc- 
tion des sommes auxquelles elle a été condamnée envers 
ledit d’Arcussia , par arrêt de la cour de Parlement , du 
11 juin 1596. Il est stipulé dans cette vente , pour la 
garantie de l’acquéreur , qu’en considération du récent 
mariage d’Alexandre de Gombert avec Marguerite de 
Laidet (contrat du 9 avril 1609), et par crainte d’une do- 
nation entre époux, lesdits vendeurs ne pourront retirer 
ces diverses sommes qu’en en faisant remploi sur une 
autre communauté , tout au moins jusqu’à concurrence 
du montant de cette donation. 



Chap. VI. — Arcussia de Câpre (3). 



Seigneurs de Câpre (4), Ménerbe (4), Hautemure (4), Tour- 

(1) Guillaume Foucou, not k U Verdière. Rappelé dans Pacte ci-dessus. 

* (2) Barthélemy, not. h Tourtes ; id. 

(3) Nous avons dressé celte généalogie d'après les notes de M. le marquis de Boisgelin , 
qui doit les faire paraître dans ses Esquisses Généalogiques en cours de publication, mais 
dont il a bien voulu auparavant , avec sa gracieuse obligeance bien connue , nous donner 
communication en nous autorisant b nous en servir pour ce travail. Nous l’avons vérifiée, 
rectifiée sur quelques points et complétée au moyen des nombreux papiers et archives do- 
mestiques des seigneurs d’Esparron-de-Pallières, conservés au chkteau de ce nom et mis h 
notre disposition par M. Georges de Sinety, son propriétaire actuel. 

(4) Royaume de Naples , dans la province de la Terre de Bari. 



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m 



EÿPARRON-DE-PALLIÈRES. 



ves (1), Boissatel (ali&g Ateôatôl) ou Seissën (2), l’Isle (3), Saint- 
Giniès (3), Jonquières (3); Sénas ' (4), Saliguac (5), Aüzet (6), 
Entrepeyres (7), Saint-Geniez-Dromon (7), Authon (7), Saint- 
Julien (2), la Pêne (2), Eguilles (8), Esparron-de-PaUiôres (9), 
Gardanne (10), Gourmes (11), Bouiaspt (12) le Revëst (13), 
Néoules (14), Fos (15), Boisvert (16), etc* 

Armes ; d'or à lu/ace d’azur ,. accompagné dé trois arcs à tirer 
flèches , de gueules , cotdés de même., 2 et î. 

La branche d’Esparron ajoùte une épée d*or mise en 
pal derrière Vécu , le fourneau et la poignée de sable , à 
cause de l’alliance avec les Esparron. 

Support : Deux aigles. 

Devise: Non enim in areu meo sperabo et gladius meus non 
saloabit me (Ps. XLIII). 



(1) Vigaerie de Saint-Maitais ; caotoo de Brrgholes, Var. 

(?) Membres de la seigneurie de Tourves et prolongement de sa vallée. 

(3) Viguerie d’Aix, canton des Martigues, Bouches-du -Rhône. 

(I) Viguerie de Tarascon ; canton d’Orgon, B.-du-R. 

(5) Vigueric de Sisteron ; canton de Yolonne , Basses- Alpes. 

(G; Viguerie et canton de Seynes, B. -Alpes. 

(7) Viguerie et canton de Sisteron, B. -Alpes. 

(8) Viguerie et canton d’Aix, B.-du-R. 

(9) Viguerie de Saiut-Maximin ; canton de Barjols, Var. 

(in) Viguerie d’Aix ; canton de l’arrondissement d’Aix, B.-du-H. 

(II) Viguerie de Saint-Paul-les-Vence ; arrondissement de Grasse, Alpes-Maritimes. 

(12) Membre de la seigneurie d’Esparron-de-Pallières. 

(13) Seigneurie réunie \ celle d’Esparron-de-Pallières. 

(14) Viguerie de Brignoles ; canton de la Roquebrussane , Var. 

(15) Viguerie d’Aix ; canton d’istres, B.-du-R. 

(IG) Arrière-flef du marquisat des Baux, terres adjacentes, cant. de St-Rémjr, B.-du-R 



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. ESPARRON— DEHPALLIÈRES. 



125 



Sobriquet donné par le roi René : gravité d’Arvussià. 

Les historiens de la ville de Naples , entre autres Sammonte 
et J. César C&paocté , mentionnent la famille d’Arcussia comme 
une des plus anciennes et des plus illustres de ce royaume; elle 
est citée dès le XII e sièple , mais sa filiation ne parait prouvée 
qu’à partir de 

I. Pangellus d’Argussi a , commandant de plusieurs navires, 
qui mourut en 1304; il descendait, sans doute, de cet Elisée 
d’Arcussja , seigneur de Câpre, commandant de la flotte de l’em- 
pereur Frédéric (dit Barberousse) et qui maria , en 1190, sa fille 
Madeleine à Christophe Constantin , noble seigneur venu d’Alle- 
magne, 

D’où ; 

II, François, d’Arcus&ia, secrétaire et trésorier-général delà 
reine Jeanne , épousa Philippe Rossa. 

D’où , 1° Jacques, dont l’article suit. 

2° Augustin S. P. 

3° Isabelle , épouse Marin Squalleto , gentilhomme na- 
politain. 

IIC Jacques d’Arcussia de Câpre, chevalier, comte de Më- 
nerbe et Haute-Mure au royaume de Naples, seigneur deTour- 
ves, Seissons, Gaillet, Saint-Geniez, Jonquières, Sénas, etc. (1), 
en Provence, secrétaire de la reine Jeanne, son grand chambel- 
lan , membre du conseil privé ou collatéral , grand chambellan 
du roi Louis II, comte de Provence, reçut de la reine Jeanne, en 
récompense de sa fidélité et de ses nombreux services , par let- 

(1) 60 terres, dit La cbenaye. 



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126 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



ires données au château de l’Œuf, près Naples , le 18 octobre 
1375 (1), les terres de Tourves, Seissons, Gaillet, Pile St-Geniez 
et Jonquières (les Martigues), dévolues à la Cour par le décès 
de Raymond de Baux. Retenu auprès de la reine par ses fonc- 
tions , il donne mandat et procuration , suivant acte à Naples du 
28 diidit mois d’oct. (2), è son familier , André Francon dit Cô- 
rilion , gentilhomme napolitain , de se rendre en Provence pour 
prendre en son nom possession de ses nouvelles terres et rece- 
voir l’hommage de ses vassaux , ce que ce dernier accomplit au 
mois de mai de l’année suivante , en se transportant successive- 
ment aux Martigues et à Tourves (3) ; il reçut encore de la reine 
Jeanne, suivant lettres données à Naples le 8 janvier 1377 (4), 
les deux tiers de la seigneurie de Sénas , confisquée par la Cour 
sur Guillaume Gros pour faute de paiement de la gabelle du sel 
de Nice dont il était locataire , la Reine se réservant l’autre tiers 
et la majeure seigneurie, et, par autres lettres données aussi à 
Naples le 20 sept, suivant (5), la mère mixte impère et crimi- 
nelle puissance sur tous les biens et châteaux que lui et ses hé- 
ritiers avaient acquis ou acquerraient â l’avenir, tant au royaume 
de Naples et Sicile qu'aux comtés de Provence et de Forcalquier, 



(1) Reg. Hubei , M17 et 1?0. 

(8) Antoine de Castello, not. h Naples. 

(3) Archives départementales des Bouches-du«Rhône ; B. 576, grand parchemin.— Parmi 
les 18 nobles possédant biens h Tourves et sa vallée qui prêtent l’bommage h leur nouveau 
seigneur figure Bertrand II des vicomtes d’Bsparron. 

(4) Reg. nubei, f. 183. 

(5) Enregistrées h U Cour des Comptes , Reg. Maria , le 4 mars 1614, sur la requête de 
Charles d’Arcussia, seigneur d’Esparron. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



127 



et de môme pour ceux de Laudune de Sabran , comtesse d’An- 
glon , sa belle-fille; enfin il en reçut encore , d’après les divers 
nobiliaires de Provence, le droit de faire battre des monnaies 
d’un quart d’écu , en plaçant ses armes au revers. Jacques était 
en Provence lorsque y parvint la nouvelle de la défaite et de 
l’emprisonnement, à Naples, de la reine Jeanne par le comte de 
Duras, qui, dit-on, fit étrangler ou étouffer entre deux matelas 
sa prisonnière, dans la nuit du 22 mai 1382 ; aussitôt ses amis et 
vassaux de Provence prirent les armes pour voler à son se- 
cours , la délivrer ou venger sa mort tragique qui ne fut connue 
que plus tard et vinrent se ranger sous les ordres du propre 
frère du roi de France, Louis I er d'Anjou, héritier et fils adoptif 
de la reine Jeanne. Parmi ces gentilshommes provençaux (I), 
on voit cité aux premiers rangs Jacques d’Arcussia, grand cham- 
bellan, qui payait ainsi, même à la fin de ses jours , sa dette de 
reconnaissance envers cette infortunée princesse dont le souve- 
nir et la mémoire seront toujours pieusement conservés dans sa 
famille (2). Après l’insuccès et la mort, en Italie, de Louis I er 
d’Anjou, Marie de Blois, sa veuve, se rendit à Avignon , en avril 
1385, pour faire sacrer son fils , Louis II d’Anjou , par le Pape 
Clément VII et recevoir l’hommage et serment de fidélité de la 
noblesse provençale , qui le prêta avec enthousiasme, à la suite 

(1) Papon, t. 111, p. 344. 

(2) Charles d'Arcussia , dans son Traité de la Fauconnerie , consacre tout on chapitre 
(II* partie, p. 103) S venger la mémoire de celte reine, « faussement accusée par lesinva- 
seursde son estât >. 11 se fait ainsi l'écho, h 800 ans de distance, des vifs sentiments d'a- 
mour et de fidélité que cette princesse, si diversement jugée, avait sn inspirera ses sujets, 
principalement en Provence. 



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128 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



de l’assemblée des Etats-Généraux ternie à Apt. Jacques, qui était 
resté en Italie, fit prêter, le 7 septembre suivant (1), l’hommage 
dix au jeune roi pour ses terres de Provence par son procureur 
et vicaire général , Guigues de Jarente , seigneur de Gémenos , 
maître rational , l’un des hommes les plus diserts et les plus élo- 
quents de son temps. Il mourut en Italie et fut enseveli, le 23 nov. 
1386, dans la chartreuse qu’il avait fondée en l’ile de Çapre avec 
15000 1. de dotation , où l’on mit cette épitaphe sur son tombeau 
de marbre : « Clauditur hoc turniilo magniffîcus dominas Jacobus 
Arcussius de Capro, regni Siciliœ magnus camerarius , comesque 
Minorb : .ni et AÜe Mure dominus , sacri hujus monasterii funda- 
tor, dejfunctus anno domini MCCCLXXXVI , die XXIInovem- 
bris, féliciter. Amen (2). » 

Il avait épousé Morette Valva. 

D’où : 1° Jean, épousa le 13 mai 1377 , Laudune de Sabran , 
comtesse d’Anglon , fille et héritière de Guillaume , 
seigneur d’Ansouis^ frère lui-mêrne et héritier de 
Saint-Elzéar de Sabran; dut mourir avant l’année 
1396, car à cette date son frère François est qualifié 
seigneur de Tourves. S. P. 

2° François dont l’article suit. 

3° Catherine , eut en dot 233,000 ducats d’or; son père 
en avait déjà payé 200,000 , lorsque, le 11 septembre 
1386 (3), son mari réclamant le reste de la dot et son 
père se trouvant sans argent, ce dernier remit à son 



(1) Reg. Pergame », f* 34.— Fonds du cbât. d’Espar. Inv d'Arc., f* 34. 

(2) La Fauconnerie par Charles d’Arcussia, II e partie, p 113. 

(8) Tabarica, not. h Naples. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



429 



gendre, en engagement, diverses terres au royaume 
de Naples , pour la somme de 18,000 ducats , se ré- 
servant de les racheter dans cinq ans et prit huit ans 
pour payer le solde. Elle épousa , suivant contrat du 
15 mai 1377 [alias 21 sept. 1399) (2), Elzéar de Sa- 
bran , comte d’Arian et d’Anglon, fils de N . . • et de 
Jacquette de Saint-Séverin. 

IV. François ou Franchisquel d’Arcussia de Câpre, che- 
valier , comte de Ménerbe , seigneur de Tourves et sa vallée , 
Saint-Geniez, Jonquières, Sénas, Salignac, Auzet, Entrepeyres, 
Dromon, Briançon, Authon, etc., reçut de la Reine-mère Marie, 
par lettres données à Tarascon le 24 décembre 1394 (3), en 
échange du vicomté de Martigues, qui valait 1500 florins de rente 
et des deux tiers de Sénas réunis au domaine à la mort de Jac- 
ques d'Arcussia , les terres de Salignac , Auzet , Entrepeyres , 
Palbergue royale en la ville de Grasse valant 36 livres couron- 
nées, plus 22 1. couronnées droits d’albergue sur Dromon, Saint- 
Geniez et Authon, valant en totalité 180 florins 10 sous 2 deniers 
1 pieté par an , le tout jusqu'à ce qu'il eut été récompensé de ce 



(1) Jérôme de Muscole, not.— Cette date ne peut se justifier . car, il est dit plus haut 
qu’en sept. 1S86 et deux mois avant sa mort , Jacques prend des arrangements avec son 
gendre au sujet de la dot de Catherine ; d’autre part , pour payer les 300,000 ducats en i- 
compte de la dot promise an mariage , il fallait un certain nombre d’années . ce qui justifie 
bien la date de mai 1377. En outre , il semble résulter de la proximité (et peut-être même 
de la parité) du jour de fa passation des deux contrats de mariage, l’un du 13 et l’antre du 
15 mai 1377 et aussi dn même titre qu’on leur donne , qn’Elzéar et Laudune de Sabran , 
qualifiés tous deux de comte et comtesse d’Anglon, sont frère et sœur et qu’un double ma 
riage les nuit le même jour b la famille d’Arcussia. 

(0) Beg . armorum , f* 70. 

9 



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130 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

qu’il avait perdu; cette remise eut lieu le 3 octobre de l’année 
suivante (1), par Antoine de Plagezus, de Naples, procureur et 
au nom dudit François; il remit , par acte d’échange du 9 avril 
1399 (2), à Amiel de Gombert , fils et héritier de Jacques , tous 
ses droits sur Dromon, Saint-Geniez et Authon, et, le 6oct. de la 
môme année (3), il prête l’hommage pour tous ses biens au roi 
Louis II, comte de Provence, qui lui confirme toutes les donations 
et privilèges concédés par ses prédécesseurs à la famille d’Ar- 
cussia. François d’Arcussia brillant homme de guerre, suivit 
en Italie le jeune roi Louis II dans ses diverses expéditions 
entreprises pour reconquérir son royaume de Naples; il s'y 
maria , vers 1392 ; revenu en Provence, il est présent à l’assem- 
blée des Trois-Etats , réunie en 1396 (4), pour lever des troupes 
et voter des subsides afin de s’opposer et de mettre fin aux dé- 
vastations commises par les partisans du vicomte de Turenne; 
il y est qualifié de seigneur de Tourves , sans doute par suite de 
la mort de son frère ainé , Jean, décédé sans postérité; le 7 
juillet 1399 (5), il assiste comme témoin au traité conclu à Mar- 
seille entre la Reine-mère , Marie et le maréchal de Boucicault , 
agissant pour le compte de son beau-père , le vicomte de Tu- 
renne , traité qui met fin à cette déplorable guerre civile. 
François mourut (6) sur la flotte du Roi , en voulant sauter , 

(l) Aodibcrt de Falcooii, not.- Fonds du chlt. d’Espar. Inv. d’Arc., f* 86. 

(9) Jeau Arpille, oot. b Sisteron. Enregistré aux archives du Roi, Reg. Armorum, f* 73. 

(3) Reg. Signi, f 17.— Reg. Armorum, (• 78. 

(4) Papon, t. Il), p. 292. 

(5) ld. p. 295. 

(6) La Fauconnerie par Ch. d’Arcnssia : II* partie, p. U4 : « Anx archifx do Roi h Aix, 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



131 



dit-on, tout armé d'une galère en une autre; sa mort arriva 
avant le 12 oct. 1410 (1), date de Pacte de tutelle de ses enfants. 
Il avait épousé, en Italie, vers 1392 , Cizula Arthus des comtes 
de Sainte-Agathe (2). 

D’où: 1° Jacques fut élevé par Isabelle, sa grand tante, de 
laquelle il hérita et continua une branche d’Arcussia 
établie à Naples, mais bientôt éteinte. 

2° Favette, légataire en 1462 de son frère Louis. 

3° Louis dont Partiels suit. 

Louis d’Arcussia de Câpre, seigneur de Tourves et sa vallée, 
Saint-Julien, la Pêne, Salignac, Entrepeyres , etc., écuyer du 
Roi René, vendit, le 25 mars 1438 (3), à Balthasar de Jarente 
les deux tiers qu’il avait en la seigneurie de Sénas et acquit, le 
même jour, du roi René la terre d’Eguilles, jadis dévolue à la 
Cour, au prix de 2000 florins d’or de 16 sous provinciaux cha- 
cun (4). Après l’extinction de la branche aînée fixée à Naples, 
Louis hérita de ses biens et prit le titre de comte de Câpre et 
Ménerbe ; durant les troubles survenus lors du siège de Naples 



Reg. àrmorum, f* 140, on verra comme après la mort de Franchisqael d’Arcussia , sa veuve 
(que l'auteur appelle li tort Morclte de Balbe), se présenta 2i la Reine Marie, luy demandant 
la confirmation des donations faites b son mary, luy représentant son ventre, dont elle obtint 
tout ce qu’elle luy demanda, enjoignant Sa Majesté b ladite comtesse, que si elle faisoit un 
fils qu’elle vouloit qu’il portast le nom de Louys, ce qui fust faict ». — Ce dernier point 
nous paraît quelque peu légendaire : car, ce Louis, né par conséquent, b la fin de 1410, ne 
pouvait se marier en 1126. 

(1) Pierre Resplandini, not. b Àix.— Archiv. départementales du Var : papiers des Vinti 
mille, série E. 

(2) Nostradamus, p. 388 et 390. 

(3) Rodetti, /lot. b Marseille. 

(4) Miebel Demande!, not.— Reg. Lilii, f* 205. 



4 



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132 



ESPARRON- DE-PALLIÈRES. 



par Alphonse, roi d'Aragon, sa maison fut brûlée, ce qui lui oc- 
casionna une perte de plus de 2000 ducats; le roi René lui donna 
en compensation la gabelle du banc de la boucherie de la ville 
de Grasse , suivant lettres datées de Naples, du château de Ca- 
puane , le 31 août 1439 (1). Par son dernier testament , fait à 
Sisteron le 4 nov. 1462 (2), il veut être enseveli à Tourves, dans 
la chapelle projetée et qui sera construite par ses héritiers sous 
le vocable de sainte Madeleine et, à défaut ou en attendant, dans 
l'église Saint-Pierre audit Tourves, fait de nombreux legs pieux, 
lègue à François et Jacques , ses fils , à sa femme , à sa sœur et 
à ses quatre filles , dit que les biens de Naples, s’ils sont recou- 
vrés , appartiendront par moitié à Honoré et à Jacques, sauf à 
payer 2000 ducats à François et institue pour son héritier uni- 
versel son fils aîné, Honoré , auquel il substitue ses deux autres 
fils en déclarant , par un fidéicommis, objet de nombreuses con- 
testations au siècle suivant, « qu’il ne veult, ne entend que les 
famés subcèdent jamais en ses biens, tant que y aura des masles 
de son surnom et armes (3). » II avait épousé, suivant contrat 
passé à Saint-Martin-de-N. le 6 octobre 1426 (4), Catherine de 
Castellane, fille de Boniface, seigneur d’Allemagne et d’Antoi- 
nette de Pontevès. 

D'où : 1° Honoré dont l’article suit. 



(1) Reg. Rosina, f 28. 

(2) Bertrand Arpille , not, h Sisteron. — Archives départementales do Var : Papiers des 
Raousset, série E. 

(3) Fonds du chat. d’Esparron. Inv. d’Àrc., f* 68. 

(4) Guillaume Neveu , ou Nepote , not. — Archives départementales du Var : Papiers des 
Raousset, série E. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



133 



2° Jacques , chevalier de Saint-Jean-de-Jérusalem , lé- 
gataire de son père en 1462. 

3° François , auteur de la branche d’Esparron , rappor- 
tée plus loin. 

4° Marguerite, épouse de N. Buchon, d’Arles, légataire 
de son père en 1462. 

5° Honorade, épouse de Raimond Béchon, id. 

6° Brunette, veuve en 1462 de Biaise Romée, id. 

7° Batronne ou Barthélémine , religieuse au monastère 
vieux d’Aix, id. 

VI. Honoré d’Arcussia de Câpre, seigneur de Tourves, fils 
ainé et héritier universel de Louis, transige le 28 février 1469 (1) 
avec son frère François, coseigneur d’Esparron, au sujet de ses 
droits paternels ; vend les seigneuries de Salignac , Entrepeyres 
et Auzet. Il avait épousé, suivant contrat de donation propter 
nuptias du 20 sept. 1454 (2), Françoise Rodulphe , fille de Pierre 
R. dit Lebrun, conseiller du Roi et châtelain d’Hyères. 

D’où : 1° Isnard, dont l’article suit. 

2° Michel, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem. 

3® Elzéar , S. P. 

4° Jean, S. P. 

5° Polyxène. 

6® Catherine. 

7° Jeanne, épouse Reynaud de Russan, seigneur de 
Rousset et fait son testament le 6 sept. 1543 (3). 



(]) Louis Fabre, net. b Manosque.— Fonds du cbât. d’Esp. Inv. d’Arc., V 71. 
(3) Archives départementales du Var : papiers des Raousset, série E. 

(3) Pierre Alphéran, not. b Rousset.— Arch. départementales du Var ; id. 



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134 ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

VII. Isnard d’Arcussia de Câpre, seigneur de Tourves, 
héritier de son père , mourut vers 1525 et après ses trois frères 
décédés sans postérité. Il avait épousé en premières noces (1), 
Elisabeth Guiramand, fille de Raibaud, seigneur de la Penne; et, 
en deuxièmes noces, Julie de Vintimille, fille de Bertrand, sei- 
gneur d’Ollioules et de Jeanne de Castellane-la-Verdière. 

D’où : du premier lit, une seule fille. 

1 ° Anne, dame de Tourves, soutint, dès après la mort 
de son père, un long procès contre ses cousins les 
d’Arcussia , seigneurs d’Esparron, qui demandaient 
à être mis en possession de la succession de Louis 
d’Arcussia , leur aïeul , en vertu de la substitution 
apposée en son dernier testament de 1462; par une 
première transaction du 15 sept. 1529 (2), elle pro- 
met 2000 écus de 40 sols pièce à Jean et Gaspard 
d’Arcussia , père et fils, qui se désistent en sa faveur 
de tous leurs droits ; mais des lettres royales de res- 
cision annulent cette transaction et , à la requête de 
Marguerite de Glandevès , veuve de Gaspard d’Ar- 
cussia, mère et tutrice de Charles , la cour de Parle- 
ment de Grenoble, tenant les Grands Jours, et devant 
laquelle cette cause avait été évoquée, déclare, par 
arrêt du 13 août 1558, la substitution ouverte en fa- 
veur dudit Charles, pupille. En exécution de cet arrêt, 
la dame de Tourves cède à ce dernier, par la tran- 



(1) Pithon Curt, II, 130. 

"J) Pierre Arband, not. à Sl-Max ; protocole de l r >?9, f* ?36, chez M« Allard, not. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



135 



saction du 24 juin 1570 (1), les places , terres et sei- 
gneuries de Saint-Julien et la Pêne; de nouvelles 
lettres^le rescision prolongèrent de nouveau ce long 
procès, qui dura près de 60 ans et ne fut terminé que 
par la transaction du 3 mars 1584 (2), par laquelle 
Gaspard 'de Vintimille , seigneur d’Ollioules et de 
Tourves, promet de payer la somme de 17,000 écus 
sol à Charles d’Arcucsia qui renonce au fidôicommis 
apposé au testament de Louis, pour la seigneurie de 
Tourves, mais est déclaré seul héritier et successeur 
aux autres biens et titres de Jacques et François 
d’Arcussia de Câpre. Anne, fît son testament le 25 
février 1570; elle avait épousé, suivant contrat du 19 
avril 1518, Gaspard de Vintimille, se disant des 
comtes de Marseille , baron d’Ollioules , fils de Ber- 
trand et de Yolande Lascaris de Tende. 

§ I. — Arcussia-Esparron. 

VI. François d’Arcussia, écuyer, fils cadet et légataire de 
Louis, est l’açteur delà branche d’Esparron; il devint cosei- 
gneur de ce lieu par son mariage, contracté peu avant le 28 août 
1466, avec Madeleine d’Esclapon, fille et héritière universelle de 
Véran , coseigneur d’Esparron; le 4 novembre 1471 (3), il fait le 

(1) Louis Tbaneron, not. b Brignoles.— Fonds duehât. d’Esp : lnv. d’Are., f*5 et 75. 

(2} Olivier Mellon, not. & Aix.— Id., f* 76. 

(3} Jean Ponsoni, not. b Saini-Maximin.— ld., f* 83. 



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136 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



dénombrement et prête l'hommage pour sa terre d’Esparron ; 
achète du roi René , le 2 janvier 1472 (1), au prix de 100 écus 
d'or de 25 gros pièce , payés comptant , tous les droits seigneu- 
riaux que la cour comtale avait sur les seigneuries d’Esparron 
et du Revest; reconnaît, par transaction du 21 de ce mois de 
janvier , que Jeanne de Glandevès , femme d’Honoré de Cas- 
tellane, seigneur d’Entrecasteaux, est dame pour la moitié d'Es- 
parron ; fait passer, en avril 1495 (2), nouveaux actes de recon- 
naissances des cens servis par les habitants d’Esparron ; donne 
procuration , le 26 nov. 1502 (3), à son fils Jean pour recouvrer 
certaines sommes que lui devait son neveu , Isnard d’Arcussia 
de Câpre, seigneur de Tourves ; fait donation, propter nuptias , à 
son dit fils Jean, le 31 juillet 1505 (4), à l’occasion de son ma- 
riage avec Honoré de Séguiran ; mourut à Esparron, au mois de 
novembre de la même année et fut enseveli dans l’église de Ne- 
tre-Dame-du-Revest , en la tombe seigneuriale qui se trouve au 
devant du maître-autel (5). 



(1) Reg. Pavone , (• 17$. 

(3} Laurent de Fabriciis , not. b Saint-Maximin. — Fonds du chât. d’Espar. : Reg. A ; 
grand registre de 273 feuillets contenant les nouveaux baux ou emphythéoses concédés par 
les seigneurs d’Esparron de 1495 b 1510. 

(3) Imbert Boritti, not b Aix, 625 

(4) Archives départementales du Var. — Papiers des Raousscl, série E. Le même jour, 
Madeleine d’Esclapon fait son testament , reçu par Laurent de Fabriciis , not. b Saint- 
Maximin. Invent. d’Arc., f* 68. 

(5) Cette tombe est indiquée par une plaque en pierre tendre , sur laquelle est gravée eu 
caractères gothiques, l'inscription suivante : 

« Cy gist Francoys de Arcussia seig r desparro 
« Fils de Loys comte de Câpre Haulte Mure Mener 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



437 



D’où : 4° Jean, dont l’article suit. 

5° Louis , transige avec son frère aîné en 1506 et 1517. 
S. P. 

1° Doulce, épouse Jean de Vintimille, seigneur de Saint- 
Laurent, fils de Manuel , seigneur de Montpezat et 
d’Urbane Agnel; reçut un paiement de sa dot, sui- 
vant quittance du 3 juillet 1485 (1) donnée à son père, 
François ; transige , par acte du 17 février 1508 (2), 
avec Jean, son frère et reçoit de lui la somme de 500 
florins pour tous les droits de légitime , supplément 
de dot et legs qu’elle avait à prétendre sur les suc- 
cessions de ses feux père et mère. 

2° Louise, épouse Pierre Fabri, d’Aups, fils de Jacques, 
coseigneur de Fabrègues et de Louise de Vintimille- 
Montpezat; son mari donne quittance , le 14 mai 
1494 (3), de 250 florins en déduction des 800 consti- 
tués en dot, suivant contrat de mariage du. . ., reçu 
par Claude-Maximin Guichard, notaire à Aups. 



< Bin et Serignole an royaolme de Naples seig r 

< De Torreves et plusieurs aoltres places en 

< Provence flna sa vie 1505 do moys Je novembre 

« 1545 et... du moysde octobre Jehan de Arcnssia 
« Seig r de Sparro fils de Fracoys est decede la 
€ année de son tem icy repose. > 

(1) Antoine Olivary. not. h Rians.— Inv. d’Arc., f* 55 

(2) Honoré Arnulphi, not. b Barjols.— Id , f* 56. 

(3) Boniface Mallet, not. b Barjols. — Etude Bon b Barjols. 



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138 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



3° Catherine, épouse, suivant contrat du 17 janvier 
1496 (1), Laurent Redortier, de Manosque. 

6° Marguerite , épouse en 1505 (2), Pascal Bouttini, de 
Brignoles, sieur de Vachères; donne quittance à son 
frère, Jean, de sa dot et autres droits , par divers 
actes de 1509 à 1519. ^ 

VII. Jean d’Arcussià, majeur seigneur d’Esparron , procède 
avec Gaspard de Castellane , seigneur d’Entrecasteaux , cosei- 
gneur pour l’autre moitié d’Esparron , suivant transaction du 20 
janvier 1508 (3), à la délimitation et partage de tous les biens et 
droits , châteaux , terres et bois qu’ils possédaient audit lieu ; 
emprunte , le 28 avril 1513 (4), 140 écus du chapitre de l’église 
Saint-Sauveur d’Aix; fait donation , le 19 sept. 1526 (5), delà 
moitié de tous ses biens à son fils aîné Gaspard, en contemplation 
du mariage que celui-ci devait contracter avec Claudette de Bom- 
par, fille de Hugues , seigneur de Magnan , trésorier-général en 
Provence (le mariage n’eut pas lieu) (6); commence contre la dame 
deTourves, Anne d’Arcussia , après la mort d’Isnard, le long 
procès de la succession de Louis , son aïeul et le termine pour 
lui et son fils Gaspard suivant transaction du 15 sept. 1529 (7), par 

(1) Mathieu erti, nnt. h Rians. 

(2) Suivant Lachenaye des Bois, I. 700. 

(3) V. ci-après, II» transaction. 

(4) Jean Boritli, not. h Aix — Inv. d’Arc., f* 11. 

(5) Ledit Boritli, not.— Id,, f* 20. 

(6) Ép. peu après Jean Blijaudi , docteur [sic). 

(7) Pierre Arbaud, not. k Saint-Maximin.— Id . — Id . , f- 73. — Arch. départementales du 
Var : Papiers des Raousset, série E. Il y est dit que Jean < par crainte de ses créanciers 
de 15-27 k 15-29 et jusqu’au temps de la transaction, a demeuré en sa maison et aux église 
ou claustres de Barjols, Saint-Maximin , etc. > 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



139 



laquelle il leur est alloué 2000 écus de 40 sous pièce pour leur 
désistement; fait un premier testament le 5 juillet 1524 (1), un 
second à Digne le 21 sept. 1528 (2) et un codicille à Forcalquier 
le 10 déc. 1537 (3); mourut à Esparron au mois d’oct. 1546 et fut 
enseveli àNotre-Dame-du-Revest auprès de son père, François, 
ainsi que le constate l’inscription transcrite ci-dessus. Il avait 
épousé, suivant contrat du 31 juillet 1505, Honorée de Séguiran, 
fille de Melchior , seigneur de Vauvenargues et de Marguerite 
Ducros. 

D’où : 1° Catherine , épouse Antoine de Castellane , fils de 
Raimond Geoffroy , seigneur de Châteauvieux et de 
Yolande de Blacas d’Aups ; donne quittance, le 7 oct. 
1529 (4), à sa mère , Honorée de Séguiran , des 200 
florins qu’elle lui avait promis à son contrat de ma- 
riage; fit procuration , le 31 juillet 1560 (5), à son 
cousin, Pierre Laugier, de Draguignan ; après la 
mort de son mari et de ses deux filles , Diane et Lu- 
crèce de Castellane, héritières de leur père , elle ins- 
titue , suivant acte de donation du 13 sept. 1565 (6), 
son neveu Charles d’Arcussia , fils de Gaspard , do- 
nataire universel de tous ses biens et notamment du 
quart de la seigneurie de Châteauvieux. 

(1) Antoine Terra nigra, not. à Rians.— Inv. d’Arc., f* 69. 

(9) Jean Donadey, not. * Digne. Id. 

(3) Vernaudery, not. i Forcalquier. ld. 

(4) Louis Pahezii, fils de Jean, not. à Villecroze. ld , f* 5G 

(5) Mollet, not. à Draguignan, 553 \*. 

(6) Henoré Del pli in, not. i Rians.— ld., V* 33 et 73. 



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M 





140 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



2° Gaspard, dont l’article suit. 

3° Louis, chanoine-sacristain de l’église de Forcalquier, 
transige, le 20 mai 1543 (1), avec son frère Gaspard 
qui lui cède la jouissance de la maison, jardin et vi- 
gnes qu’il avait acquis à Forcalquier, ladite transac- 
tion confirmée entre eux par autre du 12 mai 1547 (2); 
abandonne à sa sœur Louise, dame de Mazaugues , 
par acte du 29 nov. 1549 (3), les revenus de sa pré- 
bende de Niozelle (?); fait son testament, le 8 février 
1582 (4), par lequel il institue pour son héritier uni- 
versel, son petit-neveu Melchior d’Arcussia, fils de 
Charles. 

4° Pierre, chevalier de Saint-J ean-de-Jérusalem en 1543, 
transige, par acte du 1 er nov. 1544 (5) avec son frère 
Gaspard , au sujet de ses droits tant paternels que 
maternels. 

5° Jean , seigneur de Gardanne , fut d’abord d’église et 
nommé aux prieurés de Brezes et Saint-Benoît ; il 
donna quittance, le 21 avril 1553 (6), pour tous ses 
droits paternels et maternels à son frère Gaspard , 
« en considération , y est-il dit, des frais et despens 
qu’il auroyt faict à le fere estudier ez universités de 



(1) François Gonterii, not. à Aix.— Inv. d’Arc., f* 77. 
(3) Claude Maliverny, not. ï Aix.— Id. 

(3) Jean Tisaty, not. 3a Aix. — Id. t (■ 22. 

(4) Thion, not. à Forcalquier.— Id., f* 69. 

(r>) Claude Maliverny, not. i Aix.— Id., f- 76. 

;6) Ledit Maliverny, not.— Id., f* 22. 



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ESPARRON -DE-PALLIÊRES . 



141 



France et Ytallie et proveu de plusieurs notables 
beneffyces »; fut pourvu d’un office de conseiller au 
Parlement de Provence , par lettres du 8 mai 1560, 
en la charge et sur la démission de Charles de Glan- 
devès , beau-père de son frère Gaspard , reçu le 20 
octobre suivant, fut suspendu en 1564 pour avoir em- 
brassé le parti de la Réforme, abjura plus tard et fut 
rétabli dans sa charge en 1572 par la protection du 
comte de Carcès , qui se fît son garant; tenant pour 
le parti du Roi , il suivit à Manosque le Parlement 
royaliste et rentra avec lui à Aix, en 1594(1). 11 avait 
épousé Benoîte de Gras, dame de Gardanne. S. P. 

6° Louise, épousa, suivant contrat du 2 février 1551 (2), 
Pierre de Castellane , fils de François , seigneur 
d’Andon et de Mazaugues et de Marguerite Anne 
d’Agoult d’Ollières. Gaspard d’Arcussia , son frère , 
lui constitue en dot, pour tous ses droits , la somme 
de 1000 écus sol. 

VIII. Gaspard d’Arcussia, majeur seigneur d’Esparron, alla 
en Italie étudier le droit à l’université de Turin , où il se trouve 
en 1530 avec ses condisciples et compatriotes Louis de Puget , 
d’Aix et Gaspard de Garde de Vins ; fut reçu docteur gradué le 
18 janvier 1532 , nommé juge royal à Forcalquier, pourvu d’un 
office de conseiller-clerc, par lettres données à Brionne le 20 mai 



(1) Papon, t. IV, p. 187, 920, 224 , 329 et 357. 

(2) Ledit Maliverny, not. — Id., f* 39. — Nota : en 1449 elle est déjà dite dame de Ma- 
iiogues. 



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142 ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



1542, en la charge de François Somma ti, passé conseiller-laïque, 
fut reçu le 22 juin suivant, mais donna sa démission au commen- 
cement de l’année 1544, afin de pouvoir se marier et fut peu après 
pourvu d’un office de conseiller-laïque audit Parlement de Pro- 
vence. Donataire des biens de son père Jean, il est admis à prêter 
l’hommage et à en recevoir l’investiture , sans avoir à payer 
aucun droit delods, parce qu’il s'agissait de biens donnés de père 
à fils et qu’il n’y avait pas eu aliénation , ainsi qu’il résulte d’une 
requête présentée par lui à la Cour des Comptes , le 17 octobre 
1544; reçoit par transaction du 13 oct. 1548 , des mains de mes- 
sire Balthasar de Villeneuve, doyen du chapitre de Grignan, 
depuis peu pourvu du prieuré du Revest, la juridiction seigneu- 
riale sur ce lieu déjà mentionné comme inhabité, et, en échange, 
lui fait abandon et remise de divers droits de lods, cens, droits 
défournage et autres ; mourut au mois de juillet 1554 (1), au 
château de Puimoisson , sans avoir fait de testament. Il avait 
épousé, suivant contrat du 13 juin 1546 (2), Marguerite de Glan- 



(3} Papiers duchât. d’ Espar.— Inv. d’Arc., f* 70 — Son corps fat sans donto transporté 
h Esparron pour y être inhumé dans la tombe seigneuriale de l'église de Notre-Dame do 
Revest , auprès de son père et de soo aïeul ; tout au moins y flt-on un service solennel ; 
car. sur chacun des pilastres soutenant les arcades de cette église , on peut voir encore re- 
produites t suivant l'usage et comme signe de deuil, par dessus d'autres armoiries plus an- 
ciennes . les armes des d'Arcnssia accolées h celles des Glandevès. L'apparition de ces 
peintures grossières , placées en forme de litre funèbre , et leur conservation jusqu'h nos 
jours, suffiraient I elles seules I démontrer que Gaspard d'Arcnssia fot le dernier seigoeur 
d'Esparron enterré h Notre-Dame-du-Revest ; les autres, h partir de Charles , son fils , 
forent ensevelis , pour la plupart , dans la tombe Je la chapelle seigneuriale ou du Rosaire 
de la nouvelle église paroissiale, au village même. 

(2) De Maiiverny, oot. I Ais. 



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143 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

devès, fille de Charles, seigneur de Saint-Martin-de-Pallières et 
Garros, conseiller au Parlement et de Marguerite de Grasse (1), 
dame de Saint-Jeannet, la Gaude et Gourmes. 

(1) Marguerite de Grasse, de ia maison du Bar , fille de Jacques, seigneur du Bar et de 
Polyxène Rodulph de Limans, sa première femme, épouse, à l’âge de 16 ans et suivant con- 
trat du 90 janvier 1518 (a), Pierre de Villeneuve, seigneur baron de Vence et de Courmes , 
(ils de Nicolas ; son père lui constitue en dot 10,000 florins. Le 8 avril suivant* Pierre de 
Villeneuve fait son testament (b), par lequehl institue pour son héritier universel Antoine 
de Villeneuve, seigneur de Gréolières,Thorenc et Corsegoules, son cousin, lègue a sa femme, 
tant qu'elle resterait veuve, ('usufruit de la place de Saint-Jeannet et la terre de la Gaude 
dont la juridiction était unie et le terroir limitrophe à la première et mourut peu après, sans 
laisser de postérité. Restée veuve et sans enfants , Marguerite reçut de l’héritier universel 
de son mari, par transaction du 4 avril 1536 (c) et en restitution de sa dot et autres droits, 
la terre et seigneurie, alors inhabitée, de Courmes, qui valait au plus 300 fl. de rente et, en 
retour, loi fait l’abandon de son droit d’usufruit sur la Gaude. Attaquée pour cause de lésion 
et b cause de son jeune âge (elle avait tout au plus 31 ans lors de celle transaction), celle- 
ci fut remplacée par une autre du 30 nov. 1539 , qui stipula que ladite dame conserverait 
l’usufruit de la place de St-Jeannel sa vie duraut, nonobstant le second mariage qu’elle allait 
contracter ; en effet , suivant contrat du même jour (d), elle épouse en 3 m ” noces, Charles 
de Glandevès , seigneur de Saiut-Martin-de-Pallières et Carros, conseiller au Parlement, 
qui lui fait donation, en cas de survie, de la seigneurie de Carros et des 5000 I. qu’il avait 
b prendre sur la maison d’Enlrevaux. Ledit de Glandevès fait son testament b Saint-Martin- 
de-Pallières, le 35 nov. 1560 ( e ), par lequel il institue sa femme pour son héritière univer- 
selle et décède peu après. Veuve pour la seconde fois, Marguerite de Grasse fait son testa- 
ment le 4 oct. 1564 (f), par lequel elle institue pour son héritier universel, son fils, Georges, 
avec substitution en faveur de sa fille , Marguerite , dame d’Esparron , b laquelle elle lègue 
la terre de Carros, plus un jardin b Hyères, ses bagues et joyaux, une aiguière et une coupe 
d’argent. 

(e) Honoré Caluc , not. au Bar.— Invent. d’Arc., f 101. 

( b ) Bertrand Mondini. not. habitant b Saint-Paul-les-Vcnce.— ld. 

(c) Jean Cival, not. audit Saint-Paul. Id., f* 103. 

(d) Geoffroi Cival , not. audit Saint-Paul. — ld., f* 104. 

(e) Honoré Delpbin , not. b Rians.— ld., f* 135. 

if) Guillaume Bonis « not. b Aix.— Id., f* 133. 



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144 



ESPARRON— DE— PALLI ÈRES . 



D’où : 1° Charles , dont l’article suit. 

2° Marguerite, épouse, suivant contrat du 14 juillet 

D’où : 1° Marguerite de Glandevès, née vers 1530 , épouse , A l’âge de 16 ans , le 13 join 
1546, Gaspard d’Arcussia, seigneur d’Esparron, conseiller au Parlement. Veuve 
eo juillet 1554 , elle épouse , en 9®« noces et suivant contrat de juin 1565 (g), 
Barthélemy Thomas , sieur de Miihaud, qui avait succédé , le 15 mars 1541, h 
la charge de conseiller-clerc au Parlement de Provence , rendue vacante par la 
démission en sa faveur de Gaspard d'Arcussia et qui lui succéda encore, après 
sa mort, h celle de conseiller laïque; elle mourut en 1580, sans testament 
connu. 

D’oû , du 1" lit : A. Charles d'Arcussia. 

B. Marguerite d'A.. épouse de Jean de RatTelis, seigneur de 
Saint-Martiu-de-Pallicref . 

C. Anne d'A., épouse de Philippe deGérente. 

Du 9 e lit : D. Charles Thomas de Miihaud , épouse en 1585 Bernardine 
de Tulle. 

9* Georges de Glaudevès , coseigneur de Saiot-Martin-de-Pallières et Connues , 
passe transaction, en février 1567 /A), avec le seigneur deTourrettes, Honoré [? 
de Villeneuve et les habitants de Corsegoules dont les territoires étaient limitro- 
phes et avaient un droit de dépaissance sur celui de Courmes ; cède, en avril 
1573 (i), le quart de la seigneurie de Courmes h son beau-frère, le sieur de 
Miihaud et , par acte du 91 mai 1577 (J ), vend une autre portion de cette sei- 
(g) Ledit Bonis , not. — Id. f- 195. — L’inventaire des papiers de Charles d'Arcossia , 
dressé par ses ordres en 1589, donne h ce second mariage la date de juin 1575 ; c’est IA une 
erreur ou une inadvertance du rédacteur. Marguerite de Glandevès aurait en alors 45 ans , 
âge déjà bien avancé pour avoir un enfant ; de plus , ce dernier , Charles Thomas , né par 
suite au plus tôt en 1576, ne pouvait se marier en 1585; d’ailleurs , Barthélemy Thomas , 
son 2* mari , est qualifié seigneur d’Esparron en avril 1573, ce ne peut être qu’en vertu de 
son mariage avec ladite dame d'Esparron. D’autre part, ce second mariage ne peut avoir en 
lieu avant oct. 1564 , puisque en son contrat de mariage cette dernière se dit dame de 
Carros, terre qu'elle ne reçut en legs qne par le testament de sa mère h cette date. 

(A) Pierre Signe et Claude Isnardi, nol M A Vencc.— Invent. d’Arc., f- 126. 

(*) Nicolas Borilli , not. A Aix.— Id., f* 197. 

(/) Arnonz Gilles , not. I Aix.— Id , f* 198. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES 



145 



1573 (1), Jean de Raffelis , coseigneur de St-Martin- 
de-Pallières et Courmes, fils d'Honoré et de Blanche 
Thadei. Son frère, Charles, lui assigne en dot : 1°300 
écus qu’il était tenu de lui payer, en vertu de la dona- 
tion à lui faite du quart de la seigneurie de Château- 
vieux par Catherine d’Arcussia, dame dudit lieu, sa 
tante ; 2° 300 L provenant du legs à elle fait par Mar- 
guerite de Grasse , son aïeule maternelle , dame , 
après la mort de son mari , de Saint- Martin-de-Pal- 
lières et Courmes ; 3° enfin, 1100 écus de 4 fl. pièce â 
lui dus par Georges de Glandevès , sieur de Saint- 
Martin , son oncle maternel , pour le huitième de la 



gneurie au sieur du Bar pour le prix de 3900 I.; il meurt tragiquement en oc- 
tobre ou novembre de cette même année , b Aix, au Logis de la Cloche , où il 
s'était rendu pour mettre b exécution la mission criminelle que lui avait donnée 
le Grand Prieur de France, Henri d'Angoulême, d'attirer dans un guet-apens le 
comte de Montaflé et de le mettre b mort; il accomplit sa mission, mais en y 
laissant l'honneur et la vie : « les commissions et charges de mauvaise action 
le plus souvent réussissent mal », écrit le rédacteur de l’inventaire , rappelant 
ce dramatique évènement ( kj . Il avait épousé Anne de Gérente-Sénas. 

D'où: A. Une seule fille mineure Susanne , placée sous la tutelle do sieur de 
Montblanc et de Charles d'Arcussia , seigneur d’Esparron , son cousin 
germain, et pour son éducation confiée aux soins de la dame deSénas , 
son aïeule maternelle ; mourut l'anoée suivante en bas fige. 

Les substitutions insérées aux testaments de Charles de Glandevès et de Marguerite de 
Grasse s’ouvrirent alors en faveur de Charles d'Arcussia qui devint ainsi héritier de partie 
des seigneuries de Saint-Martin-de-Pallières et de Courmes, qu'il aliéna peu après. 

(k) Invent. d’Arc., f- 198 et 129. — V. aussi les Rue» d’iix, t. I, p. 502 et la notice 
M. E. Jollien, p XXXIV. 

(l) Barthélemy Catrebard, not. b Aix.— Id. , f- 40. 

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154 



ESPARRON— DE— PALLIÈRES . 



ron-de-Pallières , le Revest et Néoules, né vers 1604, fut main- 
tenu dans sa noblesse suivant jugement du 6 février 1668; créan- 
cier de la communauté d'Esparron pour la somme totale de 
17471 1., il est colloqué sur tous les biens propres de ladite com- 
munauté comprenant le four , Taire Sainte-Catherine et quatre 
défens ou collines agrégées de bois , estimés ensemble 7500 t. 
et, pour le surplus , sur les biens des particuliers au prorata de 
leur quote-part, suivant rapports d’estime et de collocation des 
18-21 nov. et 3 déc. 1641; acquiesçant aux lettres royales de res- 
cision du 8 mars 1636 qui annulaient la transaction du 13 oct. 
1548, passée entre Gaspard d’Arcussia , seigneur d’Esparron et 
le chapitre de Grignan , seigneur et prieur du Revest , il recon- 
naît par transaction du 1 er avril 4643, passée à Grignan , que le 
chapitre est seigneur avec la juridiction haute, moyenne et basse 
« du lieu inhabité du Revest » ; mais par accord privé du 1 er juil- 
let 1647, converti en acte public le 13 mai 1673, il acquiert toutes 
les terres, prés et greniers que le chapitre possédait au Revest , 
moyennant le prix de 7680 1.; renonce par transaction du 5 mars 
1665, à son privilège de forain , en faveur de la communauté 
d’Esparron ; soutient, 10 ans après , en 1675 , un grand procès 
contre cette môme communauté au sujet de Tencadastrement et 
distinction de ses biens nobles et roturiers , soumis ou non aux 
taxes communales et aussi relativement à la délimitation des 
droits et usages des habitants sur les bois de la seigneurie; mou- 
rut à Esparron le 9 août 1680 (1). Il avait épousé , en l 1 * 6 * noces , 



(1) Une note de ses papiers porte qu'il devait 6,800 écns * M. de la Garde , tant an nom 
de son oncle d’ A reniait qu'en son propre nom, qn'il avait 2,900 écu» de rente I Esparron. 



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ESPARRONHDE— PALLIÈRES. 



155 



le 28 février 1634, Claire Rageas (1), fille de Gaspard , seigneur 
de Bagarris et de Sibille Cabre; et, en 2 e8 noces, suivant contrat 
du 19 février 1640 (2), Louise de Beausset (3), fille d'Antoine , 
écuyer, et de Gabrielle de Fornier. 

D’où : du premier lit, 

1° Pierre, dont l’article suit. 

Et du second lit : 

2° Gabrielle , mourut avant le 1 er juin 1687. Elle avait 
épousé, suivant contrat du 2 décembre 1657 (4), Jean 
François Maurel , fils de Pierre , seigneur de Vo- 
lonne , Pontevès, etc., et de Diane de Pontevès , sa 
3 e femme. 

3° Marthe, épouse suivant contrat du 17 février 1662 (5) 
Jean Meyran de la Cetta, fils de Guillaume, seigneur 
de Nans et de feue Julie Laugier de Montblanc. 

4° N . religieuse à Signes. 

XII. Pierre d'Arcussia de Câpre, seigneur d’Esparron-de- 
Pallières et du Revest, assista le i' Jr juin 1687 au contrat de ma- 
riage de son neveu , Pierre Maurel de Volonne ; reçut , le 9 déc. 
1686 (6), l'hommage et serment de fidélité prêté par les consuls 
au nom de la communauté d’Esparron; habite Marseille, tran- 

(1) Mourut le 13 avril 1639. 

(9) Sossin, not. I Marseille.— Insinuations Marseille. 1433. 

(3) Fit son testament 1 Marseille, le 4 janvier 1715 (Grosson , not.), par lequel elle lègue 
1,0001. aux pauvres d'Esparron.— Areb. commun. d'Esparron, BB. 14, fol. 76. 

(4) Claude Alpbéran, not. * Aix. 

(5) Sossin, not. * Marseille.— Insinuations d'Arles, 1548. 

(6) Blase et Casanova, not. b Rlans.— Papiers du chat. d'Espar. 



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156 



ESPARRON— DE-PALLIÈRBS. 



sige, le 16 mai 1716 (l),avecmessireScipion Chambon, chanoine 
du chapitre de Grignan , au sujet du solde du prix de Tâchât du 
Revest fait par son père; fait son testament à Marseille le 5 déc. 
1716 (2), par lequel il lègue 2000 1. « pour faire journellement du 
bouillon pour les pauvres malades et mendiants d'Esparron »; 
mourut peu après. 11 avait épousé , en 1™* noces, suivant contrat 
du 23 février 1669 (3), Anne Delphine de Ramel , fille de Jean- 
Baptiste, écuyer de Marseille et de Gabrielle de Remezan ; et, en 
2 e * noces , suivant contrat du 29 avril 1676 (4), Blanche de Cy- 
priani (5), fille de feu Balthasar , sieur de Saint-Savournin et de 
Blanche de Fournier. 

D'où , du second lit : 

1° (Prob 1 ) N., décédé à Marseille en janvier 1710. 

2° Marianne-Blanche, marraine à Esparron te 29 octo- 
bre 1687. 

3° Anne-Julie , épousa , suivant contrat du 27 décembre 
1713, Jean-Joseph-Antoine deGlandevès, fils de Gas- 
pard-Antoine , seigneur deNiozelles et d'Ursule de 
Blacas d’Aups. 

4° Charles-Joseph, dont l'article suit. 

XIII. Charles-Joseph d’Arcussja de Câpre , chevalier, 
marquis (6) d’Esparron-de-Pallières , seigneur du Revest, né à 

(1) Boyer, not. h Marseille. 

(2) Naloire, noi. b Marseille. — Arch. coin. d’Ksparroa , BB, U, fol. 80. 

(3) Laure . net. * Marseille.— Ins» Mars., 643. 

(4} Rampai, not. \ Marseille.— Ins» Mars., 46. 

(5) Décède en février 172*. 

(H) Se qualifie ainsi dans de nom breux actes notariés , bien que la terre d’Esparren u'ali 
pas clé érigée, que noos sachions, en marquisat. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES 



157 



marseille le 11 août 1691, baptisé le même jour , présenté à Malte 
le 8 mai 1709, eut sa pension réglée à 100 1. le 10 sept, suivant , 
fit ses preuves suivant enquête terminée à Aix le 24 du même 
mois , reçu chevalier de Saint-Jean de Jérusalem au grand 
prieuré de Saint-Gilles , à Arles , le 10 nov. suivant , quitta la 
croix peu après pour se marier; héritier de son père sous bé- 
néfice d’inventaire, emprunta , le 8 juin 1720 (1), 19000 1. (2) de 
Lazare de Clapiers-Collongue et 19,000 1. de Charles de Perrin , 
écuyer cT Aix (3), au 2 1/2 pour 100, pour payer 96,000 1., savoir: 

(1) Fedon, not. h Aix — Pap. du cbât. d'Espar. 

(2) Elles forent payées , suivant qoittance du 33 mai 1771, (Coste not. * Marseille), par 
Marie-Jean-Louis-Antoine de Glandevès-Niozelles . donataire et héritier universel de Ch.- 
Joseph d'Areossia, son oncle, savoir : 11,000 I. h Lazare- Jacqnes-Fraoçois de Clapiers, se 
disant des aneiens seigneurs de Coliongues , écuyer d’Aix, fils et héritier de Jacques et de 
Gabrielle-Thérèse d’André , laquelle teste le 16 janvier 1770 (Mercadier, not. h Aix), et 
Jacques de Clapiers, qui teste le 9 sept 1753 et fait un codicile le 7 sept. 1764 (ledit 
Mercadier, not.). avait recueilli cette créance dans la succession de ron père > Lazare de 
Clapiers-Collougoe , primitif créancier; 5,000 1. i Anne-Ursuie-Espril de Clapiers , sœur 
dudit Lazare -Jacques-Francois, qui épouse, suivant contrat du 17 juin 1771 (Hasard, not.), 
le sieur Félix Gravier, négociant h Marseille; et les 3,000 I. restantes h M" Antoine-Gas- 
pard Bonnaud de Saint-Pons, avocat au Parlement d’Aix , somme que ledit Lazare de Cla- 
piers lui devait pour les causes contenues en l’acte reçu par ledit Mercadier. not., du 6 
mars 1770.— Fonds du chât. d’Espar. 

(3) Elles furent payées par ledit de Glandevès-Niozelles , suivant quittance do 21 janvier 
1774 (Kaspaud . not. h Aix), â François-Augiste-Désiré d’Audihert , chevalier, seigneur de 
Ramatuelle, conseiller en l’ancien Parlement de Provence , en qualité d’héritier de Joseph- 
Jacqoes d’Audibert, son père, seigneur de Ramatuelle . par testament de ce dernier du 23 
déc. 1770 (Monnoyer , not. h Saint-Tropez); et ledit Joseph-Jacques d’Audihert donataire, 
par acte du 23 août 1746 (reçu par m n Boyer et Quinquet , notaires au Châtelet de Paris), 
de m c Denis-Marins de Perrin , chevalier de l’ordre royal et militaire do Saint-Louis, repré- 
sentant Jacques de Perrin , son frère, primitif créancier; ladite somme de 19,000 1. obve- 



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158 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES 



8000 1. aux Pères de l’Oratoire de Marseille (1), 2400 1. aux da- 
mes religieuses Présentées de Marseille (2), 3000 1. aux dames 
religieuses de Sion à Marseille (3), 17000 1. à Jean-Joseph-An- 
toine de Glandevès-Niozelles pour reste de la dot d’Anne d’Ar- 
cussia, sa sœur, etc.; emprunte encore, le 11 du môme mois (4), 
de Rodolphe Chambon (5), écuyer, conseiller-secrétaire du Roi 



nne audit sieur Denis-Marins de Perrin , par le partage par loi fait avec messire Sextius- 
Brono d’Audibert , prêlie de l’Oratoire . en qualité de procureur de François d’Audibert , 
seigneur de Ramatuelle, de la succession dudit Jacques de Perrin, par acte du 21 juin 1733 
reçu par m' de Prévôt et son confrère, notaires audit Cbktelet.— Fonds du chût. d’Espar. 

(1) Suivant acte d’obligation du 11 mars 1677, Arfeuil, nol. k Marseille. 

(2) Id., du 19 mai 1655, Audier, not. k Marseille. 

(3) Id., du 22 mars 1705, Ricbelmy, not. k Marseille. 

(4) Louis Hurtis, not. k Marseille. 

(5) Mourut en l’année 1725 , après avoir , par son dernier testament du 29 juin 1723 
(Grosson, not. k Marseille), institué pour ses héritières universelles, Anne-Marie et Ca- 
therine de Chambon , dames de Velaux , ses deux filles , lesquelles décédèrent après avoir 
institué, savoir ; Anne-Marie de Chambon, dame Claire de Candole d’Albertas, de Marseille, 
par son testament du P8 sept. 1754 (Boyer , not. k Aix) et Catherine de Chambon , les 
sieurs recteurs de l’hôpital général de la charité de la ville d’Aix , suivant testament du 
1" sept. 1762 (ledit Boyer not.) et nommé l’archevêque d’Aix pour son exécuteur testa- 
mentaire. Le 32 oct. 1763 , monseigneur de Brancas , archevêque d’Aix , en vertu de set 
pouvoirs, sur les 12,500 1. en délègue 4,000 k Charles Reisson , de Marseille, légataire de 
lad. Catherine; Blaise-Marc Reisson , bourgeois de Marseille , fils sans doute de Charles , 
donne quittance de ce legs , par acte du 24 février 1775 (Coste , notaire k Marseille), audit 
sieur de Glandevès-Niozelles. — Le 30 juillet 1793 (Jean-Antoine Perrin , not. k Aix), 
Aymare-Bibiane d’Albertas , demeurant audit Aix , héritière universelle de Louis-Charles 
d’Alberias , son frère , par testament du 7 juillet 1787 (Houoré Bausset , not. k Aix), ou- 
vert judiciairement le 11 mars 1789 , et ce dernier fils et héritier universel de Claire Can- 
dolle d’Alberta» , sa mère, héritière elle-même d’Anne-Marie de Chambon , donne quittance 
des 12,500 1. lui revenant, k la dame d’Esparron , Allègre-Lordoné , tutrice de Madeleine 
Cécile de Lordoné , sa petite-fille. — Fonds du chât. d’Espar. 



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ESPARRON-DE-PALUÈRES. 159 

maison couronne de France et de ses finances , seigneur de Ve- 
laux, Coudoux et la Bourdonnière, résidant ô Marseille, 25000 1. 
au 2 1/2 pour 100, pour payer MM. Thomas, seigneur de la 
Garde , conseiller au Parlement de Provence , Joachim Gantel- 
Guitton, Gabriel Maurellet, secrétaire du Roi, officier de galères 
et M e Pelissier , de Varages, avocat en la cour; fit, le 16 nov. 
1741 (1), comparaissant pour lui Simon Rancurel, bourgeois 
d’Aix , son procureur spécial , pour ses seigneuries d’Esparron 
et du Revest, la déclaration ordonnée par le Roi , suivant l’arrêt 
du conseil du 15 oct. 1734, pour la confection du papier terrier ; 
vendit la terre d’Esparron et du Revest à Joseph-François de 
Lordoné, conseiller-secrétaire du Roi , par acte du 3 juin 1758 
(2), pour le prix de 300,000 1., payables, savoir : 68000 1. comp- 
tant (3), 102,000 1. en 3 capitaux ô rente 5 0 /° sur les Etats de 
Provence et les 130,000 1. de solde après le décès du vendeur et 
de sa femme, en servant le 5 0 /° sur 30000 1. et le 4 1/2 sur 
100,000 1. durant la vie de M. d’Arcussia et, après lui , le 3 0 /° 
du tout pendant la vie de sa femme qui aura droit de se faire 
rembourser sa dot en à-compte ; fit son testament le 4 mai 
1765 (4), par lequel il lègue à sa sœur, Anne et institue pour son 
héritier universel, son neveu et petit-fils de ladite Anne , Marie- 
Jean- Louis-Antoine de Glande vès-Niozelles , auquel il fait , en 
outre , donation de tous ses biens dans le contrat môme du ma- 



(1) Bouteille, not. h Aix — Ponds do chât. d’Esparron. 

(9) Estienne, not. b la Verdifere.— Id. 

(8) En employa 45,000 b l'acquisition de deux domaines considérables dans le terriroire 
de Marseille.— Id. 

(4) Gantelmy, not. b Marseille.— Ins* M. T. 175. 



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160 



ESPARRON— DE-PALL1ÈRES. 



riage da ce dernier , avec Claire-Félicité de Mestre d’Aigalades, 
du 31 octobre 1769 (1) ; mourut & Marseille en 4770 (2). Il avait 
épousé , suivant contrat du l° r avril 1710 (3), Elisabeth de Cia- 

(t) Geste, not. h Marseille. 

(2) A sa mort, les titres et les papiers particuliers de la famille d’Arcussia passèrent aax 
Glandevès-Niozelles arec l’héritage do dernier rejeton de cette branche, décédé sans enfant. 
Ils doivent être aujourd’hui complètement perdus; il n’a été retrouvé que les seuls papiers 
concernant la seigneurie d’Esparron , transmis, lors de la vente de cette terre, h M. de 
Lordoné, acquéreur, et conservés depuis au chlteau d’Esparron. 

(3' Jourdan et Boyer, notaires h Marseille. —1ns* Mars. 34..., « Comme soyt que audit 
contrat feost constitué en dont h la dame future épouse , 30,000 I. savoir: 27,000 1. du 
chef paternel et 8,000 1. du chef maternel. M d’Esparron, futur époux , et M. son père en 
reçurent lors 10,000 1., dont 3,000 en coffres et ameublements et 7,000 en argent; les au- 
tres 90,000 cédées h prendre deM. d’Audiffret, marquis de Gréoux ; eette cession fen. c t 
reprise ensuite par M. le marquis de Cabris et lesdites 90,000 I. payées I M. d'Esparran , 
(père). M. Pierre d’Esparron promit d’orner ladite dame , sa belle Allé, de 4,000 I. de ba- 
gues et joyaux qu’elle déclare pour l’honeur du mariage avoir reçu. Les mariés se tirent 
donation de survie, 4,0001. h l’épouse, 9,000 h l'époux... M. et M**d’Esparron o’out point 
eu d’enfant de leur mariage et pendant le cours d’icelloy des raisons de santé et de conve- 
nance ayant exigé que ladite dame d'Esparron résida en cette ville de Marseille, tandis que 
les affaires exigeoient que M. d'Esparron résida ailleurs, ledit seigneur d'Esparron eut 
soin de fournir la nourriture et entretien de ladite dame son épouse en cette ville selon 
son état... D’un autre cêté, M. Pierre d’Arcdssias d'Esparron , beau-père de ladite dame , 
Elisabeth de Clapiers, n’ayant pas dontié en effet h ladite dame, sa belle-fille, les 4,0001. de 
bagues et joyaux» quoique cette dame déclara lea avoir reçues dans ton coolrat de mariage, 
M. le marquis (Charles-Josepb) d'Arcussiss d’Esparron intenta un procès è M. son pèreè 
ce sujet, qui ne feuat pas jugé parce que la mort de M. d'Esparron, son père, dont le sieur 
son fils feust héritier, rendit cette action inutile... « Elisabeth de Clapiers étant morte, eu 
laissant pour héritier, suivant son testament «lu 90 juin 1761. (Sa lo nié , uot, I Marseille), 
son frère, Jean-Paul de Clapiers, chevalier, seigneur marquis de Cabris , le Tiquet, Tsnne- 
ron , etc., ce dernier passe transaction , le 94 avril 1765 , avec Charles-Joseph d'Arcussia , 
son beau-frère, qui garde les 3,000 1 . de coffres et les 9,000 de survie et paya les 25,000 I . 
du solde en une délégation sur M. de Lordqné sur le restant prix de la terre d’Esparron — 
Fonds du chât. d’Esparron. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



161 



piers (1), fille d’Antoine, seigneur marquis de Cabris, et de Thé- 
rèse de Foresta de la Roquette. S. P. 

§ II. Arcussia-Esparron (branche des seigneurs de Fos). 

X. Jean-Baptiste d’Arcussia, sieur du Revest , 11 e enfant 
de Charles, naquit à Esparron et fut baptisé le 17 sept. 1589 (2); 
institué héritier universel de sa sœur, la dame de Jonques et de 
sa mère , par leurs testaments de 1631 et 1637 , fit donation de 
tous ses biens à son fils Charles avant oct. 1663. Il avait épousé, 
suivant contrat du 27 janvier 1623 (3), Marie de Puget , fille de 
Raymond , seigneur de Barbentane-Ramatuelle et d’Anne Puget 
de Cabassole. 

D’où : 1° Charles, dont l’article suit. 

2° Melchior , reçu chevalier de St-Jean de Jérusalem , 
sur preuves du 20 octobre 1653, vivait en 1693. 

3° Sextius , reçu chevalier de Saint-Jean de Jérusalem 
en 1658. 

XI. Charles d’Arcussia, sieur du Revest , né à Esparron , 
baptisé le 5 juillet 1626 (4), demeure à Brignoles ; donataire uni- 



(1) Mourut le 12 mars 1765, âgée d’environ 73 an?, dans sa maison b la rne de Pilles , 
paroisae Saint-Ferréol à Marseille et fut ensevelie le U an tombeau de la famille de Cla- 
piers de Cabris , dans la chapelle de Notre-Daroe-do-Pur Amour , en l'église de Saintc- 
Martbe des Prêtres de l’Oratoire. Acte mortuaire reçu par Gaudry, prêtre supérieur de l'O- 
ratoire t en présence de messire Louis Rabbe , prêtre de l'Oratoire et de Claude Malcor , 
sacristain, frère de l’Oratoire.— Extrait délivré, le 12 déc. I76C, par ledit Gaudry, dont la 
signature est légalisée par Guillaume de Paul, conseiller du Roi. lieutenant-général civil de 
la sénéchaussée de Marseille.— Id. 

(2) Parr., Jean de RalTelis ; marr., Blanche de Forbiu — Arcli. communales: Rrg. 
parois. d’Espar., 1586-1602. 

(3) Martin Biyaudi, not. b Barbentane.— Ins* d’Arles , 1648-58, f* 543. 

(4) Parr. Charles d'Aicussia, seigneur d' Esparron, son grand père.— Reg. parois. d’Es- 
parron , 1602-1628. 

11 



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162 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



versel de son père , il transige, le 8 août 1663 (a), avec les con- 
suls d’Esparron au sujet des legs pieux laissés par sa grand- 
mère et sa tante; fut maintenu dans sa noblesse, suivant juge- 
ment du 6 février 1668 rendu par les commissaires à ce députés, 
fit son testament le 28 mai 1701 (1), par lequel il lègue à ses pe- 
tits-fils Charles-Michel et Joseph d’Arcussia, frères, fils de 
Joseph. Il avait épousé, suivant contrat du 3 sept. 1648 (2), Anne- 
Marthe Antoine , fille de François, écuyer et de Valentine de 
Ga9paro. 

D’cù : 1° Joseph, dont l’article suit. 

2° Charles, capitaine des galères du Roi , chevalier de 
St-Louis, eut un bras emporté au combat de Gibral- 
tar, en 1704, ce qui lui valut la croix des ordres du 
Roi et une pension de 1000 1. (3). 

3° Jean-Baptiste, mourut à Toulon, le 4 février 1687, et 
fut enseveli à l’hôpital le lendemain. 

4° Thérèse , abbesse en 1696 (4) de l’abbaye de mont de 
Sion, ordre de Saint-Bernard, à Marseille. 

5° Anne, religieuse de la Présentation. 

6° Louis. 

7° Gabrielle. 

XII. Joseph d’Arcussia, sieur du Revest, officier des galères 
du Roi, mourut au bombardement d’Alicante , en 1691. Il avait 



(a Arcli. coin. «l’Espar. Reg. des Trattsaci., f- 110.— Delphiuy, not. b Rians. 
fl) Fabron, not. b Marseille. 

{■}) Darbes, not. b Aix. 

(3) liejnier. 

;4) Gaitia Christian* , t. 1, p. 709. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



163 



épousé, suivant contrat du 27 avril 1686 (1), Madeleine Begon , 
fille de Michel , intendant général des galères de France eide 
Madeleine de Rovillon. 

D’où : 1° Charles-Michel, dont l’article suit. 

2° Joseph, mousquetaire du Roi. 

XIII. Charles-Michel d’Arcussia, chevalier, seigneur de 

Fos et de Boisvert, né à Marseille (2), le 13 juillet 1687, baptisé 
le même jour; vendit, par acte du 31 décembre 1745 (3), la terre 
de Boisvert à Jean-Baptiste-François de Noble de la Lauzière , 
seigneur de Boisvert, chevalier de l’ordre royal et militaire de 
Saint-Louis, originaire de Marseille , demeurant à Arles, et fit 
son testament le 2 mai 1765 (4), par lequel il institue pour héri- 
tier Charles-Michel Anne, son fils. Il avait épousé , suivant con- 
trat du 1709 (5), Madeleine de l’Isle, fille de Jean et 

d’Elisabeth de Fréjus. 

D’où : 1° Charles-Michel Anne, dont l’article suit. 

2° Thérèse, religieuse à la Visitation. 

3° Pauline. 

XIV. Charles-Michel-Anne d’Arcussia, chevalier, baron de 
Fos, né et baptisé le 2 septembre 1710, reçu page du roi à la 
grande écurie le 24 mars 1725, épousa, en l res4 noces, le 27 mars 
1737 (6), Louise de Sabran (7), fille d’Honoré et de Louise Char- 

(1 Triton , nul. fc Marseille 

s?) Paroisse Sainl-Martin. 

3) Hasard, not 2) Marseille. 

(4) Grosson, not. b Marseille. 

(5) Àobergy, not. b Marseille. 

(6) Mercure de France , G17. 

(7) Mourut a Marseille, le 7 juillet 1737. 



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164 



ESPARRON-DE— PALL1ÈRES. 



lotte de Foix ; et , en 2 e8 noces, au château de Villequoi (1), le 26 
mai 1740 , Susanne Gabrielle de Belzunce (2), fille de Charles 
Gabriel, marquis de Castelmoron et de Cécile Geneviève de 
Fontanieu (3). 

D’où, du second lit : 

1° Marie-Henriette-Félicité-Cécile, épousa, vers 1760, 
Louis-François Benault de Lubières d’Aube, mar- 
quis de Roquemartine , fils de Pierre-Joseph et de 
Thérèse-Françoise de Brancas de Villeneuve de 
Laudun. 

2° Madeleine-Léontine, née à Marseille vers 1747, mou- 
rut à Avignon le 28 avril 1806. Elle avait épousé, le 
8 décembre 1767 , suivant contrat de la veille (4), 
Jean-Baptiste-Isidore-Ignace de Forbin, fils de Fran- 
çois-Palamède, seigneur des Issarts et de S te -Croix 
et de Marie-Françoise Amat de Graveson. 



(I) Paroisse de Moolinville 

(S) Nièce germaine de monreigueur de Belzunce , évêque de Marseille. Ce prélat allait 
souvent, pendant la saison d'été, passer quelques journées auprès de ses neveux, dans leur 
maison de campagne , sise au quartier de Saint-Pierre , d'où l'on jouissait d'une belle vue 
sur le territoire et la ville de Marseille. Cette campagne , qui a gardé le nom de la d’Ar- 
eussia , fut vendue , le 10 avril 1773, par Charles-Micbcl-Annc d'Arcussia , qui prenait le 
titre de marquis, i M. Almaric, au prix de C5,0G0 I. — Revue de Marseille et de la Pro- 
vence , snn ée 1881, p 435. 

(3) Mercure de France, p. 1G76. 

4 Salomé, not. b Marseille. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



165 



Chap. VII. — Lordoné (1), 

Seigneurs d'Esparron-de-Pallières et le Reoeat , coseigneurs 
de B lieux (2). 

Armes : de gueules , au bélier â!or , suspendu par des liens de 
même , au chef cousu d'azur , chargé de trois étoiles d'or (3). 

I. Jean Lordoné, de la ville d’Apt, épouse Honorée de Co- 
nilhi. 

D’où : 1° Laurent, dont l’article suit. 

II. Laurent Lordoné, né vers 1639 à Apt (?), docteur en droit, 
reçu avocat postulant près la cour de Parlement le 2 déc. 1659 
et avocat en exercice deux ans après , agrégé en l’université 
d’Aix , assesseur de la ville d’Aix , en 1700 et, en cette qualité, 
procureur-né des gens des Trois Etats de Provence, fut parrain, 
en janvier 1709, de sa petite-fille, Marguerite-Renée de Cymon 
et mourut avant le 21 juin 1713. Il avait épousé, à Aix le 2 mai 
1672 , Honorée de Liautaud , fille de feu Mathieu , en son vivant 
greffier des soumissions au siège d’Aix et d’Anne de Poucar. 

D’où : 1° Anne Françoise , née vers 1676 , marraine à Aix , le 
19 avril 1750 , de François-Joseph Pazéry de Tho- 



(1} On trouve écrit indifféremment : Lordonet , Lordonnet , ('Ordonné , Lordoné. Cette 
dernière manière que nous suivrons a été celle adoptée par Hilarion-Mathieu dans ses 
Preuve» de noblesse, en 1787. 

(2) Canton de Senez, arr. de Castellane, Basses-Alpes. 

(3) Les mêmes preuves de noblesse donnent è ces armes une légère variante : « de gueu- 
le» , à l'agneau d’or , suspendu à un anneau de mime , attaché d’or , au chef d’azur , 
chargé de trois étoiles d'or ». 



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166 ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



rame et, le 21 sept. 1757, de Joseph-Hilarion-Ma- 
thieu de Lordoné , ses petits-neveux, fait son testa- 
ment le 5 juillet 1759 (1), par lequel elle institue pour 
héritières sa fille et sa petite-fille , dont elle ignorait 
la mort tragique, et après elles, son frère François , 
seigneur d’Esparron; mourut à Aix le 14 février 
1760 et fut enseveli le lendemain dans l’église des 
Pères Qbservantins, à la chapelle Saint-Joseph , en 
la tombe de la famille de son mari. Elle avait épousé, 
suivant articles de mariage du 4 avril 1706, rédigés 
en acte public le 5 avril 1713 , dans lequel elle se 
constitue on dot 12,000 1., y compris 1,000 1. de cof- 
fres, Sextius de Cymon (2), avocat en la cour, fils de 
Joseph et de Marguerite de Colonia. 

2° Honorée, épouse, en 1705 (3), Charles de Tamisier, 
conseiller du Roi et substitut au Parlement d’Aix , 
fils d’autre Charles. 

3° Marie-Magdeleîne, née vers 1690, mourut à Aix le 
27 octobre 1773 et fut ensevelie le lendemain dans le 
cimetière des Pères Minimes. 

4° Joseph-François, dont l’article suit. 

III. Joseph-François de Lordoné, seigneur d’Esparron-de- 
Pallières, né à Aix vers 1694 , licencié ès-droits en l’université 

(li Boyer , nul. * Aix.— I.a testatrice demeurait avec ses nièces, Madeleine et Française 
de Taïuisier, dans la maison de m* Aillaud, ii la rue des Quatre-Dauphins, vis-à-vis I Va lise 
des Feuillants. 

(?) V. appendice I. 

(3) Ariefeuil, art. Taraisier. 



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ESPARRON -DE-PALLIÈRES . 



467 



d’Aix, (ut reçu, le 18 juin 1714 , avocat postulant près la cour de 
Parlement et pourvu de l'office de conseiller-secrétaire du Roi , 
maison couronne de France , en la chancellerie près le Parle- 
ment de Provence, avec droit de survivance et le privilège de 
noblesse au premier degré, ledit office devenu vacant parle 
décès de Gaspard de Monge, écuyer, suivant lettres patentes du 
4 juin 1728, enregistrées le mois suivant au bureau des finances 
de la généralité de Provence, après avoir payé, suivant quittance 
du 22 mars précédent (1), à Elzéar de Monge, seigneur du Caire 
et Puymichel, à Dominique, capitaine dans le régiment de vieille 
marine et à messire Gaspard, ecclésiastique, frères, fils et héri- 
tiers dudit Gaspard, 14,600 1. pour le prix dudit office , à ce com- 
pris tout droit de chaîne ou pot-de-vin; le résigna , au prix de 
10,000 1., en faveur de Pierre Clérissy, sieur deTrévans, nommé 
par lettres patentes du 11 août 1747 et installé le 1 er septembre; 
par autres lettres patentes, données à Compïègne le 25 sept, de 
la môme année , ledit Lordoné est nommé conseiller honoraire , 
en considération de ses services et de ceux rendus par son père 
dans ses fonctions d’assesseur d’Aix, bien qu’il lui manquât neuf 
mois pour avoir exercé sa charge pendant 20 années. Il cède , 
par pure amitié, à Louis de Félix , coseigneur baron d’OUières f 
premier consul d’Aix , le marquisat d’Ollières qu’il venait d’ac- 
quérir, par sous seing-privé du 5 avril 1756, du procureur-fondé 
de la dame de Lannion , veuve et héritière de Joseph d’Agoult , 
dernier marquis d’Ollières et achète peu après , le 3 juin 1758 , 
au prix de 300,000 1., la terre d’Esparron-de-Pallières que lui 



(1) Vinceat Raynaud, not à Aix.— Fonda du chât. d’Espar. 



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ESPAR RON-DE—PALLIÈRES. 



108 

vend Charles-Joseph d’Arcussia de Câpre , dernier de ce nom ; 
passe transaction, le 29 août 1767, avec les habitants d’Esparron, 
mettant ainsi fin aux interminables différents et procès qui s'éle- 
vaient à chaque instant entre les habitants et les seigneurs du 
lieu ; en suite de rédit de 1771 , il paya, le 24 avril 1772 au sieur 
Julliany, 6,000 1. pour être confirmé dans sa noblesse, mais elles 
lui furent restituées à cause que son fils était conseiller au Par- 
lement; mourut à Aix le 4 janvier 1780 et fut enseveli le lende- 
main dans le cimetière de la paroisse d’Esparron. Il avait épousé, 
suivant articles de mariage, convenus à Marseille le6janv. 1726, 
Angélique de Vacon (1), fille de feu Louis Antoine , conseiller à 
la Cour des Comptes de Provence et de Catherine de Foresta-Col- 
longue. 

D’où : 1° Louis-François-Antoine, dont l’article suit. 

2° Catherine, née à Aix vers 1728, mourut h Aix le 4 
fructidor an V (21 août 1797). Elle avait épousé, sui- 
vant contrat du 22 déc. 1743 , Pierre-Symphorien 
Pazéry de Thorame , fils de Claude-François et de 
Marguerite de Cavaillon. 

3° Magdeleine- Angélique-Kose , née à Aix vers 1730 , 
religieuse au couvent de la Miséricorde d’Aix, mou- 
rut à Aix le 16 thermidor an II (3 août 1794). 

IV. Louis-François-Antoine de Lordoné, seigneur d’Es- 
parron-de-Pallières, né et ondoyé le 20 oct. 1727 , fut baptisé le 
20 décembre de la même année , à Aix , paroisse de la Made- 
deleine (2), licencié en droit de l’université d'Aix, fut reçu avocat 



il) V. Appendice' 11. 

(?) Piirr., Louis-Antoine de Vacon ; marr., Anne de Cymon. 



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169 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 

postulant en la cour, le 18 mars 1748; par lettres patentes don- 
nées à Versailles le 14 août 1750, ratifiées par autres du 11 sept, 
suivant, il est nommé, avec dispense d’ôge(ii n’avait pas encore 
25 ans), à l’office de conseiller-maitre en la Cour des Comptes , 
Aides et Finances de Provonee, rendu vacant, le 28 juillet 1747 , 
par le décès de Jean-François-Ignace de Gassendi, sieur de Cam- 
pagne et acheté, le 14 juillet 1750, au prix de 50,000 1., de Jean 
de Gassendi père, seigneur de Campagne, coseigneur de Riez, 
conseiller honoraire en ladite Cour des Comptes, héritier de son 
fils et qui s’oblige à rapporter le désistement de Joseph-Scipion 
Esménard, avocat en la cour, sur la tête duquel ledit office avait 
été mis à l’effet de le conserver ; mourut à Aix le 27 mai 1779, et 
fut enseveli le lendemain, au cimetière de l’église du Saint-Es- 
prit. Il avait épousé , à Marseille, suivant contrat du 3 février 
1750 (1), en l’église des Frères Mineurs de l’Observance de 
Saint-François , après publications faites à l’église paroissiale 
des Accoules, Thérèse-Madeleine Allègre, fille de feu Joseph , 
négociant audit Marseille et de Thérèse Magy (2). 

D’où : 1° Joseph-François, né et baptisé à Aix, le 22 fév. 1756. 

2° Joseph-Hilarion-Mathieu, qui suit. 

3° N ., dite sœur Saint-Placide, religieuse au monastère 



(1} Coste, not. — Par sous-seing privé du 5 janvier précédent, la future épouse se cons- 
titue en dot les 141,000 I. que son père lui avait léguées par son testament du 99 juin 
17 1H (ledit Coste uot.l, insinué le 96 août de l'année suivante , et en outre 10.000 1. que 
lui assigne sa mère , la dame Magy ; le sieur de Lordoné, père, « promet loger et nourrir 
dans s;i tuaiton les futurs époux en payant annuellement h la demoiselle Allègre 1,900 1. 
pour ses habits et menus plaisirs et 9,0001. i son fils; en cas d'insupport la pension serait 
portée ï 8,000 I. » 

\ii V. Appendice III. 



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170 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



4e Saint-Sébastien, légataire d’une pension viagère 
de 100 1. de sa tante Rose de Lordoné. 

V. Joseph-Hilarion-Mathieu de Lordonné , chevalier , sei- 
gneur d’Esparron-de-Pallières, coseigneur de Blieux, né et bap- 
tisé à Aix (1) le 21 septembre 1757, prête l’hommage au Roi par 
devant la Cour des Comptes à Aix, le 20 avril 1780, pour sa terre 
d’Esparron et la pension féodale de 780 1. sur la communauté de 
Blieux; licencié en droit de l’université d’Aix , suivant diplôme 
du 19 janvier 1781, fut reçu avocat postulant près la cour, le 23 
dudit mois ; ôgé seulement de 23 ans et demi, mais avec l’assis- 
tance de M e Irle Saint-Martin, procureur au siège général d’Aix, 
curateur pourvu à sa minorité par ordonnance du lieutenant-gé- 
néral du 13 mars 1780, il achète au prix de 40,0001. y compris le 
pot-de-vin ou épingles, et par acte du 24 janvier 1781 (2), de Jo- 
seph-Marius de Bec , conseiller en la Cour des Comptes de Pro- 
vence , agissant au nom et comme procureur de son cousin 
Joachim-François-Serge de Laugier de Beaurecueil , chevalier , 
seigneur de Dammart-sur-Marne, ancien officier au régiment des 
Gardes Françaises , demeurant à Paris, l’office de conseiller 
laïc au Parlement d’Aix, rendu vacant par le décès de Jean-Jo- 
seph Laugier de Beaurecueil (3), père , veuf de Marie-Françoise 



(1) Paroisse Sainl-Esprit . parr. Joseph-François de Lordoné; marr. Anue-Françoise de 
Lordoné-Cymon. 

(?) Jean-Antoine Perrin , not. à Aix. 

(3) 11 le tenait loi. même d'Henry de Thomas , marquis de Villeneuve, qui s’en était dé- 
mis en sa faveur ; il en fut pourvu par lettres patentes du 30 janvier 1727 qui lui accordent 
la dispense d’âge, étant né le 30 décembre 1705. Cet office, supprimé par édit de sept. 1771, 
fut rétabli par autre de décembre 1774, el Laugier de Beaurecueil, son propriétaire, restitua, 
â son rétablissement les 61,000 I. qui lui avaient été comptées lors de sa suppression. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



171 



Jouflfrey de Chêteaubon et décédé à Aix le 19 mai 1780 , qui 
avait institué pour son héritier universel , Joachim , son fils 
aîné ^ par son testament du 1 er mars précédent; les lettres pa- 
tentes de provision, du 28 février 1781 , accordent au jeune con- 
seiller la dispense d’ôge et le relèvent de son défaut de parenté 
avec les Pazery de Thorame père et fils , conseillers au Parle- 
ment il); fit ses preuves de noblesse , le 11 décembre 1787, par 
devant Suffren de Saint-Tropez etOalliffetde Martigues, syndics 
de la noblesse etdeGassier, syndic de robe; se fit recevoir 
comme élève , à la Société de V Harmonie d'Aix , ayant pour but 
de répandre la doctrine du magnétisme animal de Mesmer, sui- 
vant brevet d’affiliation du 25 mai 1786 (2); se réfugia à Lyon 
durant les mois de juin et juillet 1790, revint à Aix où il mourut 
le 21 septembre de la même année,àrôgc de 33 ans; il fut ense- 
veli le lendemain au cimetière du Saint-Esprit. Il avait épousé, 
à Aix, le 27 septembre 1785, Pauline-Françoise de Bonnetty , 
fille de Pierre-François , chevalier, trésorier du corps de la no- 
blesse de Provence et de Madeleine-Cécile Rancurel. 

D’où : 1° Madeleine-Marie-Claire, née à Aix le I er février 
1788, morte le 20 du même mois. 



(1} .. «Et quant k ce qui lui manque, disent-elles , pour avoir les 35 ans accomplis 
« requis par nos ordonnances et au degré de parenté qui se trouve entre lui et M* Pierre 
« Symphorien de Pazery , chevalier , seigneur de Thorame et de Pourcieux , conseiller en 
« notre Parlement de Provence, son oncle germain, nous l'en avons relevé et dispensé par 
« nos lettres de ce jour, à condition qu'il n’aura voix délibérative avant l’jlge dé 35 ans 
« accomplis que conformément à la déclaration du 90 mai 1713 et qne, venant fe opiner avec 
« ledit sieur son oncle , leurs voix se trouvant conformes . (es deux ne seront comptées 
« que poor une;. . . » 

(3; Signé : de la Touloubre, syndic en exercice et d’Autheman (ils, secrétaire d’office. 



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172 



ESPARRON- DE— PALL1ÈRES. 

2° Madeleine-Cécile , dame d’Esparron-de-Pallières , 
née à Aix le 10 mai 1789, baptisée le môme jour, fut 
placée après la mort de son père et par ordonnance 
du lieutenant de la sénéchaussée d’Aix du 4 novem- 
bre 1790, (sa mère , la dame Bonetty-Lordoné , étant 
elle-même encore mineure), sous la tutelle de sa 
grand-mère , la dame Allègre-Lordoné , qui garda 
l’administration des biens de sa petite-fille durant 
l’époque si troublée de la Révolution et jusqu’au jour 
du mariage de cette dernière (1) ; Cécile de Lordoné 
mourut à Aix , le 8 déc. 1869 ; elle y avait épousé, le 
14 mai 1810, Antoine-Marie-Louis de Sinety , fils de 
André-Louis* Esprit et de feue Marie-Jeanne de La- 
porterie de Lagarrigue. 



(1) Dans le compte de tutelle qu'elle fournit à ce moment , la dame Allègre-Lordoné , 
tutrice judiciaire , dit que l'avoir de sa petite-ülle ne comprend plus: 1° la charge de con- 
seiller au Parlement d’Aix ; 9* la pension féodale de Mieux; 3* les directes et droits de 
cens sur les maisons h Marseille , rue Vacon et divers autres capitaux sur la nation ou sur 
particuliers s'élevant ensemble b la somme de 48,500 I.; mais que, d’autre part, cet avoir 
s'est accru des moulins de Pinchinat, au territoire d’Aix , acquis en 1791 et du domaine de 
la Vicairie , territoire d’Artigues , acquis en 1808; que les revenus de sa petite-fille ont été 
annuellement de 13,400 I., dont 10,800 1. du produit de la terre d’Esparron , 1,000 1. do 
bois, 1,000 1 des propriétés d'Aix et ÇüO 1. de la Vicairie ; mais que ses reprises person- 
nelles montent è plus de 300,000 I., qu'elle a fourni, en outre, chaque année 9,000 1. h sa 
belle-fille pour les intérêts de sa dot , 9,600 1. de rentes viagères dues par son fils, les ré- 
parations aux diverses propriétés et les contributions publiques de toute nature qui furent 
écrasantes du raut la période révolutionnaire. Elle se trouverait ainsi créancière de sa petite- 
fille pour une forte somme, mais voulant lui donner ainsi qu’à son mari un nouveau témoi- 
gnage de son affection, elle lui fait abandon et remise complète de tout cet arriéré. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



173 



C'est à la suite de ce mariage que la terre d’Espar- 
ron passa à la famille de Sinety qui la possède ac- 
tuellement. Leur petit-fils , Georges de Sinety, ingé- 
nieur civil des mines, 4« fils de feu Alphonse-Marie- 
Louis et d'Augustine-Marie-Sophie d’Espagnet , a 
eu dans sa part d'héritage le chôteau d’Esparron où 
il fait sa résidence habituelle et a retenu la majeure 
partie des terres de cette ancienne seigneurie. Il a 
épousé, au château de Taulanne (1), le 8 sept. 1879 , 
Elisabeth de Lyle-Taulanne, fille de Jules et de Hen- 
riette-Eulalie Maille. 



APPENDICE I. 



CYMON (2). 

I. N . DE Cymon. 

D’où : 1° Joseph qui suit. 

2° (prob 1 ) Balthazar , parrain en 1713 de Madeleine- 
Thérèse de Cymon, fille de Sextius. 

II. Joseph de Cymon, docteur en droit, avocat en la cour de 
Parlement d'Aix, mourut vers 1710. Il avait épousé Marguerite 
de Colonia, fille de Gaspard. 

D’où : 1° Sextius dont l’article suit. 



()} Commune de la Marlre, canton de Comps, arrondissement de Draguignan , (Var). 
(2) On trouve également : Cimon et Simon. 



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174 



ESPARR0N-DE-PALL1ÈRFS. 



2° Marguerite, célibataire, est marraine en janvier 1709 
de sa nièce Marguerite-Renée de Cymon , fille de 
Sextius; fait son testament à Aix, le 17 juin 1739 (1), 
par lequel elle veut être ensevelie dans le cimetière 
du couvent des Minimes sis hors les murs à Aix , 
lègue 2,000 1. à l’hôpital de Notre-Dame-de-Miséri- 
corde d’ Aix et institue pour son héritière universelle, 
sa nièce, Madeleine de Cymon à laquelle elle avait 
déjà fait donation de 2,000 1. à l’occasion de son ma- 
riage avec Jean-Baptiste de Sulause, en janvier 1734. 

3° Gaspard-Remi , carme déchaussé , légataire de sa 
sœur Marguerite, en 1739. 

4° Maximin , docteur en théologie, religieux de l’ordre 
des Pères Servites , fait compromis , le 9 mai 1731, 
en qualité de procureur de sa nièce Marguerite 
Renée de Cymon, avec la dame deCymon-Lordoné. 

5* Thérèse, religieuse ursuline à Pertuis , légataire de 
son frère Sextius, en 1726. 

6° Anne, est marraine , en déc. 1727, de Louis-Antoine 
de Lordoné, fils de François ; institue pour héritière 
universelle sa sœur, Marguerite. 

III. Sextius de Cymon, né vers 1684, docteur en droit, avocat 
en la cour d’Aix, possède une maison et des terres à St-Cannat ; 
fait son testament, le il août 1726 (2), dans sa maison d’habita- 
tion à Aix, rue Bellegarde , par lequel il veut être enseveli dans 



(1) Raspaud , not. 

(?) Thibaut , not. h Aix. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



175 



l’église des Pères Observan tins à Aix et dans la chapelle Saint- 
Joseph, en sa tombe de famille , lègue un capital de 3,300 1. pour 
une fondation de messe à la chapelle de Notre-dame-de-Vie à 
Saint-Cannat, 200 1. « à la confrérie de la chapelle Saint-Cannat 
« établie audit lieu pour estre employée à achever le même bras 
« d’argent qu’il y avait autrefois et qui a été dissipé »; mourut à 
Aix le 18 sept. 1728, à l’âge de 44 ans ; sa fortune tant mobilière 
qu’immobilière fut évaluée , après son décès, à la somme totale 
de 95,000 1. Il avait épousé, suivant articles de mariage du 4 
avril 1706 rédigés en contrat le 5 avril 1713 , Anne-Françoise de 
Lordoné, fille de Laurent, avocat en la cour et d’Honorée de 
Lieutaud. 

D’où : 1° Marguerite-Renée ou Rejne, née à Aix le 6 janvier 
1709, baptisée à la paroisse Sainte-Madeleine (1); à 
sa majorité, elle réclame, par voie de justice, à sa 
mère tous ses droits de légitime sur la succession de 
son père , procès qui fut étouffé par l’entremise des 
parents et le compromis du 9 mai 1731, qui fixe cette 
légitime à la somme de 7,663 1. ou soit au 9 me de 
l’actif; aveugle, elle va dans différents couvents pour 
faire soigner son infirmité; en déc. 1745 , elle est au 
couvent des dames Bénédictines de Saint-Zacharie ; 
le 2 février 1757, elle fait profession religieuse chez 
les dames Augustines de la ville de Saint-Remy et 
pour sa dotation spirituelle, la dame Cymon-Lordoné, 
sa mère, lui donne, en sus du trousseau, de i’ameu- 



(1) Parr., Laurent Lordoné, son grand’père; marr., Marguerite de Cymon , sa tante. 



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476 



ÉSPARRON— DE-PALLIÈRES. 



blemeni de sa chambre , joyaux et petite vaisselle à 
son usage avant la prise d'habit, une pension de 1001. 
et une somme de 6,000 1. pour indemniser le couvent 
des soins spéciaux que réclame son état et de la sœur 
converse attachée à sa personne. 

2° Barbe-Diane, née et baptisée à Aix, le 4 déc. 1711 (1), 
célibataire, fait son testament à Aix, « dans la maison 
d'habitation de sa mère, à la rue de l’hôtel de la 
Monoye et à la chambre du l #p étage visant à la rue 
allant à l’église Saint-Jean, où ladite testatrice est au 
lit malade », le 19 avril 1733; mourut peu après. 

3° Madeleine-Thérèse, née à Aix le 20 oct. 1713, bap- 
tisée le 22 à la paroisse de la Madeleine (2); épouse , 
suivant contrat de mariage du 24 janvier 1734 (3), 
Jean-Baptiste-Joseph-Michel du Grou , écuyer , sei- 
gneur de Sulause , fils d’André-Georges , conseiller 
du Roi, receveur général des domaines et bois de 
Provence et de feue Charlotte de Bouliers de Vaugi- 
nes; suit à Tunis son mari nommé en 1754 consul 
de France en cette régence ; mais, éprouvée par le 
climat d’Afrique et sa santé s’altérant de jour en jour 
depuis plus de deux ans , ainsi que le constatent le 
rapport et l'attestation de divers négociants français 
et médecins établis à Tunis, elle quitte cette ville 



(1) Paroisse Sainte-Madeleine ; pair., Balthasar de Bezieux . conseiller du Roi et presi- 
dent aux Enquêtes; marr., Anne de Glandevès-Cujes. 
i2) ld., parr., Balthasard de Cymon ; marr., Madeleine de Lordoné. 

(3 Jean-Pierre Thibaut, not. h Aix. 



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177 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 

avec sa fille unique et s’embarque sur le vaisseau 
Ragusien, la Polaire, commandé par le cap. Marc, à 
destination de Gênes; poussée par la violence du 
vent , la Polaire vint échouer et se briser sur les ro- 
chers de la plage d’Aléria , en face de Campoloro, île 
de Corse , entre les tours de la Paduletta et de la 
Bruneta , à 6 milles de la montagne au sommet de 
laquelle se trouvait le couvent des Pères Récollets 
de Campoloro; après quelques heures de vaines ten- 
tatives de sauvetage organisé par le P. Léonard de 
Campoloro , gardien de ce couvent, qui fut témoin et 
raconte dans une lettre au mari les péripéties émou- 
vantes de ce naufrage, arrivé le 1 er décemb. 1758, la 
dame de Sulause et sa fille furent englouties dans les 
flots et leurs corps ramenés au rivage furent ense- 
velis au cimetière du couvent desdits P. Récollets. 
D’où : A. Anne-Madeleine du Grou de Sulause, périt 
avec sa mère dans le naufrage de la Po- 
laire , au retour de Tunis ; elle était âgée 
d’environ 22 ans. 

4° Joachim-François, né vers 1719, mourut à Aix le 22 
mai 1727. 



12 



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178 



ESPARRON— DE-PALL1ÈRES. 



II. 

VACON. 

Armes : d'azur, à un sautoir d'or, accompagné de trois étoiles de 
meme posées une en chef et deux en flanc et d'une cache 
passant d'argent , posée en pointe ( 1 ). 

Cetle famille est probablement originaire d’Ollioules (Var) (2); 
elle descendrait d’Honoré Vacon , dudit lieu, nommé capitaine et 
viguier de Barjols par Charles d’Anjou, dernier comte de Pro- 
vence , le 21 mars 1480 (3) et que l’on dit être le trisaïeul de 
Louis. Mais la filiation ne se prouve sûrement qu’à partir du 
suivant. 

I. Jean Vacon, notaire à Salon (4), en 1619, habite Mar- 
seille (5) et prend le titre d'écuyer; mourut avant le 20 octobre 
1622. Il avait épousé, suivant contrat du 17 juillet 1607 (6),Mar- 



(1) D’après l’abbé Robert de Briançon.— M. Octave Tcissier, dans son Armorial des Eche- 
vins de Marseille, y apporte quelques variantes : « D'azur, au chevron d'argent , chargé 
de trois étoiles d'or, à une vache du même en pointe >. 

(?) Jacques Vacon, d’OIlioulcs , (Ils de (eu Ililaire, en son vivant not. audit lien, Tait son 
testament b Saint-Maximin. le 27 sept. 1585 (Ant. Gasquet not.), par U quel il lègue h Lau- 
rent Vacon. son cousin, (ils de feu Jean , en son vivant not. audit Ollioules , institue pour 
ses héritiers universels les enfants de son frère Gaspard , et nomme pour son exécuteur 
testamentaire, Antoine Vacon son oncle. 

t 3) Jugement de noblesse du 9 décembre 1070. 

(4) Au dire de Barcilon de Mauvans qui donne cette ville pour origine de la famille. 

(5) Fonds du château d’Esparron. 

(ü) Antoine Barnier, not. à Marseille.— Insin*. Mars. 1275. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES . 



179 



guerite de Chinon (1), fille de Jean et de Gasparde Martin. 

D’où : 1° Louis, dont l’article suit. 

2° Joseph , pourvu avec son frère d’un tuteur par sen- 
tence rendue en la sénéchaussée de Marseille le 20 
octobre 1622, avocat , docteur ès droits , est l’asses- 
seur des échevins de Marseille en 1665 , assiste le 
30 déc. 1674 au contrat de mariage de son neveu 
Antoine Vacon, qu’il institue plus tard son héritier 
universel ; mourut avant 1679 (2), Il avait épousé , 
suivant contrat du 3 avril 1644 (3), Angélique Van 
Beber , fille de Jean , écuyer et de Marguerite de 
Cappel. S. P. 

3° Isabeau , fit donation le 1 er oct. 1675 (4) à son neveu 
Antoine Vacon ; épousa, en l res noces, à Cabriès , le 
25 juin 1630, Henri de Bègue, écuyer, fils de Pierre 



(1) Achète le 7 avril 1634 (Gabriel, not. h Marseille), au prix de 5,100 1. du R. P. Pas- 
sion de Sommati , gardien du couvent des HR. PP. Récollets de Marseille , un clos de 
vigne sis en dehors de la Porte Réale, au Bourg des Prêcheurs, que lesdits Pères avaient 
acquis d'Antoine de Poresta-Collongue , seigucur de Vend , par acte du 31 juillet 1699 
(Jacques Barnier, not. h Marseille); ce dernier l'avait reçu en échange le 14 mars 1G03 
(Ant. Barnier, not.) de Jean-Augustin d'Albertas, seigneur de Villeeroxe, dont le trisaïeul 
Suffren d’Albertas , l'avait eu par son mariage , avant 1453 , avec constance de Boniface , 
fille d'Amiel, lequel en avait acquis la directe et seigueurie par acte du 11 décembre 1431 
(Guill. Parat, not. h Marseille) de Rabastens de Roquefort et de Blanche de Candolle, hé- 
ritiers médiats d’Hugues de Roquefort . un des recteurs élus de l’hôpital Saint-Jacques de 
Gallice , et acquéreur dudit jardin en décembre 1365 (Jean George , not. h Marseille).— 
Fonds du château d’Esparron 

(*) U- 

(3) Gabriel, net. h Marseille.— Insin*. Mars, f* 504. 

(4) Besaudin, uot. h Marseille.— Insin*. Mars. V 1545. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



et de Claire de Garnier (ou Granier); en 2 mes noces , 
suivant contrat du 12 avril 1638 (1) Pierre d’Olivier, 
écuyer , fils de Jean et de f. Marguerite de Sacco ; 
et en 3 e8 noces, Gaspard Aymar, coseigneur de Puy- 
michel (2), fils d’Antoine et de Bernardine Duranti. 

II. Louis de Vacon, écuyer, commença à vendre en 1645 di- 
verses places à bâtir détachées de son enclos à Marseille , où 
plus tard se forma la rue Vacon; fut un des trois consuls de 
Marseille nommés en 1658 malgré l’opposition du Roi et député 
de Marseille à la Cour en 1662; obtint du Roi des lettres patentes 
données à Saint-Germain-en-Laye , en avril 1670 , le confirmant 
dans sa noblesse ; mourut peu après. Il avait épousé, suivant 
contrat du 4 nov. 1641 (3), Madeleine de Lascours, fille de Pierre, 
écuyer et d’Anne de Moustiers. 

D’où : 1° Antoine dont l’article suit. 

2° Thérèse, épouse suivant contrat du 24 juillet 1666 (4) 
Christophe Viany , avocat puis conseiller aux Comp- 
tes, fils de Jacques et de Louise d’Alby. 

3° Marie-Thérèse, épouse suivant contrat du 31 janvier 
1700 (5), Joseph Méry, fils de Joseph, seigneur de la 
Canorgue et de Marie-Madeleine Mère. 

II. Antoine de Vacon, né vers 1648, écuyer, maintenu dans 
sa noblesse le 9 déc. 1670 par jugement des commissaires à ce 



(1) Gabriel, not. b Marseille.— Insin*. Mars, f* 1098. 

(2) Veuf de Gabrielle de Veteris. 

(3) François-Gabriel, not. b Marseille.— Insin*. Marseille 191. 

(4) Besaudin, not. b Marseille. — Insin*. Mars. 330, 1499. 
Corlasse, not. b Apt. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



181 



députés , demeure à Marseille à sa maison de la Place Vivaux , 
puis, en 1679, à la rue Caisserie ; possède une maison de cam- 
pagne à Rognac, connue encore sous le nom de Vacon , où il se 
trouve le 13 juin 1682 (1); fut reçu conseiller à la Cour des Comp- 
tes de Provence , le 11 oct. 1685 (2), en l'office de Jacques Chris- 
tophe Viany ; mourut à Aix et y fut enseveli le 31 mars 1699 en 
l'église Saint-Jean-de-Malte. 11 avait épousé, suivant contrat du 
30 déc. 1674, Catherine de Foresta, fille de Scipion- Antoine , 
coseigneur de Venel et de Louise de Moustiers. 

D’où (3) 7 enfants dont entr’autres : 1° Louis- Antoine, dont 
l’article suit. 

2° Joseph, né à Aix, baptisé le 15 janvier 1687, chanoine 
de l’église cathédrale la Major de Marseille , fut un 
des fondateurs de l’Académie de Marseille en 1726 ; 
fit son testament le 24 mai 1730 (4) en faveur de sa 
sœur Angélique, mourut à Marseille le 7 mai 1731. 

3° Jean-Baptiste , né et baptisé à Aix le 24 déc. 1689 , 
chanoine d’Apt et grand vicaire de son oncle, se fit 
remarquer par sa piété et surtout son dévouement 
durant la peste de 1720 ; fut nommé et sacré évêque 
d’Apt (5) en 1722, sur la démission en sa faveur de 



(1) Fonds do château d’Esparron. 

(2) Registre Legras , 182. 

(3) D’après M. le marquis de Boisgelin. 

(4) Besaodin, not. h Marseille. 

(5) Un portrait d’évêque qui se trouve dans la galerie du château d’Esparron porte cette 
souscription fautive : < Messire Pierre de Vacon, évêque d’Apt, fils de noble Nicolas et de 
Catherine de Foresta , en 1722 Les prénoms donnés h ces deux Vacon ainsi défigurés 
n’ont existé que dans l’imagination du peintre. (Note de M. le marquis de Boisgelin). 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Joseph-Ignace de Foresta-Collongue , son oncle ma- 
ternel; refusa , malgré les instances du cardinal de 
Fleury, l’évêché de Nîmes et l’archevêché de Vienne; 
mourut dans sa ville épiscopale le 7 décembre 1751, 
« en grande vénération parmi ses diocésains, à cause 
de son désintéressement et de sa charité (1) ». 

6° Angélique , née à Aix , baptisée le 25 octobre 1694, 
fît son testament le 15 mars 1731 (2) et mourut vers 
1740. Elle avait épousé , en l rC8 noces , suivant con- 
trat du 26 avril 1717, Henri Prat (3), fils de f. Henri 
et de f. Lucrèce du Buisson, et, en 2 e8 noces, suivant 
articles de mariage convenus à Marseille le 6 janvier 
1726 , Joseph-François de Lordoné , seigneur d’Es- 
parron-de-Pallières , fils de Laurent et d’Honorée de 
Lieutaud. 

IV. Louis-Antoine de Vacon, né vers 1676, reçu conseiller 
à la Cour des Comptes le 24 octobre 1699 (4) en la charge de son 
père, acheta en 1706 de François et Marc-Antoine d’Albert, père 
et fils , conseillers au Parlement , un terrain au bas du Cours à 
Aix, sur l’emplacement duquel il fit bâtir la belle maison attenant 
à l’hôtel d’Entrecasteaux et possédée jusqu’à nos jours par les 
Sinety d’Esparron, ses successeurs et héritiers; donna quittance 
en 1728 aux échevins de Marseille, de la somme de 1,500 1. pour 



(1) Les Rues d'Âix , par Roux-Alpbéran , II, 216. — Armorial des épiques d’Apl , par 
Jules Terris.— Repue de Marseille et de Propence , 1865, p. 2.M. 

(2) Raynaud, not. à Aix. 

(3) Fit son testament le 4 avril 1721, (Urtis, not. b Marseille}. 

(4) Registre Prophcta. 



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le droit de lods à lui dû par suite de la démolition de quelques 
maisons sous sa directe , à la rue Vacon , ordonnée par le Roi 
suivant arrêt du Conseil du 6 mai 1724, pour faire la Place 
Royale ô Marseille; mourut à Aix et fut enseveli le 28 janvier 
1730 en la paroisse du Saint-Esprit. Il avait épousé, suivant con- 
trat du 6 mai 1712 (1), Madeleine Deidier-Curiol (2), fille de feu 
Claude et de Thérèse de Pellicot. S. P. 



III. 

MAGY. 

Armes : d'azur au cheoron d'or , accompagné de trois colombes 
d'argent y membrées et becquées de gueules (3). 

I. Jean-Luc Maggi, deChiavari, citoyen de la République de 
Gênes , fait un placement de fonds sur cette ville, en 1537, en fa- 
veur de son fils aîné et de ses héritiers ; il était neveu ou cousin 



(1] Besaudin, not. h Marseille.— Insin*. Mars. 260. 

(9) Née vers 1696, mourut le 17 mars 1753. 

(3) Inventaire des arck. historiques de la chambre de commerce de Marseille , par 
O. Tetssier. On y trouve , sans pouvoir les rattacher sûrement : David Magy , vice-consul 
à Alexandrie (1678-81), consul au Caire (1683-87), 1 er échevin de Marseille en 1695-96; ses 
dascendants donnèrent leur nom h la rue Vcnto-Magy;— Dominique Magy, négociant fran- 
çais h Constantinople, en 1701;— David Magy, député de la nation h Constantinople (1723- 
40), consul général h Coron, Moréc (1758-62), au traitement de 9,500 1., décédé en fonctions 
le 1” janvier 1763 ;— Jean-Baptiste Magy , négociant, fut élu 1 er échevin de Marseille en 
oct. 1719; sur son refus, on nomma Jean-Pierre Moustics qui s’illustra durant la terrible 
peste de 1720. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES- 



du bienheureux Sébastien Maggi , de Brescia, religieux domini- 
cain , mort à Gênes , le 16 déc. 1496. D’où : 

II. Augustin Magy, fils aîné de Jean-Luc , vint se fixer à 
Marseille et y obtint, en 1603, des lettres de naturalisation si- 
gnées : Henri IV. D’où : 

III. Jean I Magy , né à Marseille et baptisé à l’église parois- 
siale de Notre-Dame-des-Accoules , en 1593 , alla s’établir au 
Caire , où il est député de la nation en 1621 ; il avait épousé en 
premières noces Anne Belle de Pologne, ainsi que le constatent 
les lettres de naturalisation de 1625 obtenues par cette dernière , 
et en secondes noces, suivant contrat de 1632, N. Michel. 

D’où du 1 er lit, Jean qui suit. 

IV. Jean II Magy , né au Caire le 7 sept. 1629, fut 2 e échevin 
de Marseille en 1677 et trésorier de la chambre de commerce. Il 
avait épousé , suivant contrat de 1649 , Anne de Cordeil , fille 
d’Antoine, écuyer et d’Anne Savournin. D’où : 

V. Jean III Magy, négociant ù Marseille, épouse, suivant 
contrat de 1702, Catherine Gautier, fille de François et d’Elisa- 
beth Rémusat; sont morts tous les deux avant juillet 1750. 

D’où : 1° Pierre, dresse la généalogie de la branche aînée de 
sa famille dans le but de retirer le capital et les in- 
térêts accumulés des fonds placés, en 1537, par Jean- 
Luc Maggi, son 4 e aïeul, sur la République de Gênes; 
alla se fixer à La Canée, île de Candie, où il se 
trouve en juillet 1750, date du testament de sa sœur , 
Thérèse , qui lui lègue une pension incessible et in- 
saisissable de 1000 1. 

2° Madeleine, épouse N. Guieil. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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D’où : A. Thérèse Guien , épouse suivant contrat du 
1 er février 1773 (1), Jacques Amiel. 

3° Louise , religieuse bernardine au couvent de Mar- 
seille, en religion sœur du Verbe Incarné, supérieure 
de son couvent (1763-1780). 

4° Thérèse , née vers 1704 , épouse Joseph Allègre, né- 
gociant de Marseille, fils de Jean et de Bernardine 
Bourillon; fait son testament à Aix , le 15 juillet 
1750 (2), par lequel elle veut être ensevelie en l’église 
paroissiale des Accoules, à Marseille, au tombeau de 
famille, fait des legs pieux , lègue à son frère et à sa 
sœur la religieuse , et fait le partage de ses biens 
entre ses deux filles; assigne à sa fille aînée, la dame 
Gantel-Guiton, sa bastide des Aygalades et 70,000 I. 
et à la dame de Lordoné sa maison de la place Vi- 
vaux et 120,0001.; mourut à Aix , le 2 juillet 1766 (3). 
D’où : 1° Marie-Anne Allègre, épouse, suivant con- 
trat du 4 février 1743 (4), Joachim-Llzéar 
deGantel-Guitton, fils de Nicolas, seigneur 
de Masargues et de feue Madeleine Du- 
mon, de Marseille. 

2° Madeleine-Thérèse Allègre épouse, en jan- 
vier 1750, Louis-Antoine de Lordoné. 



(1) Boisson, no t. h Marseille. 

(2) N., not. à Aix. 

(3) Paroisse Saint-Esprit. 

(4/ Besandin, not. à Marseille. 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



TROISIÈME PARTIE : LA COMMUNAUTÉ DES 
HABITANTS. 



Chap. I. — Les Transactions. 

Esparron-de-Pallières existait avant le XI e siècle; les chartes 
de donation de cette époque font mention de son église parois- 
siale sous le titre de Saint-Jacques, constituant le prieuré d'Es- 
parron uni, à la fin du môme siècle, au prieuré bénédictin de 
Notre-Dame auprès d’Esparron, dit plus tard du Revest. 

Les habitants de ce village étaient donc réunis en corps de 
communauté , mais l'absence de documents ne permet de les 
voir agir en cette qualité et stipuler par voie de transactions 
réglant leurs rapports avec les seigneurs du lieu , leurs suze- 
rains, que vers la fin du XIV e siècle. Entre ces deux époques un 
seul document parle d'Esparron : d'après l'état des droits doma- 
niaux en Provence dressé, vers 1250 (1), par les ordres de Char- 
les I er , le comte de Provence en avait la haute juridiction et y 
percevait le droit de cavalcade fixé à un cavalier équipé ou à 5 
servants ou 9 livres, l'albergue, le droit de quête, etc. 

I re Transaction. — Suivant acte du 1 er sept. 1373 (2), les ha 
bitants d’Esparron font une transaction avec Véran I d'Esclapon, 
coseigneur du lieu par suite de son mariage avec Catherine 



^l) Arch. départementales de Ü.-du-R.— B. 170 (reg. Turris). 

[2) Brunenqni, alias François Bruni, not. à Aix.— Inventaire d’Arcossia, f*7l. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



187 



d’Esparron , dernière héritière de ce nom ; ils s’engagent à con- 
tribuer pour les deux tiers à la construction des deux tours que 
le seigneur voulait édiffier « pour la deffance du chasteau et for- 
teresse d’Esparron », à condition de pouvoir s'y retirer en cas de 
guerre et d’y mettre en sûreté leurs personnes et biens. 

II e Transaction. — Les coseigneurs d’Esparron , Jean d’Ar- 
cussia , fils de François et Gaspard de Castellane, seigneur 
d’Entrecasteaux, venaient de terminer leurs différends par l’ac- 
cord du 26 janvier 1508 (1), consenti à la suite de la sentence arbi- 
trale prononcée par M es Laurent de Fabriciis, deCotignac, not. 
à Saint-Maximin et Honoré Romany, not. à Aix, arbitres choisis 
par les parties. Il était stipulé que , moyennant la somme de 450 
fl. payés à Jean d’Arcussia, tous les droits seigneuriaux seraient 
communs entre les coseigneurs , la juridiction exercée par des 
officiers , tels que le juge , le bailli et le clavaire , aussi nommés 
en commun; une prison , marque distinctive et imposée par les 
règlements pour pouvoir exercer la justice seigneuriale, cons- 
truite à frais communs, dans l’espace laissé libre et séparant les 
deux châteaux (2) bâtis sur la plate-forme au-dessus des assises 



(1) Ledit Fabriciis, not — Arch. communales d’Esparron : Hcg. des transactions , f«» 
136 b 165. 

(2) Le château de Jean d’Arcussia comprenait une partie fortifiée en assez mauvais état 
et une petite maison contiguë, « ung casai sine fortaresso et autro maysonnette tochant 
ensemble cuberto et non cuberto >; il était placé au midi et près la vieille église paroissiale; 
la part du sieur d’Entrecasteaux valait encore moins , elle consistait en on c casai des- 
roupt >, au nord de la plate-forme et descendait jusqu’au chemin longeant les rochers et 
allant b l’ancienne maison claustrale : « lo camin que ven devers las yeros et va perdes- 
souto lou rouquas à Clastro ». Entre les deux se trouvait un patec commun, au milieu du 
quel devait se construire la prison < en façon de tour, proche un sambuquicr > (sureau). 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



des rochers; les droits de four tarifés au 30 e , du foulage des 
grains avec les chevaux des seigneurs au 20 e , la tasque au 10 e . 

Par le même acte , les deux coseigneurs procédèrent au par- 
tage et à la délimitation de leurs biens nobles d'une contenance 
totale, outre leurs châteaux, maisons et dépendances, d'environ 
600 charges (480 hectares) de terres et bois , 80 « soucherées » 
de prés (28 hect. 80 ) et 240 « fossoyrées » de vignes : au sei- 
gneur d'Entrecasteaux revinrent les tènements dits de la Ma- 
lauiière , de la Roumiguière , du Plan de Garnier , de YAdrech 
et Montmajour ; Jean d'Arcussia eut à sa part le Clos près 
l'ancienne église paroissiale et les tènements de Bouisset et de 
Pallières. 

Les habitants protestèrent contre les prétentions des cosei- 
gneurs au sujet de la taxe du droit de four , disant qu'ils ne de- 
vaient donner qu’un pain tous les 60. Pour éviter un procès et 
par transaction du 8 décembre 1509 (1) les seigneurs cèdent à la 
communauté le four vieux sis à la Place et le droit de four, moyen- 
nant une taxe d'un setier (32 litres) de blé par chaque maison ou 
foyer. 

III 0 Transaction. — Les questions litigieuses recommencè- 
rent bientôt après : les habitants firent respectueusement obser- 
ver aux coseigneurs « que les hommes et communaulté dudit 
« lieu d’Esparron , à défaut des retentions ou defvens pour l'en- 
« tretènement , nourriture et sub3tantation fertilles de leur bes- 
« tail de laboraige, portant faix ou bast vulgairement dit de 
« magagne, auxquels [defens] fust prohibé aux autres bestails 

(1) Ledit Fabriciis , not.— Arcb. com. d'Espar. : Reg. des Transact f* 101 h 109. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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« bravai ls (bœufs) et menus (chèvres , brebis), aller et depaître , 
« moins pouvoient-ils porter le faix et travail et que plusieurs 
« d’iceux estoient maigres et mouroyent de faim; ils demandè- 
« rent doncques pour ledit bestail de magagne quelque partie qui 
« fust plus grasse et propice dudit terroir qui fust retenue et 
« deffançable et à eella disoient quelesdits magniffîcs seigneurs 
« debvoient condescendre pour la bonne et deubue façon de bien 
« vivre,. . que lesd. magniffîcs seigneurs , en la dernière tran- 
« saction entre eux passée, ont paché et convenu qu’il n’est per- 
« mis à aucun des habitants dudit lieu ny estrangiers de laborer 
« et cultiver ladite terre desdits seigneurs sinon à la dixiesme 
« partye des fruits (tasquej, au grand préjudice et inthérest des 
« habitants, considéré la dixme (payée au prieur du lieu), et 
« qu’ils dixment à la dixiesme et qu’il sembleroyt laborer en vain 
« et n’avoir point ou du moins la moindre partie du proffict de 
« leur sueur et travail , heu mesmes esgard à la despanse qu’il 
« fault porter et souffrir à l’agriculture ; à bon droict lesdits 
« hommes et université, affin de délaisser toute oysiveté, estans 
« plustost animez et enclins au travail et que leur travail ne leur 
« tournast à domage , disoient, préthendoient etalléguoient les- 
« dits seigneurs pouvoir et deubvoir bailler ledict laboraige 
« auxdits habitants et que y habiteront à moindre charge et 
« cense, de moingz à la vingtiesme ou dix-huitiesme partye des 
« fruitz. . . Et au contrere , lesdicts magnifiiez seigneurs, quant 
« à la demande faite par lesdicts hommes et communaulté,. . . 
« combien que beaucoup et plusieurs desdicts hommes se soyent 
« rendus ingrats et inhobéissans envers lesdicts seigneurs et 
« partant non meritans d’ensuyvre ce que dessus , considérant 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



« n’estre raisonnable et la raison n'exige de perdre leurs debles 
« et jouir de leurs proffictz , doncques ils n'inclinoyent pas aux- 
« dictes demandes et requestes , ains les empeschoient et des- 
« nioient;. . . mais lesd. parties voulant et grandement désirans 
<c mettre fin auxd. procès, esviter les rigueurs, destours et des- 
« pans des procès et demeurer en bonne paix et paisible tran- 
« quillité », transigent le 10 mars 1513 (l)> et conviennent: 1° 
qu'il sera constitué en deffens par les coseigneurs les parties 
boisées comprises dans les quartiers vulgairement appelés de la 
Plaquette, du Puy de Goiran et de la Plaine , défalcation et 
réserve faite des enclaves ou possessions propres des particu- 
liers, et dans ces deffens ainsi délimités, il ne sera permis ni aux 
seigneurs, ni aux habitants, ni à nulle autre personne de quelque 
état, grade , sexe ou condition, d'y mener paître, du 1 er diman- 
che de mars au jour de la fête de St-André apôtre (30 novembre), 
plus d'un trentenier de petit bétail et 10 têtes de gros bétail ou 
porcs , à charge par les habitants de payer auxdits seigneurs 6 
sols par trentenier et 8 deniers par tète de gros bétail, sans y 
comprendre « les sequelles ou séquestrés encore au laict ou 
ôgées de moins d'un an »; 2° les habitants pourront, dans les 
limites de ces défens, ébrancher ou élaguer les arbres et chênes, 
en laissant toutefois® la ferudeprincipalle ou branque maistral», 
et ne pourront couper les arbres au pied que pour « fusteiar et 
faire robes d'arayres, selon l'usage commun de parler » c'est-à- 



(1) Antoine de Terra Nigra, not. à Rians ; traduit du latin par M' Pierre Arnaud , doc- 
teur ès droits , avocat en la Cour de Parlement, à Aix: — Arch. com. d’Esparron. Reg. 
des Transactions, f M 10 à 28. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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dire les bois de construction et de charronage; 3° la tasque sera 
perçue au quinzième des blés et autres grains récoltés sur les 
terres soumises à ce droit; 4° le3 habitants pourront fouler leurs 
gerbes avec leur propre bétail , mais ils ne pourront louer que 
les bêtes des seigneurs et paieront, dans ce cas, « le droict des 
jusments ou de las egos », tarifé au vingtième; 5° amnistie 
pleine et entière est accordée par les seigneurs pour tous les 
crimes et délits commis par les habitants ; moyennant ce, « qu'en- 
tre les parties, dès maintenant et à perpétuité, soyt vraye paix , 
bonne amour et douce concorde, zèle et tranquillité ». 

IV e Transaction. — Quelques années plus tard, les habitants 
présentèrent de nouveau requête à leurs seigneurs, faisant ob- 
server que « leur bestail de travailh s'estoit tellement accru 
audit lieu que lesdits devens leur estoient étroits et leur estoit 
besoin de l'accroître »; les coseigneurs d'Esparron , Gaspard 
d'Arcussia, fils de Jean et Michel Laugier, sieur de Collobrières, 
obtempérant à ces requêtes, par transaction du 25 août 1546 (1), 
leur assignent comme défens la Colle de VOuvière comprise 
entre le vallon de la Catounière le Reoest et Artigues \ ils leur 
cèdent, en outre, les aires dites de Sainte-Catherine sous le che- 
min de Saint-Martin, ainsi qu'un terrain auprès de ces aires pour 
y construire la nouvelle église paroissiale. 

V e Transaction. — Les funestes guerres de religion qui trou- 
blèrent si fort la Provence vers la fin du XVI e siècle, firent subir 
de graves dommages à Esparron; à la suite du combat qui eut 
lieu le 25 avril 1591, auprès et dans le village même et qui a con- 

;i) Guillaume Brneys, not. à Aix.— Fonds du châl . d'Espar. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRF.S. 



servé le nom de Journée d'Esparron , de nombreux dégâts y fu- 
rent commis , tant au château qu’aux maisons des particuliers. 
Pour indemniser tous les ayants droit et fournir aux charges 
écrasantes occasionnées, durant cette période troublée, parle 
passage et le logement incessant des troupes , à quoi il faut 
ajouter les malheurs du temps et les mauvaises récoltes , la 
communauté d’Esparron s’était grandement endettée , emprun- 
tant de tous côtés pour subvenir à tant de dépenses; le seigneur 
du lieu , Charles d’Arcussia , le fauconnier, était un des princi- 
paux créanciers. Par sentence arbitrale rendue le 9 décembre 
1601 (1) par M ® 8 Gaspard Phélix , not. et Antoine Foulque , du 
lieu de la Verdière, il est dit que « quant au paiement des abords 
« receux par ledit seigneur d’Esparron dans son chasteau et 
« maison durant les troubles derniers , ainsi qu’au rembource- 
« ment des impances et réparations faites à la fortiffication, ledit 
« sieur formera sa demande par articles séparés »; et par autre 
du 19 mai 1618 (1) rendue par M es d’Esparra et Roux , de Bri- 
gnoles , portant règlement définitif, compensation faite entre les 
partie, la communauté d’Esparron est déclarée débitrice envers 
son seigneur de la somme de 3,000 écus. 

VI® Transaction. — La dette de la communauté était lourde , 
le taux des intérêts, bien que souvent réduit, dépassait encore le 
6 et le 7 pour cent; pour parer à des besoins urgents, on recou- 
rait plutôt à un emprunt qu’à une imposition ou taille, dont la 
perception était plus lente; aussi , en 1641 , la communauté était 
complètement obérée, sa dette s’élevait à plus de 18,000 l. Un de 

(1) Arc b. com. d’Espar.— Reg. des Transactions, f* r»3 b 74 et 38 b 46. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



193 



ses créanciers, Pierre de Guiran, sieur de la Brillane, conseiller 
à la cour des comptes de Provence , la fit déclarer et mettre an 
nombre des communautés impuissantes et l'obligea à vendre 
tous ses droits et biens communaux. 

En vertu d'une ordonnance de François Bochartde Champi- 
gny, conseiller du Roi en ses conseils d'Etat et privé, maître des 
requêtes et intendant de Provence., les trois experts désignés par 
fui , savoir : Balthasar de Fresquière , écuyer de St-Maximin , 
Louis Bonnet, bourgeois d’Aix et François d’Aubibert , écuyer 
de ladite ville d'Aix , se rendent à Esparron , en nov. 1641 (1), 
pour procéder par devant les consuls , le bailli du lieu , du sieur 
Rolland, m e arpenteur et le syndic des créanciers, à l’estime des 
biens que la communauté devait donner en paiement à ses créan- 
ciers : en 1 er lieu , « le four à cuire pain , cartier du Jour ciel , en 
bon estât, dans lequel tous les manans et habilans dud. Esparron 
sont obligés d'y cuire son pain , en paiant le fornage de 100 pains 
un, estimé 1000 1. »; 2° l’aire de Sainte-Catherine , près la cha- 
pelle de ce nom , « d’une contenance de 1418 cannes qu’est une 
soucheirée 3,600 ra et demy et 60 cannes , (ou soit 55*, 72 c . °), es- 
timée 1150 1. et le créancier y colloqué la pourra faire clore; 3° 
le défens de la Colle de VOucière de la contenance de 86 charges 
2 panaux en 172,000 cannes (68 h , 80°), le défens de la Blaquette 
(25 h , 60*), et celui du Puy de Goiran (22 h , 88 a ), estimés 5,350 
1., soit en totalité la somme de 7,500 1. 

A la suite du rapport d'estime, les consuls et le conseil , dans 
le but de rendre plus facile la vente de ces biens communaux , 



;i) Arcli. corn. — Reg..des Transactions, f-»75 i 95. 



13 



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194 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



délibèrent d’aller supplier le seigneur du lieu de vouloir se dér 
partir et abandonner la faculté qu’il a de faire paître ses trou 
peaux , pendant l'hiver , dans les défens communaux. Jean-Bap- 
tiste d'Arcussia, seigneur d’Esparron, y consent et, par transac- 
tion du 21 novembre 1641 (1), il est stipulé que la communauté 
continuera à servir audit seigneur le droit d'albergue , le droit 
« de bovage de 8 deniers par tête de magagne », et, pour l'aban- 
don de son droit de dépaissance , elle lui paiera annuellement 
une pension de 24 1. au capital de 600 1. 

Le 3 déc. suivant, ledit d’Arcussia , devenu seul créancier par 
la cession des diverses créances , est colloqué après enchères 
nulles, sur tous les biens de la communauté pour le prix fixé au 
rapport d’estime et pour le restant dû sur les biens propres des 
principaux particuliers dudit lieu, déduction faite de ses propres 
contributions aux charges communales s'élevant à plus de 
2 , 0001 . 

VII e Transaction. — La paix ne fut pas de longue durée; de 
nouvelles contestations surgirent entre les parties, tant au sujet 
de la prétention du seigneur qui voulait se faire maintenir dans 
son droit de forain , pour ne pas contribuer à certaines charges 
communales (notamment aux frais des procès, le plus souvent 
intentés contre lui;, que par rapport à la distinction à établir 
entre ses biens roturiers soumis aux tailles communales et ses 
biens nobles ne devant pas être encadastrées , ainsi qu'à l'abus 
commis par les particuliers ayant des biens soumis à « la tasque 
au quinzain » qui faisaient manger à leurs bestiaux, durant tout 



(l) Antoine Sttlminy, not. i Varages.— Ponds da château d’Espar. 



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ESPARRON -DE-PALLIÈRES. 



195 



le travail des aires , l’avoine soumise à ce droit, etc.; Jean-Bap- 
tiste d’Arcussia, après dues conférences avec les habitants , 
« voullant tesmoigner être bon seigneur », par la transaction du 
5 mars 1665 (1), fait l’abandon de l’instance commencée par lui 
pour se faire déclarer forain et consent à payer à l’égal des au- 
très habitants pour ses biens roturiers : « le droit de cabe3trage 
et foullage des jusments » sera converti en une pension annuelle 
de 15 1.; la tasque en grains se prendra au dix-septième, au lieu 
du quinzième, « sans qu’on puisse faire manger les avoines aux 
bestiaux qu’en garbejan et foullant à l’here les gerbes de la las- 
que, sans abus ». 

VIII e Transaction. — Une dernière transaction termina de la 
manière la plus heureuse, vers la fin du siècle dernier, les diffé- 
rends et contestations qui avaient continué à s’élever entre les 
habitants d’Esparron et leurs seigneurs. 

Joseph-François de Lordonné, conseiller du Roi et secrétaire 
honoraire près la chancellerie du Parlement de Provence, venait 
de se rendre acquéreur, au prix de 300,000 1. de la terre et sei- 
gneurie d’Esparron qui lui avait été vendue par Charles-Joseph 
d’Arcussia, le dernier rejeton de cette illustre famille. Le nou- 
veau seigneur du lieu, « pour se prêter aux intentions de ses ha- 
bitants et pour leur donner des marques de l’envie qu’il a de 
vivre en paix et en intelligence avec eux », consent à signer avec 
les maire et consuls d’Esparron, agissant au nom de la commu- 
nauté , la transaction du 28 sept. 1767 (2), par laquelle il est sti- 



(1) Claude Alphéran, not. b Aix. — Areb. coq. : Beg. des Transitions, f • ISO b 135. 
(*i) Gaze, not. k la Verdière.— Fonds du chât. 



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196 ESPARRON-DE-PALLIÊRES. 

pulé : 1® « pour empescher que les biens de la plaine ne soient 
foulés par les troupeaux qui jusques à présent les a voient dé- 
vastés », le seigneur consent à ce que désormais toute la plaine 
d’Esparron soit déclarée interdite à l’accès de tout troupeau ; 
2® le bois de Montmajour sera divisé en deux parts séparées par 
le chemin de Ginasservis ; la partie à l’est de ce chemin , com- 
prenant environ 130hect. de bois agrégés de chênes-blancs, sera 
la propriété exclusive du seigneur et exempte de tout droit ou 
servitude de compascuité comme de tous autres droits d’usage 
ou facultés sur les bois et glands; celle à l’occident, libre éga- 
lement de tout droit de dépaissance de la part du seigneur , est 
attribuée aux habitants du lieu qui en feront entre eux le partage; 
3° le seigneur abandonne la propriété des arbres ou chênes , au 
quartier de la Palière , en faveur des particuliers cultivant les 
terres dans lesquelles ils se trouvent radiqués; 4° le droit de 
tasque au dix-septième est aboli et converti en une pension an- 
nuelle de 20 charges de blé; 5° le seigneur est maintenu dans 
son droit de forain et , à cet effet , il sera imposé séparément , 
ainsi qu’on le pratique pour les autres seigneurs de la province 
jouissant de ce privilège; 6° « pour esviter que les semés des ha- 
bitants souffrent aucun dégâts , nul possédant bien ou habitant 
dud. lieu , de quelle qualité ou condition qu’il soit, ne pourra 
avoir aucun colombier, soit à pied, soit à cheval »; 7® le droit de 
demi-lods dû , tous les 10 ans , au seigneur pour la maison cu- 
riale, à raison de deux sous par florin (tarif du droit de lods 
perçu à chaque mutation des fonds ou terres soumis à ce droitj, 
sera converti en une pension annuelle de 15 1., ce qui porte â 
54 1. le montant de la pension féodale à payer annuellement au 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



197 



seigneur par la communauté d’Esparron pour tous les droite 
convertis en argent. 

Sur les requêtes présentées par les parties, la cour de Parle- 
ment , par arrêt du 29 oct. 1767 (1), homologue cette transaction 
à laquelle l’intendant de la province, M. de la Tour, donne 
force exécutive le 11 nov. suivant, après avoir pris l’avis du pro- 
cureur du pays. Cet avis est ainsi conçu « Les procureurs 
« du pays sont d’avis qu’il y a lieu d’authoriser ledit acte de 
« transaction , qui, faisant cesser un grand nombre de procès et 
« en prévenant beaucoup d’autres pour l’avenir , ne peut, sous 
« ce point de vue, être regardé que comme très honorable à la 
« communauté; ils n’entrent pas dans le détail des pactes qu’il 
« renferme,. . . mais ils observeront qu’il parait naturel et avan- 
ie tageux aux habitants d’avoir la propriété des arbres radiqués 
« dans les fonds qu’ils tiennent à emphythéose du seigneur et 
« dont ils lui payent une tasque, parce que la liberté qu’ils ont 
« de disposer de ces arbres les met plus à portée de cultiver 
« leurs fonds à leur gré; qu’il paraît encore avantageux auxha- 
« bitants de pouvoir rendre deffensables leurs principaux do- 
« maines , afin de prévenir les dommages qu’ils peuvent se 
« causer réciproquement et les procès qui naissent ordinaire- 
« ment de pareils cas; et enfin que le partage des bois entre le 
« seigneur et la communauté paraît encore , considéré en lui— 
« même , favorable â cette dernière tout comme au seigneur : 
« Toute communion dans la possession des immeubles devant 
« cesser quand elle est une occasion de troubles , ce qui a donné 

il) Arch. com. d’Espar.— Reg. des Transactions, f*> 178 à 183. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



« lieu à la maxime qu’aucune société ne doit être forcément per- 
« pétuelle. Dellibéré à Aix le 8 nov. 1767, signé : Serraire, as- 
« sesseur d’Aix , proc. du pays ». 

Une transaction si honorable et par cela môme avantageuse à 
toutes les parties en cause , reconnue au surplus toute ô l’avan- 
tage de la communauté par la consultation du 13 déc. 1781 (1), 
signée : Siméon, père et fils, et revêtue de toutes les approbations 
et formalités requises, rencontra 25 ans plus tard d’ardents dé- 
tracteurs et des opposants nombreux. On était arrivé ô cette 
époque néfaste de notre histoire nationale , à cette terrible et 
sanglante année qui prélude par la mort d’un Roi et finit dans la 
plus effroyable anarchie. Plus rien n’est debout : le droit ancien , 
la coutume, les conventions particulières sont abolis; le droit 
nouveau n’est pas encore formulé; le gouvernement, l’adminis- 
tration, la justice elle-même sont aux mains des sociétés popu- 
laires ; rien ne se fait sans elles ! L’heure est donc propice pour 
les revendications outrées, les plaintes surannées, les griefs 
imaginaires ! 

Le 11 avril 1793 (2), une trentaine d’habitants d’Esparron se 
présentent devant Stanislas Blanc , juge de paix du canton de 
Saint-Martin-de-Pallières, district de Saint-Maximin, et décla- 
rent s’opposer à la transaction de 1767 qui les a contraints et 
forcés , contre leur gré, disent-ils , à abandonner et à déguerpir 
les fonds qu’ils tenaient à titre d’emphythéose dans la partie du 
bôis de Montmajour attribuée au seigneur et que , pour statuer 



(1) Fonds du cbât. d’Esparron. 

(i) Arch. com.— Reg. des Transaction?, f * 184 fe 187. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



199 



sur ces différends , ils viennent de nommer pour arbitres « les 
« citoyens Aillaud et Fouque, choisis tant par la citoyenne Lor- 
« donné, tutrice des hoirs du ci-devant seigneur que par la com 
« munauté d’Esparron, conjointement avec les citoyens Martin , 
« Charrier , Dubourg et Dauphin , commissaires de la Société 
« Patriotique d’Aix ». 

La dame Allègre, veuve Lordonné, en sa qualité de tutrice de 
Cécile de Lordonné, sa petite fille , avait eu à répondre, en octo- 
bre de l’année précédente, à des demandes tout aussi peu fondées 
et de minime importance, dévoilant l’état d’animosité des esprits 
à ce moment; pour assurer sa tranquillité, ladite dame consentit 
à payer tout ce qu’on lui demandait. 

Thomas Roux, d’Esparron, lui réclame la restitution des 50 1. 
que 26 ans auparavant, il avait dù payer au seigneur du lieu 
pour ravoir ses chèvres qui lui avaient été saisies à la suite de 
dommages faits par elles. 

Castoul et Lantelme, ménagers, demandent la restitution du 
fusil et des 200 1. d’amende, à laquelle ils avaient été condamnés 
en 1778 et conformément aux lois existantes pour délit de chasse, 
sur la plainte du seigneur. 

Enfin, Nicolas Thivel , berger d’Auriol, en sa qualité de mari 
de Madeleine Barles, réclame à ladite dame 100 1. pour les dom- 
mages ei intérêts que « ladite Barles auroit pu estre en droit de 
prétendre contre Jean-Baptiste Giraud, attaqué en crime de rapt 
et séduction pendant qu’il estoit fermier dudit sieur Lordonné ». 



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200 



ESPARRON- DE-PALLIÈRES. 



Chap. II. — Le combat d’Esparron (1). 

Par suite des hasards de la guerre, Esparron se trouva for- 
tuitement mêlé à la lutte fratricide qui ensanglanta la Provence 
durant les guerres de religion ; un combat y fut livré, que l’his- 
toire mentionne sous le nom de journée d 1 Esparron. 

En avril 1591, les troupes royales, sous le commandement de 
La Valette , gouverneur de la Provence pour le roi Henri IV , 
unies aux Huguenots du Dauphiné qu’avait amenés François de 
Bonne, plus connu sous le nom célèbre de Lesdiguières, se trou- 
vaient à Vinon, petit village du Var assis sur la rive gauche du 
Verdon. Leurs adversaires , les Ligueurs , qui ne voulaient pas 
reconnaître pour roi le Béarnais , non encore converti au catho- 
licisme, étaient placés sous la conduite du comte de Martinengue, 
général en chef des armées du duc de Savoie , tout honteux en- 
core de son échec de SainUMaximin et qui n’aspirait qu’au mo- 
ment de relever sa réputation militaire fort compromise. Pour 
faire face à son ennemi et lui barrer la route d’Aix , ce dernier 
avait quitté Barjols et s’était retiré à Rians , avec une partie de 
son armée seulement , dispersant ses forces , dans on ne sait 
quel but et par une faute qui devait lui coûter cher ; il avait laissé 
à Esparron Saint-Romans , gentilhomme du Languedoc , à la 



(1) Cfz • 1* lliët. et chronique de Prov . , par César de Nostradamus, gentilh provençal. 
Lyon. 1618, p. 901.— 2« Uist. chronotog. de Prov.. par Honoré Bouche, Aix, 1601, t. Il, 
p. 752. — Reproduit dans la notice sur Ch. d'Arcussia , par M. Jullien , p. XXXVII ; 
3 'Les Guerres de Religion en Prov., par le docteur Gustave Lambert, (bulletin de la 
Soc. acad du Var, Toulon 1881, p. 123 il 128). 



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ESPAR RON-DE-PALLIÈRES. 



201 



tête de l’infanterie savoyarde, la compagnie de chevau-légers de 
Vitelly , baron romain et la compagnie de cavalerie de N. de 
Castillon, seigneur de Cucurron; et à Saint-Martin-de-Pallières, 
l’arrière garde avec le comte du Bar et autres capitaines pro- 
vençaux. 

Le 15 avril, lundi de Pâques, les royalistes, secrètement aver- 
tis, dit-on^ par un fermier que leur avait dépêché le seigneur 
d’Esparron, Charles d’Arcussia , ardent royaliste et qui joua un 
rôle important dans cette journée , partent de Vinon avant le 
lever du soleil , passent à Ginasservis , tournent La Verdière et 
viennent déboucher, par les bois de Montmajour , en face même 
d’Esparron. De leur côté , les Ligueurs campés à Saint-Martin , 
avertis sans doute de l’approche de l’ennemi , quittent ce village 
pour faire leur jonction avec les troupes d’Esparron ; celles-ci, à 
la vue de ces divers mouvements, sortent en armes du village et 
montent se mettre en bataille sur l’arète du coteau (aujourd’hui 
le parc), formant une ligne de peu d’étendue , dont la tête était 
contre le château même d’Esparron. Avec une impétuosité vrai- 
ment audacieuse, l’avant-garde royaliste, toute composée de ca- 
valiers et commandée par Lesdiguières lui-même , ayant pour 
lieutenants du Poët et Valavoirequi s’étaient distingués au siège 
de Saint-Maximin, s’élance contre cette position par des sentiers 
rudes et escarpés , permettant à peine à deux cavaliers de mar- 
cher de front. Surpris par la vigueur de l’attaque et craignant 
d’être séparés de leur ligne de retraite vers Rians, les Ligueurs 
lâchent pied , l’infanterie savoyarde rentre en désordre dans les 
maisons du village et les cavaliers, pris de panique, partent au 
galop de leurs chevaux dans la direction de Rians, en passant 



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202 



ESPAR RON-DE—PALLIÈRES. 



derrière les côteaux d’Artigues. Lesdiguières les poursuit vive- 
ment , l’épée dans les reins , et , rencontrant Martinengue qui , 
sorti de Rians, se portait au secours de ceux d’Esparron et s’était 
égaré derrière ces mômes hauteurs , il le met en complète dé- 
route. 

Pendant ce temps , La Valette s’était posté dans la plaine, à 
une courte distance d’Esparron, attendant les évènements et 
craignant une attaque de Martinengue dont il ignorait la marche. 
Mais, vers trois heures de l’après-midi, Lesdiguières le rejoint, 
et lui fait connaître les résultats de la matinée. Aussitôt il or- 
donne l’attaque du village; ses troupes à pied s’avancent par la 
gorge qui mène au château , mais elles sont vigoureusement 
repoussées par les assiégés qui avaient mis à profit le temps 
écoulé et avaient élevé de ce côté une formidable barricade. 
Néanmoins , les royalistes avaient réussi à faire pénétrer des 
troupes dans le château , dont le seigneur était de connivence 
avec eux ; en effet , au dire de Nostradamus, « les assiégez feu- 
« rent grandement deçeus et endommagés du seigneur du lieu , 
« qui pour lors se rencontra dans son chasteau , les incommo- 
« dant cruellement , d’aultant que ce fort commande tout-à-fait 
t etdomine le village : ce qu’il faisoit pour estre des plus fidelles 
« et affectionnés royalistes de Provence; au moyen de quoy il 
« avoit reçeu les gens de guerre mandés par le gouverneur pour 
« lasser l’obstination et tromper entièrement l’espérance des 
« assiégés , qui dès lors se voient de tous côtés ventés, battus et 
« soubmis à mille gresles, qui pleuvaient des tours du chas- 
« teau. . . ». 

La Valette, irrité de son échec , fit bloquer la place , résolu ô 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



203 



la prendre par la famine. Le lendemain, de bonne heure, les hos- 
tilités recommencèrent. « Les royalistes investirent une maison 
située au-dessous du chôteau et attenante à la vieille église , 
dans laquelle de Castillon s'était établi la nuit précédente avec sa 
compagnie. Après une brillante défense de plusieurs heures, les 
Ligueurs, qui n'avaient reçu aucune distribution de vivres depuis 
plus de vingt-quatre heures, se rendirent. Les royalistes occu- 
pèrent ce poste , qui, par sa position , leur permettait d'enfiler la 
grande rue du village dans toute sa longueur. Les assiégés ne 
pouvant plus sortir des maisons sans être exposés au feu des 
arquebusiers ennemis , commencèrent à être ébranlés dans leur 
résolution de résistance. La Valette fit saper ensuite les deux 
maisons qui formaient les attaches dô la grande barricade, pour 
pouvoir la prendre à revers. Cette opération, bientôt connue des 
assiégés, porta l'effroi dans leurs rangs. Il n'y avait plus dans la 
place une seule ration de pain (les habitants avaient dû fuir et 
se réfugier pour la plupart dans le chôteau) , les abords du vil- 
lage étaient au pouvoir des ennemis , et on savait depuis la veille 
que Martinengue était en fuite; la garnison demanda à parle- 
menter et se rendit sur 1 1 promesse de la vie sauve. Les prison- 
niers furent au nombre d'environ treize cents, dont trois cents 
cavaliers. Les pertes éprouvées parles Ligueurs, dans les diffé- 
rents combats qui avaient eu lieu pendant ces deux jours , attei- 
gnirent le chiffre énorme de cinq cents hommes tués (1) ». 



(I) Docteur Gust. Lambert, toc. cit., p. 126 .— Nous avons suivi et reproduit en grau.le 
partie la relation de cet auteur, le plus complet sur ce sujet et qui s'est inspiré des nom- 
breux mémoires du temps , manuscrits ou imprimés , laissés par les divers capitaines qui 
jouèrent un rôle importaul clans celte époque troublée. — Les archives de la commune 



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204 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Chap. III. — Le Conseil communal. 

§ I. — Nomination et attributions ; budget . — L’administralion 
des biens et revenus de la communauté , la gestion de ses droits 
et actions étaient confiées à un Conseil nommé à l'élection de 
tous les chefs de maison, le 1 er janvier de chaque année: les 
fonctions étaient annuelles et obligatoires. Ce Conseil compre- 
nait, à la fin du XVI e siècle, un premier et un second consul, un 
trésorier, deux auditeurs des comptes, deux « alliouradours » et 
quatre estimateurs, en tout onze membres formant le conseil 
nouveau, auxquels s’adjoignaient leurs collègues de l’année pré- 
cédente ou le conseil vieux. 

Les délibérations n’étaient valables qu’autant qu’elles se te- 
naient sous la présidence du bailli du lieu, plus tard le juge , ou 
leur lieutenant, nommés par le seigneur et qui avaient mission 
de recueillir et décompter les voix, de s’opposer ou de protester 
contre toute délibération allant à l’encontre du seigneur , de la 
veuve et de l’orphelin. Cette obligation donna lieu parfois à de 
pénibles conflits, surtout lorsqu’il y avait procès entre la com- 
mune et le seigneur : une ordonnance du Parlement du 12 dé- 
cembre 1764, faisant droit à la requête des consuls , les autorisa 



d’Esparron ne renferment aucune pièce on écrit snr ce fait d'armes; tons les papiers an- 
térieurs â cette date ont même été perdus : en juin 1692, les consnls d’Esparron , sommés 
de présenter « le livre des délibérations du conseilh des années 1*80 * 1590» répondent < 
que les registres dont est question sont estes perdus le jour de Pâques de l'année 1591 
que ledit Esparron fust saccagé ». — Arch. corn. : Reg. des délibérations, II (1606 â 
1628), f- 317. 



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ESPARRON-DE-PALUÈRES. 



205 



à tenir conseil en dehors de la présence des officiers du seigneur, 
mais dans les seuls cas où les intérêts de la commune seraient 
en opposition avec ceux du seigneur, et commit à cet effet Léon 
Péna, de Rians, avocat en la Cour, pour présider le conseil. 

Les séances avaient lieu sur la place publique, devant, autour 
ou dans la nouvelle église paroissiale , avant qu'elle fut livrée 
au culte, dans la maison de l’un des consuls, du bailli ou de toute 
autre personne , dans la maison d’école et enfin , d’une manière 
régulière au siècle dernier, dans la maison commune. 

Le conseil ordinaire de la communauté, par opposition au 
conseil général comprenant tous les chefs de maison qui se réu- 
nissait dans les circonstances extraordinaires et pour l’élection 
du « nouvel état », avait à s’occuper , sous sa responsabilité ef- 
fective , de tout ce qui intéressait la commune : sa principale 
fonction était de pourvoir au paiement des impositions royales et 
du pays, des redevances seigneuriales, des intérêts d’emprunts, 
des dépenses du logement et d'entretien des troupes, des salaires 
des agents communaux, des gages et vacations des consuls, des 
réparations aux édifices publics, de l’entretien des rues, places , 
fontaines, puits, chemins, etc., des frais de procès, en un mot de 
toutes les charges communales, par les seules voies de l’emprunt 
ou de l’imposition appelée taille, levée sur le revenu cadastral de 
chaque particulier et perçue par le trésorier ou l’exacteur nommé 
après enchères ou , à défaut , d’office et qui recevait habituelle- 
ment pour sa peine le cinq pour cent de la somme à recouvrer. 

Le conseil nommait aussi à tous les emplois communaux , 
mais pour la seule durée de son mandat, c’est-à-dire, pour un an: 
ainsi le secrétaire ou greffier du conseil, habituellement un no- 



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206 



ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



taire des environs, pour rédiger et transcrire sur le registre les 
délibérations du conseil auxquelles iî assistait sans y avoir voix 
délibérative; le maître d'école, « le mestre ou régent des eschol- 
les pour enseigner les enffans dudit lieu , donner la vertu et es- 
lever la junesse à la crainte de Dieu et aux bonnes mœurs , à 
pache que tel mestre sera tenu d’enseigner les poures enffans 
qui vouldront aller à l’escholle sans rien payer »; le sonneur de 
cloche « lorsque y a apparence de maulvois tems pour la con- 
servation des fruits de la terre »; le valet de ville, dont la livrée, 
portant un écusson aux armes de la commune, se composait d’un 
habit de cadis bleu doublé de serge rouge et orné de galons de 
filoselle rougs, d’une paire de culottes et d’un chapeau ; le gabe- 
lier ayant le monopole de la vente du pain et du vin ; le campier 
ou garde-champêtre ; le porcher communal; le maréchal-ferrant; 
le chirurgien habitant la commune ou venant des environs pour 
assurer les soins réguliers aux malades, faire les saignées et la 
barbe ; la sage-femme ; les marguilliers ou recteurs des diverses 
confréries ou œuvres de la paroisse, etc. 

Le XVIII e siècle porta une grave atteinte aux anciennes fran- 
chises et aux libertés communales par la création des offices 
municipaux. Par son édit d’août 1692, Louis XIV, pour subvenir 
aux frais énormes des guerres malheureuses de la fin de son 
long règne, venait de créer l’office de conseiller-maire dans cha- 
que commune du royaume : les consuls d'Esparron s’empressè- 
rent d’adresser une requête au Roi pour en demander le rachat 
moyennant l’offre de 600 1. et les 2 sous par 1., « à condition , dit 
la requête, que cet office sera uni et incorporé au corps et com- 
munauté dudit lieu sans en pouvoir estre cy après désuni, et qu’il 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES, 



207 



sera exercé annuellement par le premier consul avec les hon- 
neurs et prérogatives portés par l’édit, sans pouvoir exiger d’au- 
tres gages , sans être tenu de prendre aucunes lettres de provi- 
sion, se faire installer , ni prêter serment ». Cette requête fut 
agréée, et un arrêt conforme du Conseil d’Etat, tenu à Versailles 
le 30 juin 1693 , en adopte les dispositifs et autorise la commune 
à faire un emprunt pour cet objet. 

Supprimée en 1717 , Louis XV eut de nouveau recours à cette 
mesure fiscale , peu après l’effondrement du fameux système de 
Law et par édit d’août 1722 , « comme le moyen le plus convena- 
ble et l’expédient le plus sûr et le moins onéreux pour le peuple , 
y est-il dit , pour assurer le paiement des arrérages et le rem- 
boursement des dettes de l’Etat ». Il en coûta à la commune 
d’Esparron la somme de 4,216 1. qui lui furent remboursées peu 
après, en conformité de l’édit de juillet 1724 qui rétablit la liberté 
consulaire. 

Ce ne fut qu’en 1743 et durant l’espace d’une quinzaine d’an- 
nées que les fonctions de maire furent exercées à Esparron par 
des personnes nommées directement par le Roi : des lettres pa- 
tentes données à Versailles le 14 juillet de ladite année nomment 
aux offices de conseiller-maire et de lieutenant de maire Joseph 
Rébuffat et Jean Finaud , qui conservent la dénomination de 1 er 
et 2 e consuls; ils furent intallés solennellement, après prestation 
de serment, par Joseph Giraudenc, avocat en la Cour, subdélé- 
gué de l’intendant au département de Rians. Claude Roux repi- 
place Rébuffat comme 1 er consul, suivant lettres données à Fon- 
tainebleau le 14 octobre 1747 ; Pierre Michel et André Rébuffat 
obtiennent les offices de 1 er et 2 e consuls par autres données à 
Versailles le 12 août 1754. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



En Tannée 1757, rassemblée des communes de Provence ra- 
chète du trésor public ces divers offices; la commune d’Esparron 
peut de nouveau procéder ô l’élection annuelle de ses consuls , 
privilège qu’elle conserve jusqu’à la Révolution. 

La coutume seule réglait les attributions et le mode de nomi- 
nation du conseil municipal : Pusage et la tradition suppléaient 
à la loi écrite. Mais en 1735 la zizanie est depuis longtemps dans 
les conseils et, à la suite de séances des plus orageuses, on vote 
un projet de règlement qui fut approuvé et homologué par un 
arrêt du Parlement du 10 mars 1742. 

Ce règlement municipal , en 30 articles , statue sur les 
points suivants : entrée au Conseil général de la communauté 
pour la nomination des officiers municipaux, le 1 er janvier de 
chaque année, de tout chef de famille ôgé de 25 ans , de bonnes 
vie et mœurs , payant l’impôt foncier et habitant la commune ; 
choix du 1 er consul , sachant lire et écrire, parmi les personnes 
allivrées 400 1., du second consul et des conseillers 200 1.; empê- 
chement pour les débiteurs , comptables et fermiers de la com- 
mune; incompatibilité entre parents rapprochés, père et fils , 
frères, oncles et neveux germains, beaux-frères; élection des 
consuls et conseillers sur la désignation des sortants de charge, 
en conseil général tenu le 1 er janvier, sous la présidence du juge 
ou son lieutenant, ouïe la messe du Saint-Esprit et dans la salle 
de la maison commune laissée ouverte de 10 heures à midi et 
fermée passée cette heure; vote au scrutin secret, par appel no- 
minal et après prestation de serment , au moyen de billes blan- 
ches ou noires pour Tadoption ou le rejet du candidat présenté 
par le sortant de charge ; ordre et tenue des séances , liberté de 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



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parole, défense d'interrompre, vote individuel et à tour de rôle ; 
délibérations transcrites sur le registre et signées séance tenante; 
obligation d'assister aux séances sous peine d'une amende 
d'une 1. au profit de l'hôpital du lieu; audition du compte tréso- 
raire le 1 er mai de chaque année; délibération préalable du con- 
seil pour la validité des enchères, contrats de ferme , prix faits, 
etc.; obligation de consulter un ou deux avocats pour intenter 
procès, y défendre, l'arbitrer , etc ; tarification des gages et va- 
cations des consuls; inventaire annuel des titres et papiers 
communaux, etc. 

Au commencement du XVII e siècle , le budget communal, qui 
avait à pourvoir au paiement des impositions du Roi et du pays, 
des pensions féodales , des intérêts d'emprunts et des legs cha- 
ritables, aux traitements des agents , aux frais des procès, etc., 
s'élevait en moyenne à un millier de livres , à 2,000 1. à la fin du 
siècle; il monta jusqu'à 5,000 1. pendant les dernières années du 
règne de Louis XIV, redescendit bientôt après à 3,000 1. et , en 
1789, il était de 4,600 1. En 1793, le principal des contributions 
foncière et mobilière pour l’Etat , le département et le district 
s'élève pour Esparron à la somme de 9,400 francs , et le budget 
communal est réduit à la seule ressource des centimes addition- 
nels : le budget de l'an IX ne porte en recettes que 251 fr. 21 c., 
produit des 5 centimes ordinaires, et en dépenses 857 fr.; le con 
seil demande au préfet l’autorisation de mettre de nouveaux cen 
times jusqu’à concurrence du déficit , « attendu qu'il n’y a à Es- 
parron ni biens communaux, ni octroi ». 

Actuellement , les derniers budgets présentent une recette de 
4,300 fr., provenant du produit de 69 centimes additionnels tant 

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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



ordinaires, extraordinaires que spéciaux : 2,360 fr. ou soit 34 fr. 
30 par centime , de 3 journées de prestation en nature : 940 fr., 
de la subvention du département et de l’Etat pour les écoles : 
825 fr. et de produits divers : 160 fr. 

§ II. — Instruction publique. — Lors de la discussion du compte 
trésoraire de 1607 , le consul vieux , remplissant le rôle d'impu- 
gnateur, fit rejeter, par raison d'économie momentanée, la somme 
de 24 1. montant des gages du maître d'école, sous le prétexte que 
cette dépense devait être] supportée par les pères des enfants, en 
employant de préférence les prêtres de la paroisse, et ce, malgré 
l'opposition du comptable qui disait que « de toute ancienneté au 
lieu d'Esparron ont teneu de mestres d'escolle ». On voit par 
cette réponse que le souci de procurer l'instruction primaire aux 
enfants ne date pas de notre siècle; il est même difficile de pré- 
ciser pour Esparron l'époque exacte de l'organisation de ce ser- 
vice communal. Quoi qu'il en soit , dès les premières années du 
XVII 6 siècle, l'école existe : le régent ou maître d'école reçoit un 
traitement de 24 1. et un peu plus tard de 36 1., traitement qui se 
maintint au même taux jusqu'à la Révolution. C'était parfois un 
des prêtres de la paroisse , mais le plus souvent un laïque, ordi- 
nairement le chirurgien; la gratuité n'existait que pour les en- 
fants pauvres. 

En 1794, l'ex-curé, Jean-Pierre Poulidon, déjà chargé de l’état 
civil , fut nommé instituteur public pour les 23 garçons inscrits 
à l’école, de l'àge de 7 à 14 ans, et AnneTaron épouse Pourrière , 
institutrice pour les 25 filles du même âge. La mauvaise tenue 
des registres de cette époque troublée ne permet pas de connaître 
leur traitement , ni le moment peu éloigné où ce service cessa : 
le budget de l’an IX ne porte encore aucun article à ce sujet. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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§ III. — Bienfaisance . — Il n'y avait pas à proprement parler 
d’hospice à Esparron , sous l’ancien régime : la maison que l’on 
appelait V hôpital était une simple chambre louée pour permettre 
aux pauvres passants d’y trouver un abri momentané et d’y 
passer la nuit : la bienfaisance s’exerçait à domicile et se donnait 
en nature. 

Comme toujours , les fonds consacrés à ce noble usage et dis- 
tribués par le conseil municipal lui-môme (il n’y avait pas de 
bureau de bienfaisance) , provenaient pour la plupart de legs 
charitables faits par les seigneurs du lieu. 

Marguerite de Forbin , femme de Charles d’Arcussia , l’heu- 
reuse mère de 22 enfants et , malgré ce, plus qu’octogénaire, 
laisse par son testament d’août 1637 un capital de 300 1. dont les 
intérêts devaient former la dot d’une fille pauvre de la localité 
afin de faciliter son mariage. Sa fille , Marguerite d’Arcussia , 
dame de Jouques , avait légué pour le môme objet en 1631 un 
capital de 450 1. : ces deux capitaux formant la somme de 750 1. 
furent payés , à la suite de la transaction du 5 mars 1665, par 
Charles d’Arcussia , sieur du Revest, entre les mains du tréso- 
rier du conseil communal qui en servit annuellement les 37 1. 
10 sous d’intérêts à titre de dot aux pauvres filles à marier, spé- 
cialement désignées par le seigneur du lieu , ainsi que l’ordon- 
naient les testatrices. 

Louise de Bausset , femme de Jean-Baptiste d’Arcussia , sei- 
gneur d’Esparron , lègue 1,000 1. aux pauvres d’Esparron par 
son testament de janvier 1715, et son fils , Pierre d’Arcussia , en 
lègue 2,000 l’année suivante « pour faire journellement du bouil- 
lon pour les pauvres mallades et mandians d’Esparron ». 



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ESPARRON-DEHPALLIÈRES. 



Les curés et prêtres du lieu contribuèrent aussi à augmenter 
les fonds charitables : Claude Sallier, vicaire perpétuel d’Espar- 
ron, par testament du 6 février 1698 (1), lègue 1,200 1. versées 
peu après à la caisse municipale par Joseph Sallier, héritier 
dudit Claude, dont les intérêts ou soit 60 1. devaient être em- 
ployés à Tachai de drap et vêtements pour les pauvres; François 
Martin son secondaire , en lègue 180 pour TŒuvre de la Misé- 
ricorde. 

En outre, le conseil approuvait annuellement certaines me- 
nues dépenses en viande , pain ou vin , donnés par les consuls 
aux pauvres, ainsi que les frais de transport des passants mala- 
des ou infirmes jusqu’aux communes limitrophes , Rians et 
Saint-Martin-de-Pallières ; dans les années de disette, qui no- 
taient pas rares au siècle dernier , il empruntait de 20 à 30 char- 
ges [32 à 48 hectolitres] de mescle [mélange de blé et d’orge ou 
de seigle] et parfois la même quantité de blé de semence pour 
être prêtées aux nécessiteux jusqu’à la récolte prochaine. 

Le service charitable , suffisamment organisé sous l’ancien 
régime , est aujourd’hui confié à un Bureau de bienfaisance qui 
dispose d’un revenu annuel de 581 fr. en rentes sur l’Etat; ce 
bureau fut primitivement constitué , en 1794, au moyen d’un ca- 
pital de 4,2591. restant dû au chapitre des chanoines de Grignan, 
prieur d’Esparron, sur le prix de vente de la seigneurie du Re- 
vest, acquise par les d’Arcussia, et le solde en fut payé au rece- 
veur des domaines du bureau de Rians par la dame de Lordoné, 
née Allègre , en qualité do tutrice de sa petite-fille , Cécile de 
Lordoné, plus tard épouse de Sinety. 

(1) Blanc, notaire II Sainl-Marlin-üe-Pallières Arch. com. d’Esparron, BB. 5, f* 101. 



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ESPARR0N-DE-PALL1ÈRES. 



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§ IV. Logement et passage de iroupes ; service militaire . — A 
la suite de la journée d' Esparron et pendant la première moitié 
du XVII e siècle, une des plus lourdes charges pour la commune 
provenait des dépenses des gens de guerre, passant ou séjour- 
nant fréquemment à Esparron ou dans les localités voisines; il 
fallait tout d'abord leur fournir la nourriture soit en nature, soit 
en argent , sauf plus tard à se faire rembourser par les consuls 
et assesseurs d'Aix, procureurs-nés du pays, qui concentraient 
toutes ces dépenses et en faisaient la répartition par commune , 
suivant le nombre de feux auxquels elles étaient taxées : c'est 
ce qu’on appelait « les esgallisations ». 

En juin 1591, le conseil députe à Aix un des consuls pour por- 
ter le compte des paiements faits aux troupes, « aux festes de 
Pâques dernières », à raison de 30 sous le jour pour un gen- 
darme [cavalier] et un florin ou 16 sous pour un soldat à pied. Il 
lui faut tenir , pendant 4 ans , un homme, à raison de 12 écus le 
mois pour la garde du château ; contribuer à la dépense faite à 
Esparron , en juin 1593 , par « la compagnie du sieur de Belloc 
et les Escarrabins », en juin 1594 à « Pentretènementdes arque- 
busiers à cheval de la garde du sieur de Lesdiguières logés à 
Barjols depuis le mois de mai précédent »; tenir aux frais de la 
communauté et pendant cinq mois, deux hommes ou pionniers 
pour les travaux de défense exécutés à Peyrolles; envoyer im- 
médiatement et par ordre des procureurs du pays, en août 4611, 
un homme par feu pour combler les fossés de Saint-Maximin. 

De 1629 à 1632, à l'occasion de la guerre contre les Espagnols 
qui s'étaient emparés des îles Sainte-Marguerite et menaçaient 
les côtes de Provence, il y eut de fréquents passages de troupes 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



occasionnant de nouvelles dépenses : le 25 février 1629 , « le 
conseil a ratiffié la somme de 6 pi s toiles bailhées à ceulx qui 
conduisoient le régiment du seigneur de Buoux collonel , tant 
pour espragner la collation qu’il convenoit donner audit régi- 
ment passant par ledit lieu que pour garder qu'il ne se fît aul- 
cune insollance ». C’était là la grande peur des habitants , peur 
bien justifiée sans doute , car , le 22 octobre 4631, sur le simple 
avis qu’ils vont avoir à loger les six compagnies du régiment du 
maréchal de Vitry, « ce que peult apporter, disent les consuls , 
une grande incommodité et désolation audit lieu », le conseil dé- 
libère qu’il vaut mieux faire comme à Jouques et , plutôt que de 
loger, emprunter, s’il le faut, les 140 écus exigés pour la dépense 
de ces troupes , sans y comprendre l’avoine et le foin pour les 
chevaux. 

Aussi , le conseil a soin de se ménager les bonnes grâces de 
ceux qui peuvent l'exonérer de cette charge : le 15 août 1649, il 
donne mandat aux consuls « de norrir et paier les gardes de M. 
le gouverneur qui favorisent le lieu d’Esparron » et plus tard il 
s’empresse d’approuver « les 4 pistolles qui furent données en 
présent à des personnes d’authorité ayant pouvoir d’exempter la 
communauté du logement des gens de guerre ». 

Le service militaire n’était pas exigé d’une manière constante: 
les grandes armées permanentes n’existaient pas encore ; la 
conscription , du moins telle qu’elle se pratique aujourd’hui , 
n’était pas connue. 

En temps de guerre et dans les périls graves , chaque com 
mune devait fournir un milicien par feu , qu’elle devait armer, 
équiper et payer : Esparron, taxé à un feu trois quarts, était tenu 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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à deux miliciens, Saint-Martin-de-Pallières, son voisin , taxé à 
un quart de feu, lui venait en aide pour ce complément. 

C’est ainsi qu’en février 1616 , conformément à un arrêt du 
Parlement, le Conseil municipal nomme deux hommes d’Espar- 
ron qui seront équipés, armés d’arquebuse aux frais de la com- 
munauté et payés à raison de 15 1. par mois à chacun d’eux. En 
mai 1650, sur Tordre du gouverneur , il désigne deux miliciens 
auxquels il sera fourni de l’argent et des armes et donne charge 
aux consuls « d’atreuver à ses plasses , sy se peult, aultrement 
que les desnommés serviront d’office ». 

Le seigneur du lieu était, par contre, tenu au service militaire 
personnel ; il servit avec honneur , notamment pendant les trou- 
bles dits du semestre. Le 1 er janvier 1650, le conseil d’Esparron 
« donne charge au trésorier de ne fere aulcune demande à M. 
d’Esparron [Jean-Baptiste d’Arcussia] pour le paiement de sa 
taille, attandu que ledit sieur a suivy M. le gouverneur [le comte 
d’Alais] et a fait beaucoup de despance à son particulier, que par 
ce moien la communauté et particuliers dudit lieu sont estés fa- 
vorisés de n'avoir heu nul logement de gens de guerre, ny aul- 
cune subsistance par mondit sieur le gouverneur ». 

Le tirage au sort entre les jeunes gens de 16 à 40 ans et, à 
leur défaut, les hommes mariés de cet âge, n’eut lieu d’une ma- 
nière régulière qu’à partir du XVIII e siècle; mais on n’y recourait 
qu’à défaut d’engagés volontaires qui recevaient à leur départ 
une prime d’environ 200 1. formée par les jeunes gens soumis à 
la milice. Des ordonnances de Louis XIV, de 1704 et 1705, édic- 
tent des peines sévères, le fouet et la marque, contre ceux qui ne 
se présentaient pas et étaient déclarés déserteurs , ainsi que 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



contre ceux qui se faisaient remplacer moyennant finances ; en 
revanche, durant leur service, qui n'était que de trois ans et pen- 
dant un certain nombre d’années après leur libération, ils étaient 
exonérés de tout ou partie de leurs contributions. 

Néanmoins, il n’était pas rare de voir le jeune homme désigné 
par le sort se soustraire par l’évasion aux obligations du service 
militaire; dans ce cas, le père ou les frères de l’appelé étaient 
personnellement responsables. 

En septembre 1792 , un accès de patriotisme s’empara de cette 
population agricole : 7 volontaires s’inscrivirent pour voler au 
secours de la 'patrie déclarée en danger; ils reçurent chacun 
une indemnité de 350 1. ou soit 2,100]1. pour le tout, que la dame 
d’Esparron fut contrainte d’avancer , mais avec la garantie des 
128 particuliers ou contribuables réunis en conseil général. 

L’année suivante , on fit une nouvelle levée vraiment extraor- 
dinaire de 28 jeunes gens de 18 à 25 ans, à destination de l’armée 
d’Italie : ils n'eurent cette fois de volontaires que le nom et, dans 
la suite, les procès-verbaux des maires d’Esparron constatent 
tous qu’il ne s’est présenté aucun volontaire sur le contingent à 
fournir par la commune. Ils ne marchent plus dès lors que con- 
traints et forcés , et, en mai 1800, N. Chevezet, capitaine d’un 
détachement de carabiniers, arrive à Esparron pour procéder à 
l’arrestation de 5 conscrits et de 5 réquisitionnaires destinés à 
Aix et à Dijon. Enfin , 9 déserteurs d’Esparron jouissent du bé- 
néfice de l’ammistie de l’an X accordée par le premier consul et 
reçoivent leurs congés définitifs : ils avaient dû se joindre à ces 
bandes de réfractaires qui , pour se soustraire à la conscription 
et aux levées incessantes de tous les hommes valides , s'étaient 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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réfugiés dans les bois et les montagnes des environs , rencon- 
trant tout d’abord la sympathie et la protection des habitants ; 
mais peu à peu les réfractaires , enhardis par l’impunité , se li- 
vrèrent à toute sorte d’excès ; ils devinrent la terreur du pays et 
méritèrent par la multiplicité de leurs crimes le nom de brigand*. 

§ VI. — Peste. — Une des grandes préoccupations du conseil 
et qui n’admettait pas de retard , était de prendre les précautions 
usitées et recommandées contre ce mal terrible et contagieux , la 
peste. Dès que la nouvelle se répand , le conseil fait fermer les 
portes du village , il ordonne d’élever des barricades à tous les 
passages et avenues , afin de ne laisser entrer personne « sans 
bonne bilhette » et fait dresser le rôle du cappage ». 

Cette épidémie est signalée à Esparron ou dans ses environs en 
août 1621, juin 1629, mai 1630, avril 1640, février 1650 et août 
1720. 

Le 3 mai 1630 , sur l’avis transmis par les consuls qu’il vient 
d’arriver un homme de Chéteau-Gombert, banlieue de Marseille, 
suivi de son valet , qui demande qu’on lui assigne un quartier 
dans le territoire pour purger leur quarantaine, le conseil déli- 
bère qu’ils seront internés au quartier de Montmajour « en lieu le 
plus commode qu’il sera advisé par M. le juge et les consuls, en 
consignant toutesfois argent entre les mains dudit sieur juge 
pour les frais et à la charge qu’il leur sera donné deux hommes 
suffisans et cappables pour les garder durant ladite quaran- 
taine ». 

Toute réjouissance, toute fêle publique étaient supprimées 
durant ces temps calamiteux : en avril 1640 , le conseil prie le 
seigneur du lieu de taire défendre les danses, « attendu le mal- 
heur qui arrive en ceste province ». 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



La terrible peste de 1720 ne paraît pas avoir causé de grands 
ravages à Esparron : les archives communales ne mentionnent 
que les mesures de précaution prises contre la propagation du 
fléau. Dès la réception de l’arrêt du Parlement du 2 août 1720, 
donnant connaissance que la peste sévit à Marseille et à Aix, le 
conseil institue une commission permanente composée de 4 mem- 
bres appelés « les Intendants de la santé »; il ordonne qu’il sera 
fait « un cappage » ou rôle sur lequel sont inscrits 156 noms des 
habitants devant monter une garde de 24 heures aux «barrières» 
élevées aux avenues du village, charge Joseph Galleuil , chi- 
rurgien , maître d’école et greffier du conseil , de dresser les 
« billets de santé », imprimés par N. David , imprimeur à Aix, 
dont le coût est de 7 1. 10 sous le mille , et marqués aux armes 
de la commune au moyen d’un sceau gravé par Bonard , serru- 
rier ô Rians ; achète de la poudre et des balles et fait réparer de 
vieux fusils pour armer les hommes de garde, « attendu, dit la 
délibération , qu’il se murmure de quelques surprises par les 
partis qu’on dit qu’y se font aux autres endroits »; appelle le P. 
Laget, religieux observantin pour venir servir la paroisse comme 
secondaire , en l’absence de Jean Caillat, vicaire perpétuel d’Es- 
parron qui ne retourne que le 18 octobre ; en vue d’assurer l’ali- 
mentation publique et d’éviter le renchérissement , il interdit la 
vente et la sortie d’aucun mouton dans tout le territoire de la 
commune ; achète du sel , à raison de 7 1. la panai de 16 litres et 
de l’huile, à raison de 100 1. le quintal [40 kilos], du vinaigre 
« pour y tremper l’argeant et lettres dedans »; alloue un sou par 
jour au tambour qui bat la retraite tous les soirs avant la ferme- 
ture des barrières. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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Au « bureau de santé » incombe le soin du service sanitaire ; 
ses délibérations visent spécialement les mises en quarantaine : 
Raimond Galleuil , venant de Marseille , est envoyé en quaran- 
taine « dans une cabane au quartier de Pilaud dit la Tuny »; 
Jean-Baptiste Pourrières, venant de Septèmes , « dans la cabane 
à Pieradeau qui lui appartient »; le vicaire Cailla t, « à la bastide 
de Thérèse Rébuffat, femme de Pierre Tollon, bourgeois de Mar- 
seille », qui réclame quelques années après à la commune 75 1. 
pour privation de sa maison de campagne et dommages faits à 
cette occasion. 

Le bureau ordonne encore qu'il sera appelé N. Roquebrune , 
docteur en médecine à Rians, pour visiter la demoiselle Finaud 
et « veoir si son incommodité est dangereuse on non » (1 er oct.); 
il refuse de recevoir, môme avec quarantaine, Laurent Rébuffat, 
né à Esparron , prêtre à Saint-Cannat , « attandu qu'il vient d'un 
endroit fort suspect et en dehors de la ligne » (19 décembre). 

La garde des barrières se faisait parfois avec une violence et 
une rigueur qui n'avait d’excuse que dans un apeurement assez 
justifié: en octobre de cette triste année , plainte est portée 
devant le juge d’Esparron par Alexis Honorât , dudit lieu, disant 
que sa femme , Louise Gautier , étant sortie le matin avec un 
billet de santé pour aller à Rians , ne put rentrer le soir à Es- 
parron , repoussée qu'elle fut par Mathieu Florens , alors de 
garde, qui l'injuria et lui tira un coup de fusil qui l'atteignit au 
bras gauche. 

En i722, le fléau avait totalement disparu : Jes mesures sani- 
taires et de défenses furent partout levées. D'après un état gé- 
néral dressé à la requête des consuls d’Aix, procureurs du pays, 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



les dépenses de toute nature faites à l'occasion de la peste , s'é- 
levèrent pour Esparron à la somme de 1,121 1., 17 s. 2 d. 

§ VII. — Rapports avec le seigneur . — Pour maintenir et as- 
surer les bons rapports entre le seigneur et les habitants , le 
conseil se fait un devoir , à tout évènement heureux ou malheu- 
reux arrivant à sa famille, de lui donner une marque de sa sym- 
pathie, soit par un présent, soit en s'associan t à son deuil. 

.. .« A esté remonstré par lesdits consuls que , lhorsdu ma- 
riage (contrat du 2 déc. 1657) de la damoiselle d’Esparron (Ga- 
brielle d’Arcussia , fille de Jean-Baptiste) avec M. le conseiller 
de Voulonne (Jean-François Maurel, seigneur de Volonne et 
Pontevès), il feust treuvé bon de lui faire un présent, au nom de 
la communauté, ce qu'ils ont faict, ayant employé à l’achapt de 10 
coqs d’inde valant 18 1., 9 chapons 18 1., 12 poulets 3 l. 12 sous 
et pour 60 livres (les 2 livres 1/2 faisant le kilo) de rabasses 
(truffes) 12 1., revenant, en tout à la somme de 62 I., 12 sous ». 
Adopté. 

En février 1669, à l'occasion du mariage de Pierre d'Arcussia, 
fils dudit Jean-Baptiste, avec Delphine de Ramel, de Marseille, le 
conseil fait présent au marié « d'un per de chandelliers d’argent 
fin à flambeau, pesant quatre marqs , deux onces, deux ternaux 
et demy, à raison de 28 1. le marq et , oultre ce , 15 1. de façon , 
revenant le tout à 135 1.; apert de l'acquit du m e orfèvre , signé 
Meissonnier, en date du 15 juin courant ». 

Le 13 déc. 1716, il fait dire une grand'messe pour le repos de 
l'âme dudit Pierre d'Arcussia et une autre , le 2 février 1725 , 
pour celle de la marquise douairière d’Esparron , Blanche de 
Gypriani, sa veuve. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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En octobre 1758 , l'arrivée à Esparron du nouveau seigneur , 
Joseph-François de Lordoné, qui venait d'acquérir la seigneurie 
de Charles-Joseph d’Arcussia , donna lieu à quelque réjouis- 
sance : le conseil approuve la dépense de 12 1. pour achat de 
poudre et celle de 3 1. prix « des deux rubans de soye fleuris 
pour les bouquets qui sont été donnés aux dames ». 

Son petit-fils , Joseph-Hilarion-Mathieu de Lordoné, dispensa 
la commune du présent qu’elle était en usage de faire à l’occa- 
sion du mariage de ses seigneurs. Marié à Aix , le 27 septembre 
1785, avec Pauline-Françoise de Bonneti, il arrive à Esparron 
peu après, et un mandat de paiement des consuls au trésorier, du 
30 septembre, ne constate qu’une dépense de 15 1. 10 s. pour le 
repas des administrateurs et des apparents ou notables réunis 
en corps de communauté pour la réception des nouveaux époux 
et le souhait de bienvenue, « seule réjouissance qui s’est faite , 
attendu que ledit seigneur a bien voulu , par bonté , ne vouloir 
autre chose simplement que la réception de la part de la com- 
munauté ». 

Chap. IV. — Religion, clergé, confréries, usages. 

§ I. — Construction de V église paroissiale actuelle . — L’antique 
église paroissiale de Saint-Jacques , située sous le château, à 
clastro vieillo, se trouvait trop isolée et comme en dehors du 
village, qui tendait à descendre pour se rapprocher de la plaine. 
On délibéra d’en construire une nouvelle près des aires, sur 
remplacement donné par le seigneur et on convint que les trois 
intéressés , à savoir le seigneur du lieu , le chapitre de Grignan 



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222 



ESPARRON-DE— PALL1ÊRES. 



comme prieur-décimateur et la communauté, contribueraient à la 
dépense, chacun pour un tiers. 

Commencée vers 1605, l’église paroissiale de Notre-Dame-de- 
l'Assomption fut achevée vers 1625. Pour subvenir à la part con- 
tributive de la commune, déjà fortement obérée par le service de 
ses emprunts , le conseil renouvelle chaque année , pendant la 
durée des travaux, le traité à forfait conclu avec les rentiers du 
prieuré, c’est-à-dire de convertir en argent, applicable à ces tra- 
vaux, l’obligation où étaient lesdits rentiers de fournir, en sus 
du prix de leur arrentement , les honoraires du prédicateur du 
carême, « le sermonnayre », les quatre charges de blé données 
annuellement comme aumône à une ou plusieurs filles pauvres 
de la localité pour faciliter leur mariage et « la vaquette », ou 
somme annuelle de 30 1. destinée aux réjouissances publiques. 

Le bayle a beau s’y opposer et protester, disant que « la parolle 
de Dieu ne se peult point vandre , ansamble les choses destinées 
aux poures », le besoin d’argent est trop pressant et on passe 
outre. 

§ II. — Clergé . — Le service paroissial était fait par trois 
prêtres, un curé et deux secondaires, nommés par le chapitre de 
Grignan, prieur d’Esparron ; ils étaient essentiellement amovi- 
bles et recrutés parfois fort à la légère : arrivant de pays diffé- 
rents, ils ne se connaissaient pas ; aussi le respect réciproque et 
la bonne harmonie ne régnaient pas toujours entre eux. 

Le 28 décembre 1616 , les consuls exposent au conseil que , 

« le jour d’hier , 27 e du présent mois , dernières festes de Noël , 
allant la procession dudit lieu à Nostre-Dame-du-Revest dire la 
saincte messe à l’autel de Saint-Jean, suivant l’antienne cous- 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



223 



tume , estant les prestres dudit lieu en chemin et dans le village 
et en procession , seroit survenu entre lesd. prestres certains 
differans et parolles injurieuses et en suitte de quoy lesd. pres- 
tres se seroient entrebattus en plaine procession , au grand es- 
candalle de tous le peuple , ayans esté constraints les retourner 
de lad. procession , n’ayant peu à ceste occasion entandre messe 
de ce jour ; ce que voyant et attandu tant d’autres escandalles 
que nous donnent journellement dans lad. eglise et que hostent 
la dévotion à tout le peupple d’aller à l’eglise servir Dieu, lesd. 
conseuls auroient estés contraints se retirer par devant le sieur 
baille du seigneur dud. lieu et luy donner querelle pour faire in- 
former, et parce que Dieu y est intéressé, à cause des escandalles 
qu’ils donnent tous les jours, ayant fort longtemps qu’ils y conti- 
nuent, prient le conseil de voulloir delliberer que la communauté 
poursuivra lesd. informations soit par devant monsieur le grand 
vicaire ou aultrement, à ces fins depputer homme pour ce fere... 
Ce qu’antandu par led. conseilh, ont tous unanimement delliberé 
et donné charge à messieurs les conseuls de aller à Aix donner 
requeste à monsieur le grand viquere, à ce qu’il lui plaise de leur 
voulloir hoster dud. Esparron messire Christol Martin , messire 
Pellicot et messire Fenoulh, attandu qu’ils ne peuvent estre d'a- 
cortet hont journellement des querelles dans l’eglise et commet- 
tent mille escandalles et leur en donner d’aultres qui soient gens 
de bien et de paix ». 

Non contents de ce scandale, ces prêtres irascibles en donnent 
un plus grave encore quelques jours plus tard :. . . « A esté re- 
monstré par lesd. conseuls que, cejourd’hui (6 janvier 1617), jour 
des Rois , messieurs les prestres résidant audit Esparron , de 



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224 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



matin, en disant la sainte messe, Mess. Christol Martin et Mess. 
Eizias Fenoulh ont heu querelle dans l’esglise, c’estans embras- 
sés et donnés ung grand escandalle à tout le peupple et mesmes 
que, apres midy, ils se courroussoient au devant de lad. eglise , 
requérant y prouvoir , attandu les grands menaces qu’ils se di- 
soient l’ung à l’auttre. . . Ce qu’antandu par led. conseilh, pour 
esvitter à quelque grand malheur et inconvénient, attandu lesd. 
prestres s’entrebattent presque tous les jours dans lad. eglise, 
ont ordonné et donné charge auxd. coiiseuls de prendre les clefz 
de l’eglise et icelle fermer jusques à ce que monseigneur d’Aix y 
aura prouvu, par devant lequel ont donné charge auxd. conseuls 
de poursuivre les faictz de la requeste aud. seigneur d’Aix pré- 
santée ». 

Pour mettre un terme à tous ces désordres, le conseil adresse, 
au nom de la communauté, une supplique aux chanoines du cha- 
pitre de Grignan pour qu’ils mettent, à la place de ces curés ré- 
vocables à volonté et nomades, un vicaire perpétuel lequel nommé 
à vie assurera mieux le soin des âmes et l’administration de 
l’église; persuadé, d’ailleurs, qu’ils accueilleront favorablement 
cette demande, « puisque, à toutes les occasions qui se sont pré- 
sentées, ils ont tesmoigné à lad. communauté et aux particuliers 
habitans leur protection et bonne affection ». La supplique fut 
agréée et Mess. Claude Franc, déjè curé, commence la série des 
vicaires perpétuels d’Esparron , qui dura de 1633 à 1750. 

Mais le conseil est chatouilleux sur la question religieuse : il 
entend que le service se fasse d’une manière régulière et que 
chacun reste dans ses attributions et le dû de sa charge. Le curé 
ayant été autorisé par l’archevôque d’Aix à prêcher la station du 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



225 



carême dans sa paroisse et à en toucher les honoraires, le con- 
seil proteste et délibère que, puisque « il est occupé à faire sa 
charge de prédicateur, il mette un prebstre pour faire la fonction 
de sa charge de curé » (Février 4631). 

Les prêtres du lieu ont pris le service de la chapelle de Saint- 
Nicolas, située près et en dehors du parc du château et où le 
seigneur de l’endroit se rend ainsi que sa famille et ses servi- 
teurs ; ils reçoivent pour cela une allocation de 45 1.; le conseil , 
disant « qu’ils ne peuvent servir deux maîtres à la fois et tirer 
double paye », délibère de donner requête à l’archevêque d’Aix. 

Il se plaint encore, en 4646 , que Mess. Franc (1), devenu vi- 
caire perpétuel , « ne subjourne pas audit lieu , mais bien il de- 
meure plus de la moitié du temps dehors, tant à Aix pour procès 
que ailheurs , prolongeant ainsi tous les mariages qui se con- 
tractent pour en avoir quelque payement, que est cause que plu- 
sieurs mariages se deffont ». 

A ce moment et par un revirement qui est bien dans la nature 
humaine, le conseil voudrait revenir à l’ancien état de choses et, 
au lieu d’un vicaire perpétuel, remettre un curé amovible, a lequel 
appréhendant d’être changé feroit par ce moyen son debvoir ». 
Cette demande ne fut pas accueillie par le chapitre de Grignan 
et ce fut avec raison ; car , depuis cette époque et jusqu’à la Ré- 
volution , les vicaires ou curés à vie, par leur résidence prolon- 



(!) Il eut l'honneur de présider aux deux principaux faits religieux arrivés dans sa pa- 
roisse an XVII* siècle, et qui ont marqué le commencement et la Qn de son long minislère 
de 36 ans : l’érection i Esparron de l’Association dn Rosaire Perpétuel en 1681 et de la 
Confrérie do Saint-Joseph en 1661 ; preuves certaines et suffisantes de son xèle et de son 
esprit de piété. 

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226 



ESPARRON- DE— PALLJ ÈRES . 



gée au milieu de leurs paroissiens , purent exercer la plus salu- 
taire influence sur celte population religieuse; plusieurs , d’ail- 
leurs , ont été remarquables par leur zèle et la sainteté de leur 
vie; ils ont laissé dans le pays de profonds souvenirs. 

§ III. — Association du Rosaire perpétuel. — Le 7 septembre 
1631 (1), les consuls exposent au conseil vieux et nouveau réuni 
« au devant de l’esglize », que « tant le seigneur de ce lieu que 
aultres particulliers , portés de zelle et devoction à la glorieuse 
Vierge Marie , mère de Dieu , auroient trouvé bon de eriger et 
draisser en l’eglize parochialle de ce lieu la confrérie du Saint- 
Rosaire et que, pour ce faire, se seroient retirés au Reverend 
Pere prieur du couvent royal de la ville de Saint-Maximin qui , 
de sa grâce , auroit mandé en ce lieu un de ses pères relligieux 
pour fonder et instituer lad. confrérie du Saint-Rosaire; et d’ail- 
leurs est venu à sa notice que feue madame de Jouques [Mar- 
guerite d’Arcussia , fille de Charles et femme d’Antoine de Cas- 
tellane, seigneur de Jouques], par son dernier testament, a légué 
la somme de trois cents et tant delivres, les inthérêts de laquelle 
somme veult qu’ils soient annuellement bailhés à lad. confrérie 
du Saint-Rosaire pour aumosne pour l’entretenement d’icelle...» 

Le conseil, à l’unanimité , délibère que lad. confrérie sera 
érigée et donne mandat aux consuls de faire à raison de ce tout 
le nécessaire. 

Suit le procès-verbal d’érection : 

« L’an et jour que dessus, et dans le chasteau seigneurial dud. 
lieu, par devant R. P. frere Paul Jourdain , religieux confesseur 

(1) Arclj. comm. d’Esparron. Reg. des délib., III (1099-1670; f* 49. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



227 



et prédicateur ordinaire du couvent royal de la Sainte-Magda- 
laine en Saint-Maximin , de l’ordre des Frères Prescheurs de la 
congrégation de Saint-Loys , ce sont présentés M e Joseph Cas- 
toul, premier consul et Honoré Jaubert, son compagnon, lesquels 
entandant les grands bien et fruict espirituel que la confrérie de 
Notre-Dame du Saint-Rosaire produictès lieux où elle est cano- 
niquement erigée et les estatuts d’icelle exactement observés, et 
estant d'ailheurs bien certifiés du pouvoir et authorité que le 
Saint-Siege apostolique a donné par privilège à l’ordre des 
Frères Prescheurs d’instituer lad. confrérie ès lieux qui la de- 
mandent, ont très-humblement supplié led. R. P. Paul Jordain , 
au nom de tous les habitants , de voulloir , selon le pouvoir qui 
luy a esté donné , eriger et instituer en ce lieu lad. confrérie de 
Notre-Dame du Rosaire, avec tous ses privilèges et pardons , 
destinants ou déterminants lesd. suppliants, pour les exercises 
et service d’icelle à perpétuité, la chapelle qui est dans l’eglize 
parrochialle dud. lieu et au dessoubs du clocher , laquelle ils 
promettent à orner d'un tableau des mistères du Saint-Rosaire et 
aultres parures et ornements requis pour y faire le service de la 
Sainte-Vierge , s’obligeants encore d’entretenir, conserver et 
promouvoir, en tant que sera en eulx, lad. confrérie et d’observer 
et de faire observer de poinct en poinct tous les estatuts et réglés 
d’icelle. A quoy inclinant, led. R. P. Paul Jordain et après avoir 
apreuvé le zelle et devoction desd. suppliantz à l’endroict de la 
Vierge , a institué et érigé lad. confrairie avec tous ses privilè- 
ges et pardons en lad. eglize et chapelle , avec cette condition 
toutesfois que, cy à l’advenir son ordre avoit maison ou couvent 
en ce lieu , lad. confrairie^ sera à l'instant changée et transpor- 



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228 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



tée avec tous ses droits , revenus et esmoliuments , ce que lesd. 
suppliantz ont acceptés et promis d’observer. En foy de quoy se 
sont soubsignés : signés au registre : François d’Arcussia , 
Roux, Rebufifat, lieut. de juge, fr. Paul Jordain etCollomby, 
greffier ». 

§ IV. — Confrérie de Saint-Joseph. — En l’année 1660 (1), Jean- 
Louis Finaud (2), d’Esparron , animé d’une grande dévotion 
envers Saint-Joseph et obéissant , à ce que raconte la tradition , 
à une inspiration divine , fait vœu de bâtir dans l'église parois- 
siale une chapelle dédiée à ce saint et d’ériger une confrérie sous 
son nom. En effet, le 2 mars de ladite année, on pose solennelle- 
ment la première pierre de cette chapelle qui fut terminée le 12 
septembre suivant; on l’inaugure avec grande pompe par une 
grand messe et une procession générale. 

Cette vive dévotion à Saint-Joseph gagna bientôt tout le village: 
le 24 avril 1664 (3), le Conseil générai de la commune , composé 
de la plupart des chefs de maison , avec l’assistance du vicaire 
perpétuel , messire Claude-Franc , et de Louis Finaud, le fonda- 
teur de la chapelle, délibère d’ériger dans la paroisse la confré- 
rie de Saint-Joseph et adopte les résolutions et articles suivants, 
transcrits sur le registre des délibérations : 

1° « Que ceste communaulté se mettra, comme elle se met dès 
à présent, soubz la protection specialle du glorieux Saint-Joseph, 



(1) Arch. paroissiales d'Esparron. Heg. de la Confrérie de Saint-Joseph. 

(2) Mourut le 30 oct. 1686, h l’âge de 72 ans, c ayant receo tons les sacrements de l’e- 
glize et fut inhumé h la tombe de ladite chapelle [requiescnt in pace). »— Reg. delà Con 
frérie , f* 2. 

(3) Arch. eomm. UH., f« 244. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



229 



vray espoux de la mère de Dieu et père nourrissier du Verbe 
Incarné , et le prendra et choisira, comme elle le prend et choisit 
dès maintenant pour son patron et advocat spécial devant Dieu 
et pour son protecteur en terre , sans préjudice de l'honneur 
qu’elle doibt à la mère de Dieu , sa patronne de tout temps , 
laquelle elle rcverera tousiours comme telle ; 

2° « Que le premier jour de l’an, auquel se faict le nouveau estât, 
à l’issue de la maison commune , les nouveaux consuls , suivis 
de tout le conseil , s’en iront droict à lad. chapelle pour rendre à 
Saint-Joseph homage et soubmission au nom de toute la com- 
munaulté et luy offriront en tittre de reconnoissance un cierge 
blanc; 

3° « Que tous les ans , au jour de sa feste, qui tombe le 19 de 
mars, on fera chanter en lad. chapelle une grande messe et se 
fera une procession générale par le village; à laquelle les con- 
suls et les chefs de famille assisteront et en icelle sera portée 
avec grand honneur et révérence une statue du saint; 

4° « Que, lhors des calamités publiques de peste, de guerre, de 
famine , de secheresse extraordinaire et aultres semblables 
fléaux , tous les habitans auront recours audit saint, comme leur 
protecteur et bon pere, pour obtenir de Dieu par son entremise 
le remede [aux maux] dont ils seront menassés ; 

5° « Que pour la conservation de lad. chapelle et pour y faire 
continuer le service divin , on erigera , de l’authorité de monsei- 
gneur l’Eminantissime cardinal archevêque d’Aix, nostre prélat, 
une confrérie à l’honneur dud. saint, laquelle sera regie et ad- 
ministrée par trois prieurs ; le premier desquels sera tousiours 
un des consuls, le second un des notables du lieu et le troisième 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



un mestre menuisier ,une année el l’aultre année un mestre mas - 
son, alternativement ; lesquels prieurs sont choisis par le conseil 
general de la maison commune ; . . . 

« Ensuitte de ceste dellibération, tous les habitants de ce lieu 
sont admonestés et en quelque façon obligés d’estre singulière- 
ment dévots, chacun en son particulier, au glorieux Saint-Joseph 
et de le prendre pareillement pour patron et protecteur spécial 
de leurs familles et pour le pere de leurs âmes, se professant 
publiquement ses très-humbles et fidelles vassaux et faisans 
gloire de se qualifier tels à toutes les occasions ». 

La confrérie de Saint-Joseph s’est maintenue jusqu’à nos jours, 
sans aucune interruption , môme durant la période révolution- 
naire. Au siècle dernier, ainsi qu’il résulte du registre de la con- 
frérie tenu avec ordre , le nombre des confrères variait entre 40 
et 50 membres; après les cérémonies religieuses, ils se réunis- 
saient le 19 mars de chaque année, au Grand Logis qui avait 
pour enseigne l’Ecu de France (le Bonnet Phrygien y sous la 
Révolution) et là, après le repas et en présence du curé, ils pro- 
cédaient à l’élection des nouveaux prieurs, réduits à deux , et au 
règlement des comptes : outre les quêtes faites au village et la 
fourniture de la cire aux principaux enterrements , la principale 
recette provenait de la cotisation de chaque confrère fixée à un 
demi-panal [8 litres] de blé , et pouvait monter le tout à environ 
100 1.; les dépenses comprenaient l'achat de la cire , l’honoraire 
de la grand’messe du jour de la fête , l’entretien et réparations de 
la chapelle, et le repas des confrères revenant à 16 sols par tête. 

§ V. — Oratoire de Notre-Dame de Louvière. — La population 
d’Esparron était foncièrement religieuse, les faits cités plus haut 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



231 



le prouvent surabondamment : aussi n’y mit-on pas un instant 
en doute l’intervention du surnaturel qui s’y manifesta une se- 
conde fois. 

Dans la séance du 13 août 1719 (1), les consuls représentent 
au conseil « qu’il leur a esté mis en notice par Joseph Garron , 
berger du Paty, qu’il a eu de révélations qu’il est nécessaire de 
faire réparer l’oratoire de Louvière d’une plus grande hauteur 
et en pointe et faire mettre un tableau audit oratoire, comme il 
était auparavant, aussi une rampe et un clédar [grille] de fer quy 
puisse se fermer; lesdits consuls présantent au présant conseil 
la mémoire que ledit Garron en a faict faire pour en estre faict 
lecture et sur ce y délibérer. 

« Tous unaniment, après avoir entendu la proposition cy-des- 
sus,ontdélibéré et donné pouvoir auxdits sieurs consuls défaire 
réparer l’oratoire de Louvière è la forme qu’il faut et lui faire 
faire un tableau comme il était auparavant , le plus tôt que faire 
se pourra et, à l’esgard de la chapelle qu’on doit faire, elle se 
fera en temps et lieu ». 

On mit de la diligence à exécuter cette délibération : le consul 
Finaud, dans le mémoire soumis au conseil le 17 septembre 
suivant des frais et autres dépenses payés par lui à Aix, y insère 
«61. qu’il a payé au sieur Seyez, peintre (2) , pour avoir faict 
un tableau pour l’oratoire de Louvière , suivant l’acquit dudit 
sieur Seyez que ledit Finaud exhibe ». 



(1) Areb. eornm. d’Esparron.— BB. 8, f* 47. 

(9) Sans donte Mathieu Sièjres, d’Aix, fils d’ Emmanuel de Fréjus (V. Etienne Parroul , 
Annale* de la peinture , Marseille 1889, in-8*, p. 198). 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



Depuis cette restauration, on s’y rendait en procession régu- 
lièrement chaque année le second dimanche de mai et le curé re- 
cevait du conseil la somme de 30 sous pour son honoraire. Mais 
en 1770 et par lettre du 21 avril, N. de Pierrefeu, vicaire général 
de l’archevêque d’Aix, défendit au curé Dermitanis de ne plus 
aller en procession jusqu’à cet oratoire qui se trouvait trop éloi- 
gné , placé qu’il était au sommet de la colline de Louvière, lui 
enjoignant de ne pas dépasser Notre-Dame-du-Revest. Le con- 
seil , saisi de la question , s’inclina devant l’autorité diocésaine ; 
mais, pour ne pas faire perdre l’usage de cette procession, il or- 
donna qu’il serait construit dans la plaine un oratoire dédié à 
Saint-Jean l’Evangéliste où il fit placer l’image du saint (1). 

§ VI. — Confréries diverses; fête patronale , — Il existe encore 
à Esparron trois autres confréries d’hommes : ce sont celles de 
Saint-Antoine, de Saint-Honorat et de Saint-Eloi, ayant le soin 
des diverses chapelles de ce nom. 

Autrefois , il y avait aussi la confrérie du Corpus Domini , ou 
du Saint-Sacrement et celle de Notre-Dame-du-Revest. Cette 
dernière a joué un rôle assez important aux siècles derniers ; 
elle s’était maintenue intacte, même pendant la Révolution; mais 
vers 1840, et sur le refus d’acceptation des derniers prieurs nom- 
més, elle tomba en quenouille; depuis lors , deux prieuresses , 
répondant à l’appel du curé , prennent soin de Notre-Dame-du- 
Revest. 

Les deux prieurs de Notre-Dame-du-Revest étaient nommés , 
jusqu’à la Révolution, le 1 er Janvier de chaque année, par le con- 

(1) Arch. co mm d’Espirron.— BB. 15, f» 51. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



233 



seil communal nouvellement élu ; on les appela successivement : 
les officiers de Notre-Dame, les marguilliers , le marguillier*- 
prieur et le marguillier porte-enseigne et, en dernier lieu, le ca- 
pitaine et l'abbé de la jeunesse ou porte-enseigne. 

Leurs recettes provenaient en premier lieu de ce qu’on appe- 
lait « les pelottes », ou offrandes de 1 à 4 1., suivant la condition 
des personnes , perçues à chaque mariage ; des quêtes de blé à 
l'époque des aires; des quêtes à l’église et du produit des jeux 
lors de la fête patronale du 15 août. Car, outre le soin de l’entre- 
tien et les réparations de l’église du Revest , les prieurs avaient 
pour mission spéciale de présider aux jeux de la fête locale et 
de fournir les prix ou « joyes », consistant en « bassin d’étain 
fin », des plats en plomb , etc.; comme jeux , les quilles , le jeu 
du coq, « la platte », etc.; mais il ne pouvait y avoir, à cette épo- 
que, une fête provençale sans tambourin ou galoubet : aussi et 
malgré la protestation du curé qui , à l’apurement annuel des 
comptes fait en sa présence, ne cesse de l’insérer au registre de 
la confrérie avant de signer, dès 1700 et pendant plus de 25 ans, 
mais sans succès , les prieurs continuent de porter « en des- 
pance ou deschargement le louage de trois (ou même) quatre 
menestriers » que l’on faisait venir des pays voisins; en 1682 , 
on donne 3 1. plus le repas « à deux homes de Bras qui jouoynt 
du tambour (tambourin) et flutte ». 

Dana une note manuscrite trouvée dans les papiers du château } 
Charles-Joseph d’Arcussia, dernier seigneur d’Esparron de cette 
illustre famille , voulant vendre sa seigneurie , en 1758 , donne 
des renseignements intéressants sur les revenus et les avanta- 
ges de sa terre; il ajoute les détails suivants : « Les consuls , 



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234 



ESPARRON-DE— PALLIÈRES. 



quand ils font leur nouveau estât, sont obligés de le venir dire au 
seigneur et, après l’avoir fait, les nouveaux consuls venant en 
corps de communaulté rendre leur devoir audit seigneur le jour 
de la feste du lieu (15 août), qu’on appelle le voi , les officiers sont 
obligés de venir, la veille au soir, au château avec les tambours, 
suivis de la junesse, pour donner une aubade, et le lendemain, 
jour de la faite bon malin , ils en font de mesme et à l’eure de la 
grande messe qu’ils font leur procession, les officiers du -seigneur 
y vont et président les consuls et, au retour, ils vont enchore au 
château avec leurs tambours , et dans le temps que le seigneur 
est à table , ils entrent avec les officiers de la junesse et toute la 
junesse avec leur tambour et drapeau et les joyes, font le tour de 
la table en saluant et sortant en mesme temps, ils vont à la porte 
du château, où il y a une grande et belle allée de 300 pas de lon- 
gueur et 25 pas de largeur pour danser, faire coure les hommes, 
les enfans , les filles , les chevaux et les ânes et faire sauter les 
hommes et autres choses. . . » 

Les fêtes d’aujourd’hui n’ont plus ce caractère d’entrain et de 
franche gaieté; les réjouissances sont dirigées par la municipa- 
lité, les idées centralisatrices ont détruit, môme là, les initiatives 
particulières; d’autre part, les cabarets remplacent peu à peu les 
lieux de réunion des confréries et môme l’église ; en un mot, les 
bonnes traditions se perdent; le peuple en est-il plus heureux t 



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ES PARRON-DE-PA LLIÈRES . 



235 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



I. 

VENTE DE LA SEIGNEURIE DE ROCBARON 

Par Guillaume de Rocbaron à Geoffroi Refforciai 3janv. 1223 

In nomine Domini , anno incarnationis eiusdem M°CC°XX° 
VII°, inditione XV, III menais Januarii. Notum sit omnibus ho- 
minibus hanccartam intuentibus quod ego Guillelmus de Rocha- 
baron , per me et successores meos , non deceptus, non coactus, 
nec dolo vel precibus alicuius vel aliquorum ad hoc inductus vel 
circumventus, sed spontanea voluntate, vendo tibi Gaufrido Re- 
forciaio et tuis, castrum de Rochabaron cum omnibus pertinen- 
tiis suis et toto territorio suo et totum ius et domini um etquid- 
quid iuris habeo vel habere debeo vel visus sum habere vel 
tenere in Castro predicto et in eius territorio et pertinenciis 
eiusdem, in heremis et incultis, sive sit dominium vel quasi, do- 
minium utile vel directum , vel quidquid habeo vel visus sum 
habere vel tenere occasione dominii vel quasi , possessionis vel 
quasi, vel alio modo, sive sit ipsum castrum, sive sint predia 
rustica vel urbana eiusdem castri vel territorii eiusdem ,... sive 
sint census , sive tasche vel corroate vel pasqueria vel cosse , 
vel banna, vel pedagia, vel lesde, vel servicia , vel iusticie . 
Et specialiter vendo tibi G. Reforciato et tuis totum illud quod 
habebam vel visus eram habere vel tenere a R. G. vicecomite de 
Sparron , quidquid illud sit sive dominium vel quasi , possessio 
vel quasi, vel censa vel aliud, quocumque modo haberem et tene- 
rem, et transfero in te et tuos omne dominium vel quasi , direc- 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



tum vel utile et omnem sennoriam et possessionem vel quasi et 
detentationem et omnia iura et actiones reales vel personales et 
mixtas que mihi vel meis competebant, vel cempetiture erant.. . 
Constituens te procuratorem et tuos in rem tuam predictam, vel 
res predictas, ut tu possis et tui agere experiri et defendere et 
excipere sicut procurator factus in rem suam. Et omnia supra- 
dicta singula et universa ego Guilelmus de Rochabaron , per me 
et meos, vendo tibi G. Reforciato et tuis in perpetuum et titulo 
perfecteet irrevocabilis venditionis trado et concedo, precio sex- 
decim milium et quingentorum solidorum regalium coronatorum , 
quos confiteor me in integrum habuisse et récépissé, renuncians 
ex certa scientia non numerate et non tradite mihi peccunie. . . 
Protestor insuper tibi G. Reforciato et tuis et assero quod pre- 
dicta que tibi vendo et tuis vel aliquid de predictis non donavi , 
nec vendidi, necobligavi aliquo modo . .Dictam autem venditio- 
nem et omnia superius scripta promitto per me et meos firma et 
rata tenere. . . Renuncians ex certa sciencia omni iuri scripto et 
non scripto , legali et canonico , civili et pretorio , divino et hu- 
mano, confecto et conficiendo et consueludinario. . . Ego Guillel- 
mus de Rochabaron et uxor mea et filii mei , scilicet Amelius de 
Rochabaron et Guillelmus et Gaufridus , juramus. Et ego G. 
( Gaufrida ), uxor Guillelmi de Rochabaron , supradictam vendi- 
tionem approbo , laudo eteonfirmo, renuncians expresse obliga- 
tioni quam habebam , tacitam vel expressam, pro dote, vel alia 
ratione in rebus predictis dicti mariti mei. Et ego, scilicet Gui - 
lelma , uxor Amelii de Rochabaron, predictam venditionem laudo 
approbo et confirmo , iurans super sancta Dei evangelia, per me 
vel per alium, contra predictam venditionem aliqua iuris vel facti 
subtilitate non venturam ; renuncians expresse obligationi si 
quam forte habebam in rebus predictis, occasione dotis, vel alio 
modo. Est tamen deductum in pacto inter me, per me et meos et 
G. Reforciatum, per seetsuos, quod, si forte predicta vel aliquid 
de predictis evincerentur, vel impeterentur a G. Reforciato, vel a 
suis, a sororibus meis, vel ab aliis personis quibuscumque, etiam 
tamen in rebus predictis a me vel meis non habentibus , ego vel 



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ESPA R RON-DE-PA L I A ÈRES . 



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mei non teneremur dicto G., vel suis , de éviction© predictorum , 
vel in . pétition©, vel inquietatione, ullo modo, nisi in hoc quod, si 
forte causa vel cause moverentur, G. Reforciato, vel suis, super 
predictis, vel aliquo predictorum , ego , vel mei , expensis pro- 
priis dicti G. Reforciati , vel suorum, cause vel causis adesse 
tamenpersonaliter teneremur. Et ego , W. de Rochabaron, con- 
fiteor et recognosco, per me et meos, quod ego tenebam castrum 
predictum cum pertinenciis suis et quidquid ibi habebam sub 
dominio et sennoria tui G. Reforciati . 

Eodem anno quo supra, X° kal. martii, juravit domina Ber- 
tranda , uxor Guillelmi de Rochabaron , dictam venditionem ra- 
tam et firmam habere et tenereet eamdem laudavit, approbavit et 
confirmavit, renuncians expresse obligationi quam ibi habebat 
tacitam, vel expressam, pro dote , vel alia ratione , in rebus pre- 
dictis. Actum apud Areas , in domo Guillelmi de Rochabaron , 
coram presentibus testibus rogatiset vocatis, scilicet Petro Gau- 
frido , Guillelmo Amelio , Petro de Fichue , magistro Arnaudo. 
A predicta vero venditione,. . . cum consensu parcium, excep- 
tum fiat quidquid habebat, vel tenebat, vel possidebat in Castro 
predicto et tenemento, seu pertinencium eiusdem domina Hor- 
phila, soror dicti Guillelmi de Rochabaron, ratione dotis, vel alio 
modo. Predicta vero venditio facta fuit ante ecclesiam Sancti 
Pétri de Coriis, coram istis testibus rogatis et vocatis utrinque, 
scilicet domini J., episcopo Tholonensi, R. preposito Tholonensi, 
magistro Petro , magistro Constantino , Amelio de Coriis, B. 
Borrello, priore de Coriis , Arbaut de Podio-lobier , Raimundo 
Sabatier, Hugone Bernardo , Bona Fide , Hugone Rippert , R. 
Berna rt, Petro Bonaut, Petro Alphan , Guillelmo Framaut, 
Martino Arcella , Aicardo Lautier et me Johanne de Bonna , 
nothario publico domini R. Berengarii, Dei gratia comitis,,et 
marchionis Provincie et comitis Forcalquerii, in tota provincia 
constituto, qui rogatus utrinque, hanc cartam scripsi et hoc modo 
signavi. 

Arch. de la famille Barrel de Ponteoès. 



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ESPARRON— DE— PALLIÈRES . 



II. 

TESTAMENT ET CODICILLE 

d'hnard d’Esparron , coseigneur de Saint-Estève.~24 oct. 1320 

Anno Domini millesimo tricentesimo vicesimo , die vicesima 
quarts mensis octobris , quarte indict. Régnante inclito principe 
domino nostro Roberto, Dei gracia rege Jerusal. et Sicilie, du- 
cs tus Apulie et principatus Capue , Provincie et Forcalquerii ac 
Pedimontis comité. Noverint. . .quod ego Isnardus de Sparrono, 
miles , in parte dominus Sancti Siephani de Fuce , sanus mente, 
licet corporali egretudine sim oppressus , timens Dëi judicium , 
nolens decedere intestatus , facio, condo meum ultimum testa- 
mentum in modumqui sequitur. In primis, recomendans me om- 
nipotent i Deo et beate Marie semper virgini, matri eius, ac toti 
curie supernorum , eligo michi sepulturam ad corpus meum se- 
peliendum cum habitu ordinis Fralrum Predicatorum in capella 
Sancti Dominici , infra ecclesiam Sancte Marie Magdalene ville 
Sancti Maximini ; deinde , pro salute anime mee et in redemp- 
tione peccatorum meorum , lego dicte capelle pro ornamentis 
altaris eiusdem. . . unum copertorium meum de sirico viridi ; 
item , lego dicte capelle pro tribus anniversariis. . quoddam 
meum hospicium in villa Sancti Maximini , confr. cum domo 
Guilhelmi Vuerini , dotali, et cum carreria publics;. . et prior et 
conventus dicte ecclesie , infra duos menses post meum obitum , 
vestem unam sacerdotalem et unum calicem argenti ad opus dicte 
capelle facere teneantur. Item , lego ecclesie Sancti Stephani de 
Fuce unam vestem sacerdotalem usque ad valoren decem libr. 
et duo linteamina mea cabaca de sirico ad ornamentum dicte 
ecclesie. Item , lego capellano curato dicte ecclesie Sancti Ste- 
phani quinque solid. et clerico eiusdem ecclesie duodecim den. 
Item, lego operi Sancti Pétri de Auriaco decem sol. Item volo 
quod de bonis meis fiat unum cantare missas celebrando et pa- 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



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nem et carnes dando pauperibus in Castro de Sancto Stephano, ut 
est moris, et providendo cappellanis de cibo et potu, aut de pec- 
cunia, prout guadiatores mei ordinabunt. Item, lego cuilibet cap- 
pellano qui erit meis exequiis eundo de Sancto Stephano ad 
Sanctum Maximinum, missam celebranti , scilicet unum gilia- 
cum argenti. . .Item , lego domine Beatrici de Sancto Martino , 
sorori mee dilecte , quamdiu vixerit, anno quolibet, decem sesta- 
rios annone ad mensuram Bariolis. Item , lego Beatrici uxori mee 
dilecte y centum libr. . . et eius vestes ac omnia arnesia et jocalia 
que habet et sibi feci et dua cofra mea et quindecim oves... 
Item, lego Isnardeto, filio mag. Hugoni Bruni, filiolo meo, quadra- 
ginta sol. • . In omnibus bonis meis michi heredem universalem 
instituo dominum Bertrandum de Sparrono , militem, carissimum 
nepotem meum 9 cuiquidem substituo Bertrandetum et Isnarde- 
tum , Jilios ipsius, equis partibus, set Franciscus de Sparrono , 
/rater ipsorum Bertrandeti et Isnardeti , ab omnibus bonis meis 
et hereditate penitus excludatur ; . . . quibus autem substituo Pe- 
trum de Sancto Martino , nepotem meum , . . . cuiquidem etiam 
substituo Petrum et Bermundum de Porreriis, filios Besaudune , 
nepotis mee, equis partibus. . .Item, facio et constituo gadiatores 
meos, videlicet: priorem Predicatorum Sancti Maximini, veleius 
locum tenentem, dominum Bertrandum Gornuti, dominum Bruse, 
militem, mag. Hugonem Bruni, phisicum de Sancto Maximino... 
Actum in Castro Sancti Stephani de Fuce, in hospicio dicli tes- 
tatoris , presentibus ibidem domino Gaufrido Sabaterii , priore 
dicti loci , Robaudo Allamagna de Valle Veranica , fratre Ber- 
nardo Pictavini, fr. Guigone Amey, ordinisetconventusFratrum 
Predicatorum Sancti Maximini , mag. Petro Garciane et mag. 
Nicolao Bermundi, habitatoribus ville S. Maximini. Et me Be- 
rengariode Montesecuro, notario. . . 

(A la suite) : Anno quo supra, die octo mensis novembris,. . . 
quia licitum est facere codicillos . . idcirco ego Isnardus de 
Sparrono , miles , in parte dominus castri Sancti Stephani de 
Fuce,. . . volo quod Beatrix, uxor mea, habeat terciam parlem 
pannorum meorum et Barrassa, uxor Pétri de Sancto Martino , 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



aliam terciam partem et dominm Bertrandus de Sparrono , heres 
meus, aliam terciam partem. Item , volo et jubeo quod dicta uxor 
mea habeat et habere debeat asinam meam. Item, volo quod dicta 
uxor mea habeat et possideat columbarium meum hospicii mei 
de Sancto Stephano , quamdiu vixerit et steterit sine viro... 
Item, volo quod, post obitum meum, dicantur et celebrantur pro 
anima mea mille misse , arbitrio guadiatorum meorum , quibus 
nunc superaddo Guilhelmum Giraudi, de Brinonia, domicellum, 
Item , volo quod guadiatores mei conslrui et edifficari faciant de 
uno solerio hospicium meum novum, situm infra menia dicti 
castri, sumptibus heredis mei. * . Item, cum in dicto meo testa- 
ment substituissem Bertrandeto et Isnardeto, filiis domini Ber- 
trand! de Sparrono, heredis mei predioti, Petrum de Sancto Mar- 
tino, nunc vero, detraendo de dicta substitutione, substituo eisdem 
Bertrandeto et Isnardeto, aut eorum superstiti pro tercia parte 
dicte hereditatis, liberum masculumseu liberos masculos Fran- 
cisai de Sparrono, fratris eorum . .Item, volo quod Guilhel- 
mum de Sancto Maximino habeat de bonis meis quadraginta sol., 
Ayglina, eius soror , in aduitorium sui mariagii, sexaginta sol., 
Robaudus Alamagna de Valleveranica triginta sol., uxor Ful- 
conis Penchenati, de Brascio, decem solidos. . . Actum in dicto 
Castro Sancti Stephani , presentibus Isnardo Rodollacii, notario, 
Guilhelmo Garsias, deTorameniis , Guilhermo Sazii, habitatore 
dicti castri, Bertrando Sigiranni, de Oleriis, notario. Et me Be- 
rengario de Montesecuro notario, . . .hanccartam scripsi et signo 
meo consueto signavi. 

Archives du couvent de Saint-Maximin . Arm. I, sac 20. 



III. 

TESTAMENT 

de Beatrix d f Esparron , femme de Bertrand des Vicomtes 
d'Esparron , 7 mai 1330. 

Anno domini M°CCC°XXX° et die septima menais maii. . . 



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ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



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Noscant universi quod , tam propter peccatorum primi parentis 
universitas decendentium mortalis effecta fuerit et in illo casu 
ad eo providendum sit, precipue quia de morte certi sed de hora 
incerti existimus , idcirco ego Beatrix de Sparrono , domicella, 
uxor nobilis Bertrandi , vicecomitis de Sparrono quondam . 
facio meum ultimum testamentum in hoc qui sequitur modum.. . 
Eligo meam sepulturam in ciminterio ecclesie beate Marie Mag- 
dalene ville Sancti Maximini , cui cimenterio pro meo gadio spi- 
rituali lego XXV sol. post mortem meam. . . Item , solvi volo de 
bonis meis, in remissione peccatorum meorum, fratri Berengario 
de Amirato subpriori dicti conventus , XXV sol. et fratri Johanni 
de Lauraco, vigenti solid. pro missis celebrandis. . . In omnibus 
bonis meis instituo heredem meum universalem Guillelmum de 
Sparrono y Jilium meum legitimum. Actum in Castro de Sparrono , 
in domo dicti nobilis Bertrandi vicecomitis, in presencia et testi- 
monio nobilis Bertrandi de Sparrono, militis condomini dicti loci 
et nobilis domicelli Hugonis d’Areis, Johannis Balby, Raymundi 
deBrachio , Raymundi Agrene et Hugonis Praherii, de Sancto 
Maximino et Bertrandi Amidelli , de Fos et Hugonis Guiberti de 
Sallernis et Guillelmi Masselli, de Podio et mei Pétri Malrassii, 
notarii, qui, ad requisicionem venerabilis viri domini Johannis 
d’Oleriis , prioris fratrum Predicatorum ville Sancti Maximini, 
hanc cartam scripsi et signo meo signavi. 

Arch. du couvent. Sac B, 12. 



IV. 

TESTAMENT 

de Bertrand d'Esparron , coseigneur d’Esparron et de 
Saint-Estève . — 25 sept. 1340. 

Anno domini , M°CCC°XL et die viginti quinque inensis sep- 
tembris, . . . ego Bertrandusde Sparrono , miles in parte dominus 
dicti castri de Sparrono et castri Sancti Stephani de Face, sa nus 

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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



mente et intellectu. . . facio raeum ultimum testamentum nuncu- 
palivum in hune modum. . . Eligo sepulturam corpori meo infra 
ecclesiam beate Marie Magdalene ville Sancti Maximini, vide- 
licet in capella Sancti Dominici,. . .Legoaltari dicte beate Marie 
Magdalene eiusdem ecclesie quinque solidos. Item , lego altari 
beate Marie Virginis eiusdem ecclesie alios quinque sol. Item , 
lego mense Fratrum Predicatorum ipsius ecclesie decem sol. 
Item, lego conventui ipsorum Fratrum Predicatorum eiusdem 
ecclesie quinquaginta libras reforciatas, quarum quatuordecim 
den. cum ob. valent uuum turonem argenti cum o rotundo , pro 
quibus libris dicti fratres teneantur unam missam diebus singu- 
lis et perpetuo, in dicta cappella Sancti Dominici, de infra ipsam 
ecclesiam celebrare. . .Item legoaltari beate Marie de Revesto... 

Item , lego cuilibet capellanorum qui interfuerit sepelitioni 
corporis mei et ipsum associaverit unum gillatum argenti. Item, 
instituo michi heredem dilectum Jilium meum Fulconem de Spar- 
rono , quem ore meo nomino, in toto affari et in aliis bonis meis et 
juribus que habeo in Castro de Sparrone et eius terriiorio et in 
bastida de Boysseto ; et in bonis michi datis per Giraudum Car- 
bonelli, deBrinonia, servata conditione legati per me supra aibi 
facti, et in affaribus et juribus que habeo in Castro de Turribus et 
eius territorio. Item, instituo michi heredem dilectum felesenum 
meum Guidonem de Sparrono , Jilium dicti Francisci de Spar- 
rono , jilii mei , et Blanche de Podio Alto conjugum , in toto affari 
meo et aliis bonis que habeo in Castro de Sancto Stepbano de 
Fuce , Auriaco et de Castro Vero et eorum territorio et in affari- 
bus que habeo in castris de Ponteves, de Bastida , de Tabernis , 
de Bariolo et de Sancto Martino Paleriarum. . . Item , volo et 
mando quod, si contingent, quod Deus avertat, dictum Fulconem 
filium meum et heredem, sine liberis decedere ex suo corpore 
masculis légitimé procreatis, eocasu sub instituo sibi Guidonem 
de Sparrono, felesenum et heredem meum et suos liberos mas- 
culos, cui sub instituo, in loco dicti Guidonis et suorum libero- 
rum, aliumetalios liberos dicti Francisci masculos descendentes 
in gradu quocumque. . .Et, ut ita sit mea voluntasquod,quamdiu 



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— r 

ESPARRON— DE-PALLIÈRES. 



masculus reperietur ex linea mea masculina decendere et supe- 
resse, in dictismeishereditatibus feminanon succédât; si tamen 
contingeret ex linea mea masculina neminem superesse , in illo 
casu sub instituo dictis meis hereditatibus seu ultimo descen- 
dent ex eis Fulconem de Rians , filium Margarite,filie mee, uxoris 
Raymondi de Riancio, condomini dicti loci et eius liberos mascu- 
los. . . Item, facio pro fidei commissum gadiatores et exequtores 
huius mei testament, videlicet: magnifficum virum Isnardum de 
Ponteves, dominum dicti castri et de Sillanis et dominum prio- 
rem FratrumPredicator. ville Sancti Maximini etdilectum meum 
fratrem Berengarium de Admirato alias de Podio Alto , priorem 
conventus fratrum predicatorum civitatis Aquensis. . . Actum 
Sparroni , in caméra de pilari dicti domini Bertrandi , presen- 
tibus Robaudo Alamanie, domicello de Valle Veranica , Johane 
Grassadini , Petro Dragonii , Raymundo Mathei , Hugone Ros- 
tagni , Raymundo Bleiarde , Hugone Rosolsi , de Sparrono et 
Guillelmo Bisive, de Salerais, testibus et me Hugone Giraudi , 
de Selhono, notario in comitatibu» ProvincieetForcalquerii auc- 
toritate regia constituto, . . . qui hanc cartam scripsi. 

Arch . du couvent. — Sac A , 13 



V. 

DONATION DE CENS 

au couvent de Saint-Maximin par Bertrand II, des Vicomtes , 
coseigneur d y Esparron-de-P altières. — 14 mars 1391. 

Anno Domini millesimo tricentesimo nonagesimo primo et die 
décima quarta mensis marcii . . Sit notum quod nobilis domi- 
cellus Bertrandus Vicecomit . , ville Sancti Maximini , jilius et 
keres quondam nobilis viri Guihelmi Vicecomit condomini castri 
de Sparrono, in presencia mei not. ac venerabilis et religiosi 
viri fratris Guihelmi de Sancto Blasio , in sacra divinitate ma- 
gistri, prions conventus Fratrum Predicator. cclesie beate Marie 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES . 



Magdalene dicte ville , confessus est quod ipse nob . Bertrandus 
Vicecomit. y post mortem % dicti eius patris , condioisit cum nobili 
Vicecomite Vicecomit . , condomino dicti castri , filio et herede 
quondam nobilis oiri Guidonis de Sparrono , condomini eiusdem 
castri , census et servicia omnia que ad ipsos provenerant, jure 
hereditario , dictorum nobilium Guilhelmi et Guidonis et que 
communia fuerant in dicta villa Sancti Maximini et eius terri- 
torio inter eos, dum vivebant; et post divisionem ipsam, ad pau- 
cos annos , dictus nob. Bertrandus Vicecomit. , occasione anni- 
versariorum et legatorum factorum dicte ecclesie per parentes et 
propinquos suos , dédit in solutum et in pagam fratribus dicte 
ecclesie census et servicia que, vigore dicti divisionis, vénérant 
in partem suam emphiteotas. . . centum triginta et ultra, ut 
constat de hoc quodam publico instrumento scripto et signato 
munumagistri Pétri Praherii, senioris, notarii publici dicte ville, 
sub anno millesimo tricentesimo sexagesimo nono et die duode- 
cim mensis aprilis , verum quum dicta divisio, que facta fuerat 
manu magistri Guilhelmi Garini , not. publici dicte ville. Qua- 
propter, ne dicti Fratres in perceptione libéra dictorum censuum 
et serviciorum , in quorum possessione pacifica , ut asseritur , 
fuerunt viginti duobus annis et ultra , ex hoc valeant propediri 
aut alias imposterium quomodolibet retardari , prefatus nobilis 
Bertrandus Vicecomit. , ne prejudicando hiis que per eum acta 
fuerunt in premissis , tenorem instrument! superius designati 
confirmando et roborando , non cohactus , nec deceptus , aut ab 
aliquo circumventus, sed sponte, re vera et ex eiuscerta sciencia, 
per se et suos , assignavit nichilominus de novo, tradidit et con- 
cessit dicto domino priori, presenti et recipienti, nomine Fratrum 
dicte ecclesie et successorum suorum quorumcumque , partem 
videlicet omnium dictorum censuum et servitiorum communium 
que pro indiviso possidebantur ab ipsis nobilibus Guilhelmo et 
Guidone de Sparrone, in dicta villa Sancti Maximini et eius 
territorio, ad ipsum nobilem Bertrandum Vicecomit., hereditario 
jure , devoluta et ipsum qualitercumque contingentera , cum 
maiori siquidem ac directo dominio et senhoria et cum jure pre- 



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ESPARR0N-DE-PALL1ÈRES. 



lationis, interpositionis, investiture ac laudimii, seu trezeni per- 
ceptione et récognition^, suis vicibuset temporibus, utconvenit 
de jure. . . Actum in Sancto Maximino, videlicet ante botigiam 
domus Bartholomei Bezaudini , presentibus testibus Johanne 
Bruni , Anthonio Bermundi, Guilhelmo de Amirato, de Sancto 
Maximino, et me Johanne de Bfllma, de Sancto Maximino, nota- 
rio publico in comitatibus Provincie et Forcalquerii auctoritate 
reginali eonstituto , qui, requisitus, hoc presens instrumentum 
publicum manu mea propria scripsi et signo meosolito signavi. 

Archives du couvent . • Charte non classée. 



VI. 

DONATION DE CENS 

au couvent de Saint-Maximin par le Vicomte d 9 Esparron . — 
Décembre 1391. 

In nomine Domini nostri Jhesus Christi amen. Anno Incarna 
tionis eiusdem millesimo tricentesimo nonagesimo [primo]. . .de- 
cembris. Sit notum quod nobilis Vicecomes Vicemit , condominus 
castri de Sparrono Paleriarum , filius et heres , ut ponitur y quon- 
dam nobilis Guidonis de Sparrono . . . anniversaria anno quoli- 
bet facienda in ecclesia seu conventui Fratrum Predicatorum 
Beate Marie Magdalene ville Sancti Maximini... [centum] tri- 
genta quinque solidorum ex ordinatione testamentaria nobilium 
Alasacie, uxoris quondam nobilis Jacobi de Sparrono , avie eius- 
dem,... et dicti nobilis Guidonis de Sparrono eius pairis , nec non 
ad certa alia legata facta dicte ecclesie et contenta in ultimis 
[testamentis dictorum] nobilium , ac etiam domine Berengarie , 
uxoris quondam domini Lantelmi Crigne militis , ipsius nobilis 
Vicecomit. anute , sicut [constat ex tenore] testamentorum dicto- 
rum nobilium, quorum unum scriptum manu magistri Guilhelmi 
Caprerii , not. dicte ville Sancti Maximini, sub anno Domini mil- 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



lesimo CCC°XXVII...; aliud vero sumptum manu magistri Guil- 
lelmi Feraudi. . . Ginasserviis , sub anno domini milles. CCCLI , 
die XXI mensis martii ; tertium vero scriptum manu magistri 
Bandoni Golnardi, notarii deüpasio, sub anno Domini millesimo 
CCCLXI , die XIII julii... Pro satisfactione totali anniversario- 
rum et legatorum predictorum, de quibus nulla aut modica per- 
solutio facta fueratdicto conventui, nob. Vicecomes, ad quem jure 
hereditario provenerant bona dictarum nobilium personarum, 
tradidisset anno Domini mill 0 . . . nobilis domicelli Bertrandi Vi- 
cecomit , dicte ville Sancti Maximini , tractantibus reverendo do- 
mino fratre Rocassalve quondam... prioratu dicte ecclesie ad 
episcopatum Niciensem noviter assumpto, uno cum nobili viro 
Barrassio de Barrassio, domino Sa ... , ipsis presentibus ibidem, 
et assignasset et desemparasset fratribus Bertrando Boniparis, 
subpriori , et fratre. . , sindico et procura tori dicti conventus , 
omnes et singulos census atque servitia que provenerant in 
parte dicti nobilis Vicecomitis, vigore divisionis.'. . inter eum et 
dictum nobilem Bertrandum Vicecomitis, de censibus et servitiis 
que communia fuerant in dicta villa Sancti Maximini. . . nobili - 
bus viris Guillelmo Vicecomiti, patri dicti nobilis Bertrandi et 
prefato Guidoni quondam , condominis dicti castri de Sparrono . 
Quapropter prefatus nob. Vicecomes volens recognoscere bo- 
nam.. fîdem , venerabili et religioso viro domino fratri Guil- 
lelmo de Sancto Blasio, in sacra divinitate magistro, priori dicte 
ecclesie et suo conventui, coram. . . eo capitulariter congregato, 
ad sonum campanile capituli, ut moris est, pro maiori parte 
Fratrum eiusdem conventus, quorum nominael cognomina infe- 
rius sunt descripta,. . . confirmando , roborando et omologando 
omnia et singula per eum gesta in predictis, assignavit, tradidit 
et concessit eisdem domino priori et conventui , census omnes 
atque servicia omnia alias per eum promissa. . Sequitur no- 
mma et cognomina Fratrum dicti conventus qui in premissis in- 
terfuerunt. Primo , supranominatus dominus prior , frater Ray- 
mundus Boyrani , lector , frat. Guillelmus Arbaudi , Anthonius 
Venrany , frat. Guilhelmus Roberli, frat. Petrus Carbonerie et 



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ESPARRON-DE— PALL1ÈRES. 



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fpat. Guillelmus Robaudi, dicti ordinis Fratrum Predicatorum 
ecclesie beate Marie Magdalene convenluales. . . Actum in 
Sancto Maximino , videlicet in ecclesia predicta beate Marie 
Magdalene, scilicet supra corum sive postatum dicte ecclesie 
ubi fratres dicti conventus assueverunt se congregari pro capi- 
tulo faciendo , presentibus nobili et egregio viro Barrassio de 
Barrassio, domino castrorum Sancti Juliani et de Brusa , hono- 
rabili viro Rayno Gossoleni, de Sancto Maximino, aevenerabili 
viro domino Raymundo Abranni, presbitero de Antecella , nunc 
curato dicte ecclesie beate Marie Magdalene, testibus, ... Et me 
Johanne de Balma, de Sancto Maximino, notario. . . hanc car- 
tam scripsi el signa vi. 

Arch. du couvent . — Charte non classée. 

(Les points indiquent les parties du parchemin disparues et 
rongées). 



VII. 

QUITTANCE 

par le prieur du couvent de Saint-Maximin à nob. Guillaume 
Roque. — 3 septembre 1392. 

Anno MCCCXCII , die tercia mensis septembris. . . Sit notum 
quod , quum nobilis Hugo Roque, quondam de Trictis, reman- 
sisset obligatus Fratribus seu conventui Predicatorum Beate 
Marie Magdalene, in duodecim florenis auri, ratione arrayragio- 
rum duorum anniversariorum quadraginta solidorum reforcia- 
torum ordinatorum per quondam dominam Seciliam de Sancto 
Stephano , uxorem quondam nobilis Isnardi de Sparrono, condo- 
mini dicti castri , in suo testamento scripto manu magistri Guil- 
helmi Feutrerii , notarii quondam , sub anno MCCCXII , et die 
quarta Julii , de quibus quidem quadraginta solidis, idem nobilis 
Hugo solvere tenebat triginta, tanquam donatorius bonorum que 



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248 



ESPARRON-DE— PA LLI ÈRES. 



dicta domina Secilia possi débat in Castro Sancti Stephanode 
Fusse Argentii ; Hune est quod venerabilis et religiosus domi- 
nus frater Guillelmus de Sancto Blasio, prior dicti conventus , 
recognovit nobili Guillelmo Roque y nepoti dicti nobilis Hugonis 
Roque , récépissé, indiminutione dictorum duodecim florenorum 
ab eodem nobili Guillelmo, de fructibus dictorum bonorum dicti 
castri, tresdecim sestaria annone et tria sestaria ordei, precio 
septem floren. auri et septem solid. Et residuum dicte summe 
duodecim floren., dictus dominus prior , de consilio fratris Guil- 
lelmi Roberti , ibidem presentis , procuratoris dicte ecclesie , 
pietatis intuytu et propter enormia tempera guerrarum que 
occurrerunt, eidem nobili Guillelmo remisit graciose. Actum in 
Sancto Maximino , ante botigiam mei nota ri i, presentibus testi- 
bus Anthonio Botini , Hugone Botini, eius filio, de Sancto Maxi- 
mino et Hugone Clementis, de Sancto Stephano de Fusse. Et me 
Johanne de Balma, notario. . . 

Arch. du couvent. — Charte non classée. 



VIII. 

TRANSACTION 

entre le couvent de Saint-Maximin et Rixende , des vicomtes 
d'Esparron. — 15 octobre 1443. 

Anno domini MCCCCXLIII , die décima quinta mensis octo- 
bris. . . Sit notum quod , cum lis seu questio orta esset in curia 
regia dominorum rnagistrorum rationalium Aquensis, inter vene- 
rabilem conventum ecclesie Beate Marie Magdalene ville Sancti 
Maximini, ex una, et nobilem virum Balthesarem Gossoleni, con- 
dam ipsius ville, ut donal^rium ac heredem condam Dulceline 
Terrasse, fi lie et heredis magistri Andree Gossoleni , notarii 
quondam eiusdem ville, deffendentem, de et pretextu hereditatis 
et bonorum que fuerunt dicti condam magistri Andree . . ; dice- 
bat namque conventus ipse bona et hereditatem ipsius condam 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



249 



magistri Andree, vigore et ex causa substitutionis per eum fac- 
tam in suo ultimo testamento manu discreti viri magistri Jo- 
hanne de Balma , condam notarii dicte ville , sumpto , sub anno 
domini millesimo tricentesimo tercio et die décima octava men- 
ais aprilis , ad eumdem conventum spectare et pertinere ad cau- 
sam unius capellanie in dicta ecclesia fundande pro eo, videlicet 
quia dicta condam Dulcelina , eiusdem testatoris filia et heres 
universalis , mortua est sine proie et etiam quia eius substituti 
premortui sunt. Sic et taliter quod dictus conventus remansit 
solum substitulum ad causam dicte cappellanie , et propterea 
petebat idem conventus ab eodem quondam nobili Balthesare 
Gossoleni, vellut heredi et donatorio universali predicte Dulce- 
line, certa et diverse bona que ipse Balthesar possidebat de dicta 
hereditate et tenebat dum vivebat, nunc tenant et possident nobi- 
lis Riceoeta , vicecomitissa et Berengarius de Neulis , eius filius , 
inferius nominati , ut heredes, seu bonorum detentores per suc- 
cessionem dicti quondam nobilis Balthesaris et etiam per mor- 
tem nobilis Guillelmone ,Jilie dicte nobilis Rie endis , hevedisque 
ipsius condam Balthesaris Gossoleni , eius mariti. — Hune est 
igitur quod, congregati in cappitulo per sonum sunboli? utmoris 
est, mandato et monitu Reverendi magistri Ahesmaris Fidelis , 
in sacra divinitate professons et prions dicti conventus, in quo- 
quidem cappitulo fuerunt présentes, ipse dominus prior , frnter 
Anthonius de Manaucerio, frat. Hugo Jausserani, sacrista, frat. 
Petrus Berthesii, vicarius de Balma , frat. Benedictus Berardi, 
frat. Petrus Lhautardi, frat. Hugo Martelli , frat. Stephanus 
Foyssati, frat. Petrus Beraudi, frat. Bertholomeus Forneti, frat. 
Jacobus de Ponteves, frat. Anthonius de Sancto Johanne , frat. 
Petrus Mercurini , frat. Hugo Fresquerie, frat. Anthonius Can- 
nolle, frat. Durandus Chaudoyni , frat. Petrus Albigaudi, frat. 
Johannis Textoris, frat. Petrus Broquerii, frat. Balthesar Jacobi 
et frat. Albertus Rigor.di , transactionem fecerunlr taliter. . . Re- 
tinuerunt tamen eidem nobiles Riceoete et Berengarius , mater 
et filius, videlicet quamdam domum una cum quodam celestio , 
sitam infra villam Sancti Maximini, loco dicto in carreria Glaus- 



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250 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



tri, confrontatam cum domo Bartbolomei Fabri et cum traversia 
quadam et carreria publica. . > Item convenerunt mémo rate par- 
tes quod quoddam molendinum nuper emptum a provido viro 
Jacobo Fresquerie et Hugone Caprerii dicte ville per eumdem 
conventum, quod teneri dicitur sub maiori dominio et senhoria 
dicte nobilis Ricevete, ad servicium duorum solidorum, situm in 
territorio dicte ville, loco dicto ad Caulasunum , sit francumet 
liberum dicto conventui... Acta fuerunt hec omnia in Sancto 
Maximino , presentibus providis viris Bartbolomeo Fresquerie , 
Johanne Godeti, bolengerio e\ Jordano Vallaque, magistro scho- 
larum, tain civibus quam habitatoribus dicte ville et me Johanne 
Silvi, de Sancto Maxinino, notario. . . 

Arch. du couoent. — Arm. I , sac 20. 

§ I. — Population y territoire , statistique . — La population 
d’Esparron, qui comprenait encore lorsdel’avant-dernier recen- 
sement , en 1881 , 416 habitants n’est plus , en 1886 que de 372 
habitants (1), dont 189 du sexe masculin et 183 du sexe féminin ; 
durant la dernière période décennale la moyenne des naissances 
par an a été de 9, celle des décès de 14 et des mariages de 3. 

Les 372 habitants sont divisés en 120 ménages occupant 115 
maisons. 

Territoire. — La superficie territoriale de cette commune est, 
d après le cadastre dressé en 1840, de 3,004 hectares, ainsi ré- 



partis : 

Terres labourables et prés 717 hect. 

Terrains complantés en vignes, oliviers, mûriers,. 126 

Bois, essarts et pâtures 2105 

Propriétés bâties . . 7 

Rues, places, chemins, ruisseaux, etc 49 



Le territoire est divisé en huit sections , savoir : 

La Section A., située au N.-O. du village et confrontant les 
territoires des communes d’Artigues et de Ginasservis , COm- 



^l) Au moment de la Révolution , en 17*9, elle était d'environ G00 âmes. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



251 



prend les quartiers de V Espèroun, la Courneyrède , Montmajour , 
les Henri , le petit Adrech , les Craoux , la font du Nay , lei 
Crouas , la Sauvède. On y trouvait anciennement le Puits de Don 
(fons Dodonis), le vallon de la Loubière , lou voilât de la Sauva - 
rède ou Sauxède . 

La Section B., au N.-E., limitrophe avec la Verdière, les quar- 
tiers de la Foux , Bouisset , le Grand Clos, la Plaine du matelot . 

La Section G., entre la plaine, la Sect. B. et partie du terri- 
toire de Saint-Martin-de-Pallières, comprend les quartiers dits 
le Grand Adrech , le Plan de Grenier , le Jas de Durand , les Fi - 
gueirières , leis Poouvadous , les Breguières , Zee Plaines , lei 
Piéradéous , Za coZZe de Gaillard , Ze chemin de Ginasservis y Cou - 
gourdone . Noms anciens : la Serrière du camp sec , ou Fonf de 
VAussel , Za Serrière de la sépulture. 

La Section D., comprenant la plaine, le village et le Revest, a 
les quartiers dits Zea Basses Plaines , Ze Pomet , Cabrèle } Gargoï y 
les Trentenaires y Fontcouverte , Escrevelle y les Aires, le Village , 
Ze Ribas, le Revest , Crémadèles , la Grande Ferrage . Noms an- 
ciens : Zoa oaZZaZ de Za Catounièro , la Roquo de Reymon (Roca de 
Tremolone ) y lou vallat de Reinard (rivus Reinardi), la Font del 
Corp (fons de carpeo), Fons de Subitana , /?ZoZ de Scalione et de 
Carumbo . 

La Section E., au S.-O., vers Artigues, les quartiers de VAu - 
riére de Saint-Jean ] le Haut et Bas Pillaud , Ze Bardat , la Ca- 
randrone, les Collets , Zes Eisades , Za Vicairie , Fontenouille y les 
Choix . Noms anciens: Zes Mèjanes , la Peyrière , Figuette , Ze 
SaeZZ de» Anodèles , Ze PZan de Za Gardette, lou vallat del Gollenc 
ou de la Loubette. 



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252 



ESPARRON— DE— PALLIÈRES. 



La Section F., au S.-O., entre le village, le chemin de Saint- 
Maximin et le territoire de Saint-Martin-de-Pallières, les quar- 
tiers dits de l’Arénas , le Moulin , le Puy de Goirran , les Pri- 
gnons, la Font de Laurent , les Peirards 9 les Gardes , les Roumi- 
guières , le Jas de Louise y le Jas de François , Saint-Louis. Noms 
anciens : la Blaqueiie , la Fontaine de Pélissier , lou Camp mal 
garachaty lou Serre doou Taoernié, les Pallières. 

La Section G., au S. de la Section F, vers Seillons, les quar- 
tiers dits de la Plaine de Saint-Louis , la Plaine de Daumas , la 
Plaine des C houilles, la Cadenière 9 le Puits de Caville , la Plaine 
de Gayon , le Haut et le Bas Pierricous , les Hautes et Basses 
Selce8. 

La Section H., au S. de la Section E. vers Ollières, les quar- 
tiers dits les Lods de Fonteno aille , les Abrams , la Plaine de 
Gayon Haute , le Sueil de la Clappe, les Rougières , le Camp 
Long y la Colle Pelée , Blésinas } le Haut et le Bas Espéoutoun , 
les Signoreties. 

Contributions. — Le principal des 4 contributions directes pour 
Tannée 1886 est , pour la part revenant à TEtat, de 3,600 francs, 



ainsi répartis : 

Contribution foncière 2682 fr. » 

— personnelle et mobilière 487 89 

— des portes et fenêtres 346 24 

— des patentes 71 20 

A cette somme il faut ajouter : 

La part revenant au département 1710 48 

— à la commune.. . 2664 72 

Fonds de secours, non-valeurs, réimpositions 125 67 



Total général 8100 87 

répartis en 275 cotes. 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



253 



Patentables . — La population d’Esparron est exclusivement 
agricole: on y compte 2 boulangers, 3 regrattiers, 2 maçons, 
2 menuisiers , 2 cordonniers , 2 maréchaux ferrants, 1 débit de 
tabac , pas de boucher : la viande y est apportée des environs. 

Instruction publique . — Une seule école primaire communale 
mixte, dirigée par un instituteur laïque, aidé d’une directrice 
pour les travaux à l’aiguille, est fréquentée par 37 élèves, dont 
21 garçons et 16 filles. 

Chasse . — Le territoire d’Esparron est généralement abondant 
en gibier, les parties les plus giboyeuses sont vers les Pallières, 
au midi du village; la moyenne annuelle des permis de chasse 
est de six; le nombre des chiens est do 26, dont 8 déçlarés de 
chasse et 18 de garde. 

Chevaux et mulets . — Le territoire est exploité à l’aide des ani- 
maux suivants : chevaux et juments , 23 ; mulets et mules , 64 ; 
Ânes, 4. 

Troupeaux. — On y élève environ 1200 bôtes à laine , 800 
agneaux, 50 chèvres, 30 porcs, 150 pourceaux et pour 50 onces 
de graines de vers à soie. 



y 



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ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



255 



ERRATA ET ADDITIONS. 



Page 31, 4 e ligne , au lieu de (1038-1050), lire (1030-1050). 

Page 58 et suiv., à l’art. Geoffroi de Rians ajouter : cette 
môme année 1033, à l’occasion de la prise de voile par sa fille 
Gualburge dans le monastère des Accoules dépendant de l’ab- 
baye de Saint-Sauveur de Marseille , cérémonie présidée par 
l’évôque Pons et en présence de Guillaume III , dit le Jeune , vi- 
comte de Marseille, qualifié de neveu dudit Geoffroi, il fait do- 
nation à cette abbaye de diverses terres situées dans une vallée 
appelée Spaisaco (sic) (1). 

D’où : 5° Gualburge, filleule sans doute de sa tante maternelle, 
la dame de Tourves, prend le voile, en 1033, dans le 
monastère des Accoules dépendant de l’abbaye des 
religieuses de Saint-Sauveur de Marseille. 

Page 84, à la fin de la généalogie des Esparron, mettre en note: 

On trouve encore : Bertrand d’Esparron, qualifié seigneur 
du lieu, coseigneur de Brue, époux de Marie de Barras, condame 
de Brue, passe à Barjols acte de fâcherie de terres le 11 février 
1441 (2). — Ce Bertrand ne serait-il pas de la famille des Espar- 



(1) Poor Sparrotio sans doute.— Histoire de l’abbaye des religieuses de Saint-Sauveur 
dé Marseille , par F. Andrc, Marseille 1863, p. 19. 

;?) Extensoire d’Antoine Malet, not. fe Barjols; Etude Bon. 



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256 



ESPARRON-DE-PALLIÈRES. 



ron d’Auriol et par suite seigneur d’Esparron-du-Verdon f II ne 
nous parait pas se rattacher à ceux de Pallières; on n'aurait pu 
le qualifier que de coseigneur du lieu, puisque cette dernière 
seigneurie ne fut réunie sur la tête d’un seul qu'au XVII e siècle. 
D’ailleurs, une note du rédacteur de l’inventaire des papiers des 
d’Arcussia dressé en 1589 dit que « François d’Esparron [fils de 
Foulques] (qui testa en 1361 et mourut sans postérité), a esté le 
dernier seigiieur d’Esparron qui portoyent en ses armoyries 
l’espée à la seinture du surnom et famille d’Esparron » [de-Pal- 
lières] (Inven., f° 68). 

Page 94, 22 e ligne, au lieu de : dame de Reynier, lire : dame 
de Peynier. 

Page 111, 2 e ligne, modifier ainsi l’article : 

5° Louis d’Arcussia , prêtre , recteur de la chapellenie 
fondée par lui dans la chapelle de Saint-Nicolas qu’il 
a fait construire un peu au-dessus du château d’Es- 
parron, au quartier de la Blaquette , donne procura- 
tion le 25 novembre 1507 (1) à l'effet de résigner 
ladite chapellenie qu’il ne peut plus desservir, étant 
atteint de la lèpre , et de présenter en son remplace- 
ment Antoine Jancelme, curé d’Esparron; le môme 
jour il assigne, en augmentation de dot, la somme de 
en faveur de ladite chapellenie; tran- 
sige avec son frère, Jean, par acte de 1506 et 1517 (2) 



(1) Üomfacc Malet, not. b Barjols. 

(?) Laurent de Fabriciis, not. b Saint-Maximin.— Invent. d’Arc., f » Ô7 et 72. 



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TABLE ALPHABÉTIQUE. (,) 



A 



Abellon 54 

Abram 247 

Achard 30,71, 147 150 

Adhémar de Monteil. ... 116 

Agnel 137 

Agoult de Trels. . . . 104, 107 

— d’Ollières. . . 141,167 

Agrène 241 

Aix 39 , 40, 57, 59 , 

66,74, 90, 92, 95, 100, 107, 
111, 117 à 124, 133 à 139, 145 
à 152 , 157 , 165 , 172 à 182 , 
198, 200, 218, 243. 

Albanès (l’abbé) 45, 49, 52, 80, 



106. 

Albert (d’) 182 

Albertas(d’) 158,179 

Albigaud 249 

Alby(d’) 180 



Allègre 68, 158, 169, 172, 185, 
199 212. * 

Allemagne (d’). 132,239,240, 



243. 

Alphan 237 

Alphéran 75 , 133 , 148 , 155 , 

182, 195. 

Amalric 68, 164 

Amat de Graveson 164 

Ambrois (d’) 122 



Ainey 239 

A miel 185,237,241 



Ainirat(d’) 55,89, 106, 241, 243 
245. 



André 76,108, 157,255 

Andon 141 

Anglès 120, 122, 152 

Anglon 127,128,129 

Anglure (d’) 64 

Angoulème (Henri d’). . . . 145 

Ansouis 128 

Antoine (d’) 162 

Apt 128, 165, 180, 181 

Arbaud 102, 134, 138, 237, 246 
Arbaud-Bargemon. 115, 118, 
120, 148 . 

Arcussia (d’) . 32, 34, 38, 65 à 
69, 100, 103, 109, 112 à 164 , 
168, 187, 191, 194, 211, 215, 
220, 226, 233, 256. 

Arcussia (Charles d’) 30 , 31 , 
33, 70 à 73, 107, 120 à 153, 
161, 192, 201,211. 

Arfeuil 158 

Argence 78 

Arian 129 

Arles 41 à 45, 53, 55, 78, 82 à 
85, 133, 157, 163. 

Arnaud 147,190, 237 



(1) Le» noms de villes, seigneuries et antres liens sont imprimas en caractères italiques 
ponr les distinguer des antres noms propres en caractères ordinaires. 



17 



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258 



TABLE. 



Arnulphe ou Arlulfe 58, 80, 137 

Arpilhe 130, 132 

Artigues 34, 40, 41, 47, 53, 54, 
57, 50, 74, 76, 85, 95, 202, 250 

Aubagne 71,80 

Aubergy 163 

Audiberl (d’) .. 100,157, 193 

Audier 158 

Audiffret (d’) 160 

Aups.. 29,118, 137,139, 156 
Auriac. . . 105,109,238,242 

AurioL . . 64, 79, 80, 104, 199 

Autheman(d’) 171 

Authon. . 121, 124, 129, 130 

Auzet 124, 129, 133 

Avignon ... 79, 127, 150, 164 

Aymar 180 



Bagarris 155 

Baibi 131,241 

Balma (de) . 102 , 245, 247, 248 

Bar (le) 143, 145, 201 

Barbarroux 76 

Bavbentane 151, 161 

Barbier 75 

Bargemon. . 76, 115, 120, 138 

4QQ 

Barjols. .’ * *30, 31, 79, 109, 111, 
122 à 124, 137, 138, 146, 178, 
200, 213,239,242, 255. 
Barras 63, 76, 104, 105, 109, 
110, 246, 247, 255. 

Barre 53 

Barthélemy (le docteur) 78,81 
94, 98, 123. 

Basteti 119 

Bastide (la).... 109, 151, 242 

Bausset (de). . . 155, 158, 211 

Baux (de) 54, 56, 78 à 85, 94, 
101, 124, 126. 

Beaufort 149 

Beaumont 101, 152 

Beaurecueil (de) 170 

Beber (Van) 179 



Bechon 133 

Bec (de) 170 

Begon 163 

Begue (de) 179 

Belle 184 

Belloc (de) 213 

Belzunce de Castelmoron 164 
Benaultde Lubières.... 164 
Bénédictins (les religieux) 39, 
51,52,62,175. 

Benoist 119 

Berard ou Béraud. . 237, 249 

Bernard 237 

Ber thés 249 

Bertrand 76 

Besaudin 179 à 183, 245 

Besaudun. 103, 107, 108, 110 

Bezieux* (de) .* . *.*.’.' .* * 176, 243 
Bijaudi... 121,138,151, 161 

Blacas (de) 81, 139, 156 

Blanc... 75, 155, 198 

Blancard 146, 152 

Bléjard 243 

Blieux 165 

Bochart de Ghampigny. . 193 

Boisgelin (marquis de). . 103 

123, 181. 

Boisson 185 

Boisvert 124, 163 

Bolmon (étang de) 87 

Bompar (de) 138, 246 

Bonaut 237 

Bonefoy 237 

Boniface (de) 152, 179 

Bonnaud de S l -Pons 157 

Bonne (de) 96, 200, 237 

Bonnet 193 

Bonnetty (de) 171,221 

Bonstetten (baron de) 41, 44, 
45. 

Borilli. 117,136, 138, 144, 146 

Bormes 91 

Bolini et Bouttini. 64, 138, 248 
Boucicault (le maréchal de) 130 
Bouche, historien, 43, 77, 81 



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TABLE. 



259 



Bouis . 143, 144 

Bouisset . . 103, 107, 108, 110, 

117,119, 124, 151. 

Boulay 68 

Bouliers de Vaugines. . . 176 

Bourdonière (la) 159 

Bourillon 185 

Bouteille 159 

Boyer. . 67,68, 156,157, 160 

Boyrani 246 

Brancas (de) 158, 164 

Brandi 76 

Bras 30,240,241 

Brégançon 91,92 

Bresc (de) 29, 31 

Brescia ( I talie ) 184 

Bremond 67, 76, 239, 245 

Brezes (prieuré de) 140 

Briançon (ab. Rob. de) 81, 109 
129, 178. 

Brignoles 30, 53, 84 à 86, 102 
107, 124, 135, 138, 152 , 161 
192,240,242. 

Brillane (de la) 193 

Broqueri 249 

B rue 55,103,105,239,247, 255 

Bruey 191 

Bruni. . 105, 111, 186, 239, 245 

Buchon 133 

Buisson (du) 182 

Buoux 214 



Cabasse 45, 53, 86 

Cabassole... 151 

Cabre (de) 155 

Cabriès 179 

Cadarache 111 

Cadière(la) 90 

Caillai 75, 218, 219 

Caille 122 

Caire 167 

— (Egypte) 183, 184 

Callian 119 

Caluc 143 



Camargue (la) 78 

Cambis (de) 116 

Campagne 169 

Campobasso (Comtes de). 116 

Campoloro (Corse) 177 

Candolle (de) 158, 179 

Cannée (la) 184 

Cannolle 249 

Canorgue (la) 180 

Cappel 75, 179 

Câpre ( île de). 97 à 105, 123 à 
136, 147, 152. 

Caprerii 106, 245, 250 

Capucins (les religieux) 150 , 
151 . 

Caradet de Bourgogne.. 64 

Carami (rivière) 53,86 

Carbonel 107,242 

Carbonier 246 

Carcès 76, 141 

Carmes (les religieux) . . 174 

Carros 143, 144 

Casanova 155 

Cassianites (les religieux) 39, 
46, 49, 50, 52, 95. 

Castellane. 82, 83 

Castellane-Allemagne. . . 132 

— Chàteauvieux 121, 

122, 139, 147. 

— Entrecasteaux 112, 

115, 116, 118, 136, 138, 187 
— Jonques. 150, 226 

— Mazaugues... 141 

— la Verdière. . 134 

Castello (de) 126 

Castillon (de) 201 

Castoul . . . . . 70, 75, 199, 227 

Catrebard 145, 149 

Cavaillon 74, 86 

Cavaillon (de) 168 

Caulon (rivière le ) . .... 250 

| Causols (de) 104 

Celle (abbaye de la ). . 85, 247 

Cey reste 74, 101 

Cetta (de la) 155 

Cimon. v. Cymon 



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260 



TABLE. 



Chabanis 112 

Chambon (de). . 67, 156, 158 

Charrier 199 

Chassanée (le Président). 117 
Chàteaudouble . . . 117 à J 20 

Chàteau-Gombert 217 

ChtUeauneuf (de) 146 

Chàteauoert 101), 242 

Chdteaucieux 121, 139, 145, 147 

Chaudoin 249 

Chavignot 146 

Chevezet 216 

Chiaoari 183 

Chinon (de) 179 

Cival 143 

Clapiers-Cabris. 119, 160, 161 

— Collongue 157 

Claps 40 

Clément 75, 248 

Clérissy (de) 167 

Collobrières 115 à 120 

Collombi 228 

Collongue ou Simiane 89, 90, 
157, 168, 179, 182. 

Colonia (de) 166, 173 

Concordan 68 

Conilhi (de) 165 

Constantin 125 

Constantinople 183 

Contard 68 

Coquillat 151 

Corbolion (N.-D. de ). . . . 102 

Cordeil 184 

Cornut 105, 111, 112, 113, 239 

Coron (Grèce) 183 

Correns 79 

Corriol 75 

Corse (lie de) 177 

Coursegoules 143, 144 

Cortasse 180 

Coste 157, 179 

Cotignac 91, 161 

Cottolenti 150 

Coudoux 159 

Courmes. 115, 124, 143 à 152 
Cousini 110 



Crigné (de) 108, 245 

Cucurron 201 

Cuers 96, 237 

Curiol 183 

Cymon (de) 165, 166, 168, 173 

Cypriany (de) 156, 220 

D. 

Darbes 162 

Dauphiné 35, 200 

David 218 

Delphin 121, 139, 143,162, 199 

Demandots 131 

Demoure 68 

Dermitanis 75, 232 

Digne 138 

Dolly 75 

Domingo (le chevalier). . 102 

Donadey 139 

Draguignan 139 

Dragon ... 243 

Dromon. 115,121 à 124, 129, 

130, 148. 

Dubourg 199 

Ducros 139 

Dumon 185 

Durance (rivière la) 35, 40, 53 

91. 

Durant 58, 121, 146, 180 

E 

Egailles 124, 131 

Entrecasteaux . 112 6 116,136, 
138 182 

Entrepeyres 124, 129, 131, 133 

Escahs (d') 120 

Esclapon (d’). 108 6 115, 135, 

136, 186. 

Esménard (d’) 169 

Espagnet (d') 173 

Espagnols (les) 213 

Esparra 192 



Esparron (d’). 103 6 114, 124, 
135, 238 6 247, 255. 



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TABLE. 



261 



Espar ron-du-Verdon . 44, 80, 



456. 

Este ((T) H 6 

Estienne 459 

hstoublon 85 

Estournel 63 

Estuami . . . 446 

Eutychon 43, 44 



F. 



Fabre. . . 443, 433, <62, 250 

Fabri-Fabrègues .. 441 , 437 

Fabriciis (de). . 412 436, 487 

Falconii (de) 430 

Fauchier 68 

Fauconnerie (aride la) 30, 427 
à 431. 448, 449. 

Fauris de S l -Vincent. ... 46 

Fedon 457 

Félix (de) 467 

Fenouil 75, 223 

Feraud 44, 409, 246 

Ferenqui 404 

Feutrier 402, 247 

Fiche (de) 237 

Fichet 67 

Fidelis (Adhémar) . 403, 249 

Finaud 207, 219, 228 

Flassans 76 

Fleury (le cardinal de). . 482 

Foix (de) 464 

Fontanieu (de) 464 

Forbin-Janson 72, 449, 152, 
464, 21 1. 

Forbin-des-Issarts 464 



Forcalquier . . 439 à 441, 450 

Foresta (de).. . 461 , 468, 479 

à 482 

Fornet . . 249 

Fournier (de) 155 456 

Fos (de) 57. 80 à 94. 98, 424, 
449, 452, 461, 463. 244. 

Fox- A mphoux 35 4 1 6 

Foucou ou Foulque. 123, 492, 
499. 

Fourgues 78 



Foyssat * 


249 


Framaut » . . . 


237 


Franc. ... 55,75.225,228 


— vicomtes de Fréjus 55, 


57, 89, 90. 




Francon 


126 


Fréjus 


55, 89 


Fréjus (de) 


163 


Fresquière (de) 


193. 249, 250 


G. 




Gabriel 


... 179,180 


Gala.... 




Galdrade, dame de Brignoles , 


53. 84, 85. 




Gallueil 


71. 218, 219 


Gallifet (de) 


171 


Gantel-Guitton (de). 159, 185 


Gantelmi 


159 


Gardanne.. 64, 


124, 140, 441 


Garde (de) 


141 


Garde (la) 


152, 154, 461 


Garde-Freinet (la) 79 


Garnier (de) 


119,180 


Garsia 


... 57, 91 


Garsias 


; 239, 240 


Gasparo (de). . . . 


162 


frflSflllftt 


178 






Gasquy (de) 


152 


Gassendi (de) 


143, 169 


Gassier (de) 


171 


Gassoli 


100 à 102 


Gaubert 


152 


Gaude (la) 


143 


Gaudry 


161 


Gaufridi 


77. 81, 237 


Gautier 


17, 184, 219 


Gayole (la). . . . 


86 


Gaze 


195 


Gémenos.. ..... 


128 


Gènes 


183, 184 


GeofFroi 


119 


George 


179 


Gerbaud 


75 


Gérente, v. J a rente 



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262 



TABLE 



Gilles 144 

Ginasserois . 35, 54, 109, 201, 
246, 250. 

Giraud 199, 240, 243 

Giraudenc 207 

Glandevès (de) 38, 65, 115, 134 
136, 141 à 147, I56à 160,176 

Goa (de) 119 

Godet . . 250 

Goiran 68 

Goinard 108, 246 

Gombert-Dromon . 115 à 123, 
130, 148, 153. 

Gontier 140 

Gossolen 102, 103,247,248,249 

Gras (de) 141 

Grasse 68, 124, 129, !32 

Grasse (de).... 119, 143, 145 

Grassaud 243 

Gralus 41 

Gravier 157 

Grenoble 134 

Gréolières .... 143 

G r doux 74. 160 

Grignan (chapitre de) 65 à 74, 

114,116,142, 154,156,212, 

222 224. 

Grimaldi (de) 117, 152 

Gros 126 

Gros son 163 

Grou (du) 176 

Gualburge 86, 255 

Guérin etGarin 118 à 121, 238, 
244. 

Guibert 241 

Guichard 137 

Guien 184, 185 

Guion 76 

Guiramand 134 

Guirand (de) 193 

Guirel 75 

Guise (de) 116 



H. 



Hazard 163 



Henry 65 

Honnorat 219 

Hostagier (d’). ..... 151, 152 

Hozier (d’) 29 

Hubaye 108. 246 

Huguenots (les) 200 

Hurtis 158,182 



Hyères. 91, 92 , 98, 133, 143, 
153, 237, 241. 

I. 



Icard (d’) 151 

Inaurs . . 54 

Isle (de 1*) 163 

Isnard 144 

Isoard (d’) 120 

Ison 78 

J 

Jacob et Jacques 249 

Janselrne. 74, 256 

Janson 148 

Jarente (de) 128, 131, 144 à 147 

Jaubert 54, 70, 227 

Jauffrel 76 

Jausseran 249 

Jean 76 

Jolly 74 

Jordain 226 

Jouffrey de Ghàteaubon ■ 171 

Jouques. 148 à 151, 161, 21!, 

214. 

Jourdan 160 

Julliany (de) 168 

Jullien .... 30, 31 , 145 à 152 



L 



Lacroix 116 

Laget 73, 218 

Laidet 90. 91 , 123 

Lambert 78 A S0, 203 

Lambesc ... 82 

Lamothe (de) . 150 



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TABLE. 



263 



Lannion (de) 167 

Lantelme 499 

Laporterie (de) 172 

Lascours (de) 480 

Lasteyrie (de) 36 

T • mm i a m « t /%/% mn i^a 



Laugier 55, 145 à 122, 139, 470 



191 

Lauraco (de) 241 

Laure 456 

Lautier 237 

Lauzière (Noble de la) 44, 45, 
163. 

Lebrun 433 

Leibulfe, comte d'Arles 78 

Léotmond 78 

Lérins (abbaye de) 78 

Lesdiguières 200, 213 

Lieutaud et Lieutard 68 75. 
165, 175, 482, 249. 

Limans (de) 143 

Ligagneau (étang de) . . . 87 

Ligueurs (les) 200 

L insel 113 

Loche (de) 68 

Lombard 67 

Lomelinus, peintre 71 

Lordoné (de). 34, 68, 115, 158 
à 186, 198, 212,221. 

Loute (de,) 67 

Lubéron ( montagne du ) . . 35 

Luce. 146 

Lyle-Taulanne 473 

Lyon 171 

98 . 

Magnan 138 

Magy 169 183 

Maille 173 

Malcor 101 

Malignon 402 

Maliverny 66, 140 

Mallet 137, 255 

Mal rassi 241 

Manaucerio (de) 249 

Manosque 112, 113, 133, 138, 
141. 



Marchesi 109 

Marignane 55, 82 à 98 

Marius iCaïus) 40 

Marseille 39. 52, 82, 92, 96 à 
101. 130 à 135,148. 155 à 164 
169 à 184.217, 255. 

Marseille (de). 101 

Martel 249 

MartiguesSi t 87, 123, 126, 129 
152,171. 

Martin 75,101,179,199,212, 
223. 



Martinenque 200 

Masargues 185 

Mazaugues 140, 441 

Masse 153, 241 

Massini 64 

Matheron (de) 120 

Mathieu 243 

Maurel 68, 155, 220 

Maurellet 159 

Meissonier 220 

Mellon 135 

Menerbe (Italie) 97, *05, 123 à 
136. 



Mercadier 457 

Mercurin 249 

Méry 180 

Mesmer 171 

Messié 68 

Mestre d’ Aygalades 160 

Meyran de la Cetta 155 

Michaud.. 147 

Michaellis (de) 122 

Michel . 75. 183, 207 

Minimes (religieux) 166, 174 

Mireur 94 

Môle (la) 152 

Moll in i 107 

Mondini 143 

Monge (de) 167 

Monier 447 

Monoyer 157 

Montafié (dej 445 

Montagnac 121,146 

Montblanc (de). . . . 145, 155 



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264 



TABLE. 



Montesecuro (de). . . 239, 240 

Monteux 55, 11 6 

Montfort (de) 1 ! 6 

Montjustin ... 119 

Montmajour (bois de). 35, 39, 
40. 4L 57, 58, 85, 89. 
Montmajour ( abbaye de) 83,85 

Montmeyan 40 

Montpezat 137 

Montrieux ( chartreuse de ). 96 

Moltet 139 

Moustiers (de). 180, 181, 183 

Mucciarellis (de; 64 

Mure ( Haute) 123 à 1 36 

Muscole (de) 129 



Nans 155 

Naples 123 à 137 

Natoire 156 

Nepote... 120,132 

Néoules .. 102, 1q3, 114, 1 4, 

127, 152,154,249. 

Nice 126, 246 

Niozelles 140 1 56 à 1 59 

Nostradamus, historien , 104, 
131,202. 

Noto 78 



Observantins (les religieux) 75 
117, 119, 166, 169, 175. 

Odda 78 

Odile 72 

Olivary, 71, 137 

Olivier (d’) 180 

Ol lié res 42, 167, 240, 241 

Ollioules. . 122, 134, 135, T8 

Onde . . . . 75 

Oratoire (les P. de F) 158, 161 

Orves 121,153 

Othon ((F) 64 



Pahesii 139 

Papetlaud ... 120 

Parat 179 

Parisius 99,109 

Parrocel 231 

Pascallis 75 

Pasery de Thorame 1 65, 1 68, 
171. 

Paul 75, 161 

Pedullus 41, 43, 44, 46 

Peintres 71,231 

Pelissier 159 

Pellicot 75, 183.223 

Peloutier 71 

Pena 205 

Pennes (les) 124, 131, 134, 135 
146,147. 

Perrache 76 

Perrelle 146 

Perrin (de). 157, 170 

Pertuis 174 

Pétri 138 

Peynier 120, 256 

Peypin 104 

Pey rôles 1 16, 213 

Pin 75 

Pinchinat 240 

Phélix 192 

Pioult (de Puv-Haut ou de) 89, 
106,108, 242, 243. 

Plagazzus (de)* 130 

Poët(du) 201 

Poitevin 239 

Pomier 67 

Pons 55, 77 ô 95, 114 

Ponsoni 115, 135 

Pontevès (de). . 35, 106, 109, 

132, 148, 155, 220, 237, 242, 
243, 492 

Porcellet (de) 90 à 92 

Pothonier 117 

Poucar (de) 165 

Poulidon 75,210 

Pourrières. 40, 101, 207, 219 
Pournères (de) 101, 106, 239 



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TABLE. 



265 



Pourcieux 64, 471 

Praherii 241,244 

« Prat 67, 182 

Prêcheurs (les Frères)101àlll 
146, 179, 184, 226,238 à 250 
Présentines (les religieuses) 



158, 162. 

Prévôt (de) 458 

Puget 111, 141 

— Barbentane.. 151,161 
— Cabassole... 151,461 

— Figanières 116 

Puiloubier 237 

Puimoisson 142 

Puy(le) 167 

Puymichel 167, 182 

Q 

Quinquet 157 

Ouinson 40, 201 

R. 

Rabbe 161 

Rabier 102 

Raffélis (de). . 144 à 147, 161 

Raiambert 78 

Raynouard 71 

Ramaluelle . ... 151, 157, 161 

Ramel (de) 156, 220 

Rampai 156 

Rancurel 159,171 

Raousset (de). . . . 132 à 138 

Raseas-Bagarris 155 

Raspaud 157,174 

Raynaud 167, 182 

Rébuffat 73, 75, 207, 219, 228 
Récolets (les Pères). 177, 179 

Redortier 138 

Rei Liane 78 

Reisson 158 

Remezan (de) 156 

Réinusat (de) 184 

Resplandini 131 



Reoesi-prês-Esparron (le) 30, 
36 à 51, 60 à 74, 85,87, 91, 
98,, 1 1 3 à 115, 124 à 165, 186, 
222, 232, 242. 

Revest (de) 122 

Rhône (jleu.ee) 78, 91 

Rians. 30 à 41, 54 à 89 , 11 1, 
124, 137 à 139, 155, 190, 200, 
205,219. 

Rians (de)47 à 57, 88 à 4M, 243 
255. 

Riez 40, 83, 169 



Ricard 70 

Ricavi . 64 

Richard 59 

Richelmy 158 

Ri gord 249 

Rippert .. 237 

Rivis (de) 67 

Robert 246, 248 

Rocbaron (de). .94 à 98, 235 à 
237. 

Rodeti 131 

Rodolphe 133, 143 

Rognac 481 

Rolland 193, 240 

Romains (les) 39 à 50 

Romany 187 

Romée 433 

Roque 64, 105,247,248 

Roquebrune 219 

Roquefeuil 151 

Roquefort (de) 179 

Roquemartine 164 

Roquette (la) 161 

Roquecaire 80 

Rosolsi 243 

Rossa 125 

Rostan 36, 44, 100 

Rostang 58, 243 

Roubaud 246 

Roussenq 76 

Rougiers 1 12 

Rousset 433 



Roux 68, 74, 192, 199. 207,228 
Rovillon (de) 163 



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266 



TABLE. 



Ruffi 81 

Russan (de) 433 



S 



Sabatier. 237, 239 

Sabran (de)... 427 à 429, 163 



Sacco (de) 480 

Sage 75 

Sainte-Agathe (de) 434 

Sainte-Baume (la) 249 



Saint-Benoit (prieuré de) 439 
Saint-Biaise (de) 64, 100, 110, 
H 1,243, 246, 248. 
Saint-Cannat. . 474, 475, 219 

Saint-Chamond (de) ... 446 

Saint- Christophe ( église de) 53 
Saint-Estèce-Brue. . 55, 403 à 

I0Q Qq» 917 

Saint-Géniès. 421 à 130, 448 
Saint-Gilles (prieuré de). 91, 
4 57. 

Saint-Jean (de) 249 

Saint-Jean-de-Jérusalem 
(chevaliers). .433, 440, 150 à 

161 . 

Saint-Jeannet près Vence 143 
Saint-Julien-le-Montagnier 
35,247. 

Saint- Julien près Touroes 424, 
431, 435, 147. 

Saint- Laurent ...... 437 

Saint-Marcel près Marseille 90 
Sainte- Marguerite (ilede) 213 
Saint-Martin (de) 4 05, 447, 432 
470,239. 

Saint-Martin-de- Pallières 3 1 
à 33, 44,64, 76, 409, 443 à 
447, 198, 201, 215, *42 
Saint- Maurice ( église de) 54 

Saint-Maximin 30,34, 64 à 69, 
99 à 438, 478, 487, 498, 200, 
238 à 250. 

Saint-Maximin (de) 100 à 4 02, 
240. 

Saint-Rémi 424, 475 



Saint-Romans (de) 200 

Saint-Savournin 456 

Saint-Séverin (de) 429 

Saint-Tropez (de) . . 157, 171 

Saint- Victor ( abbaye de) 39, 
47 à 52, 58 à 65, 69, 74, 79 à 
95, 444. 

Sainte- Victoire ( montagne de) 
31, 40. 

Saint-Vincent (de) 42 

Saint- Zacharie . . 69, 80, 475 

Salla 449 

Sallier 75, 412, 445, 242 

Salernes 244 , 243 

Salignac.. 424, 129, 434, 433 

Salminy . . 494 

Salomé 460 

Salon 47S 

Sarrasins (les). . 39, 42, 46 à 

52, 80, 85, 95, 44 4 

Savournin 484 

Scocia .... 47, 53 à 55, 85, 86 

Séguier . 64 

Séguiran (de)l22, 436, 439, 240 

Sellions 31, 42,243 

Sénas . 424, 426à43l, 145, 146 

Septèmes 219 

Serignole 437 

Serrai re 498 

Serre 67 

Servîtes (les Pères) 474 

Sévigné (de) 4 46 

Sièyes , peintre 231» 

Sillans 406,243 

Signier-Piozin (de). 452, 453 

Signes. ... 444, 455 

Silvi 103,250 

Simeon 498 

Simiane 64, 88, 90, 96 

Simon , voir Gymon. 

Sineti (de). 34, 415, 123, 472, 
473, 482, 212. 

Sion (religieuses de) 458, 462 



465 

Sisteron.. 424, 130, 432, 450 
Six- Fours 90 



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TABLE. 



267 



Solliers 76, 246 

Sommati 442,479 

Sossin 456 

Sourd 75 

Squaletlo 425 

Suisse (le) 70 

Sulause (de) 174, 176 

Symon (dej . . . 414 

T. 

Tabarica 128 

Talent 85 

Tamisier (de) 166 

Tanneron 160 

Tarascon 83, 90, 91, 124, 429 

Taron 207 

Tassy 76 

Taoernes 40, 109, 242 

Taulanne 173 

Teissier 178, 183 

Tende (de) 135 

Terras..*. 248 

Terra nigra 139, 190 

Terris 482 

Teutons (les) 40 

Textoris 249 

Thaneron 135 

Thadéi 118,145 

Thibaud 174, 176 

Thion 140 

Thivel 199 

Thomas de Milhaud 144 

— de la Garde. 152, 159 

— de Villeneuve . . 170 

Thomassin (de) 102, 114 

Thorame (de)... 120, 165, 168, 

171,240. 

Thorenc 119,133 

T horonet (abbaye de) ... . 96 

Tiquet(le) 160 

Tiran . . . 40 

Tizaty 140 

Tollon 219 

Toulon 152, 162, 237 

Touloubre (de la) 171 



Toulouse 78,91 

Tournon (de) 117 

Tourreltes (les) 144 

Touroes. . 86, 98 à 101, 107, 

112, 123 à 138, 147. 

Trets 80, 104, 105, 247 

Tréoans 167 

Tulle (de) 144 

Tunis 176 

Turenne (vicomte de). . . 130 

7'urin 141 

U. 

Ulmo (d’) 63 

Urre(d’) 121 



Ursulines (les religieusea) 174 

V 



Vacon (de) 168, 172, 178 à 183 

Vachères 138 

Vachon 102 

Vagnères (port de). . ... 87 

Vaison. 78 

Valavez (plaine de). 35, 39, 55 

Valavoire 201 

Valette (le gouverneurde la) 
200 . 

Vallaque 252 

Valva 128 

Vances (oallèe de) 47, 54, 61, 
*85,87. 

Varages 40,76, 121,459,194 

Vaucenargues 139 

Velaux 158, 159 

Venaissin (comtat) 55 

Venel 179,181 

Vence 143, 144 

Vento (de) 151 

Ventre I'<6 

Ventoux (mont) 35 

Vérany 246 

Verdière (la). 30, 56, 75, 112, 
123, !3i, 159, 195, 201. 
Verdon (le) 80 



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268 



TABLE. 



Vernaudéry 139 

Verne 68 

Versailles 207 

Veteris (de) 180 



Viany 180, 181 

Vicomtes d’Esparron. 61, 62, 
93, 96 à 114, 126, 236, 240 à 
260 

Vicomtes de Marseille 52, 57 
à 60, 69, 77 à 98, 255. 

Vigne. 67 

Vigorisi 102 

Villecroze 139, 179 

Villemus 111,112 

Villeneuve (de). 66, 116, 142, 
144, 164. 



— les Arcs... . 122 

— Vence 143 

Vincent 112 

Vinon 200 

Vins 53, 86,141 

Visitation (relig. de la). . 163 

Viso (mont) 35 

Vitalis * il! 

Vitelly 201 

Vition 45 

Vitry (maréchal de) 214 

Vintimille (de). 93, 122, 131, 

134,135, 137. 

Volonne. . 75, 124, 155, 220 

Voix 111,112 



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TABLE DES MATIÈRES. 



Chap. I èr . — Le village actuel. 

§ 1. — Armoiries » 29 

§ IL — Situation 30 

PREMIÈRE PARTIE : LES ÉGLISES. 

Chap. 1 er . Le revest auprès d’esparron. 

§ 1. — Notre- Dame-du-Revest 36 

§ IL — La cilla Romaine : camp retranché de Montmajour; 

inscriptions 39 

§ III. — Le monastère cassianite ; les Sarrasins 46 

§ IV. — Le monastère Bénédictin ; les chartes du XI e siècle 51 

§ V. — Construction de V église du Reoest 56 

§ VI. — Union du prieuré d' Espar ron 59 

§ VII. — Le prieuré du Revest 60 

§ VIH. — Les prieurs Bénédictins 62 

§ IX. — Le chapitre de G rignan 65 

Chap. II. — Les églises paroissiales. 

§ I. — La vieille église de Saint-Jacques 68 

§11. — L'église actuelle de Noire- Dame-de-V Assomption , . 69 

§ III. — Œuvres d'art ; le tableau du Rosaire 71 

§ IV. — Liste des curés % . , . , 73 



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270 



TABLE DES MATIÈRES. 



DEUXIÈME PARTIE : LES SEIGNEURS. 

Chap. I. — Les bienfaiteurs du monastère auprès 
d’esparron AU XI e SIÈCLE. 

§ I. — Pons- le- Majeur et les Vicomtes de Marseille 77 

§11. — Maisons de Baux et de Rians 83 

§ III — Maison de Fos 90 

Chap. II. — Les vicomtes d’esparron. 

§ I . — Leur rattachement aux Vicomtes de Marseille 93 

§ II. — Leur généalogie 98 

Chap. III.— Esparron. 103 

Chap. IV.— Esclapon. 110 

Chap. V. — Les coseigneurs d’esparron. 113 

§ I. — Castellane-Entrecasteaux 115 

§11. — Laugier-Collobrières 117 

§ III. — Arbaud-Bargemon 120 

§ IV. — Gombert-Dromon 121 

Chap. VI. — Arcussia de câpre. 123 

§ I. — Arcussia- Esparron 135 

§ II. — Arcussia- Esparron (branche des seigneurs de Fos) 161 

Chap. VII. — Lordoné. 165 

Appendice I. — Cymon 173 

— II. — Vacon 178 

— III. — Magy * 183 



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TABLE DES MATIÈRES. 271 



TROISIÈME PARTIE: LA COMMUNAUTÉ DES HABITANTS. 

Ch ap. I — Les transactions. 186 

Ch ap. II.— Le combat d’esparron. 200 

Chap. III. — Le conseil communal. 

§ I. — Nomination et attributions; budget 204 

§ II — Instruction publique 210 

§ III. — Bienfaisance 211 

§ IV. — Logement et passage de troupes ; service militaire 213 

§ V. — Peste 217 

§ VI. — Rapports avec le seigneur 220 

Chap. IV. — Religion, clergé, confréries, usages. 

§ I. — Construction de V église paroissiale actuelle 221 

§ II. — Clergé 222 

§ III. — Association du Rosaire perpétuel 220 

§ IV. — Confrérie de Saint- Joseph 228 

§ V. — Oratoire de Noir e-Dame-de-Louvière 230 

§ VI. — Confréries diverses; fête patronale 232 

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

I . — Vente de la seigneurie de Rocbaron par Guillaume de 

Rocbaron à Geoffroi Reforciat (3 janvier 1228 ). . , 235 

II. — Testament et codicille d’Isnard d’ Espar ron , cosei- 

gneur de Saint-Esiève (24 octobre 1320) 238 

III. — Testament de Béatrix d'Esparron , femme de Ber- 

trand , des Vicomtes d’Esparron (7 mai 1330 ) .... 240 

IV. — Testament de Bertrand d’Esparron 9 coseigneur 

d'Esparron et de Saint-Estève ( 25 septembre 1340) 241 



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272 



TABLE DES MATIÈRES. 



V . — Donation de cens au couvent de Saint- Maximin y par 

Bertrand //, des Vicomtes (14 mars 1391) 243 

VI . — Donation de cens au couvent de Saint- Maximin , par 

le Vicomte d'Esparron (décembre 1391) 245 

VII. — Quittance par le prieur du couvent de Saint-Maxi- 

min à noble Guillaume Roque (3 septembre 1392) 247 

VIII. — Transaction entre le couvent de Saint-Maximin et 

Rixende des Vicomtes d'Esparron (15 oct. 1443). . 248 

Population , territoire , statistique 250 

Errata et additions 255 

Table alphabétique 257 



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FRAGMENT 



D'INSCRIPTION VOTIVE 

TROUVÉ 

SUR LÀ FAÇADE DE LA PAROISSE D’ANTIBES. 

PAR MM. 

Le Colonel GAZAN & le D r MOUGINS DE ROQUEFORT. 



La pierre , sur laquelle est gravé le fragment d’inscription 
qui fait l’objet de notre mémoire, a été trouvée sur la façade ouest 
de notre paroisse, où elle était enchâssée comme simple moellon, 
recouvert de crépi. C’est pendant les dernières réparations qui 
y ont été exécutées , qu’a eu lieu cette découverte, preuve nou- 
velle de l’indifférence de nos ancêtres à l’égard de nos anciens 
monuments historiques. 

La planche, jointe à la description qui suit , est la réduction, à 
l’échelle d’un sixième , de l’estampage fait, avec le plus grand 
soin, dans le cabinet du colonel Gazan. 

Les lettres , de 0,05 de hauteur , sont bien conservées , d’un 
beau caractère et d’une bonne époque. On en voit encore des 
restes aux quatre lignes, régulièrement espacées, auxquelles 
est réduite actuellement l’inscription, et ils suffisent pour aider à 
reconnaître les mots dont ils ont dû faire partie. 

L’inscription, dans notre opinion , est votive; mais , rien n’in- 

18 



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274 



FRAGMENT DESCRIPTION VOTIVE 



diquant la Divinité à laquelle elle est consacrée , il est évident 
que la formule initiale , dédicatoire , ou plus simplement la pre- 
mière ligne, mentionnait ce vocable. 

Dans la restitution que nous tentons, notre pensée adopte 
Cybèle, la bonne Déesse , la Mère des Dieux , comme on se plai- 
sait à la dénommer, dont le culte avait été adopté par les Ro- 
mains, environ 250 ans avant J.-C., époque à laquelle sa statue 
fut apportée de Pessinonte à Rome. Les motifs de notre préfé- 
rence sont : le grand nombre d’inscriptions de la Gaule Narbon- 
naise, dédiées à cette divinité, et avec les indications de : 
MATRI DEVM, BONAE DEAE, IDAE MATRI, MAGNAE 
IDAE; l’inscription notamment d'un taurobole célébré à Lyon, 
pour la conservation de l’Empereur Hadrien et de ses enfants et 
le salut de la colonie lyonnaise; et surtout l’expression du vœu 
de santé, qui se dégage de la lecture et de l’interprétation du 
texte môme. 

L’estampage donne (voir la planche) : 

v SETPRO 
VTSTINVSP 
/TESVAET 
ROTACIV 

Bien que ces caractères soient également espacés et ne portent 
aucune indication (point triangulaire , feuille de lierre), pour la 
distinction des mots, nous lisons : 

1" ligne : VS ET PRO 
2™ ligne : VSTINVS P 
3™ ligne : VTE SVA ET 
4™ ligne : ROTA CIV 



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SUR LA FAÇADE DE LA PAROISSE d’aNTIBES. 



275 



Dans ustinus, nous entrevoyons la suite du nom (Fa)ustinus, 
et la lettre qui l’accompagne nous parait appartenir à la prépo- 
sition P(ro ) ; 

Les lettres VTE seraient le complément de ( Sal)ute ; et de 
cette façon, nous retrouverions les seconde et troisième lignes : 
FAVSTINVS PRO 
SALVTE SVA ET 

Nous n'avons pas cru pouvoir remplir la quatrième ligne au- 
trement que par : (Aeg)rota cio(itate), ce qui conviendrait à une 
ville où aurait régné une épidémie , et ce membre de phrase se 
relierait, par la conjonction et, à celui de salute suâ . Nous allons 
du reste justifier, encore mieux, cette restitution. 

Si nous rappelons qu’Antibes était une petite Rome , comme 
municipe, il nous sera permis, nous l’espérons, dans la seconde 
ligne de reconnaître un cursus honorum chez l’auteur du vœu 
et de l’investir des titres de : (Prœfect)us et Pro(curator) , dont 
les lettres restantes de l’inscription autorisent la restitution ; et 
si, en outre, nous mentionnons , en son lieu et place , la dédicace 
de l’inscription votive à la Mère des Dieux , ainsi que nous 
l’avons dit, nous complétons cette épigraphe , comme l’indique 
la confection de notre planche : 

( Matri Deum ) 

( Prœfect)us et Pro(curator) 

(. Fa)ustinus P(ro) 

( Sal)ute sua et 
(Aeg)rota cio(iiate) 

C’est-à-dire : 

« A la Mère des Dieux, Faustinus, préfet et gouverneur, en 



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276 



FRAGMENT DESCRIPTION VOTIVE 



accomplissement d’un vœu pour sa santé individuelle et celle de 
la population urbaine » . 

( Pro ) (Aeg)rotà cio(itate ). Le climat d’Antibes, aujourd’hui l’un 
des plus sains de nos résidences hivernales , n’a pas toujours 
joui de ce bénéfice. Durant plusieurs siècles, les plaines de 
Brague et du Golfe-Jouan (surnommé anciennement pourri), 
étaient couvertes d’eaux stagnantes, et l’impaludisme et ses com- 
plications exercèrent, sur les populations de la campagne et de la 
ville, une influence historiquement délétère. C’est cette maVaria 
de notre littoral , nous le rappelons , qui favorisa les incursions 
barbaresques, et c’est cette complicité , simultanée , de ces lieux 
et de ces hommes, qui fut réellement la cause de la translation, à 
Grasse , de notre évêché. La bulle d’institution du pape Innocent 
IV, rendue à Gênes , le 14 août 1244 , porte en effet : « Propter 
imalubritatem aeris et incursus piratorum ». 

Avec ces conditions locales , probablement plus sérieuses À 
des époques déjà bien reculées , ou peut-être aussi à l’occasion 
d’une endémie quelconque, ayant fait de grands ravages à Anti- 
polis, n’est-il pas vraisemblable de croire que Faustinus ait ap- 
pelé et rendu légendaire l’intercession de la Bonne Déesse en sa 
faveur et celle de la cité Antipolitaine ? 

Quelques mots, en finissant, sur ce magistrat provincial , dont 
l’inscription votive, si elle pouvait être authentique, ajouterait un 
si grand intérêt historique à notre ancienne ville. 

Quelques années avant la mort de Valentinien I èr , en 375 de 
J.-C., il y eut, dans les Gaules , un Préfet, du nom de Fausti- 
nus. Bien que Valentinien I er soit regardé comme orthodoxe et 
comme un zélé chrétien, il n’en avait pas moins publié, le 29 



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SUR LA FAÇADE DE LA PAROISSE d’aNTIBES. 277 



mai et le 28 juin 371 , deux lois adressées au sénat , « par 
lesquelles il permet le libre exercice de la religion payenne , 
rétablit les pontifes romains dans leurs anciens privilèges et or- 
donne qu’on leur rende les mômes honneurs qu’aux Comtes ». 

Cependant les opinions sont partagées sur cet empereur , et , 
malgré ses excellentes qualités , car il entendait également bien 
l’art militaire et celui de gouverner, Ammien lui reproche d’avoir 
été très cruel et d’une cupidité insatiable. Sous son règne , en 
effet, un assez grand nombre de romains distingués furent mis 
à mort sous de vains prétextes, entre autres notre Faustinus, à 
qui il fit subir d’abord la torture et qu’il fit exécuter ensuite pu- 
bliquement. On accusa ce fonctionnaire d’avoir pratiqué les se- 
crets de la magie et répondu à un certain Nigrinus qui voulait , 
par plaisanterie, lui donner une petite charge : « Commencez par 
me faire empereur ». Ce badinage innocent leur coûta à tous 
deux la vie (1). 

Pareil acte de cruauté ne peut avoir d’autre explication que le 
désir de s’emparer des biens des victimes. 

D’après ces détails historiques , notre inscription pourrait être 
contemporaine du règne de Valentinien I er , c’est-à-dire, avoir sa 
date comprise entre 363 et 375 de notre ère. 

Antibes , août 1886. 



(1) Histoire universelle , traduit* de l'anglais , par one Société de gens de lettres. — 
Paris 1781; Moutard, libraire, t. XXV, passim etp. 417. 



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UNE INSCRIPTION TÜMULAIRE 



GRECQUE A ANTIBES 



PAR MM. 



Le Colonel QAZA.N & le D r MOUGINS DE ROQUEFORT. 



Dans le recueil de nos inscriptions de môme langue , celle-ci , 
inconnue et inédite avant la publication de ce mémoire , prendra 
le 5 e numéro d’ordre et sera la première , jusqu’à ce jour , qui 
doive être désignée, en propres termes, comme tumulaire. 

C’est par hasard que M. l’abbé Jaime , un de nos vicaires , se 
promenant, en janvier 1884, aux abords de notre Fort-Carré, 
l’aperçut et la recueillit au milieu des balayures de la ville , dé- 
posées en cet endroit. 

Mais ce hasard n’était pas aveugle, cette fois ; et nous félicitons 
notre intelligent vicaire d’avoir remis au jour cette petite perle 
épigraphique — in eterquilinio margaritam — et de l’avoir crue 
fine , pour nous servir des termes môme de notre fabuliste (i). 

Elle est gravée sur une petite plaque de marbre blanc , de 
0,145 de haut sur 0,165 de largeur, d’une épaisseur moyenne de 
0,024, et en quatre lignes, dont les deux premières ont des lettres 



(1 Phœiri Fab lib. III, fab. a on*.— Lifont., liv. I, fab. 20. 



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280 



UNE INSCRIPTION TUMULAIRE 



à peu près égales entre elles et un peu plus grandes que celles 
des deux dernières , et dont la quatrième est suivie de deux let- 
tres, réunies sous un signe d’abréviation. 

Bien que ce marbre soit assez fortement écorné à l’angle su- 
périeur gauche et y ait perdu ce qui manque au premier mot, les 
dimensions que nous en donnons sont certainement celles qu’il 
a toujours eues. Les deux faces latérales et la face supérieure 
présentent, en effet, chacune dans leur épaisseur , un petit creux 
cylindrique (1), destiné à recevoir la tête d’un clou à crochet, 
pour le fixer; et, si la face inférieure n’a pas un trou semblable , 
c’est qu’il a disparu sous l’un des éclats qu’on y observe. 

La plaque n’a donc éprouvé aucune réduction sensible de sa 
face inscrite, et, à part les traces d’une lettre, qu’on aperçoit 
encore dans l’anfractuosité de la cassure dont nous venons de 
parler, notre inscription ne laisse rien à désirer dans sa légende. 
Elle présente en outre un laconisme dont nous n’avons pas 
d’exemple parmi nos inscriptions grecques , et nous la croyons 
rare en France. 

Faisons d’abord, pour l’intelligence complète du texte , la lec- 
ture et la version gréco-latines : 

l 1 *® ligne. — ///jYCTOC, ///VSTVS, le reste du nom du per- 
sonnage défunt, auquel le tombeau a été élevé. 

Les traces de la lettre, que nous venons de signaler , nous 
paraissent, incontestablement, avoir appartenu à un O, et, de ce 
caractère au bord de la plaque , il existe l’espace suffisant pour 
la gravure d’un I. Cette observation nous donne le mot entier 

(1) Ces creux sout indiqués par des poiuis sur la planche. 



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GRECQUE A ANTIBES. 



281 



[IjOYCTOC, [I]VSTVS, c’est-à-dire le nom ou, plus exacte- 
ment, le surnom du défunt. 

M. Allmer , de l’Institut , à qui le docteur Mougins de Roque- 
fort avait adressé , avec un fidèle estampage et non une copie 
dessinée y ainsi que le dit notre savant académicien dans sa 
Reçue (1), notre lecture , notre version et nos interprétations , 
donna d’abord à ce personnage , ainsi défiguré , le nom de 
[FJOYCTOC, [GJVSTVS, et, plus tard, recevant la restitution 
onomastique que lui soumettait le docteur , il l’adopta et la re- 
produisit , dans la môme publication (2), sans autres indications 
et expressions que les suivantes : « P. 130 : Epitaphe grecque . 
— Le défunt devait s'appeler Justus , non pas Gustus. » 

Que coûtait-il à notre maître en épigraphie, en publiant notre 
bien modeste restitution, de dire qu’elle revenait au docteur et 
d’avouer un : cuique suum ? 

2 me ligne. — CEI AO Y, nom du père du défunt, avant lequel 
sont sous-entendus, comme l’exige la langue grecque , l’article o 
ou le nom commun vùç. Ce nom de gentilice a son équivalent 
dans celui de SEILVS, dont la diphthongue est devenue un I , 
par contraction. Quicherat, dans son Lexique onomatologique , 
donne SILUS, et Champollion le désigne comme porté par des 
représentants de la famille Sergia (3). 

3 me ligne. — EZHCE, aor. 1 er , 3® pers. du sing., de Zà«, 
V1XIT. Ce mot rappelle l’ancienne formule des premiers chré- 



(1) Revue épig. du midi de ta France 1885 , fasc. 35 , p. 130-31. 

(2) Même Rev.— Fasc. 36.— Corrections et additions , p. 151. 

3) Manuel d’ipigraphie , p-. 903. 



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282 



UNE INSCRIPTION TUMULAIRE 



tiens, ZEZES (grec corrompu, pour ZEZAS, subjonctif), sur 
bien des objets funéraires , empruntée aux païens et rendue en 
latin à la fois par BIBAS ou VI VAS (1). 

4 m * ligne. — ETECI, datif plur. de Etoc, «oc, ANNIS. Quand 
ce mot est à l’accusatif Toc «m, il se rend par annos. 

Les lettres O et B, surmontées d’un signe d’abréviation hori- 
zontal , sont des lettres numérales , représentant , la première 
le nombre 70, et la seconde deux unités, en somme 72, l’ôge du 
défunt, 8epiuaginta duo . 

Le sens est conséquemment : « Justus , fils de Silus , vécut 
72 ans. » 

Cette inscription , avons nous dit, sera la cinquième de celles 
qui ont été trouvées à Antibes ou ses environs et dont nous 
avons publié les études, dans la notice consacrée à la plus rare 
d’entre elles, mise au jour , en 1866, par le docteur Mougins de 
Roquefort (2); et il faut la noter comme la seule épitaphe grec- 
que connue à Antibes jusqu’à ce jour. 

Si elle n’offre pas beaucoup d’intérêt pour l’histoire ancienne 
de notre ville, elle a une physionomie propre / qui la distingue 
parmi celles de môme langue et de môme signification , et lui 
donne de l’importance en épigraphie locale et générale. 

Est-elle païenne ou chrétienne? Et à quel siècle pouvons-nous, 
approximativement, la faire remonter ? 

Essayons, avec le secours de nos quelques documents et de 



(1) Mémoire de Raoul Rochette sur les antiquités chrétiennes des catacombes (Acad, des 
Arts et Belles- Lettres, tom. XIII, 1" partie). 

(9) Inscription grecque , etc. (Extrait du bulletin de la Société académique du Var).— 
Toulon, 1876). 



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GRECQUE A ANTIBES. 



283 



nos bien modestes connaissances en épigraphie, de répondre à 
ces questions. 

Ce qui frappe et fixe d’abord notre attention , c’est la gravure 
soignée des lettres , leur état de conservation, la forme des epsi- 
lons en E lunaires et des sigmas en C au lieu de E , caractères 
figurant sur quelques alphabets grecs anciens et dont la paléo- 
graphie nous offre des spécimens , depuis la domination romaine 
jusqu’aux temps modernes. 

Cette petite plaque tumulaire qui , comme nous venons de le 
dire, a conservé jusqu’à ce jour, ses dimensions premières , ne 
doit-elle son laconisme qu’à son peu d’espace , ou bien son lan- 
gage est-il l’indice d’un formulaire particulier à l’époque ? 

Il n’est fait mention, ici, en effet , ni des invocations en usage , 
ni de la condition sociale du défunt, ni de sa profession, ni de la 
date de son décès , ni d’aucuns monogrammes , emblèmes ou 
symboles religieux; et, après le reste de son nom, qui, ô lui seul, 
ne peut que trahir sa nationalité, on ne sait que deux choses , le 
nom de son père et l’ôge auquel il a succombé. 

Ces données, seules, sur la vie terrestre de cet Hellène, nous 
autorisent à croire que son épitaphe est d’origine païenne. 

Nous savons bien , cependant , que les premiers chrétiens à 
Rome et ceux notoirement des catacombes de cette ville , repro- 
duisaient , sur leurs inscriptions funéraires sans date , les for- 
mulaires laïques , plus ou moins laconiques et privés d’idées ou 
de signes religieux en usage chez les peuples idolâtres, et, à cet 
égard, écoutons ce que dit M. Ed. Leblant : (1) 

« A Rome , une part considérable des inscriptions sans date , 



(I) Manuel i' épigraphie chrétienne , p. 17. 



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284 



UNE INSCRIPTION TUMULAIRE 



est évidemment antérieure à celles qui portent des marques 
chronologiques. J’hésite à penser qu’il en soit de même dans 
notre patrie. Une grande simplicité, un laconisme extrême, dis- 
tinguent, dans la ville sainte, celles des inscriptions chrétiennes 
qui ne sont point connues dans le formulaire païen. Ce caractère 
fait complètement défaut sur notre sol. Je dois même ajouter 
qu’en Gaule, il ne saurait être toujours un guide infaillible. La 
partie gauche de notre sol présente, en effet, des inscriptions de 
basse époque, composées d’un nom seul (V. t. Il de mes Inscrip - 
tions chrétiennes, n° 579) ». 

Aurions-nous , d’après les observations de notre savant épi- 
graphiste , dans le formulaire, écourté et non daté, de notre ins- 
cription, un type des légendes exceptionnelles des premiers âges 
chrétiens ? Nous ne pouvons et n’osons l’affirmer. 

En conséquence , en ne donnant pas, à notre inscription, les 
caractères épigraphiques de la première époque religieuse , si 
difficiles à distinguer en Gaule, en la considérant, répétons-le , 
comme païenne , et en tenant compte surtout des observations 
paléographiques qui précèdent , nous croyons nous renfermer 
dans les limites du vraisemblable, en disant que la date de ce 
petit monument , dépourvu de toute marque chronologique, ne 
serait pas antérieure, si on la supposait chrétienne, à l’année 334, 
caractérisant les plus anciens des marbres chrétiens sans date (1), 
et que son origine, en l’admettant païenne, est comprise dans l’un 
des siècles de la domination romaine , antérieurs à cette date. 

Antibes , août 1886. 



(I) Ed. Leblant — Loc. «t/., p. 17. 



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NOTE 



SUR LA 

CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



DES 

Environs de Draguignan 



PAR 

M. G. DE GROSSOUVRE. 



La région provençale , si particulièrement intéressante au 
point de vue géologique, offre ce double attrait de nous présenter 
presque toute la série des assises sédimentaires depuis la 
période permo-carbonifère et de nous montrer plusieurs de ces 
assises, avec des faces très dissemblables. 

Ainsi : le Jurassique n’est plus du tout à Draguignan ce qu’il 
estàCuers, et la ligne de démarcation entre ces deux dépôts me 
paraît se trouver vers Aups, Lorgues et le Cannet-du-Luc. Déjà 
le Muschelkalk affecte à Toulon une autre constitution qu’à Dra- 



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286 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



guignan. Il y a eu deux bassins qui se sont maintenus presque 
toujours indépendants pendant une longue durée des temps. 

Nous allons passer rapidement en revue les diverses assises, 
telles que nous avons pu les observer dans les environs immé- 
diats de Draguignan. 

On peut dire que, d’une façon générale, depuis Toulon jusqu’à 
Antibes, la base de toutes les hauteurs, en face des Maures et 
de l’Estérel, appartient à la formation triasique, celle-ci, tou- 
jours débordée au Sud par les argiles rouges du Permien. 



TRIAS. 



Sauf vers Garron, au nord de l’Estérel, où il serait assez 
développé, le grès bigarré est partout réduit à une faible épais- 
seur, et toujours caractérisé par la prédominance de l’élément 
quartzeux (Hébert, réunion extraordinaire de Fréjus, p. 34). Au 
contraire, les* deux éléments supérieurs, Musckelkalk et Marnes 
irisées ont une certaine puissance. 

Nous ne donnerons pas le détail des couches du Muschelkalk, 
non plus que du Keuper; ces deux étages ont été l’objet d’études 
fort complètes. M. Dieulafait nousa fourni une excellente descrip- 
tion du Conchylien, et les Marnes irisées ont été analysées par 
M. Goquand. La coupe de cette dernière formation, prise dans 
le ravin de la Madeleine, au nord du village de Montferrat, a 
paru au bulletin de la Société géologique, 2 e série, t. xxv, 
1867-68. 

Remarquons toutefois que le Muschelkalk est à Draguignan 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



287 



plus compacte et moins fossilifère qu’aux environs de Toulon. 
A la partie inférieure sont quelques bancs calcaires pétris d’ar* 
ticles d’Encrines et de Térébratules, tandis, que vers le sommet, 
c’est à peine si l’on trouve dans les lits marneux quelques débris 
d’écailles ou quelques dents. La faune, riche à Toulon, va en 
s’appauvrissant vers l’Est et fait, ici, complètement défaut. 

Un caractère tout secondaire, mais susceptible peut-être de 
fournir quelques points de repère, c’est l’aspect particulier de la 
surface de plusieurs bancs. Ces surfaces sont marquées d’impres- 
sions qui paraissent avoir un certain développement horizontal. 
Sur un des bancs, on voit des fissures entrecroisées offrant 
assez l’apparence d’une écorce d’arbre; sur un autre ce sont des 
sortes de tiges aplaties et enchevêtrées sur une certaine épais- 
seur; un troisième nous montre ces mêmes tiges, plus rares, 
mais plus grosses et presque régulièrement bifurquées. Enfin, 
citons une autre couche dont la surface est mamelonnée et cou- 
verte de pustules; on dirait une boue modelée par un ruisselle- 
ment d’eau et par la chute de grosses gouttes de pluie, puis 
instantanément consolidée. Sans faire aucune hypothèse sur la 
cause de ces apparences, nous pensons qu’il pourrait être inté- 
ressant de savoir si ces surfaces reproduisent en d'autres points 
d’aussi singuliers modelés. 

D’une puissance d’environ 90 mètres à Draguignan, le Mus- 
chelkalk, de couleur sombre dans sa partie moyenne, devient 
plus clair vers le haut: peut-être même renferme-t-il quelques 
bancs dolomi tiques? Une des couches du sommet se distingue 
par la présence de rognons ovoïdes de silex brun et par des 
géodes tapissées de cristaux de quartz. 



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288 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



Ajoutons enfin que, même là où les assises du Muschelkalk 
ont conservé une position horizontale, les crevasses sont fré- 
quentes et Ton voit de profondes fissures perpendiculaires à la 
stratification. 

Les Marnes irisées succèdent ; le passage se fait d’une ma- 
nière insensible par une alternance de calcaires caverneux et de 
petits lits de marnes. Dans sa coupe entre la Madeleine et la 
bergerie d’Espérel, M. Coquand attribue au Keuper une puis- 
sance de 100 mètres et le partage en deux zones, l’une infé- 
rieure, avec prédominance de l’élément gypseux, l'autre supé- 
rieure, caractérisée par l’élément magnésien. Sur plus d’un 
point, dans la partie sud du Malmont (1) particulièrement, le 
sous-étage inférieur fait défaut et on n’a plus que des cargneules 
et des dolomies avec bancs marneux intercalés. 

Quand la série est complète, on rencontre fréquemment, au- 
dessus des gypses, un horizon argileux caractérisé par la pré- 
sence de quelques pyrites et de noyaux charbonneux. 

Nulle part, nous n’avons trouvé trace d’organisation dans cet 
étage. 

Les gypses s’offrent sous la forme d’amas irréguliers, parfois 
d’une blancheur parfaite, le plus souvent ils montrent presque 
toute la gamme des couleurs. Généralement nous avons trouvé . 
ce gypse disposé en lamelles séparées par de minces lits ter- 
reux. Dans les gisements au nord du Malmont , les lames 
gypseuses sont souvent plissées comme sous l’effort d’une pres- 
sion latérale. 

(1) Le Malmont, montagne au N. -K. de Draguignan; la ville eat bâtie I ses pieds 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



289 



Jusqu’à ce jour, l’existence d’aucun dépôt de sel gemme n’a 
été relevée dans le Trias supérieur de la région, et cependant des 
gîtes salifères doivent s’y trouver. Nous en avons pour preuve 
la salure des eaux des sources de la Foux. Ces sources, qui 
sortent du Muschelkalk, à 2 kil. au sud de Draguignan et par 
une altitude de 160 mètres environ, contiennent une forte pro- 
portion de sel marin et n’ont pas un débit moindre de 1,200 litres 
par seconde. 

Un litre d’eau, puisé à la source môme, en juin 1886 et analysé 



à l’Ecole des mines, a donné : 

Résidu fixe 2« 2800 

Contenant : Chlorure de sodium U 2322 



le reste étant principalement du sulfate de chaux et un peu de 
sulfate de soude. 

En novembre 1861, une analyse (1), faite par M. Robinet, avait 



donné pour un litre : 

Carbonate de chaux 0* 237 

Chlorure de calcium et sulfate de chaux. . . 0» 763 

Sulfate de magnésie et chlorure de magnésie 0* 387 

Chlorure de sodium et sulfate de soude 3* 750 

soit un résidu fixe total dépassant 5 grammes. 



L’écart entre les deux analyses est considérable : nous n’en 
chercherons pas la cause. Mais, ce qui est indéniable, c’est l'exis- 
tence du sel dans le Trias de la Provence et plus probablement 
dans les Marnes irisées. Les assises du Muschelkalk sont par- 
tout bien réglées et si les sources de la Foux sortent de cet 

(1) Bulletin de la Société d’étodes de Draguignan. 1863-1863, page 355. 

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290 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



étage, ce ne doit être qu’après avoir lessivé les assises supé- 
rieures. Notons que ces sources doivent être attribuées à des 
eaux d’infiltration d’un très long parcours,, car leur débit d’une 
grande régularité ne parait pas être sensiblement affecté par les 
pluies les plus abondantes, non plus que par les saisons. Disons 
aussi qu’un ruisseau des environs de Barjols porte ,1e nom de 
Rivière salée et a son origine dans le Trias. 

Peut-être faudrait-il attribuer à ce lessivage des Marnes 
irisées et à l’enlèvement d’une très notable quantité de matières 
solubles qui en résulte, les nombreux effondrements du sol aux 
environs de Draguignan. Ainsi, dans la montagne du Malmont, 
on rencontre des cirques d’affaissement de plusieurs centaines 
de mètres de diamètre, avec une profondeur de plus de 40 mè- 
tres. Lors des grandes pluies, les eaux disparaissent là sans 
séjourner. C’est ce que l’on nomme dans le pays des aoencs. 

Une de ces excavations est de date récente, elle s’est produite 
en 1878, d’une façon subite. Ce cirque (1), dit « Trou de la 
Clappe », a ses parois abruptes et une profondeur de 30 mètres; 
l’eau a rempli immédiatement le fond de l’entonnoir et depuis, 
variant un peu de niveau suivant la saison, elle s’est maintenue 
pure. On prétend que, dans la matinée qui suivit l’effondrement, 
les eaux des sources de Ste-Roseline (12 kilomètres au Sud) 
sortirent troublées et boueuses; les deux faits seraient corré- 
latifs, ce serait à l’action d’un cours d’eau souterrain qu’il fau- 
drait attribuer ce subit affaissement. 

A la Clappe, ce sont les Marnes irisées qui ont été affectées; 



(1) A 4 kilomètres ta Nord-Ouest de Draguignan, sur la ri?e droite de la Nartuby. 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



291 



sur d’autres points, les plus nombreux, ce sont les assises 
Jurassiques qui ont sombré, on peut rattacher ces évènements 
à la môme cause, l’instabilité des couches Keupériennes : le sou- 
bassement attaqué par les eaux a fini par manquer. 

Sur la rive gauche de la Nartuby, dans le ravin de la Grané- 
gone, c’est le Muschelkalk qui s’est affaissé, mais il y a eu là 
de telles dislocations, que l’action des eaux a pu suffire pour 
amener une rupture d’équilibre et provoquer un tassement. 
Ainsi, la tradition locale rapporte qu'un des principaux trous de 
la Granégone est contemporain du tremblement de terre de 
Lisbonne. 

ZONE DE LAVICULA CONTOR^A. 

Aux Marnes irisées, est superposée la zone de passage, dite 
de VAoicula contorta. 

M. Coquand a décrit la succession des couches de cette assise 
à la suite de son étude sur le Keuper du vallon de la Madeleine; 
plus récemment, notre ami, M. Henri Segond, a étudié cette 
zone dans le ravin de la Nartuby, un peu en amont du hameau 
de Rebouillon (1). La puissance moyenne de l’assise est d’une 
dizaine de mètres: la base formée de calcaires très durs, le 
sommet de calcaires marneux fissiles, toute la partie moyenne 
étant constituée par une alternance de minces lits calcaires 
séparés par des filets de marnes ou d’argiles le bone-bed caracté- 

(1) Voir bulletin de la Société d’études de Draguignan, t. it, 1884, p xv 



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292 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



ristique et très peu au-dessus du calcaire compacte de la base. 

Partout où la zone à Avicula affleure, sa présence est indiquée 
à l’œil le moins expérimenté per les calcaires marneux du som- 
met qui se débitent en minces lamelles et jonchent le sol de 
leurs débris. 

La faune est assez riche; Avicula contorta , Geroilia precursor , 
Trigonia postera , Pecten> Ostrea sont généralement nombreux 
mais adhèrent à la roche. 

Signalons deux observations de détail relativement à cette 
assise. 

Les galets calcaires du bone-bed ont leurs angles émoussés, 
ils ont subi un roulement prolongé; de plus, ils sont impres- 
sionnés et présentent, surtout au fond des cavités, de fines stries 
entrecroisées ; enfin , ces galets sont fréquemment fendus et 
courbés, comme si devenus un instant plastiques, ils avaient 
subi des pressions irrégulières. 

En second lieu, les empreintes en forme de fer à cheval très 
allongé, avec lacis de nervures filiformes , qui se reproduisent 
sur diverses couches de la partie inférieure de la zone à Avicula 
contorta et qui ont été dénommées « Taonurus Panescorsii », 
nous ont paru se retrouver en d'autres niveaux. 

Nous avons rencontré des formes tout à fait analogues aux 
environs de La Châtre dans une assise marneuse du Lias infé- 
rieur à Ter . cor, et dans les tranchées de la gare de Bourges, 
au milieu des assises ptérocériennes. 

Faut-il voir là des espèces végétales qui auraient laissé des 
traces à divers étages? Ou bien ne seraient-ce que des formes 
dues à des effets mécaniques ? 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



293 



JURA. 

Au-dessus de la zone de i’Avicula contorta , viennent des 
calcaires dolomitiques en bancs bien réglés, grisâtres ou blan- 
châtres ayant à la base quelques lits intercalaires argileux ou 
marneux. Il est convenu de faire de cette série l'équivalent de 
Y Infra-lias ; la puissance en est très variable et tombe parfois à 
15 mètres tout en atteignant fréquemment 50 mètres. Les roches 
de cette zone ont un aspect particulier, par suite de leur ten- 
dance à se fissurer perpendiculairement au plan de stratifica- 
tion (1). Remarquons toutefois que ce caractère n’est point 
absolu. Certains bancs supérieurs du Muschelkalk adoptent 
volontiers cette apparence. 

Les dolomies infra-liasiques sont surmontées par 6 à 8 mètres 
de calcaires cristallins très durs, rougeâtres, souvent môme 
d’un rouge vif et à cassure esquilleuse. Les fossiles ne sont pas 
rares dans cette couche, mais on ne peut jamais en voir que des 
restes incomplets et indéterminables. 

Au-dessus du calcaire rouge viennent des assises puissantes 
et bien réglées de calcaires d’abord ferrugineux, puis se chan- 
geant en silice; leur épaisseur totale varie aux alentours de 25 
mètres. Cel horizon caractérisé par la présence, dans les strates 
supérieurs particulièrement, de gros rognons siliceux branchus 
porte le nom de calcaires à silex et a parfois pour soubassement 



(1) M. Potier.— Bulletin de la Soc. géol. -Réenien extraordinaire de Fréjus, 1877, p. 39. 



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294 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOOIQUE 



(sur les pentes sud-ouest du Malmont, au-dessus des Salles) 
une couche ferrugineuse à fines oolithes. 

Assez fréquemment, ces calcaires à silex, deviennent dolomi- 
tiques et ne contiennent plus d’organismes, mais là où l’assise 
est nettement calcaire, les fossiles sont assez abondants. 

Les gisements principaux sont aux abords môme de Dragui- 
gnan, sur les pentes du Malmont, et particulièrement aux pla- 
teaux du Peyrard et de la Sambre, entre la route de Figanières 
et la vieille route de Grasse. Il y a une trentaine d’années, ces 
localités ont été très soigneusement explorées par un géologue 
de la ville, M. Doublier; nombre d’échantillons furent envoyés à 
M. d’Orbigny. Malheureusement, de tout ce travail il est fort 
peu resté. 

Voici la liste des fossiles que nous avons pu recueillir, et 
dont les déterminations ont été faites avec soin : 

Terebratula perovalis , Sow. 

— Kleinii , Lam. 

— Waltoni 9 Dav. 

— Eudesi , Op. 

— , cf. infra oolithica , Desl. 

— car inata f Lam. 

1° Brachiopodes.. . . ( — ocoides, Sow. 

— oentricosa , Hartm. 

Rhynconélla spinosa, Schl. 

— paroula, Desl . 

— plicatella , Sow. 

— quadriplicaia , Ziet. 

— bajociana , d’Orb. 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



295 



Cidaris cucummifera, Ag. 

I Bhabdocidaris copeoides, Desor. 

2° Echinodermes / ^ 8eu ^ 0 ^^ cu ^ ema depressum , Desor. 

Stomechinus bigranularis, Desor. 

Galeropygus Marcoui, Cott. 

Colly rites ocalis , Desm. 

de plus, un Magnosia d’une espèce nouvelle, mais dont l’unique 
échantillon était trop mal conservé pour pouvoir être défini. 

I Ostrea sportella, Desm. 

| — Marshii, Auct. (non Sow.). 

I Trigonia striata , Sow. 

Lima duplicata , Münst. 

Pecten hedonia, d’Orb. 

— ambiguuSy Munst. in Golof. 

— barbatuSy Sow. 

Plagiostoma hersilia ( Lima heteromor - 
pha), Desl. 

\ Ctenostreon Hector , d’Orb. 

Les céphalopodes sont rares, nous avons cependant trouvé 
deux exemplaires de Y Ammonites Sauzei , d’Orb., un échantillon 
de Y Am. Sowerbyi et M. Panescorse possède, du môme niveau, 
Am. Romaniy Oppel. 

Parmi les espèces trop mal conservées pour être détermina- 
bles sont des Mytiles, des Pholadomyes, des Hinnites et quel- 
ques Polypiers (1). 



3° Lamellibranches. 



(1) Latimœaodra, Heliastrœa, etc. 



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296 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



Ce sont donc les brachiopodes et les échinodernes qui domi- 
nent, et de toutes les espèces, la plus abondante est la Ter. 
oentricosa. 

Peut-être en poursuivant ces recherches pourrait-on aug- 
menter la liste ci-dessus, mais en l’état, il est incontestable que 
l’assise des calcaires à silex renferme une faune bien nettement 
bajocienne , paraissant correspondre à la partie moyenne de 
l’ Etage. 

Comment ces fossiles se répartissent dans les couches, il est 
difficile de s’en rendre compte d’une façon positive; les décli- 
vités du sol sont telles qu’un fossile peut toujours rouler de 
plusieurs mètres. Ce que nous pouvons dire , c’est que Pecten 
ambiguus et Pecten barbatus n’ont été trouvés par nous qu’à la 
base de l’assise. Nous n’avons également recueilli Ter . Eudesi 
que dans la couche ferrugineuse, immédiatement au-dessous 
d’un banc lardé de grandes radioles d’oursins ( Rhabdocidaris ) . 

Il est de coutume de réunir aux calcaires à silex les cal- 
caires rouges inférieurs et de faire du tout l’équivalent de la zone 
de la Lima heieromorpha. Or, tandis que vers Cuers, la zone 
de la Lima heteromorpha, telle qu’elle est fixée par M. Jaubert 
(bul. de la Soc. géologique, 1864, t. xxi, p. 453), comprend : une 
assise de calcaires à silex à Am. aalemis , une assise de cal- 
caires gris h Am. Gervillei et une assise ferrugineuse à Am. 

. Sauzei , c’est-à-dire une faune liasique et une faune bajocienne, 
les calcaires à silex de Draguignan présentent une réelle unité 
et paraissent correspondre à la seule assise supérieure dejCuers. 

Quant aux calcaires rouges, aucun fossile ne leur assigne une 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



297 



plaoe exacte, et peut-être pourrait-on les considérer comme 
représentant ici le Lias moyen et le Lias supérieur développés 
et fossilifères vers Cuers et Toulon. Les dolomies de l'Infra-iias 
correspondraient alors à l'Infra-iias et au Lias inférieur; de la 
sorte, la série serait complète. 

Observons, en passant, que vers le Pugetr-de-Cuers les cépha- 
lopodes abondent, alors qu’ici les brachiopodes dominent. De 
chaque côté de la ligne de démarcation entre les deux bassins, 
que nous indiquions au début, les caractères paléontologiques 
diffèrent presque autant que les caractères pétrographiques. 

A partir de cette couche si particulière et qui fournit dans 
notre région un horizon facile à reconnaître et dont la place est 
nettement déterminée, les assises se succèdent avec de fré- 
quentes intercalations de bancs dolomitiques. On peut affirmer 
que deux coupes, faites à quelques kilomètres de distance, ne 
donneraient jamais des résultats identiques. 

- Les niveaux dolomitiques sont très inconstants, et comme 
emplacements et comme puissance, mais en général ce sont eux 
qui prédominent. Nous leur devons ces escarpements et ces 
roches, d'apparence ruiniforme, qui donnent à certains -sites de 
la région un aspect extrêmement pittoresque. 

La succession des couches, que nous allons suivre, a été 
relevée dans une direction Sud-Nord, en suivant la route de 
Draguignan à Castellane, depuis le ravin de la Granégone jus- 
qu'à la source des Frayères (ravin d'AmpusJ, puis en abandon- 
nant la route pour continuer vers le Nord et gagner le plateau 
(cote 631) au dessus du torrent. 



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298 



NOTE SUR LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



Aux calcaires à silex succèdent une trentaine de mètres de 
dolomies grises en couches puissantes à la base, minces et frac- 
turées à la partie supérieure. 

Vient ensuite un banc calcaire à bryozoaires et radioles d’our- 
sins; son épaisseur ne dépasse guère 0 m 80°. 

Puis, 4 mètres environ de calcaires à grosses oolithes 
blanches. 

Par dessus, on trouve une assise dolomitique de 2 m 50 d’épais- 
seur; la partie inférieures une apparence bréchiforme, à noyaux 
blanchâtres, la pâte encaissante étant rougeâtre et la partie 
supérieure de teinte uniformément grise est médiocrement com- 
pacte et plutôt vacuolaire. 

Ce niveau dolomitique est surmonté par 40 mètres, environ, 
de calcaires durs en bancs bien stratifiés; la roche est blanche 
ou légèrement rosée et pétrie de fines oolithes; c’est une pierre 
froide, susceptible de prendre un certain poli; exploitée dans plu- 
sieurs carrières, elle se montre souvent rouge, parfois ferru- 
gineuse. 

Ces calcaires plongent vers le Nord-Ouest et forment une des 
lèvres du ravin. 

La jonction des torrents d’Ampus et de Châteaudouble parait 
marquer un point d’affaissement; les couches du Nord plongent 
vers le Sud-Ouest; celles opposées entre le torrent d’Ampus et 
Rebouillon se déversent vers le Nord-Est, tandis que celles du 
Malmont pendent vers le Nord-Ouest comme nous l’avons dit. 

Franchissant le lit du torrent de Châteaudouble pour s’élever 
vers les escarpements, on retrouve bientôt, au-dessus des dolo- 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



299 



mies, les calcaires finement oolithiques de l’autre rive; puis, 
continuant à monter, on atteint dans une dénivellation à la 
lisière du plateau, des couches jaunâtres, oolithiques, mar- 
neuses, avec très nombreuses Rhy.decorata(l) f Rhy. elegantula , 
Ostrea costata. Cette série a plusieurs mètres d’épaisseur et 
renferme une faune abondante mais mal conservée. Nous y avons 
trouvé un exemplaire de Ter. flabellum. 

Cette couche, qui constitue un excellent repère, se retrouve 
avec les mômes caractères à Forcalqueiret vers Cuers, c’est 
l’assise des calcaires de la Bouillide, de M. Potier (Alpes- 
Maritimes). 

Au-dessus de la zone à Rhy. décora ta, sont des bancs puis- 
sants d’un calcaire compacte blanc, parfois laiteux, à cassure 
régulière; nous n’avons pu en apprécier le développement ver- 
tical. Ce sont ces calcaires qui surmontent tous les hauts pla- 
teaux au nord de Dragnignan. Ils sont facilement reconnaissa- 
bles à leurs arêtes émoussées, à leurs crevasses, à leurs 
cannelures dues A l’action atmosphérique; on dirait des marques 
que laisseraient des doigts glissants sur de l'argile molle. 

A quel étage faut-il rapporter ces calcaires? Nous ne saurions 
formuler une affirmation. Cette assise a déjà subi bien des vicis- 
situdes. Considérée autrefois comme appartenant au calcaire à 
Chanta , on en a fait plus tard du Néocomien (2). La seconde de 
ces affectations ne paraît pas beaucoup plus justifiée que la pre- 
mière. Si l’on était en droit de poser en principe absolu que dans 
cette région les couches deviennent d’autant moins anciennes 

(1) Cette nky. ietoff est beaneoap plis plissée que Jt. éecorêt*, type des Ardents. 

S) Bulletin de la Société géologique, 9* série 1868, t. iiv. page 963. 



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300 



NOTE SUR LA. CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



que Ton avance vers le Nord, et que le Crétacé de Comps, aussi 
bien que celui du Verdon vers Bauduen, est caractérisé par un 
faciès marneux, on serait en droit de conclure que les calcaires 
blancs de nos plateaux doivent être rapportés au Jurassique. 
Nous les croyons même bathoniens. 

On trouverait certainement la solution vraie de cette question 
en faisant une coupe de détail dans l'espace compris entre 
Ampus et Bauduen. 

Les calcaires blancs apparaissent , en effet , aux abords 
d’Ampus, et nous avons v«u des échantillons de Y Ammonites 
anceps recueillis à la lisière du grand plan de Camp-Juers, 
tandis que certaines couches marneuses, à l’est de Bauduen, 
fournissent de très beaux exemplaire de Y Am. Martelli (adulte). 
On pourrait donc suivre la succession des assises de toute la 
série Jurassique et obtenir une coupe d’ensemble quels que 
soient les bouleversements qui ont affecté la contrée. Un nouvel 
horizon de calcaires blancs surmonterait les assises oxfor- 
diennes. 

Ici les fractures ont été nombreuses, et pour donner une idée 
de l’amplitude et de la fréquence des dislocations que l’on ren- 
contre à chaque pas, il suffira de dire que sur un parcours de 
moins de huit kilomètres, du débouché du ravin de Baudron ( à 
l’est de Montferrat) jusqu’à Rebouillon, le lit de la Nartuby 
recoupe trois fois la zone de l’Avicula contorta, et, cette même 
assise que l’on trouve sous le village de Chôteaudouble vers la 
cote 400 se montre, sur le plateau, à 3 kilomètres au Nord-Ouest, 
à une altitude de 620 mètres. 

Il est probable que des observations suivies permettraient de 
trouver la loi qui commande toute ces brisures, et peut-être 



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DES ENVIRONS DE DRAGUIGNAN. 



301 



feraient-elles ressortir le fait d’un plissement général dù à une 
pression s’exerçant dans une direction Nord-Sud. 

• Voici, résumée en une figure, la coupe de détail indiquée ci- 
dessus : 



NORD Revin Je fe Nàt'luky SUD 




Echelle des longueurs _2_ env. Echelle des hauteurs — 1— 

5 30.000 20.000 



1 Muschelkalk; — 2 Gypses, dolomies et cargneules des marnes iri- 
sées ; — 3 Zône de YAvicula contorta ; — - 4 Dolomies infra-liasi- 
ques; — 5 Calcaire rouge; — 6 Calcaires à silex; 7 Dolomies 
infra-jurassiques ; — 8 Calcaire à bryozoaires ; — 9 Calcaire à 

? rosses ooiithes; — 10 Dolomies brécniformes et vacuolaires ; — 
1 Calcaire rosé à fines ooiithes; — 12 Calcaire marneux kRhyn. 
decorata ; — 13 Calcaires blancs (bathoniens ?). 

La figure ci-dessus indique seulement les couches visibles sur 
la direction choisie ; toutefois les gypses des marnes irisées ne 
se montrent que dans le ravin de la Granégone. Enfin , la coupe 
ne préjuge rien des assises qui couronnent le Malmont et la 
Colle-Pelade (605). Ces hauteurs comportent, en effet, la couche 
à Rhyn . decorata et les calcaires blancs supérieurs désignés sur 
la montagne, au nord de la Nartuby , sous le n° 13; mais ni la 
couche 12, ni la couche 13 ne viennent là jusqu’à la route. 



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LE 



Prétendu Mariage Morganatique 

DU DUC D’ÉPERNON 

PAR 

F. MIREUR. 



« ...Souvent nous... Iii avons oui dire 
que la prière qu’elle [sa femme] lui avoit 
faite [de ne pas se remarier] étoit la 
principale raisop qui l'en avoit empêché » 

(Girard, Bitt. de lu pie du dueéTBp. 



Au mois de juin 1885, j’avais l’honneur de soumettre à la Société 
le texte, en double exemplaire, d’un acte de mariage contracté à 
Pignans par le duc d’Epernon le 24 février 1596 , qui venait 
d’ôtre découvert récemment, nous disait-on, par M. le marquis 
de Castelbajac dans son château de Gaumont en Gascogne (1). 
Avec une confiance entière dans l’exactitude des copies accueil- 
lies en séance solennelle et publiées par une Société savante , 
nous examinâmes ici môme ces documents sous diverses faces : 
dans la forme, au point de vue paléographique , dans le fond , 
au point de vue historique et topographique^ nous les confrontâ- 
mes entre eux et avec les relations du temps , et le résultat de 
cette première vérification , consigné au procès-verbal de la 

(l) Bd réalité , cette découverte aurait été faite par le père de M. le marquia de Caatci- 
bajae, il y a environ une trentaine d'annéea. 



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304 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



séance du 26 juin , ne fut , si Ton s'en souvient , rien moins que 
favorable à leur authenticité. L’existence de deux originaux parut 
contraire à tous les usages , et leur rédaction en deux langues 
différentes non moins anormale. En outré, les deux exemplaires 
ne furent pas trouvés identiques ; l’exemplaire en latin contenait 
des erreurs et même de grossiers anachronismes de forme ; 
enfin y chose plus grave , la date de la célébration était absolu- 
ment inadmissible. 

La publication de cette critique (1) eut pour effet utile d’éveil- 
ler l’attention en Gascogne , d’y faire regarder de plus près aux 
originaux et de suggérer l’idée d’en répandre des reproductions 
photographiques; — idée excellente, quoique un peu tardive, dont 
on ne saurait trop féliciter les intelligents promoteurs. Dès que 
cette reproduction m’eût été envoyée , — très gracieusement 
d'ailleurs, — éclairé par la soudaine et pleine lumière des textes, 
je n’hésitai pas à signaler l’infidélité dont la bonne foi de tous 
avait failli être dupe, en Gascogne aussi bien qu’en Provence. 
Sauf la différence de la langue et des témoins, les deux origi- 
naux étaient semblables, et celui rédigé en latin ne portait plus 
de trace des accidents de forme, plus que suspects, que nous y 
avions relevés et dont un — l’emploi de la double lettre œ — au- 
rait suffi , de l’aveu môme de nos adversaires , à en infirmer la 
valeur. De plus, pas n’était besoin d’être expert en paléographie 
pour y reconnaître, à première vue, tous les caractères de l’é- 
criture de l’époque et la sincérité , au moins apparente , des si- 

(l) Du prétendu mariage du duc d’Êpernon à Pignons (Var) (24 février 1596). Dragui- 
gnan, C. et A. Latil, 1886, grand in-8*. Il p. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



305 



gnatures. En communiquant, dans la séance du 4 mai dernier, 
les épreuves photographiques, je ne fis aucune difficulté de recon- 
naître que nous avions affaire à des pièces désormais présumées 
authentiques ; mais je m’empressai d’ajouter que , si les princi- 
pales objections de forme avaient disparu, certaines autres de 
forme et de fond, notamment celle qui s’adressait à la date, con- 
servaient toute leur force. 

Deux mois après, un de mes estimables collègues, M. l’abbé 
Cazauran , archiviste du Grand Séminaire d’Auch, me faisait 
l’honneur de m’envoyer, avec une courtoisie parfaite, une bro- 
chure consacrée à me combattre et concluant à un mariage se- 
cret (1). Le succès qui parait avoir accueilli cette publication 
sur les lieux, grâce à l’autorité de son auteur, suffirait à l’impo- 
ser à votre attention, et je vous dois de vous la faire connaître en 
substance , sauf à vérifier la base de certaines affirmations et à 
soumettre au contrôle du raisonnement et des faits une ingénieuse, 
mais, ô mon sens, fragile théorie. Réussirai-je à rompre le char- 
me, fait à la fois d’habileté et d’érudition , qu’ont dù subir beau- 
coup de lecteurs séduits par les apparences , et à remonter le 
courant d’une opinion unanime , me dit-on , en Gascogne (2)? Je 



. (1) Mariage morganatique du due de Lavaleltc, Paris, Maisonneuve et Leclerc 1886, 15 
p. in-8 # . 

Jean-Louis de Nogaret était duc d'Epernon et non de la Valette L’erreur a été relevée 
par la Revue de Gascogne , dans un compte-rendu bibliographique sigué L C. (Bulletin meu- 
suel de la Soc. hist. de Gasc., tome XXVII, 10* livraison, oct MDCCCLXXXVI p.48l,ete. 
et par M. H. de l’Epinois, dans sa Chrou de la Revue des quest. Ai*t.(l 9r oct. 1886, p. 648). 

(2) Le judicieux article précité, publié sous les initiales L. C. par la Soc. kistor. da 
Gascogne , prouverait cependant que , même dans le sein de l’honorable compagnie , cette 
opinion n’aurait pas été acceptée sans réserve I certains égards. 



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306 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



serais plus rassuré si , pour vaincre , il suffisait toujours de la 
solidité et de la bonne trempe des armes, et d'être convaincu soi- 
même pour convaincre. Mais, malgré tout, malgré mon regret de 
combattre un digne collègue et mon peu de goût pour tout ce qui 
ressemble à une polémique, je me vois forcé de descendre de rechef 
dans la lice, sous peine de paraître déserter la cause supérieure 
et impérieuse aussi de la vérité historique. Je ne saurais me dis- 
simuler que je le fais avec un désavantage marqué et quelque 
peu décourageant. Absolument étranger aux arcanes du droit 
canon que Ton m'oppose , loin du pays d'origine de la puissante 
maison des Nogaret , de ses souvenirs , de ses traditions , de ses 
archives surtout, privé de la source d'informations incomparable 
des papiers de famille et des titres généalogiques à la disposition 
de mes adversaires qui n’en ont pas abusé , — c'est une justice 
à leur rendre, — réduit à l'usage des preuves négatives , l’im- 
puissance de mon isolement me condamne à faire plutôt ojuvre 
de démolition que de reconstruction. Besogne ingrate, stérile en 
apparence et cependant nécessaire pour déblayer la voie, pour la 
débarrasser d'obstacles trompeurs, susceptibles de détourner 
des recherches dans les documents originaux, plus que jamais 
indispensables après une tentative faite absolument en dehors 
d’eux, et dont on appréciera plus loin les résultats. 

Loin de moi donc la prétention d'annoncer bruyamment une 
solution complète et définitive, un lumineux et triomphant Eu- 
rêka . Nonobstant ma bonne volonté et mes efforts , il me faut 
bien avouer, dès le début, que je n'ai pas réussi à trouver le do- 
cument décisif; mais je viens soumettre à l’examen des hommes 
compétents des doutes très sérieux, des objections capitales et 
une hypothèse qui n’est pas dénuée de vraisemblance. 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



307 



M. l’abbé Cazauran me permettra d’abord de donner, môme 
après lui , une nouvelle lecture des originaux. Elle ne diffère de 
la sienne, sauf deux ou trois mots inexactement reproduits dans 
son travail, que par la méthode suivie pour établir le texte , mé- 
thode plus conforme , si je ne me trompe , ô celle des maîtres de 
la science. 



TEXTE LATIN. 

« Anno Domini millesimo quingentesimo nonagesimo sexto, die vero 
vigesimo quarto mensis februarii , illustris et magnificus dominus 
Joannes Ludovicus de Nogaret, ducis (sic) d’Espernon , ac pro chris- 
tianissimo rege hujus Galle (1) Provincie gubernator , ex una; et do- 
mina Anna de Monier, filia Gasparis, dominus (sic) du Castelet , et 
damoisele Isabelle de Bompar , presentis loci de Pignans , diecesis 
Foroiuliensis, ex altéra, matrimonium per verba de presenti , in facie 
sancte matris ecclesie, servatis servandis, coram me parrocho seu eu- 
rato ejusdem loci, contraxerunt, presentibus ibidem Joanne Reinaud (3), 
locum tenente judicis, et Jacobo de Roux, scutifero dicti loci; in quo- 
rum fidem me suscripsi. [Signés:] J. Louis de Lavalette , Raynaud, 
bailly et lieutenant de juge, Jaques de Roux , Gastonus, curatus ». 



TEXTE FRANÇAIS. 

« L’an mil cinq cens nonante-six et le vingt et quatriesme jour du 
mois de febrier, illustre et magnifique seigneur Jean-Louys de Nouga- 
ret, duc d’Espernon, gouverneur pour le Roy en Provence, d’une part; 
et damoiselle Anno de Monier, filhede Gaspard, sieur du Castelet, et 
de damoiselle Isabeau de Bompas (3), du présent lieu de Pigans, dio- 



(1) Au lieu de Gallie. 
(9) Au lieu Je Renaud. 
(3) Au lieu de Bonpar . 



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308 LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



cese de Freius , d'autre , ont contracté mariage en face de nostre 
mere sainte esglise , les solempnités gardées , en presence de Jacques 
de Roux, escuier, et Gombaud Fabre, bourgeois dud. lieu, et de moy. 
[Signés :] J.-Louis de Lavalette, Jaques de Roux, G. Fabre , Gas- 
tonus, curatus (1) ». 

Ainsi, d’une part, la traduction de la formule coram me parro - 

cho curato , restée dans l’encrier du premier éditeur , a été 

retrouvée; d’autre part, le curé de Pigans a appris le nom de sa 
paroisse , quoique la langue lui fourche encore une fois — mais 
une fois n’est pas coutume ; enfin, plus de trace de l’anachronisme 
si suspect de la double lettre œ. Toutes ces négligences seraient 
le fait, parait-il, d’un défunt archiviste de la Cour impériale de 
Toulouse , auquel on ne ménage pas la vérité. Ce n’est pas 
une raison suffisante — soit dit en passant — pour appeler quel- 
que part son déplorable texte le texte de M. Mireur. L'archiviste 
du Var a eu le tort, il est vrai, de l’accepter provisoirement, sous 
la garantie de la Société historique de Gascogne , et il en fait au- 
jourd’hui humblement et publiquement son meà culpà , auquel il 
pourrait ajouter : et Vasconum maximà culpà. 

Voilà donc réduits en poussière tous mes arguments basés sur 
des inexactitudes matérielles qui ont disparu. Voyons maintenant 
s’il en est de môme de ceux tirés de certaines anomalies de ré- 
daction et de forme qui subsistent toujours dans toute leur 
étrangeté. 

(1) La vérification des signatures des témoins et dn curé , que j’ai pu faire sur les pro- 
tocoles des tabellions de Pignans , grâce b l’obligeance du plus aimable des notaires, l’ho- 
norable M. Lions , a été favorable b leur authenticité. Il faut noter toutefois nne légère 
différence dans celle de Jacques de Roux , qui signe constamment Jacques avec le c , tandis 
qu’il a omis cette lettre sur les deux exemplaires dn mariage. 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



309 



I 



Rédaction de l'acte en deux exemplaires et en deux idiomes . — 
Ce que vous prenez pour un acte, nous dit-on d’abord, n’est 
qu’un certificat délivré par le curé à chaque conjoint, dans une 
langue qui lui fut familière. A l’époux, instruit aux bonnes lettres 
— il n’en faut pas douter — le texte latin ; à l’épouse , ignorante 
de ce savant langage, la version française. Si non e vero... 

11 n’y a sur ce dernier point qu’une légère difficulté , c’est que 
l’idiome le plus familier à Anne Monier était , non le français, 
mais le provençal, duquel nos curés ne dédaignaient pas toujours 
l’usage. Pour peu qu’elle eût été élevée à la façon très élémen- 
taire des nobles damoiselles de son pays et de son temps , dont 
tout le savoir consistait généralement 

A connaître un pourpoint d’avec un haut-de-chausses , 

elle n’entendait pas davantage au français qu’au latin. Et nous 
avons la preuve qu’elle ne faisait pas exception à l’ignorance 
générale de son sexe dans cette particularité , pourtant assez 
frappante, que , seule , elle n’a pas signé l’acte, sans doute pour 
ne le savoir. Mais passons (1). 

(1) A la fin do XVI* siècle, le barreau , même à Marseille , plaidait encore en provençal 
(J. .T. Bory, De l'état de la langue française à Marseille , avant la fondation de l'Aca- 
démie de cette ville , 1859 in-8°, typ. venve Marius Olive, p. 8). On objectera peut-être 
qu’il est possible de comprendre une langue sans être toujours en état de la parler ! Ecou- 
tons sur ce point la réponse du même sérienx écrivain, attestant que , non pas au XVI*— 



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310 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Co qui m’a causé une surprise profonde, c’est d’apprendre 

J 

qu’avec M. le marquis de Castelbajac, avec toute la Société histo- 
rique de Gascogne y avec nombre d’honorables érudits je m’étais 
grossièrement trompé — d’ailleurs en bonne compagnie, — en 
croyant naïvement avoir affaire à l’acte de mariage lui-même. 
Rédigé dans les formes canoniques , en présence et avec le con- 
cours des témoins, revêtu de leurs signatures et de celle de 
l’époux, cet acte nous avait paru à tous, sauf une omission relevée 
plus loin, absolument conforme à la formule sacramentelle qu’on 
lit dans tous les registres des paroisses. 

Erreur grande aurait été la nôtre, car, au lieu de l’instrument 
primordial, nous n’aurions plus qu’une pièce secondaire, de pure 
forme, un simple certificat enfin ! 

Comment en un plomb vil. . .? 

Il existe pourtant entre Vacie et l'attestation de la célébration 

notez le bien— mais en plein XVII" siècle , les dames de Marseille ne parlaient pas plos 
le français qu’elles ne le comprenaient : 

< Quant aux personnes du sexe, leur éducation était 2) peu près nulle. Destinées 2i s’oc- 
cuper uniquement d’ouvrages manuels et des soins du ménage , c’est pour elles surtout 

QUE LA LAlfGUB FRANÇAISE FUT UN IDIOME INCONNU » (Ibid . p. 13). 

II faudrait supposer la fille d’un petit gentilhomme plus lettrée que les avocats de son 
temps, et la petite ville en avance sur la grande d’un bon siècle. 

J’ai eu moi-même l'occasion de constater, au moyen de relevés faits snr des actes pu- 
blics de la deuxième moitié du XVII* siècle, qu’à Draguignan, où se trouvaient cependant 
depuis 1630 tout au moins, deux maisons religieuses d’éducation et qui avait eu, des le 
XVI* siècle, une école de !illes, les dames appartenant à la bourgeoisie on aux classes 
aisées étaient généralement hors d'état d'écrire même leur nom , et j’en ai cité de nom- 
breux exemples ( Documents sur l'enseignement primaire en Prop. avant 1189 ; Revue des 
Soc. sa v. T série, t. 111, 1880)! 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



311 



d’un mariage quelques différences fondamentales et saisissables. 
Aucun maire , par exemple , ayant à délivrer aux époux qu'il 
vient d’unir le certificat prescrit pour la cérémonie religieuse , 
ne s’avisa jamais, que je sache, de leur demander d’y apposer 
leurs signatures. Or , pourquoi supposer les chanoines du XVI* 
siècle plus naïfs que les maires du XIX e ? Qui dit certificat — 
qu’on me pardonne ces banalités — dit en effet une constatation 
pure et simple de l’accomplissement de l’acte, dépouillé de tous 
les accessoires de celui-ci , une pièce individuelle à la rédaction 
de laquelle parties et témoins n'ont plus rien à voir. C’est l’auto- 
rité compétente qui, seule, le délivre dans le plein exercice de son 
droit , sans l’intervention de personne, sous sa signature et sa 
responsabilité exclusive. Le fait d’époux attestant eux mômes ou 
concourant à attester qu’ils sont dûment mariés serait une su- 
perfluité candide, si ce n’était un non sens légal. 

Veuillez remarquer enfin qu’admettre les certificats, c’est ad- 
mettre nécessairement l’existence d’un acte original distinct, 
c’est-à-dire une nouvelle complication de formes dans la célébra- 
tion d’une cérémonie qu’on aurait du s’efforcer, au contraire, de 
simplifier et d’abréger le plus possible. 

N’estr ce pas Talleyrand qui scrutait un jour l'intérêt que pou- 
vait bien avoir tel diplomate — M. de Metternich peut-être — à 
souffrir d’une rage de dents ? 

Pas n’est besoin d’être un Talleyrand — on le verra bientôt — 
pour apercevoir l’intérêt majeur et transparent que l’on a eu à 
dénaturer gratuitement le caractère de pièces considérées jus- 
qu’ici par tout le monde comme de véritables actes de mariage, 
et que, dans tous les cas , leur parfaite identité avec les actes si- 



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312 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



milaires contemporains doit faire présumer tels jusqu’à preuve 
contraire. C’est, en effet, sur cette ingénieuse confusion qu’a été 
échaffaudé tout le système du mariage morganatique. 

Changement des témoins . — Si les deux originaux ne diffèrent 
plus dans la forme, ils diffèrent toujours essentiellement au fond, 
en ce qu’ils ne sont pas souscrits par les mômes témoins. Un 
seul a apposé sa signature sur les deux , et ses collègues n’ont 
signé qu’un exemplaire chacun. 

A cela quoi d’illégal , m’est-il répondu ï Qu’importe la diffé- 
rence des témoins, pourvu que sur chaque original il y en ait 
deux — le nombre canonique — , et nous en avons trois en tout ? 

C’est parler d’or au point de vue de la validité du mariage. 
Toutefois ce changement à vue de témoins , selon que l’on marie 
en latin ou en français et que l’on libelle l’acte sur telle feuille ou 
telle autre, n’en reste pas moins aussi insolite que difficile à ex- 
pliquer. Voilà deux originaux d’un môme instrument, rédigés 
au môme instant, dans le môme lieu, par la môme plume, en pré- 
sence des mômes personnes — il faut le supposer; un des trois 
témoins est appelé à les signer l’un et l’autre , ne va* t-il pas de 
soi que les deux autres témoins fassent de môme ï Pourquoi ce 
que l’on a cru nécessaire pour le premier ne le serait-il pas 
également pour les seconds ? De bonne foi , cette façon de pro- 
céder satisfait-elle pleinement V N’est-elle pas contraire à toute 
logique, comme à la pratique constante de tous les temps et de 
tous les lieux, pratique aujourd’hui encore unanime et journalière 
dans nos mairies et nos églises ? 

Au surplus prenez garde , mon cher collègue ! Pour un ma- 
riage si précipité et si mystérieux, réduit dès lors à la plus 



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DU DUC D'ÉPERNON. 



313 



grande simplicité de formes , tandis qu’il suffisait légalement de 
la présence de deux témoins, quel besoin de s’embarrasser d’un 
troisième , gênant dès qu’il était inutile ! Singulière précaution 
pour mieux sauvegarder le secret ! 

A ces difficultés plus ou moins résolues qu’il me soit permis 
d’ajouter deux nouvelles observations. 

En premier lieu , nulle mention de la publication ou de la dis- 
pense des bans; omission grave , et d’autant plus surprenante , 
qu’il y aurait eu dispense de trois bans. J’y reviendrai. 

En second lieu , absence complète de parents du côté de la 
future. Elle a perdu sa mère, il est vrai, depuis longtemps, et 
probablement aussi son père, quoique l’acte n’en dise rien (1). 
Mais, à défaut des ascendants, n’aura-t-elle trouvé autour d’elle, 
parmi ses proches, personne qui consente à l’accompagner à 
l’église, et doit-on supposer qu’elle y sera venue seule, aban- 
donnée de tous , comme à une honteuse mésalliance ? Cependant 
nous lui connaissons un neveu demeurant à Pignans, Antoine 
de Monier , au mieux avec D’Épernon , puisqu’il vient d’être 
désigné naguère par le conseil communal pour porter au duc, 
ou à son lieutenant, un petit présent de la ville (2). Nous lui 
connaissons également deux frères , Pierre et Louis , le pre- 
mier « chef de maison » aussi à Pignans, lesquels doivent être 
heureux et très fiers d’un brillant mariage qui répare l’honneur 



(1) Le décès de la mère est antérieur au 15 octobre 1559, date des secondes noces du 
père. Quant au décès de ce dernier , qui avait testé en 1591, la dévolution de son titre de 
sieur du Casteliet à son dis aîné, le fait présumer. 

(2) c Delliberé rallifier et apreuver le présent mandat par les sieurs consuls b monseigneur 
de Pernon et au sieur Daguin ( alias commandant b firignolcs), qu'est cinq chappons portés 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



— un peu ébréché peut-être — de leur sœur et, dans tous les cas, 
rehausse singulièrement Péclat de leur modeste blason. Quoi 
de plus naturel qu’ils assistent les uns et les autres à la cérémo- 
nie? Quelle raison de les éviter, et, si on recherche le secret, les 
frères ou le neveu ne sont-ils pas des témoins aussi sûrs qu’un 
autre, qu’un Jacques de Houx , par exemple , dont la prochaine 
trahison, vraisemblablement préméditée déjà, va bientôt cruelle- 
ment tromper la confiance et la perspicacité de son maître ? Et 
ni Antoine, ni Louis, ni Pierre, ni aucun autre des siens ne 
daigne accompagner Anne à l’église ! Etrange en vérité ! Dans 
ce mariage célébré « en famille » (p. 9), ce qui fait absolument 
défaut, c’est précisément la famille. . . Pourquoi ? 

Eh bien ! à parler franc , j’aurais peut-être fait bon marché de 
tout cela; j’aurais passé au chanoine Gaston ses deux actes, 
ses deux langues, ses trois témoins; je lui aurais pardonné 
de nous avoir caché les dispenses et à sa paroissienne de s’être 
cachée des siens , s’il n’avait, l’imprudent ! jeté à la vérité histo- 
rique un audacieux défi , qui autorise bien des suppositions, en 
mariant D’Epernon à Pignans un jour où il est de toute impossi- 
bilité que celui-ci soit même venu y toucher barre ! 



par le sieur du Castellet yer, vingt-deuxième de ce moys ». Séanee du conseil communal de 
Pignans du 93 décembre 1595; reg 1592-1596, f # 452, v* (Arch. corn.). 

Ce titre de sieur de Castellet était alors porté par deux membres de la famille de Monier: 
Pierre, frère d’Anne, et Antoine , sen neveu germain. [Voir la généalogie aux Pièces jus- 
tificatives). 

Je suppose qu'il s’agit ici d’Antoine , qui assiste b la séance municipale ; mais si, par 
hasard, le mandat avait été rempli par Pierre, les bonnes relations de celui-ci avec D’Eper- 
iion rendraient son absence encore plus extraordinaire. 



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DU DUC d’ÉPEHNON. 



315 



J’arrive à l’objection fondamentale qui, bien qu’effleurée dans 
mon premier travail et plus encore dans la réponse adverse, a 
cependant frappé tous les esprits. Il est nécessaire , je le vois, 
de la reprendre pour la serrer de plus près. 

Me pardonnera- t-on la longueur de cette excursion à travers 
notre histoire de Provence , si mouvementée , de la fin du XVI e 
siècle et la région non moins accidentée où se dénoua le dernier 
épisode de nos longues luttes ? Elle m’a paru indispensable , 
moins pour mes compatriotes que pour les personnes étrangères 
à notre pays, qui , peu familiarisées avec les lieux , ces témoins 
muets mais éloquents des évènements, sont exposées ô juger 
ceux-ci imparfaitement et à supprimer bien des obstacles natu- 
rels , comme lorsqu’on juge de loin et à vol d'oiseau. Afin de fer- 
mer toute issue à mes adversaires , je vais cette fois m’attacher 
obstinément aux pas de D’Epernon , de façon à ne pas le perdre 
un seul instant de vue avant et pendant cette mémorable journée 
du 24 février 1596, où il aurait été marié et battu presque en 
même temps, dans deux localités différentes, grâce à une enjam- 
bée de plus de 51 kilomètres. 



II 



Il faut rappeler d’abord sommairement quelle était à ce moment 
sa situation en Provence et bien préciser ensuite le plan et l’ob- 
jectif de cette dernière campagne où une question d’heures et 
même de minutes allait décider irrévocablement de ses destinées. 

Depuis le mois de novembre 1595, c’est-à-dire depuis trois mois, 



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316 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



celui que le chanoine Gaston qualifie complaisamment de gouver- 
neur de Provence , n’exerçait plus en réalité aucun pouvoir, ayant 
complètement perdu la confiance de Henri IV qui l’avait révoqué 
et remplacé par le duc de Guise. Au lieu de s’incliner devant 
l’arrêt de son souverain, le vassal félon s’était ouvertement jeté 
dans la révolte et , pactisant avec l’Espagne , fondait je ne sais 
quelles criminelles espérances sur les débris de son prestige en 
Provence où un petit nombre de places arboraient encore son 
drapeau. C’étaient notamment, dans notre région, Brignoles, 
Saint-Maximin , Hyères et Saint-Tropez. 

La reddition de Marseille, boulevard important delà Ligue (17 
février 1596), porta un coup décisif à la faction Epernonienne. 
Plus libre désormais, bien que le fort de La Garde lui tint encore 
tète, le duc de Guise allait pouvoir concentrer ses efforts sur les 
derniers centres de résistance et forcer l’ennemi dans ses retran- 
chements. 

L’occasion ne tarda pas à se présenter. Le gouverneur apprend 
à Marseille que le duc rebelle est sorti de Brignoles pour aller 
porter des vivres à la citadelle de Saint-Tropez , assiégée par 
les royalistes. « il part d’une traite » le 21 février , dit Louvet, 
se rend à Toulon et, le 23, il arrive à Pignans (1). D’Epernon 
qui y était descendu le 21 de Brignoles, averti sans doute de son 
approche , se hâte de décamper le 22 (2). 

Ici se place une remarque qui a son importance. Pourquoi, 



(1) ttist. des troubles de Prov ., 2 e partie, p 575. 

(2) C’est par erreur que, dans le premier travail , j’avais supposé D’Epernon marchant de 
Pignans sur Brignoles. C’est l’inverse qui est incontestable. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



317 



impatiemment attendu à Saint-Tropez et non moins pressé de s’y 
rendre, D’Epernon s’est-il détourné de la ligne droite par le Luc 
et la Garde-Freinet pour décrire ce crochet sur Pignans ? Quelle 
affaire pressante l’y appelle ? Ce n’est pas qu’il ait espéré ren- 
contrer dans ce petit bourg des ressources en vivres supérieures 
à celles qu’il avait sous la main à Brignoles , et d’ailleurs nulle 
trace dans les archives locales de réquisitions de cette nature. 
Tout autre doit être son mobile ; mais quel qu’il soit, il faut le 
supposer très impérieux puisqu’il lui coûte un temps précieux 
dans ce moment critique où toutes les minutes sont comptées. 

De Guise , en accourant de Marseille à marches forcées , n’a- 
vait-il pas l’intention et l’espoir d'arriver à temps pour empêcher 
le ravitaillement de Saint-Tropez et surprendre encore D’Eper- 
non soit à Pignans, soit sur un autre point de la route ? On peut 
l’inférer d’un passage, cité plus bas , de l’historien Nostrada- 
mus, qui n’est pas, il est vrai , d'accord à cet égard avec Louvet, 
ni davantage avec lui-même, mêlant sous sa plume vagabonde 
le pour et le contre avec son habituelle désinvolture. C’est aussi 
l’opinion d’un judicieux écrivain moderne dont la perspicacité a 
souventdeviné le vrai dans l’obscuritéou le silencedes textes^. 
Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment, les deux généraux 
obéissent dans leurs mouvements respectifs à une précipitation 
qui trahit le même vif désir , chez l’un , de provoquer , et chez 
l’autre d’éluder une rencontre. D’Epernon n’a que 300 maîtres 
et 200 arquebusiers, tandis que De Guise, parti de Marseille 
avec 270 gendarmes et 300 arquebusiers , a recruté sur sa route 



(1) M. le docteur Gustave Lambert, Guerres de religion en Provence , Toulon , Laurent 
1870, t. II, p. 497. 



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318 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



un renfort do 300 fantassins. Bien qu'il ait deux marches d’avance 
sur son adversaire, on se demande si l’éloignement de S l -Tropez 
permettra à D’Ep>ernon de sortir des défilés des Maures avant 
que celui-là en ait occupé l’unique débouché sur la route du Luc. 

Le massif montagneux dans lequel il s’est engagé — repaire 
des Sarrasins au moyen-âge — forme en effet pour lui une véri- 
table impasse, fermée au sud-est par la mer, barrée à l’est et au 
nord par l’Argens et gardée au nord-ouest par l’ennemi qui tient 
la route de Toulon. La seule issue, libre et accessible par laquelle 
il puisse s’en échapper pour regagner Brignoles, restée fidèle, 
est la voie reliant le littoral au centre du pays par le col de la 
Garde et se jetant dans la plaine du Luc. 

Cette dernière plaine est donc la clef de la route des Maures , 
la position stratégique maîtresse , qui va devenir l’objectif com- 
mun des deux généraux. C’est à qui y arrivera le premier, D’E- 
pernon pour passer au-delà, De Guise pour l’en empêcher. Mais 
bien différentes seront les conséquences d’une rencontre : tandis 
que pour De Guise, favorisé par l’avantage du nombre, un échec, 
d’ailleurs peu probable, pourra être facilement réparé, ce sera 
au contraire pour son adversaire le signal de la catastrophe 
finale , l’effondrement des derniers débris de son parti et de ses 
rêves d’ambition coupable. 

Aussi le gouverneur, arrivé à Pignansle 23, laisse-t-il à peine 
reposer ses troupes , dont la plus grande partie est harassée par 
une marche de plus de 100 kilomètres en 36 heures, et quitte-t-il 
son étape le 24, « au point du jour » , dit Louvet (1), pour se 
porter au Luc. 



(1) Lêco citato. 



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DU DUC D’ÊPERNON. 



319 



Sur cette date du départ de Pignans, qui n’est autre, on va le 
voir, que celle du combat de Vidauban et dont l’importance est 
dès lors majeure, il y a mieux que le dire plus ou moins sûr 
d’un historien ayant écrit à une assez grande distance des lieux 
et des évènements. Nous possédons la déclaration officielle de la 
municipalité de Pignans, faite non pas des années , ni môme des 
mois après , mais à quatre jours d’intervalle , le mercredi 28 fé- 
vrier , en séance solennelle d’un conseil général, par conséquent 
en présence et avec le concours de nombreux témoins oculaires. 
Et d’autant plus précise et plus probante est cette déclaration , 
qu’elle a pour objet de récapituler les divers « abords », ou pas- 
sages successifs de troupes , survenus depuis le 8 février, pour* 
en régler la « la tauxe », c’est-à-dire la dépense. Or, comme une 
confusion entre eux serait chose facileetde nature à embrouiller 
la comptabilité de l’étape , on a grand soin de les distinguer les 
uns des autres, en assignant à chacun sa date et sa durée. Qu’il 
me soit permis de rééditer pour mes nouveaux lecteurs ces 
lignes précieuses : 

« Abbord des sieurs de Guyse, comte de Carcès et d’Espernon «... 
Le huictiesme du présent moys de febvrier (1), les trouppes de monsei- 
gneur de Guise , conduictes par le sieur comte de Garces, arrivarent 
en ce lieu , où demeurarent cinq jours enthiers ; et , en apprès, le sei- 
gneur d’Espernon avec son armée , qui arriva le XXI de ce moys , où 
demeura ung jour ; et , en apprès , monseigneur de Guise , . aveq son 
armée, qui arriva le XXI1Ï dud. moys, où demeura ung jour enthier (2)» 



(1) Et non du premirb moys de febvrier , comme nne erreur d’impression me l’a fait dire 
dans ma communication de juin 1885. 

(3) Délibération du conseil du 38 février 1596, Reg. 1593-1596, V 469 (Arch. communales 
de Pignans). 



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320 LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 

Revenons maintenant à d'Epernon. Sentant son ennemi sur 
ses derrières, on Ta vu s'esquiver de Pignans le 22 et descendre 
sur Saint-Tropez, où il a dù arriver encore le soir, après une 
marche de près de 50 kilomètres. A-t-il pu effectuer l'opération 
qu'il projetait et jeter des secours dans la* place affamée ? D’après 
un texte cité plus bas, il s’en serait retourné sans l'avoir ravi- 
taillée. Ce qui est certain et ce que je retiens , c'est qu'il n'a fait 
dans cette région du Golfe qu'une très courte apparition , puis- 
que le matin du 24 trouve son avant-garde de retour sur la 
route de la Garde-Freinet, non loin de la plaine du Luc. Ce ré- 
sultat surprenant suppose une dévorante activité. Il a fallu né- 
* cessairement s’éloigner de Saint-Tropez encore le 23, venir cou- 
cher à la Garde-Freinet , étape intermédiaire , à peu près à égale 
distance entre cette ville et le Luc, et en repartir avant l'aube. 
L’ensemble des marches exécutées depuis le départ de Pignans 
ne représente pas moins de 92 kilomètres environ brûlés en deux 
jours et demi ; vrai tour de force pour l'infanterie , si l'on tient 
compte des rudes rampes du col de la Garde et de l'état de la 
viabilité à cette époque et dans cette saison , sur d'étroites voies 
secondaires , point ou fort mal entretenues. Quelle fièvre agite 
donc l'impatient général ? Est-ce vraiment qu’il est porté sur les 
ailes de l'amour pour venir bâcler une union convenue, sinon 
consommée d'avance , et qu'on avait eu tout le loisir de célébrer 
le 21 ? Las ! 

C'était bien de mariage alors qu'il s'agissait ! 

Que l'image d'Anne de Monier se soit présentée à son esprit dans 
ce moment décisif, si voisin de son salut ou de sa perte, et que 



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DU DUC D'ÉPERNON. 



321 



le regret de n'avoir pas effacé devant Dieu et devant les hommes 
la tâche faite peut-être à sa vertu ait effleuré cette rude cons- 
cience de soldat, je le concéderais au sentimentalisme des 
esprits romanesques. Mais pour quiconque se rend exactement 
et froidement compte de la situation et de ses dangers, n'est-il 
pas manifeste que les préoccupations du général doivent laisser 
peu de place aux tendresses dé l’amant et que l’idée fixe , domi- 
nante, dont l’obsession, exclusive et constante depuis deux jours, 
redouble à mesure qu’on approche du but, est de sortir au plus 
tôt de l’impasse où l’on serait si aisément bloqué , de s’échapper 
au plus vite et à tout prix de cette prison des Maures avant que 
l’unique porte en soit fermée par l’ennemi ? 

Et, de fait, pourquoi n’y réussirait-il pas ? De la Garde au Luc 
on compte vingt-un kilomètres et quinze du Luc à Pignans. Il ne 
s’agit dès lors que d’une différence d’un peu plus d’une lieue, ou 
soit d’une bonne heure de marche , et D’Epernon n’aura-t-il pas 
pu aisément la gagner en quittant la Garde avant le jour ? 

Aussi avec quelle hôte doit-il descendre les rampes qui coupent 
en intermidableszig-zagsles collines couvertes de forêts, brûlant 
d’atteindre la plaine du Luc dont la vue se dérobe longtemps à 
ses regards ! En effet , du chemin qu’il parcourt sous bois , en- 
caissé dans des gorges étroites et dissimulé jusqu’au bout par 
des accidents de terrain ou par l’épais rideau d’arbres séculai- 
res, on n’aperçoit cette plaine qu’à une très-faible distance. D’au- 
tant plus vive est sans doute son anxiété qu’il touche presque au 
terme de la course, ignorant encore s’il marche à sa délivrance 
ou à sa perte. 

Mais l’activité du gouverneur avait déjoué les calculs du Gas- 

21 



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322 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



con. Celui-ci s’était laissé gagner de fort peu cependant , de 
quelques minutes peut-être , puisque, au dire de Louvet , qu’il 
nous faut souligner avec soin, « si tost ils [les royalistes] furent 
arrivés aud. lieu [du Luc], ils découvrirent les coureurs des en- 
nemis qui venoient tout droit ». 

Pour être arrivé presque en même temps que les Royalistes, 
qui avaient eu l’avance d’une bonne heure, il fallait ne pas s’être 
attardé en route. 

A ce témoignage très affirmatif, qui place l’action le matin du 24 
février, on a opposé celui de Nostradamus , favorable en appa- 
rence au 25 février. C’est un peu ma faute, je le confesse, ayant 
signalé le premier, de très bonne foi, cette prétendue divergence, 
sans me douter du piège qu’elle cachait et qu’on n’a pas su évi- 
ter. Pourquoi prendre la peine, en effet, de vérifier une opinion si 
secourable, abandonnée par l’adversaire? Pourtant il eut été 
prudent de le faire avant de s’en servir, car elle se retourne 
aujourd’hui perfidement contre mon trop confiant contradicteur 
à qui je suis obligé, à regret , de retirer son dernier et meilleur 
argument , après le lui avoir trop inconsidérément fourni. 

Que dit au fond Nostradamus ? Relisons le ensemble et tâchons 
de le bien entendre, ce qui n’est pas toujours très aisé. 



Le XXV février 
rencontre île Vi- 
dauban où le duc 
d’Espernou eut 
du pire et restè- 
rent plusieurs 
hommes noyez 
ou tuez sur la 
place. 



Or , comme Marseille fut la derniere et plus dangereuse teste de 
l’Hydre et qu’il ne restoit que S-Troppel , que le duc d’Espernon pre- 
tendoit de munir contre les mortels assauts d’une cruelle nécessité , 
car le dragon de la ligue remuoit encore la queue; le jeune Mars Lor- 
rain, désireux de suivre le glorieux cours de sa victoire et d’empescher 
cest avitaillement capable de troubler encor, l’alla par telle diligence 
et resolution rencontrer entre Vidauban et le Luc, que le combat n’y 
fut peu sanglant ny la desconfiture moins misérable, parce que le Gui- 
sard, passant comme un foudre , contraignit son ennemi de passer à 



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323 



DU DUC D’ÉPERNON. 



fuite et à gué la rivière d’Argens, sans recognoistre le pas ny le fond , 
avec un tel et si triste desordre que presques tous les fuyards furent 
tuez ou blessez, ou estouffez dans les ondes impitoyables de ce fleuve. 

Un Gentilhomme des mieux qualifiez et meritansde ceste Province, mofre* du S *i>ur 
qui se trouva en ce rencontre, m’àfait voir par ses mémoires que ius- de s Can,,at - 
tement, quatre jours après le haut exploit de Marseille, le Guisard eut 
un ad vis comme le Duc d’Espernon , avec trois cens maistres et deux 
deux cens hommes de pieds estoit parti de BKgnolle pour aller faire 
son coup et garantir la citadelle de S-Troppel qui se trouvait à la 
faim. Occasion qu'il empoigna tout à propos et à temps de le combat- 
tre à son retour, pour assouvir l’ardeur impatiente qu'il avoit de l’es- 
prouver et, joindre ses armes aux siennes ; scachant très bien que les 
Gascons sont communément vaillans autant que vanteurs et fiers. Ce 
qui l’enflamma doutant plus à ceste resolution et le pressa tellement, 
qu’il part d’une vive et legere traicte qui le porta ce mesme jour à Thol- 
lon et le lendemain à Pignans. A grand peine eut ietté le soleil les 
pointes de ses rayons d^or pour donner le jour au monde de sa lumière 
ordinaire, ainsi que le mois entroit à son XXI V* jour, qu’il monte à che- 
val et tire de longue pour aller repaistre au Luc , qui est un très bon 
village dépendant de la Viguerie de Draguignan, assis sur le chemin 
de S-Troppel à Brignollc. Là arrivé , il descouvre les coureurs des 
ennemis qui s'y venoient tout à poinct rendre, mais un peu bien tard 
pour eux : tellement qu’ils estoient encore dans les Maures quand le 
Guisard , sans perdre le temps ny l’occasion , ayant mis ses gens en 
ordre , leur alla droict au devant , d’une guerrière contenance qui ne 
demandoit que combat. Les chevaliers de Buoux et de Montmeyan. . . 
menoient quarante maistres pour les coureurs, Buoux conduisant qua- 
tre-vingts chevaux, dont estoit composée l’advant-garde du Duc d’Es_ 
pernon, avec cent Carabins d’eslite, et le Prince cent cinquante gendar- 
mes lestement couverts et montez pour la bataille , ayant à ses aisles 
six cens harquebusiers, partie François , partie ramassez de Cuers , 

Soliers et autres proches villages , tellement qu’avec telles forces il 
marche droit vers l’ennemy, qui, le voyant venir en cest ordre avec le 
coutelas en main et en mine résolue de faire une sanglante meslée , 
monstra tout aussi tost le flanc et print le chemin , tousiours le pas , à 
fin de prendre son poinct et voir ce que la fortune voudroit faire ce 
coup là. Mais comme il vit que c’estoità bon ieu bon argent et ceste 
^empeste, proche de fondre sur sa teste, s’approchoit tousiours de plus 



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324 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



près avec rumeur et furie, il print tout autre conseil, et quitta son in- 
fanterie dans le bois , ayant changé le pas en trot; le semblable fit le 
Guisard pour aller plus legerement après une telle proye qu’il luy 
sembloit desia tenir. Si qu’enfin son ennemi ne se pouvant résoudre 
au combat, pour éviter les esclats de ce tonnerre soudain prest à des- 
charger sur luy, se ietta sans marchander longuement dans la rivière 
d'Argens, à belle nage, ne croyant pas d’estre suivi en un si périlleux 
essav, où le besoin violent Tavoit comme précipité. En quoy il ne fut 
moins deceu qu’infortuné, estant ainsi que le Lorrain, qui ne vouloit 
perdre une si favorable occasion, le suivit aventureusement, sans appré- 
hension aucune d’un si volontaire danger, se bazardant à l’indiscré- 
tion des ondes pour estre César ou rien , accompagné tant seulement 
de quelque soixante Gentilhommes ou Capitaines qui seconderont va- 
leureusement son courage héroïque , sa fortune et sa victoire dans ce 
fleuve impitoyable où presques tous les fuyards furent estouffez et sacri- 
fiez ù Neptune , les armes , les chevaux et le bagage , partie proye des 
eaux, partie butin des vainqueurs. Une adventure remarquable arrivant 
en ceste deffaite que Allamanon et Chasteauneuf, l’un gentilhomme de 

Lambesc l'autre de la famille des Mardis, premiers procu- 

miers procureurs reurs du pays des deux partis, se noyèrent par compagnie et par une 

fleuvV Vï rgeus*? fatalité (si tant est que le destin ait quelque force), qui donna source à 

un proverbe tel, que les deux consuls avoient fait brindes ensemble à 
la rivière d’Argens. 

« Ce fut en ce seul rencontre que le Duc d’Espernon, qui ne pouvoit 
rien abbaisser de son courage altier et ferme, perdit entièrement son 

assiette et vit noyer à yeux ouverts les restes de son esperance 

Passage malencontreux qui advint le vingt et cinq de Février . . . (1) ». 

On aura remarqué déjà une première singularité dans ce récit. 
L'auteur commence par prêter à De Guise l’intention d’empêcher 
le ravitaillement de Saint-Tropez et , quelques lignes plus bas , 
ajoute qu’il voulait combattre D’Epernon à son retour. La con- 
tradiction étonne moins , lorsqu’on s’aperçoit que les deux as- 
sertions n’émanent pas de la même provenance : la première 



(1) Sist. de Prov., p. 1033-1034. 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



325 



appartient bien à Nostradamus ; mais la seconde est , comme il 
l’indique en marge, un emprunt fait à un autre écrivain. Toute 
cette page se compose , en effet, de deux parties faciles à distin- 
guer, que l’art naïf du narrateur a bonnement cousues ensemble, 
sans se soucier d’en fondre dans un récit unique les choquantes 
disparates. L’une est une citation des mémoires inédits de For- 
bin-Saint-Cannat, et l’autre , qui lui sert de préface et de glose 
plus ou moins exacte , est sortie de la plume prolixe , parfois 
étrangement distraite, de Nostradamus. Nous avons donc ici un 
texte et un commentaire, un original et une copie , c’est-à-dire 
deux sources, l’une de première, l’autre de seconde main , entre 
lesquelles l’hésitation n’est pas permise. La véritable , la seule 
autorité historique qu’on puisse invoquer est celle de Forbin- 
S l -Cannat , ce gentilhomme qui a pour nous un autre mérite que 
d’être si « qualifié» , c’est d’avoir été un témoin et même un ac- 
teur de l’événement. Et cet acteur du combat, autrement digne 
de foi que son négligent compilateur qui écrit , lui , du fond de. 
son cabinet, à quelle date le fixe-t-il ? Au 24 et non au 25 février. 
C’est Nostradamus, que « les rayons d’or du soleil » du 24 fé- 
vrier auraient dù mieux éclairer, qui , sans prendre la peine de 
se relire, parle étourdiment du 25 février, comme il s’est étour- 
diment contredit en parlant des plans du Lorrain. 

Pour qu’aucun doute ne subsiste sur ce point si important, 
j’ai tenu à me procurer l’extrait même des mémoires inédits de 
Saint-Cannat, que je suis heureux de pouvoir donner, celui-là en 
toute confiance (1). 

(1) Cette précieuse communication n'est pas la seule que je doive à l’obligeance bien 
connue de M. le marquis de Boisgelin. 



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326 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



« Quatre jours après [le 17 février 1596, soit le 21], M. de Guise 

eut avis que M. d’Epernon avec 300 chevaux et 200 hommes de pied 
étoit parti de Brignoles pour aller avitailler la citadelle de Saint-Tropez. 
Il résolut de le combattre au retour, et, partant, il part et, d'une traite, 
se rend à Tholon; le lendemain à Pignans. Le lendemain, qui fut le 24 
dudit mois , nous en parûmes au point du jour pour aller repaître au 
Luc, qui est sur le chemin do Saint-Tropez à Brignoles; mais, arrivant 
audit lieu , nous découvrîmes les coureurs des ennemis qui y venoient 
tout droit, tellement que nous primes notre ordre et, allant droit à eux 
qui étoient encore dans les Maures ; le chevalier de Buoux et Mont- 
meyan menaient 40 chevaux pour les coureurs , le sieur de Buoux 80 
pour l’avant-garde et M. de Guise 150 pour la bataille avec 600 arque- 
busiers à s^s ailes, partie françois , partie ramassés de Cuers et Sol- 
liers. L’ennemi, nous voyant venir en cet ordre, nous montre le flanc et 
prend le chemin de Vidauban toujours le pas ; mais nous voyant appro- 
cher, quitta son infanterie dans le bois et se mit au trot. Nous quittâ- 
mes aussi la nôtre pour aller plus vite après eux. Enfin, M. d’Epernon 
ne se put résoudre au combat , mais , pour l’eviter , se jetta dans la ri- 
vière d’Argens à la nage. M. de Guise se jetta aussi à la nage avec 60 
qui l’accompagnoiont dont j’etois du nombre. De quelques uns d’un 
côté et d’autre (sic). Du nôtre fut pris Lamanon et, du leur, Château- 
neuf. La fuite fut honteuse (1) ». 

On le voit, Nostradamus n’a fait que paraphraser et embellir 
des fleurs de sa rhétorique le récit, trop nu à son gré , du capi- 



(1) Copie des mém. inédits de [Gaspard Forbin, seigneur de Solliès et] de Saint-Cannal; 
ms. Recueil de mém. relatifs b l’his. de Prov. pendant le XVI® s., p. 86. (Biblioili. Méja- 
nes b Aix, Fonds Roux-Alphéran). 

Une autre lourde et non moins inexcusable méprise de Nostradamus, commise ( gaiement 
par Honoré Bouche, ici son trop fidèle copiste [Ilist. de Prov. II, 82?), est cr Ile qui fait 
des deux Buoux tic chevalier de Buoux et le sieur de Buoux) et de Montmevan , des lieu- 
tenants du duc d’Epernon. L’insouciant narrateur oublie qu’uue quarantaine de pages plus 
haut, il a cité par deux fois , au nombre de ceux qui , moins d’un <an auparavant , vinrent 
secourir Salon, sa patrie, assiégée par D’Epernon, le chevalier de [Castellane-] Montmc- 
ya n, (p. U9(’>, C et 1002 F). Il ne se souvient pas davantage qu’il a raconté tout au long la 



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DU DUC DEPERNON. 



327 



taine , qu’il reproduit cependant à peu près textuellement , en le 
noyant dans sa fastidieuse phraséologie. Mais ce qui en ressort 
jusqu’à l’évidence, c’est que tous les mouvements successifs, 
très rapides, qui y sont décrits , ont eu lieu sans discontinuité et 
qu’il a suffi de quelques heures pour les évolutions préliminaires 
du combat et pour le combat lui-mème, si tant est qu’on puisse 
qualifier ainsi une simple rencontre entre deux partis armés 
s’élevant ensemble à un millier d’hommes. La date du 25 est 
donc une erreur manifeste et purement matérielle dont personne 
ne pourrait se prévaloir sérieusement (1). 



conversion , an mois d’octobre précédent, des deux frères [de Pontevès-jBttowx b la cause 
royale (p. 1012, 0 D). 

A Vidauban, les trois capitaines menaient donc les coureurs et l’avant-garde, non du duc 
d'Epernon, leur ennemi, mais, comme le rapporte Saint-Cannat, de l'armée royaliste, dont 
cette erreur n'a pas toujours permis d’évaluer exactement l’effectif , qui était bien de 870 
hommes. 

fl) Ne serait-ce pas aux mémoires inédits de Sobolis , d’Aix , qu’il faudrait faire re- 
monter la confusion de Nostradamus , qui l’a peut-être copié , sans attention , de même 
qu’Honoré Bouche a copié, sans le comprendre, Nostradamus ? Sobolis place aussi le combat 
le. 25 février ; mais son erreur a cela de précieux qu’elle nous fournit le moyen de la recti- 
fier et de savoir la vérité. 

« Le lundi 27 février, écrit-il. nouvelles assurées que M. de Guise , lequel étoit départi 
jeudi dernier de Marseille, a atlrappé les gens du sieur d’Epernon qui venoient pour voir h 
lavitaillrr Saint-Tropez , et , n’ayant pu le ravitailler , s’en retournant , y auroit eu une 
rencontre entre Vidauban et le Luc, où il y a eu grand combat. Mais le sieur de Guise les 
a défaits, lesajant tous mis en fuite et la plusparl noyés et tués au nombre de 500, ayant 
perdu chevaux et armes. M. de Laraanon a été noyé h la rivière d’Argens ; M. de Buoux 
blessé. Et led. rencontre et déconfiture fut faite le samedi, 25 février 1596, s’étant, le sieur 
d’Epernon , mis en fuite avec 30 ou 40 gendarmes h Barjols , après s’êire rendu h Bri- 
gdoles >. 

Et Sobolis d’ajouter : 



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328 



LF. PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Et quelle précision dans tous les détails de la relation aux allu- 
res militaires de Saint-Cannat ! On peut suivre point par point , 
heure par heure et presque montre en main, les diverses péripé- 
ties et les moindres incidents de la journée. De Guise quitte Pi- 
gnans au point du jour, c’est-à-dire, à cette époque de l’année, peu 
après 6 heures. Il a aisément franchi en 3 heures les quinze ki- 
lomètres qui le séparent du Luc, où arrivé vers 9 heures , il voit 
déjà déboucher l’avant-garde de la route des Maures. 11 court 
sus à l’ennemi qui, incapable de résister, cherche à se dérober , 
en se jetant sur la droite — sans doute par le vieux chemin de 
Gonfaron à Vidauban , passant à la Verrerie. Il le poursuit à la 
tête de sa cavalerie jusqu’à Vidauban, durant une dizaine de 
kilomètres, l’accule à l’Argens et l’y culbute. Vers 10 heures ou 
10 heures et demie, c’en était donc fait de l’armée Epernonienne. 

Inutile de redire la fuite du vaincu sur Barjols — à 49 kilomè- 



« Le mercredi, 28 feorier 1596, premier jour des Cendres...»; puis : « le jeudi, b cause 

du bissext, a été le 29 et dernier février le vendredi *•» mars... » (Hist, en forme 

de journal de ce qui s’est passé en Prov. depuis l’an 1562 jusqu’à Cannée 1607, par 
Foulque de Sobolis, procureur au Siège d’Aix. Recueil de mém. relatifs b l’His. de Prov. 
pendant le XVI' siècle. Bibl. Méjanes b Aix, fonds Roux-Alphéran). 

Ici la distraction est palpable et l’auteur se rectifie lui-même b trois reprises. Si le 38 
février a été un mercredi , ce qui est certain (Conseil tenu b Pignans « le XXVIII feberier, 
mercredi 1596 »; délib 0M com* 1 '» 1593-1596, f- 468 v), si le 59 a été un jeudi cl le l' f mars 
un vendredi , le samedi précédent correspondait forcément au 24 et non au 25 février ; et 
si Sobolis s’est trompé deux fois et pour la date du samedi et pour celle du lundi suivant, 
il s’est trompé de quantième et non de jour. 

D’ailleurs . il a parlé plus haut et très exactement du lundi 19 février. Ce n’est qu’b 
partir des samedi et lundi. 21 et 26, qu’il s’embrouille dans sa chronologie pour revenir le 
mercredi, b la vérité. N'est-ce pas le cas de dire qu’erreur ne fait pas compte ? 



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DU DUC d’ÉPERNON 



329 



très loin de Pignans — au sortir d'un bain forcé qui avait dû sin- 
gulièrement refroidir ses matrimoniales ardeurs. 

Voilà donc le texte de Nostradamus , ou plutôt de S^Cannat , 
pleinement d’accord avec celui de Louvet, et tous les deux iden- 
tiques à la déclaration de la municipalité de Pignans 9 qui , elle , 
n'a pas pu se tromper (1). 

En l’état de la parfaite concordance de tous les témoignages 
historiques et jusqu'à preuve contraire, la date du 24 février 1596 
est la seule date admissible et aujourd'hui admise de l’affaire de 
Vidauban (2). 

Et maintenant , je le demande à quiconque a bien voulu me . 
suivre, ou plutôt suivre sur la carte le duc d’Epernon dans les 

(1) Honoré Bouche ( Hist . de Prov. 11, 822] adopte , il est vrai , la date du 25 février , 
mais d’après Nostradamus qu’il a aussi mal lu. Quand à Girard , qu’il cite également, lequel 
a écrit longtemps après et sur la foi de la tradition , lui place la rencontre de Vidauban en 
1595. Voilà un précieux renfort pour nos adversaires. Seulement je les préviens cette fois 
de ne passe fier absolument à la chronologie un peu fantaisiste de ce biographe. Ne met- 
il pas notamment l’attentat si connu du paysan du Val, Debergue, dont il fait Bigne, qui avait 
eu lieu le t3 décembre 1595 , après l’alTaire de Vidauban ? (Hist. de la vie du duc d’Ep . 
p. 165). (Cf. Notice sur Brignoles [par Raynouardj, Brignoles petit in-12, Perreymond Du- 
fort 1829, p. 102). D’Epernon serait donc resté encore dix mois au moins en Provence sans 
défense , en face d’un ennemi victorieux ! 

Girard a d'ailleurs le soin d’avertir de ses inexactitudes pour tous les faits antérieurs à 
1619. année où il entra au service du Duc. auprès duquel il resta jusqu’à la mort de celui- 
ci, c’est-à-dire durant 23 ans : * Je pourrai donc , écrit-il, doresnavant parler plus régu- 
lièrement, que je n’ai fait jusqu’ici des choses qui le touchent, eu ayant été.témoin ». Il 
ajoute bien qu’il n’a jamais parlé que d'après des écrivains ou des témoins dignes de foi, 
mais il ne prend pas moins la précaution, très significative, de faire lui même la différence 
entre les deux parties de son récit (p. 33-1). 

(2) Cf. Gustave Lambert, loco citato . 



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330 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



diverses marches de cette campagne de 4 jours ; je le demande 
à tout esprit de bonne foi , ayant le respect du vrai et même le 
simple souci du vraisemblable: 

Moralement, soit avant, soit après l’action, le général qui allait 
jouer son va-tout, ou qui venait d’engloutir dans les flots de l’Ar- 
gens, avec le meilleur de ses forces, son dernier espoir, était-il 
dans une situation d’esprit à rêver de projets conjugaux ? 

Lorsque son intérêt , l’honneur de sa réputation militaire , le 
salut de sa cause et son salut personnel ne tenaient qu’à une 
question d’heure et de quart d’heure , peut-on supposer raison- 
nablement qu’il aurait subitement tout négligé, tout oublié , tout 
sacrifié pour complaire au désir d’une obscure maîtresse sur le 
retour — je le prouverai bientôt — lui qui jamais, dit-on, ne 
donna son cœur à aucune, lui le hautain et ambitieux gentilhom- 
me, osant tenir tête au roi de France? 

L’aurait-il pu moralement, comment l’aurait-il pu matérielle- 
ment ? 

A quel moment de cette fiévreuse journée du 24 , lui a-t-il été 
possible de trouver le temps de venir contracter mariage à Pi 
gnans, serait-ce même un mariage morganatique ? 

Est-ce le matin ? Mais De Guise n’en partait qu’à l’aube, et 
D’Epernon chevauchait alors à plusieurs lieues loin, sur le che- 
min des Maures, tellement pressé d’arriver au Luc qu’il faillit le 
devancer. 

Est-ce l’après-midi ? Ici l’histoire n’affirmerait-elle pas, d’une 
voix unanime, qu’il avait pris une direction opposée, que la pru- 
dence la plus vulgaire lui interdisait la route du Luc à Toulon 
tenue par son vainqueur ! 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



331 



On s’attendait, en vérité, à ce que mon honorable contradicteur, 
après avoir aisément pulvérisé mes objections paléographiques , 
basées sur les erreurs du texte, essaierait de rectifier aussi mes 
distractions géographiques, si j’en avais commis, en me suivant 
sur ce terrain, très insuffisamment exploré une première fois et 
qui est, soit dit sans jeu de mot, le véritable terrain de cette dis- 
cussion. 

La chose lui était facile à l’aide des belles cartes d’état-major 
qui ont vulgarisé aujourd’hui les connaissances topographiques. 
Il devait , en étudiant les accidents du sol , en calculant les dis- 
tances, nous indiquer l’invisible tangente par laquelle d’Epernon, 
se dérobant à ses soldats comme à nos regards, avait exécuté 
cette mystérieuse fugue sur Pignans qui s’impose, si l’on admet 
la sincérité entière de l’acte, à moins de supposer à notre héros 
le don d’ubiquité ! 

Au lieu d’une discussion approfondie , je ne sais si on n’aura 
pas été un peu déçu de ne trouver sous sa plume que l’énoncia- 
tion de cette nouvelle hypothèse — dont l’ignorance des lieux 
excuse l’étrangeté — que D’Epernon , « instruit des moindres 
mouvements [du duc de Guise] « put à la rigueur profiter » du 
départ de ce dernier de Pignans « pour s’y marier secrètement , 
sauf à rejoindre ensuite , en toute hâte , son armée prête à en 
venir aux mains »;que sa défaite fut peut-être « le résultat d’une 
absence momentanée qui compromit le succès de ses plans stra- 
tégiques mal exécutés dans cette journée du 24 février, veille de 
la victoire du duc de Guise , d’après Nostradamus *> (p. 9) (1). 

(1) < J'ai souligné !es mots A la rigueur, dit M. L.-C. , arrachés sans doute parles con- 
sidérations assez frappantes de M. Mireur sur le singulier choix de cette date inoubliable > 
(Compterendu bibliographique de la Revue de Gascogne , déjà cité}. 



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332 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Qu'y a-t-il de fondé dans ces vagues conjectures? 

De deux choses Tune : 

Ou D’Epernon a été averti d’avance, par émissaire, du projet 
de départ du duc de Guise, soit la veille, soit dans la nuit du 23 
au 24. Dans ce cas, se le figure-t-on, en proie aux préoccupations 
que nous lui connaissons , venant rôder seul , en sentimental 
troubadour, sous les murs de Pignans , occupé par son ennemi, 
au risque de se faire surprendre et prendre sottement; puis, 
entrant dans la place par une porte, tandis que De Guise en sor- 
tait par une autre et courant se marier au débotté ? Coup très 
hardi assurémentetbien digne d’un héros d’opéra comique, mais 
invention peu digne de la sérieuse histoire. 

Ou bien , l’émissaire, dépêché pour plus de sûreté après le 
départ des royalistes , aurait atteint d’Epernon sur le chemin de 
la Garde au Luc. Averti que son ennemi court lui couper la re- 
traite, celui-ci se serait tranquillement détourné de sa route pour 
venir à Pignans recevoir la bénédiction nuptiale; ensuite, après 
avoir apposé sur les actes préparés d’avance, si l’on veut , cette 
signature reposée qui ne trahit visiblement aucune précipitation, 
et avoir embrassé sa femme, il serait revenu à franc étrier se 
faire battre volontairement et sûrement. 

Supposer tout cela, c’est franchir un peu trop cavalièrement 
les bornes de la vraisemblance et encore plus les bornes kilo- 
métriques ! 

Examinons le pays et les distances si lestement parcourues 
en quatre lignes. 

Pignans, la Garde et le Luc figurent assez bien sur la carte un 
triangle isocèle , dont le Luc occuperait le sommet , Pignans 



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DU DUC D'ÉPERNON. 

l’angle de gauche, la Garde-Freinet l’angle de droite , et dont 
les côtés, sensiblement égaux, seraient dessinés par les deux 
routes convergeant au Luc, que suivent respectivement les deux 
généraux. Entre elles , nulle communication qu’un ancien che- 
min coupant le triangle parallèlement à sa base, et bien près de 
celle-ci , à travers un terrain des plus accidentés. Cette route , 
qui mesure 13 kil. 1/2, se délaçhe, du côté droit, entre la Garde 
et le Luc pour s’embrancher , sur le côté gauche , à Gonfaron , 
point intermédiaire entre Pignans et le Luc. C/est la seule qu’au- 
raient pu suivre et l’émissaire et D’Epernon. 

Or évaluons le temps minimum forcément dépensé par chacun 
d’eux : 

1° Course de l’émissaire de Pignans à Gonfaron, à la rencontre 
de D’Epernon , sur la route de la Garde , par ce chemin de tra- 
verse, en supposant la rencontre immédiate — toujours comme à 



l’opéra — 19 kil., c’est-à-dire, à cheval, environ. ... 2 heures. 

2° Môme parcours fait par D’Epernon pour venir à 

Pignans 2 h. 

3° Célébration du mariage 1/2 h. 

4° Retour de D’Epernon par la même route et mar- 
che sur le Luc, 13 kil. environ 3 1/2 

Total 8 heures. 



L’émissaire étant parti de Pignans après De Guise, ou soit vers 
6 heures 1/2 ou 7 heures, D’Epernon, — si on supprime tous les 
accidents imprévus, toutes les causes de retard , — serait arrivé 
au plus tôt à deux ou trois heures de l’après midi sur le théâtre 
de la rencontre, qui avait eu lieu vers 10 heures. 



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334 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Et on se l'explique très bien , puisqu'il aurait dù faire plus de 
trois fois le chemin parcouru par son rival. 

Persister à soutenir après cela que « la date du 24 février ne 
parait nullement inconciliable avec les données de l'histoire et 
de la topographie », ce serait se montrer vraiment peu difficile 
et doué d'un rare esprit de conciliation. La méthode scientifique 
a , semble-t-il , d'autres rigueurs : elle n'admet pas qu’on oppose 
à un alibi sérieusement démontré de simples probabilités, 
d'ailleurs fort peu probables ; que, lorsque sur un fait matériel , 
trois témoins non suspects nient et un quatrième affirme, on n'ait 
aucun égard à l'opinion de la majorité. Ici, par exemple, entre, 
d'une part, Louvet et Saint-Cannat, qui n'ont eu aucun intérêt à 
nous induire en erreur et la municipalité de Pignans , qui ne l'a 
ni pu ni voulu , et, d'autre part , un acte aux allures suspectes , 
étrange dans la forme et bien plus encore dans le fond , dont per- 
sonne n'ouït jamais parler , pourquoi donner exclusivement rai- 
son à ce dernier contre tous? 

Dût on me traiter de courtisan des majorités , pour moi le ré- 
dacteur de l’acte, pris en flagrant délit de contradiction avec trois 
autorités également respectables , est en contradiction avec la 
vérité. Or , comme il n'est pas possible d'admettre qu’il se soit 
trompé aussi grossièrement , il faut nécessairement supposer 
autre chose. 

Comment se serait-il trompé ? le mariage célébré le 23 , on 
pourrait à la rigueur croire à une distraction , quelque peu pré- 
sumable qu'elle fût de la part d’un ecclésiastique , tenu au cou- 
rant mieux que personne, par les actes journaliers de son minis- 
tère , des changements de quantième. Mais, le 23, le futur avait 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



335 



de bonnes raisons pour n’ôtre pas à Pignans , occupé d'ailleurs 
par son ennemi. Faut-il reculer jusqu'au 22, où il dut en partir 
de bon matin et probablement en assez grande hôte pour arriver 
encore le soir à Saint-Tropez? Ici l'invraisemblance s'accroît 
avec l'écart et dépasse toutes les limites. Postdater d'un ou môme 
de deux jours, est une défaillance possible et non sans exemple 
de la mémoire, sujette à perdre la notion exacte du temps écoulé. 
Mais antidater de trois jours est contraire à toutes les habitudes 
de l’esprit qui, môme dans ses erreurs, suit une pente logique et 
naturelle. Lorsqu'on invoque l'état de trouble où l'on aurait été 
à Pignans , on explique une supposition par une autre et on ou- 
blie de nous dire pourquoi ce passage de troupes, si fréquent à 
cette calamiteuse époque , aurait jeté plus de trouble à l'église 
qu'à la mairie, où nous avons vu qu'on ne perdait nullement la 
carte , surtout la carte des débours. 

Encore moins serait-on fondé à présumer que , le mariage 
ayant été célébré postérieurement au 24 février, on aurait eu 
une raison de l'antidater , et qu'on aurait choisi la date accusa- 
trice dont une notoire et saisissante coincidence dénonçait à tous 
la fausseté I 

D'ailleurs , une circonstance particulière , que le hasard des 
recherches m’a révélée, ne permettrait pas de trop dépasser la 
limite du 24 février. Il résulte de divers documents que le témoin 
Jacques de Roux , qui servait sous D’Epernon , abandonna son 
chef, trahi par la fortune des armes, et passa du côté des roya- 
listes où on s'empressa d'en faire un prévôt de camp. C'est sous 
ce titre qu'il figure, en effet , dans un ordre de logement délivré 



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336 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



en sa faveur par le duc de Guise, à la date du 23 mars 1596 (1). 
L’évolution de ce capitaine, plus ambitieux que fidèle, fut déter- 
minée très certainement par la déroute du parti à Vidauban et 
dut la suivre de fort près , sinon s’effectuer le jour môme. Dès 
lors ses relations avec son ancien général se trouvèrent à jamais 
brisées , et il est extrêmement douteux qu’il eût consenti à don- 
ner et plus encore qu’on eut songé à lui demander une signature 
de complaisance au bas d’un acte antidaté. Ce n’est pas la seule 
conclusion que j’aurai à tirer de cette défection. 

Pour résumer ce point décisif , il est absolument impossible 
que le mariage ait été célébré le 24 , à Pignans ; par conséquent, 
le document qui l’affirme contiendrait une énonciation fausse; de 
plus cette énonciation ne serait pas le résultat d’une erreur (2). 

Dans quel but alors cette grossière altération ? Si tout s’est 
passé régulièrement, quel besoin de dissimuler la vérité ? Aussi 
longtemps qu’elle subsistera, l’énigme importune inquiétera l’es- 
prit , dressant en face de la preuve matérielle elle-même du ma- 
riage son ironique et troublante contradiction. 

Et si on ajoute que l’union singulière aurait été si soigneuse- 
ment cachée qu’elle n’aurait été connue , ni même soupçonnée de 



(1) Ordre du duc de Guise, adressé de Marseille, le 23 mars 1596, aux consuls de Pignans, 
de loger capitaine de Ruffl, prévôt de camp avec ses archers [alias Jacques de Roux, « pre- 
yost de camp de Monseigneur >). 

(Séances des 29 mars et 7 avril 1596. Dé^ib n “ , com ,e » de Pignans 159M595, f** 713 et 
743 v.). 

(2) Prétendrait-on que la bénédiction nuptiale aurait été donnée le 24 ailleurr qu’à Pi- 
gnans, i la Garde-Frcinct , par exemple? Dans ce cas, l'erreur pourrait encore moins être 
imputable ài une simple distraction , cl on ne comprendrait pas l’intérêt qu’on aurait eu ï 
dissimuler une circonstance susceptible d'être expliquée par les évènements. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



337 



personne; qu’historiens , généalogistes, biographes, gens aussi 
curieux en général que peu discrets , tous l’auraient également 
ignorée; que, tandis que la chronique scandaleuse a percé le 
mystère des plus secrètes amours du duc d’Epernon , il aurait 
réussi à lui dérober une affection légitime; qu’il serait parvenu 
à tromper, avec les yeux d’argus des Brantôme et des Tallemant 
des Réaux, l’inquisitoriale perspicacité de l’entourage, au point 
d’en imposer môme à son secrétaire intime , comment ne pas 
concevoir des doutes sérieux sur la réalité de ces secondes 
noces (i) T 

Mais il s'agit, répond-on, d’une union morganatique ou secrète 
— autant que pouvait l’ôtre une cérémonie accomplie en présence 
de témoins qui tous, nous le savons déjà, n’eurent pas les mômes 
raisons d’imiter la réserve des intéressés. 

Voilà la solution non sans originalité, imaginée par l’érudit 
auxiliaire de M. le marquis de Castelbajac pour concilier les 
deux termes du problème; le fiat lux qui doit dissiper toutes les 
ténèbres et verser des torrents de lumière sur les obscurs blas- 
phémateurs du duc d’Epernon. « Ces notions. . ., écrit-on, jettent 
le plus grand jour 3ur le cas du duc de la Valette » (p. 12); et 
ailleurs : « Le problème. . ., loin de rester entier avec son irri- 
tante obscurité , suivant l’expression de M. Mireur , demeure 
parfaitement résolu... il est certain que le duc d’Epernon 
... a contracté un mariage morganatique ou de conscience avec 
Anne de Monier. . . le 24 février 1596 » (p. 13). 

(1) L'hypothèse d'on mariage in extremis reodrait encor? plus inexplicable l’absence de 
la famille autour du lit de la mourante et plus odieux, s'il est possible, l'effronté mensonge 
prêté b D’Epernon par son secrétaire, dans les lignes qui m'ont servi d’épigraphe. 

22 



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338 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Une proposition aussi absolue mérite d'être examinée avec 
soin, bien qu'elle soit loin, disons-le tout de suite, de résoudre la 
difficulté. Quand même le mariage du duc d’Epernon aurait été 
morganatique, cela ne suffirait pas à expliquer l'inexplicable si- 
lence fait autour de cet évènement de famille par un accord tacite 
et unanime, d'ailleurs absolument invraisemblable. Tous les 
mariages morganatiques n'ont pas ainsi été étouffés sous le se- 
cret du tombeau , et presque toujours ce secret a été plus ou 
moins celui de la comédie. Témoin la notoriété historique de la 
plupart d’entre eux , éventés par tous les échos de la chronique. 
Or D’Epernon tenait une assez grande place dans le pays et à la 
cour pour n’échapper pas à d'inévitables indiscrétions auxquelles 
de plus puissants que lui n'ont pu se soustraire. Le secret de 
la cérémonie et le secret persistant du mariage sont deux choses 
distinctes et nullement corrélatives. 

Sous le bénéfice de cette observation, pénétrons maintenant au 
cœur du débat théologique et juridique qui fait tout le fond de la 
brochure adverse. 



III 

Et d’abord, on pourrait demander s'il s'agit d’un mariage mor- 
ganatique, ou d’un mariage secret. Ces deux sortes d’unions, qui 
n’en font qu’une pour M. l’abbé Cazauran, n’ont pas toujours été 
confondues en fait. Le mariage morganatique est, à proprement 
parler, celui d'un veuf de noble origine avec une personne de 
condition inférieure. S’il est incontestable que tous les mariages 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



339 



secrets ne furent pas morganatiques , il ne l’est pas moins que 
ceux-ci ne furent pas tous célébrés secrètement. Sans doute ces 
unions disparates étant condamnées à rester inavouées , l’usage 
avait pu s’introduire de les contracter sans publicité. Au point de 
vue canonique, on les distingue, si je ne me trompe, de celles 
qui étaient simplement , mais absolument secrètes et que l’on 
voulait tenir telles , tout en se conformant à la loi du concile de 
Trente. Une autorité non suspecte, et que je remercie mon loyal 
adversaire de m’avoir révélée , Benoît XIV mentionne , en effet , 
trois sortes de mariages de conscience : 1° le mariage clandestin, 
tel qu’il était pratiqué avant le concile de Trente; 2° le mariage 
ad morganaticam ; 3° le mariage célébré aussi secrètement que 
possible, en observant cependant la loi Tridentine (1). Le mariage 
morganatique a pu , quant à la condition du secret , participer 
successivement du premier et du troisième , comme il a pu ne par- 
ticiper ni de Vun ni de Vautre et être entouré , ou non , selon les 
convenances des parties , des solemnitès ordinaires . Quant aux 
restrictions auxquelles il était soumis et qui le caractérisent , au 
point de vue civil , elles lui étaient exclusivement propres et 
jamais , que je sache, elles ne furent imposées de môme aux ma- 
riages simplement secrets. De ce que D’Epernon aurait contracté 
une mésalliance avérée, il ne suit pas forcément qu’il aurait con- 
tracté en môme temps un mariage de conscience , en ayant re- 
cours à tel ou tel expédient pour éluder la notoriété , sans en- 
courir la nullité. La rigueur du raisonnement exigeait la double 

(1) « De tynodo diaeetana, lib. XIU, Cap. XXIII, Mar. 13 et 18, éd. Migne, théologie, 
t. XXV, p. 1563). 



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340 



LE PRETENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



démonstration que Pacte de 1596 était à la fois morganatique et 
secret, tandis que l’on a conclu de l’un à l’autre, sans fondement, 
à mon avis. 

Les mariages morganatiques , dits aussi de la main gauche , 
usités surtout en Allemagne d’où ils ont tiré leur origine et leur 
nom , étaient frappés d’exception par la loi civile et soumis par 
l’Église, dans leur célébration, à une procédure spéciale. Sans 
remonter jusqu’à Justinien, que l’imprimeur de M l’abbé Cazau- 
ran fait parler allemand, ce qui supposerait chez lui un degré 
d’instruction bien avancé pour son époque, le Code des usages des 
fiefs , publié à la suite de son Corps de droit , s’occupe de ces 
unions pour les définir et en restreindre les effets civils , quant 
aux enfants. Seulement ces effets étaient-ils reconnus par l’an- 
cienne loi française? Telle est la question préjudicielle qui domi- 
nait ce débat juridique ; elle ne paraît pas avoir été suffisamment 
discutée, ni très exactement résolue (1). 

(1) Je ne puis mieux faire que de transcrire la note qu'a bien voulu me remettre sur 
cette matière très spéciale un savent et vénéré jurisconsulte , ancien professeur de droit, 
qui honore notre ville et cette société. 

< Quidam kabens (ilium ex nobili conjuge, post mortem «jus non valens continere , 
aliam minus nobilem duxit; qui, noient existere in peecalo, eam desponsavit eâ lege ut 
nec ipsa, nee filii ejus amplius habeant de bonis paternis , quam dixerit tempore spon- 
salitium, v. g., decem libras, tel quantum voluerit dare quando eam desponsavit-, quod 
Mediolanenses dicunt aceipere uxorem ad morganaticam , alibi lege salicd. Hic , (lliis 
ex eïï susceptis, decessit. Isti in proprietatem non succedunt, aliis exlantibus , sednec 
in fendis , etiam aliis non exlantibus; qui , licet legitimi sint , tamen in beneficio non 
succedunt. In proprielate veto succedunt patri , prioribus non existentibus . Succedunt 
etiam fratribus sine legitimâ proie decedenlibus , secundum usum mediolanensem *. 
fConslitulionum feudorum , ordinairement mises è la suite du Corps de droit de Jus- 
tinien , mais n'en faisant pas partie : lib. 2, tit. 29. « De f lliis natis ex matrimgnio ad 
morganaticam eontracto ». 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



341 



Moins anciennes auraient été les règles canoniques concer- 
nant le mode de la célébration. Celles-là , codifiées seulement au 
siècle dernier, ont pu varier selon les temps et les lieux ; aussi 
importait-il de bien les préciser pour l’époque et le diocèse où 
avait été passé l’acte contesté. 

On nous en cite trois, empruntées de seconde main à l’ency- 
clique de Benoît XIV du 17 novembre 1741 , ou à des sources 
contemporaines, sinon plus récentes. 

Nous voilà un peu loin de 1596 et des usages propres au dio- 
cèse de Fréjus ! 



« Il semble résulter dos diverses parties de ce texte : 

c 1° Que le mariage contracté ne difTère du mariage ordinaire, le plus parfait , qu'en ce 
que le mari déroge b sa condition en épousant une femme moins noble qoie la première 
dont il est veuf, ce qui exclut toute similitude avec le mariage dit secret, ou clandestin 
q uant b la forme ; 

« 2* Que le seul effet spécial d’uti pareil mariage est d'exclure les enfants qui en sont 
issus de la succession aux fiefs du père et de ne les appeler b celle des autres biens qu’b 
défaut d’enfans issus du premier mariage, dont ils deviennent cependant héritiers , en cas 
d’absence de descendants légitimes ; 

« 3* Qu’b part cela, ils sont parfaitement légitimes; 

« 4° Que cette espèce de mariage est appelée ad morganalicam d’après la coutume mila- 
naise (ce qui. en atteste l'antiquité, sans compter celle du livre sur les flefs), et même 
d’après la loi salique (ce qui en recule encore davantage l’origine). 

< Maintenant, d’où vient ce mot de morganaticam ? On conçoit que les esprits les plus 
érudits soient embarrassés, et on le voit bien dans cc qu'en disent de nos jours le diction- 
naire de l’Académie, celui de Larousse et celui de Littré , au mot Mar. morganatique , ou 
de la main gauche, et auparavant , une foule de savants, curieux comme on l'était alors. Il 
y a dans le Répertoire de Merlin , au mot Mar. de ta main gauche, auquel il faut join- 
dre le mot Légitime v sect. 7, d°* 3 et 1), des éclaircissements importants b ce sujet; et te 
qu'il faut remarquer, c'est que ce qui concerne le mariage en question n*a jamais été 
en vigueur en France, non plus que la loi Feudorum, et que tout cela est allemand ». 



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342 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Du moins Benoît XIV n’aurait-il fait que rééditer d’anciennes 
prescriptions tombées en désuétude à la suite des temps? Il suffit 
de lire les préambules de la circulaire pour être pleinement con- 
vaincu du contraire. Le Souverain Pontife constate les abus qui 
se sont introduits dans la pratique pour éluder les décrets du 
concile de Trente et, afin d’y mettre un terme, pose les principes 
qui devront être suivis désormais. Toutefois rien dans la rédac- 
tion de l’encyclique n’autorise à supposer que les mêmes princi- 
pes eussent été promulgués antérieurement et fussent devenus, 
à une époque quelconque , la loi de l’Église. Il n’y aurait jamais 
eu sur ce point, d’après les personnes les plus compétentes, de 

règle générale avant celle-ci et chaque diocèse aurait eu un peu 
la sienne (1). 

(1) « In more enim positum est ilia celebrari , nullis prœtiis faclis denuntiationibus , 
coram solo parocko, tel alio saeerdote , de ejus licentia, adkibita prasentia tantum 
duorum testium opposite i eontrakentibus advocatorum, quorum ftdes nemini iltorum 
est suspecta, remque peragi sœpe extra ecclesiam, quandoque etiam intra illam, jaunis 
tamen ocdusis, tel eo temporis momento quo , semota ollerius cujustis prœxentié , 
scientia initi matrimonii , prœter parocki, contrahentium, testiumque personas , alios 
penitus effugiat ». 

Soit l'exposé des conséquences qoi sont, entre antres : la facilité de la bigamie, la négli- 
gence apportée ao baptême et b l'éducation des enfants, le scandale causé par la vie com- 
mune qui semble être un concubinage, etc. 

Pour obvier b ces inconvénients, Benoît XIV exige que les mariages de conscience soient 
contractés, après dispense de toute publication accordée par l'évèque, qui devra préalable- 
ment faire ses diligences pour savoir s'il n'y a aucun empêchement; qu'ils soient célébrés 
devant le curé ou devant un prêtre désigné par l’évêque ; qu’ils soient inscrits sur un re- 
gistre secret de l’évêché qoi sera placé sous scellé tant qu’il ne sera pas nécessaire de 
l'ouvrir; quej si les époux ne remplissent pas les conditions prescrites pour assurer l’in- 
dissolubilité du mariage et les droits des enfants, le mariage sera rendu public par le soin 
de l’évêque. 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



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Sans insister sur ce singulier phénomène de rétroactivité en 
vertu duquel on aurait dù se conformer en 1596 à des dispositions 
édictées en 1741, voyons si du moins elles auraient été appli- 
quées dans l’espèce, en supposant qu’elles existassent déjà en 
fait. 

1° Les mariages secrets , dispensés de la publication des bans , 
nepouvaient s'accomplir qu'aoec l'approbation de l' ordinaire. 

Demander la preuve directe que notre mariage a été favorisé 
et de cette dispense et de cette approbation également nécessaires, 
serait certainement se montrer trop exigeant. Mais, ô défaut du 
texte des lettres de l’évêché de Fréjus , dont Pignans relevait et 
que Ton cherche vainement dans les registres des insinuations 
ecclésiastiques (1), on doit en trouver la mention expresse dans 
le libellé de l’acte lui-même. Pour ne parler que de celles relatives 
aux bans, les curés du XVI e siècle, auxquels la loi canonique 
d’accord avec la loi civile (2) , imposait comme une obligation 



Il dit en outre , dans son traité de Synodo diœcesanâ, qu'il a visé par la Constitution 
Satis robis, adressée 1) tous les évôques en forme de bref, les conditions auxquelles on 
peut, dans certains cas, permettre les mariages de conscience et il ajoute : « Quare si in 
posterum dubia et postulata cirea hœc matrimonia consciinti-æ ab episcopis proponan- 
tur, nikil aliud videtur esse prœstandum quàm eos monere de observandâ et executioni 
mandandâ predictâ constitutions nostrâ , quâ etiam apostoiicœ pœnitentiariœ ofllcium 
pro normâ utitur, quolies de matrimoniis hujusmodi agilur; ut videre est in aliû cons- 
titutions nostrâ cujus initium est , Pastor bonus... » (Lib. XIII, cap. XXIII, 13). 

Il faut rendre il César ce qui appartient ï César et au prêtre distingné que ses mérites 
ont enlevé !i notre ville et i nos séances la large part qui lui revient dans la discussion 
d*une question sur laquelle je n'ai pas à faire excuser mon incompétence. 

(1) Série G, arch. dép ,M du Var. 

(?) Ord«« de Blois. 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



stricte de conscience et un devoir professionnel la publication des 
trois bans, ne négligeaient pas d’ordinaire de mentionner l’ac- 
complissement de cette formalité essentielle , encore moins la 
dispense d’un ban, si elle avait été accordée. A plus forte raison, 
devaient-ils relater celle , si exceptionnelle et si rare , des trois 
bans. L'omission des publications n’était pas un cas de nullité, 
mais elle était réputée faute grave. Dès lors l’intérêt seul de leur 
responsabilité, à défaut de prescriptions formelles, était un motif 
pour engager les curés à faire cette justification, qui figure en 
effet en toutes lettres dans la presque généralité des actes de 
mariage de l’époque (t). 

Nous devrions donc la rencontrer également dans celui du duc 
d’Epernon, d’autant plus formelle qu’il s’agit de la dispense des 
trois bans. Ce n’est pas tout ; nous devrions y voir encore men- 
tionée la permission de célébrer secrètement, sans laquelle on 
frise la clandestinité, c’est-à-dire la nullité. Au lieu de tout cela , 



(1 A Draguignan , où le premier registre des mariages ne date que de 1611 , les actes 
mentionnent généralement la publication ou la dispense des bans. 

Les actes de mariage dn XVI e siècle ne sont pas très communs dans nos archives. En 
voici trois de 1587, qui se suivent sur les registres de la paroisse d'Entrecasteaux et qui 
confirment pleinement la règle pour l’époque : 

< L’an 1587 et le 90 aoust, sont estés mariés Hanthony Lombard, d’une part, et honeste 
Gasparde Renosae, dud. lyeu, et sont estés dispanssés de... (bans) par lettre signée >. 

« L’an 1587 et le 24 septembre, se sont mariés Louys Bechec, dn présent lyeu, et honeste 
filhe Merchiennc S tel b esse ; et sont estés dispensés de deus bans..., lesquels m'ount 
soumé à quase [cause] que l'hong n’a peu avoir la lectre >. 

« Le vingt et sine hoctobrc (1587;, se sont mariés eiplubiés (sic) par troys dismanebes, 
Jaime Mirarbel et Margaride Traissesse (?), filhe de Jaime , tous deux du présent lyeu... » 
Rcg. des bapt. mar. et sépul. delà paroisse d'Entrecasteaux (Var), 1560-1591 , f* 175 v 
(Archives communales). 



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- DU DUC d’ÉPERNON. 



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rien qu'une banale formule, servaiis servandis , suffisante à la ri- 
gueur pour les cas ordinaires , mais bien sommaire pour une 
double dérogation aux principales prescriptions canoniques. Si 
le chanoine Gaston procède en vertu d'ordres supérieurs, il n’a 
aucune raison de s'en cacher et tout intérêt à s'en couvrir; et si, 
contrairement à l'habitude générale d'invoquer l'autorisation de 
l'ordinaire pour le moindre cas , il la passe sous silence pour 
deux cas majeurs, c'est donc que ces cas n'existent pas, ou 
qu’on n'a pas obtenu de dispense (1). 

2° Les mariages morganatiques — lisez secrets — n’étaient pas 
inscrits sur les registres paroissiaux , mais rédigés sous pli ca- 
cheté , ou même sur cahiers spéciaux dont V évêché avait la garde. 

Ici la contravention ne se présume pas; elle est manifeste. Au 
lieu de remettre aux époux un simple certificat, comme il y était 
tenu par une autre disposition, le curé se serait dessaisi des ori- 
ginaux et les leur aurait imprudemment livrés. Légèreté inquali- 
fiable , grosse de dangers au point de vue légal. 

C'est une justice à rendre à M. l'abbé Cazauran qu'il a très 
nettement aperçu l’écueil d'un système auquel la possession des 
originaux par les parties infligeait tout de suite un brutal dé- 
menti. Si l'acte de mariage devait être placé sous pli cacheté, ou 



(1) Bien qa’il s’intitule curé, messire Gaston n'était rien moins que le titulaire de la cnre 
de Pignans. C’était un des chanoines de la collégiale de ce lieu , qui prêtait accidentelle- 
ment son concours au sacrisiain-curé pour des actes du ministère paroissial , avec l'auto- 
risation de ce dernier dont il se disait alors le suppléant , vice curatut , ou bien vice 
tacrista En 1596, on ne trouve sur les registres paroissiaux que deux baptêmes faits 
par lui. (Archives de l’évêché de Fréjus). Inutile de redire que les registres de mariage 
n’existent plus, s’ils ont jamais existé. 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



transcrit sur registres spéciaux pour être religieusement con- 
servé à l'évêché, par quel miracle de prestidigitation le nôtre 
avait-il donc passé des archives diocésaines de Fréjus dans 
l'épaisseur du mur d'un château de Gascogne? Est-ce que , par 
hasard , n’auraient pas manqué de dire certains esprits scepti- 
ques , il n'aurait pas été suffisamment morganatique ? 

Embarrassant était le dilemme. Pour y échapper , on a sim- 
plement et en un tour de main transformé les actes en certificats. 
Toutefois on a négligé d'établir par les règles ou par les exem- 
ples que c’était bien de vrais et indiscutables certificats ; de telle 
sorte qu'en attendant cette preuve, qui n'a pas même été tentée, 
les documents conservent aux yeux de tous le cachet indéniable 
et indélébile d'un acte de mariage. De plus , cet acte ressemble 
absolument à tous les autres. S'il n’en diffère pas dans la forme, 
on est autorisé à dire qu'il n'en diffère pas au fond (T). 



(I) Veut-on savoir avec quelles précautions oratoires et quel luxe de prudentes circon- 
locnlions les curés de l'ancien régime abordaient la délicate rédaction des mariages secrets? 
Rares en sont les exemples, si rares même que, dans ma fréquentation déjà longue de ces 
anciens officiers de l’état civil , il ne me souvient pas d'en avoir rencontré. Plus heureux 
que moi, un de nos sympathiques confrères en a découvert un dans les archives communales 
de Nans dont il a bien voulu se dessaisir très généreusement. Celui-ci appartient , b la vé- 
rité, h un autre diocè:e et au XVIII e siècle ; mais ce qui se pratiquait dans le diocèse de 
Marseille b cette époque ne devait pas lüffércr beaucoup de ce qui se pratiquait au XVI e 
siècle dans toute la Provence , puisque l'on vivait encore sous le régime des coutumes lo- 
cales forcément un peu semblables dans une même province. On voudra bien remarquer, en 
effet, que mon exemple est antérieur de 4 ans b l'encyclique de Benoit XIV. Le voici : 

« L'an mil sept cents trente-sept et le quatorze du mois de juin, avant midy, a été célébré 
mariage par parolles de présent entre sieur Boniface Tyran , ancien officier d’iufanterie , 
fils b feu M. Honoré, avocat en la Cour, et b feue dame Anne de Caux, et damoiselle Louise 
de Chooiet, fille b feu Claude , ancien officier d’infanterie , et de feue dame Anne de Bra- 



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DU DUC d’ÉPERNON 



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3° Les mariages secrets étaient attestés par des certificats déli- 
vrés aux intéressés. 

J'ai déjà surabondamment prouvé la violation de cette troi- 
sième règle. Il me faut examiner maintenant les suites graves 
qu'elle aurait pu avoir. Rien , absolument rien dans la rédaction 



quclty, et ce par noos Messire Antoine Giraud, vicaire de la paroisse de Nans, diocèse de 
Marseille, commissaire député , à la réquisition des parties , par Monsciqneur l’illustris- 
sime et révèrenditsime Henry-François-Xavier de Belsunce de Castelmoron , étique de 
Marseille , et par sa lettre dc troisième juin , bn réponse d’unr irttrk suppliante et 

TRÈS RESPECTUEUSE DU SECOND DUDIT MOIS, PAR LAQUELLE JB DEMANDAIS POUR LES PARTIES 

A Sa Grandbur la permission de PAIRE leur mariage rn secret, sans publication ET DANS 

ONE PAROISSE ÉTRANGÈRE , POUR Les RAISONS QUE LAD. DEMOISELLE LUT A EXPOSÉ A SIGNE , 

où elle s’est rendue pendant le tems de la mission, laquelle demoiselle m'a rapporté led. 
jour la réponse qui porte : a Je vous permets , Monsieur , et vous donne la commission 
de le faire. Jb m’en rbpose entièrbmbnt sur vous »; et , sur la fin de lad. lettre : < Je 
vous embrasse mille et mille fois , mon très cher et très aimable curé, (signé) Henry , 
évêque de Marseille ; a signé, le troisième juin mil sept cent trente sept ». Et, en exccus- 
sion de ces ordres et pour remplir lad. commission et faire ledit mariage, je me suis 
rendu b Saint- Zacharie, paroisse du diocèse de Marseille, où j'ay procédé b la célébration 
dudit mariage, reçu le consentement des parties , dejix témoins y appelés pour la ratifica- 
tion dud. mariage, y soussignés, et par nous vicaire perpétuel de la paroisse de Nans pour 
la validité du sacrement, led. jour et au que dessus. (Signé :) Tiran, Chomel, Pioulle, curé 
de Peillons, y appelé; Durand, aumônier des dames religieuses de Saint-Zacharie, muny de 
la permission de Messire Bmery, vicaire général de l'abbaye de Saint-Victor 9 mon supé- 
rieur, et de nous Giraud, vicaire de Nans ». 

< Le jour que M. Tiran est mort , j’ay mis dans mon registre des batèmes , mariages et 
morts le mariage dc feu M. Tiran avec Mademoiselle de Chomet , que je fis le jour de sa 
date b Saint-Zacharie , corne comissaire délégué de la part de Monseigneur Henri- Fran- 
çois-Xavier de Belsunce de Castelmoron, par la providence divine et la grâce du St-Siège 
apostolique, évesque dc Marseille , abbé de l’abaye royale St Arnould de Mets et de celle 
de Notre-Dame du Chainbons, conseiller du Roy en tous ses conseils; et, corne j’avois esté 
longtemps malade auparavant, Dieu m’ayant fait la grâce de me redoner la santé, ma signa- 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



de Facte ne révélant le caractère particulier , exceptionnel du 
mariage, la partie intéressée à s’en prévaloir commfe d’un ma- 
riage ordinaire avait toute liberté de le faire et toute chance d’y 
réussir. Anne de Monier , par exemple, venant à survivre à son 



tare fat tremblante pour lors, mais j’ay encore signé le jour de la rémission dad. mariage 
dans le registre et fait foy de la vérité et de la célébration dod. mariage, en présence de 
Monsieur le vicaire de Seillons et de Messire Durand , aumônier des dames religieuses de 
Saint-Zacharie, muny de la permission de M. Emery, vicaire général , son supérieur ; et 
certifié tout ce que dessus b Nans, le dix avril de l'an mille sept cens trente neuf; (Signé) 
Giraud, vie. > 

« Si l’on demande un extrait du présent mariage, voicy corne il est éuoncé dans le regis- 
tre qui est au Sénéchal h Aix, où j’ay inscrit par copie, depuis, la mort de Monsieur Tiran: 
« Le 14 juin 1737, a esté célébré mariage, per commission de Monsegneur (sic) l'évéque de 
Marseille . entre sieur Boniface Tiran, fils h feu M« Honoré, avocat en la Cour et h feue 
dame Anne de Caux, et demoiselle Louise de Chomet , fille h feu sieur Claude, aneien offi- 
cier d'infanterie , et de feue dame Anne de Braquety , par nous commissaire député h la 
paroisse de Saint-Zacharie; présens MM. Pioule, curé de Seillon et messire Durand, aumô- 
nier des dames religieuses dud. Saint-Zacharie; signez Giraud, Pioule et Durand, que j’ay 
enregistré le jour de la mort du sieur Tirau et de son ordre; (Signé) Giraud, vie. de Nans» 

Tous ces actes écrits h la suite les uns des autres, sur une double feuille volante, inter- 
calée, sans doute après coup , dans le cahier des actes de catholicité de la paroisse de 
Naos de 1737, non folioté (areb. com lM ). 

Le cas est ici plus compliqué : h la dispense des bans et de la publicité s’ajoute celle de 
la célébration dans une autre paroisse. Mais l’autorisation est aussi bien demandée et aussi 
bien invoquée pour une dérogation que pour l’autre , et avec quel soin le curé Giraud les 
détaille toutes ! Quel visible souci de sa part de décharger sa conscience de cette triple et 
grave exception, sur l’autorisation de l’ordinaire ! El il ne se borne pas h la viser par sa 
date et par la désignation nominale de l’autorité dont elle émane ; il pousse le scrupule 
jusqu’à la reproduire textuellement dans ses termes essentiels. 

Que noug voilà loin du laconique sans-façon du chanoine de Pignans et de cet acte banal 
rédigé en quatre lignes, selon la formule, sans la moindre allusion à une autorisation su- 
périeure, pourtant deux fois indispensable ! 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



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mari, n'aurait-elle pas été fondée à réclamer son titre et peut-être 
ses droits d’épouse légitime , aux yeux de la loi civile ? Et 
qu’aurait-on opposé , je me le demande, à ses prétendus enfants 
revendiquant, armés de la même pièce, leur portion héréditaire 
à la succession de D’Epernon décédé intestat , en concurrence 
avec leurs frères consanguins du premier lit? Ils étaient issus 
d’une union légitime , célébrée dans toutes les formes de droit, 
servatis servandis , absolument valide, et rien moins que secrète, 
puisque l'original était en leur propre possession? Aurait-on 
excipé du défaut de transcription sur les registres de Pi- 
gnans ? Mais on eût été fort en peine d’y trouver l’ombre d’un 
mariage quelconque à cette époque , les curés se dispensant de 
les enregistrer, à moins de soutenir qu’il y avait eu dans cette 
paroisse une fièvre morganatique qui n’aurait pas duré moins de 
de 32 ans (1). Aurait-on exigé la production du baptistère des 
enfants, également déposé à l’évêché, d’après mon compétent 
adversaire ? Trop facile il leur eût été de dépister les recherches 
pour des actes vraisemblablement enveloppés du même mystère? 
L’enquête ! mais à la mort de d’Epernon, survenue en 1642 , il 
s'était écoulé 46 ans depuis son prétendu mariage, par conséquent 
le plus jeune des assistants, en admettant qu’il n’eût eu que la 

(l) Grâce h une bienveillante amitié, j’ai po avoir communication des registres de catho- 
licité de Pignans de 1580 k 1619 , restés aux archives diocésaines et ne contenant exclusi- 
vement que des actes de baptême. D’ordinaire, les actes de mgriage étaient confondus avec 
ceux-ci, et il est rare qu’ils fussent transcrits sur des registres spéciaux, surtout dans les 
petites paroisses. II y a donc lieu de présumer que les curés de Pignans, eomme la plupart 
d’ailleurs de leurs confrères, négligeaient de les enregistrer h cette époque, heureux leurs 
paroissiens lorsqu’ils inscrivaient exactement tous les baptêmes. 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



majorité stricte en 1596 , n’aurait pas compté moins de 71 prin- 
temps, et, selon toutes les apparences , les autres ne comptaient 
plus rien du tout. 

De toute façon, les enfants d’Anne de Monier auraient pu créer 
aux héritiers naturels de D’Epernon au moins de très graves em- 
barras, que celui-ci aurait sottement préparés et favorisés , con- 
trairement à toutes ses intentions. Que le chanoine Gaston eût 
remis aux époux, par une impardonnable distraction ou une com- 
plaisance coupable, les originaux , au lieu du simple certificat 
prescrit, c'était une grave violation sans doute des règles protec- 
trices du secret et des droits des tiers , une lourde faute imputa- 
ble, on doit le croire, à un moment d’irréflexion ou de faiblesse ! 
Mais que penser de celle commise par D’Epernon , conservant 
soigneusement, au lieu de la détruire, la preuve d’une union qu’il 
voulait céler à tous de son vivant et plus encore après sa mort 
et susceptible de devenir, entre certaines mains, une arme dan- 
gereuse contre ses enfants préférés ? Et il ne se serait pas borné 
à garder religieusement l’acte accusateur 1 Pour comble d’aveu- 
glement, il aurait souffert qu’il en fût dressé un double exem- 
plaire, destiné, nous dit-on, à sa nouvelle femme, et, afin qu’il lui 
inspirât pleine confiance , il l’aurait fait rédiger dans un idiome 
particulier , moins inintelligible pour elle que le latin de l’é- 
glise ! 

Sont-ce là des agissements compatibles avec les précautions 
que commandait le secret et avec les sentiments bien connus de 
celui qui ne cessa de tenir les prétendus enfants de cette union 
impitoyablement courbés, sa vie durant, sous la flétrissure de 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



351 



la bâtardise et ne les traita pas moins durement à son lit de 
mort (1) ? 

Ici Tinconséquence éclate encore plus manifeste et l’inflexible 
caractère de D'Epernon proteste contre une faiblesse, hypothéti- 
que comme tout le reste. 

Les prescriptions de la loi civile n’auraient pas été plus rigou- 
reusement observées que celles de la loi canonique. On sait déjà 
que les enfants issus d’un mariage de cette nature ne prenaient 
rien dans les fiefs de leur père et qu’ils n’héritaient que des pro- 
priétés ne dépendant point de ceux-ci , lorsqu’il n’y avait plus 
d'enfants du premier lit. « Une telle disposition, ajoute mon con- 
tradicteur, qui me renvoie au titre du Corps de droit de Justinien, 
de matrimonio ad morganaticam contracto , nous parait de na- 
ture à expliquer à M. l’archiviste du Var, comment, à l’époque de 
l'ouverture de la succession du duc d’Epernon (1658) , les des- 
cendants d’Anne de Monier, purent être admis à recueillir une 
portion de l’héritage de la maison de Lavalette » (page 13). 

Qu’on me permette trois observations préliminaires : ce n’est 
, point en 1658, mais en 1661 que fut ouverte la succession dont 
il s’agit; il n’est nullement démontré que ceux qui en bénéficiè- 
rent descendissent d’Anne de Monier; enfin il leur échut , entre 
autres biens, le fief noble et très noble de Gaumont qu’ils auraient 
été incapables de recueillir. 

Au surplus, ne trouvera-t-on pas que c’est abuser un peu de la 
découverte morganatique , que de la faire intervenir ainsi à tout 

(1) On verra pins loin qu'aucun de ces enfants ne ligure pour le moindre legs dans le tes- 
tament de leur père. 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



propos, à la moindre obscurité qui embarrasse, comme un moyen 
commode et souverain de tout expliquer? Le mot magique est la 
réponse uniforme à chaque objection : l'acte est dressé en deux 
originaux et en deux langues , mariage morganatique ; devant 
des témoins différents , mariage morganatique ; il ne fut jamais 
connu de personne, mariage morganatique ; enfin mariage mor- 
ganatique sûrement puisque des collatéraux succèdent à la des- 
cendance légitime, comme s'il n'y avait pour eux d’autre moyen 
d'hériter que celui d'être issus d’un de ces mariages aile- 
mands ! 

La lumière queM. l'abbé Cazauran nous avait promise sur ce 
point nous est venue d’ailleurs , d'une façon aussi inespérée que 
complète. Un érudit distingué, que cette discussion paraît avoir 
intéressé, M. Braquehaye, directeur de l'Ecole Municipale des 
Beaux-Arts de Bordeaux, a bien voulu m'envoyer spbntanément, 
ainsi qu'à mon contradicteur , un judicieux travail destiné à 
l'académie de cette ville. A la suite de sa communication, j'avais 
fait part à mon honorable correspondant de mes doutes sur 
la date précitée de 1658, avancée par M. le marquis de Castel- 
bajac et reproduite par M. l'abbé Cazauran, l'un des fils légitimes 
du duc d'Epernon , Bernard de Nogaret , n'étant décédé qu’en 
1661. En réponse, M. Braquehaye m’a adressé le testament de ce 
dernier qui éclaire pleinement cette obscure question de dévolu- 
tion. On y voit, en effet , que c’est en vertu d’un legs particulier 
fait par lui à « Louis de la Valette, son neveu, fils de Jean-Louis 
delà Valette, frère naturel du seigneur testateur », que « la 
maison, terre et seigneurie de Caulmont », ainsi que le marquisat 



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DU DUC D'ÉPERNON. 



353 



de la Valette et d'autres terres seigneuriales, obvinrent à la des- 
cendance illégitime (1). 

Je ne saurais trop remercier le généreux érudit d'une commu- 
nication qui résout définitivement une des grosses difficultés du 
débat et lève en même temps tous les doutes sur l'origine illégi- 
time de Louis de la Valette. Elle dissipera , je l'espère , les der- 
nières illusions de mes adversaires. Si Jean-Louis de la Valette 
était issu , comme on nous l'affirme , d'une union morganatique, 
il eut été parfaitement légitime , et ce n’est pas sous la plume du 
frère , jaloux de sa considération autant que de la mémoire du 
père commun, qu'on trouverait la qualification toujours malson- 
nante de bâtard. Le duc d’Epernon lui-même , dans son propre 
testament, n’appelle pas autrement l'évêque de Mirepoix, le seul 
de ses enfants naturels qu'il daigne y mentionner et encore a 
TITRE DE SIMPLE EXÉCUTEUR TESTAMENTAIRE (2). Ainsi tout le 
monde dans la famille des Nogaret, depuis le chef jusqu’aux en- 
fants, s’accordait à considérer cette descendance comme illégi- 
time. On ne peut donc raisonnablement prétendre qu’elle était 
issue d’un mariage régulier, quoique secret. 

Pour conclure, ne suis-je pas fondé à soutenir que l’acte de 1596 
paraît dépourvu de tous les caractères propres aux mariages 
morganatiques ou même simplement secrets ; qu'il n’a été entouré 
d’aucune des sauvegardes ou formalités prescrites et qu'il n’a pas 
produit et ne pouvait d’ailleurs produire des effets légaux inter- 

(1) Testament do 18 juillet 1661 ; Denis Lebeuf et Jean Chaussière , not. b Paris; extrait 
délivré eu 1729 b l’occasion d'un procès. (Arcb. de feuM. P. de Fontainieu , b Bordeaux). 

(9) Testament olographe du 12 mai 1611; de Brye, notaire en Saintonge. 

le dois ce précieux document b la même obligeance. 

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354 LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 

dits par la loi française. Sur ce dernier point, Merlin nous dit 
formellement que « la jurisprudence française n'a jamais auto- 
risé dépareilles stipulations dans les mariages (1) ». 

Au fond, l’argumentation que je combats se résume en ceci : le 
mariage est resté ignoré, donc il était morganatique. La consé- 
quence manque de rigueur : le défaut de notoriété peut être une 
présomption , il ne constitue pas une preuve du secret de la célé- 
bration. 

Dans ma première communication, je demandais la production 
de documents originaux , surtout des actes de baptême des en- 
fants d’Anne de Monier , persuadé que de là pouvait jaillir la lu- 
mière plutôt qué d’intéressantes , mais stériles dissertations (2). 
Aussi n’est-ce pas sans émotion que j’ai accueilli la nouvelle, 
donnée en terminant par M. l’abbé Cazauran , de la découverte 
d’une généalogie manuscrite fort ancienne , conservée dans les 
archives du Grand Séminaire d’Auch , sous le n° 11,531 », de 
laquelle il conste que « ce n’est pas trois enfants seulement que 
le duc d’Epernon aurait eus de son mariageavec Anne de Monier, 
mais bien cinq » (p. 14). 

Il eût été à souhaiter peut-être qu’un témoignage de cette im- 
portance fut entouré d’indications moins sommaires sur son 
origine et sa valeur historique et, bien que nous soyons à l’heure 
qu’il est un peu échaudés par les découvertes de documents iné- 
dits , celle-là n’a pas laissé que de m’impressionner vivement. Il 



(1) Ripert, dejuritp., t. VIII, p. 104. 

(9) C'est exactement la conclusion & laquelle arrive anssi, quoique par des voies différen- 
tes , l’honorable M. Braquebaye dans son travail inédit. 



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DU DUC d’ÉPEKXON. 



355 



est certain qu'une généalogie du temps mentionnant le nom 
d’Anne de Monier, comme seconde femme , à quelque titre que 
ce fût , du duc d’Epernon , devait peser d’un grand poids dans la 
balance et faire tressaillir d’aise, au fond de sa tombe , le cha- 
noine Gaston si calomnieusement diffamé. 

Hélas ! courte a été mon illusion et cruelle ma déconvenue ! 
La généalogie « fort ancienne » date de la fin du XVII e siècle et 
elle avait été copiée par Moréri et le Père Anselme, qui la donnent 
tout au long, à moins qu’elle n’ait été copiée sur eux (1). Seule- 
ment ni l’un ni l’autre ne parle d’Anne de Monier, et voilà que 
M. l’abbé Cazauran, par un étrange oubli , a omis précisément 
le passage où il est question de cette épouse contestée. 

Dès lors chacun se demandera sur quoi repose cette triple af- 
firmation : 

1° Que les cinq enfants naturels connus du duc d’Epernon 
sont tous issus de la même femme; 

2° Que cette femme est Anne de Monier, inconnue jusqu’ici ; 

3° Qu’ils naquirent tous d’un mariage légitime, mais secret. 

De ces trois faits, aucun n’est établi par l’ombre d’une preuve , 
et il est certain que le dernier au moins , à défaut des autres , 
serait erroné. Rien de moins démontré en effet que la prétendue 
fécondité de ce prétendu mariage qui se dérobe dans ses suites , 
comme il s’est dérobé dans les circonstances de sa célébration , 
mythe insaisissable et désespérant , sorti un moment du néant 
pour s’y replonger ensuite à tout jamais. Au risque de dépoéli- 



(1) Elle est au moios de 1685 puisque le premier président du Parlement de Toulouse , 
Gaspard de Fieubet, mort en celte même année , y est mentionné comme décédé. 



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356 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



ser l’héroïne de ce petit roman historique, il faut bien révéler 
qu’elle avait dépassé de beaucoup le printemps de la jeunesse et 
l’êge des séductions irrésistibles. Issue d’un premier mariage, 
contracté en 1545 et dissous par la mort de la mère avant le 15 
octobre 1559, date des secondes noces du père , elle était forcé- 
ment née , au plus tard en cette dernière année et , au plus tôt , 
en 1546. En 1596 , elle aurait donc pu avoir aussi bien 37 que 50 
ans et elle gravitait certainement vers la quarantaine , si elle ne 
l’avait pas atteinte ou dépassée (1). Quant au duc, il n’avait 
alors que 42 ans. 

Eh bien ! à cet âge , les entraînements de la passion ne suffi- 
sent plus à expliquer une si surprenante mésalliance. Il y faut 
chercher de plus graves motifs , tels , par exemple , que celui 
d’une liaison antérieure dont on aurait voulu régulariser les sui- 
tes. Or ce motif, le plus général, fait ici complètement défaut, 
puisque le mariage ne porte aucune trace de reconnaissance. De 
l’absence de légitimation il faut conclure , ou qu’il n’y avait pas 
eu d’enfants nés auparavant — et il est difficile de les supposer 
nés postérieurement tous les cinq d’une femme âgée peut-être de 
plus de 40 ans — ou que, s’il y en avait, leur naissance remon- 
terait au temps du premier mariage dissous seulement en 1593, 
l’intervalle de trois ans qui existe entre les deux étant un peu 
restreint pour cinq naissances. Mais, dans ce cas, de quel droit 
l’aîné — le plus incontestablement adultérin de tous — eût-il pu 
se dire, dans son contrat de mariage , et ailleurs sans doute. De 

(1) Voir aux pièces justificatives. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



357 



la Valette de Nogaret ,fils du duc d'Epernon (1) ? Encore moins 
y aurait-il été autorisé , étant né de ce mariage, attendu que les 
enfants issus des unions morganatiques « ne portaient ni le nom 
ni les armes de la famille de leur père (2) ». 

L’origine des cinq enfants naturels n’a pas mieux été démon- 
trée par le manuscrit n° 11,531 que le caractère exceptionnel du 
mariage par le Corpus juris , et le seul point certain au milieu de 
toutes ces incertitudes est encore l’impossibilité de la célébration 
à Pignans , le 24 février 1596. 



IV 



Je pourrais et je devrais peut-être m’arrêter ici, ayant atteint, 
si je ne me trompe, le but proposé, qui était de réfuter une thèse 
décevante, propre à égarer dans la voie des véritables investiga- 
tions. Mais on exigera sans doute davantage et moi-même j’é- 
prouve le besoin de sortir de cette étroite et ténébreuse impasse, 
où l’on se heurte de tous côtés à d’insurmontables obstacles, de 
demander à la lumière de la raison et au grand jour de l'histoire 
un peu de clarté et d’interroger enfin cette voix de tous qui, pour 
n’être pas toujours, hélas ! la voix de Dieu, ne laisse pas que 
d’impressionner très fortement lorsqu’elle est unanime. 

Au point de vue du simple bon sens , il y a quelque chose de 
plus frappant que le témoignage des textes et des lieux, de plus 



(!) Contrat de mar. du 24 juillet 1635 , Insin 90 ' de la Sénéchaussée d’Aix , 1635 , f* 801, 
(greffe de la Cour d'appel d'Aix). 

(9) Merlin, loco citato. 



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358 



LF. PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



impossible que l’impossibilité matérielle créée par le conflit des 
dates , c’est l’impossibilité morale et matérielle de ce secret ab- 
solu, imposé par une volonté à toute une population, à toute une 
famille, à tout un entourage, à toute une cour, à tout un pays, à 
tout un siècle ! C’est cette conspiration du silence au profit d’un 
seul , dont tout le monde aurait été dupe ou complice, envelop- 
pant dans son immense réseau grands et petits, amis et ennemis, 
discrets et indiscrets , ceux qu’elle favorise comme ceux qu’elle 
gène ou opprime ! A qui persuadera-t-on qu’il a été facile d’em- 
prisonner ainsi dans les murs d’une église un si gros évènement 
de famille, de contenir dans l’enceinte d’un village cette explosion 
de curiosité et ce flot de commentaires, de fermer la bouche à la 
renommée aux cent voix sur le mariage, si singulier déjà sans 
l’excitant du mystère, du personnage le plus en vue en Provence, 
en attendant qu’il le devint dans le royaume ? 

Retenez , si vous le pouvez , toutes les langues et toutes les 
plumes, étouffez tous les échos , supprimez même les murs qui 
ont des yeux et des oreilles , il y a un témoin avec l’indiscrétion 
duquel il vous faut compter, c’est Jacques de Roux! Le transfuge 
aura bientôt fait de colporter la piquante nouvelle dans le camp 
ennemi où il a pour compagnon Forbin-S l -Cannat, attentif à tous 
les bruits du jour, et celui-ci n’aura garde de négliger si origi- 
nale explication — d’après vous môme — de la déroute de Vi- 
da uban. Or je ne sache pas que S l -Cannat parle de l’évènement, 
qu’il y fasse môme la moindre allusion. 

Je vais plus loin. J’admets un moment toute une série d’invrai- 
semblances : qu’on ait réussi à dépister la curiosité publique; 
que Jacques de Roux ait mieux gardé le secret que la fidélité au 



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DU DUC D'ÉPERNON. 



359 



vaincu, qu’il n’avait plus à flatter ni à craindre; que S^Cannat 
lui-môme , chroniqueur insouciant, l’ait ignoré ou dédaigné; 
qu’Ànne de Monier n’ayant pas survécu à son bonheur , si l’on 
veut , cette aventure , dans une existence qui en comptait tant 
d’autres, n’ait plus été pour son mari qu’un souvenir facile 
à dérober sur le théâtre lointain et frivole de la Cour. Mais il 
restait en Provence une famille qui , eût-elle les mêmes raisons 
de se taire, ne pouvait cacher aux regards les moins clairvoyants 
sa soudaine élévation : c’étaient les Monier de Pignans. Les deux 
frères d’Anne , une fois les légitimes beaux-frères du courtisan 
qui allait monter, sous un roi généreux, au plus haut échelon 
de la faveur et devenir , au dire de Brantôme « un Monsieur et 
le second de France », mirent certainement à profit son crédit 
tout puissant pour sc tirer de leur modeste condition. Le con- 
traire serait dans l’histoire de la noblesse — qui ne fut jamais 
celle de l’humilité — le premier exemple de gentilshommes de 
province repoussant l’occasion de parvenir . 

Point du tout. Gomme si tous les personnages de cet épisode 
devaient obéir à des mobiles inexplicables n’ayant rien de com- 
mun avec les mobiles humains, comme si nous étions condamnés 
à marcher jusqu’au bout dans le mystère et au rebours de la lo- 
gique, voici que les Monier auraient fait fi d’une fortune aussi 
séduisante que facile. Ces nobles, pétris d’une autre argile, 
ne ressembleraient nullement aux autres et auraient dédaigné 
de redorer ou d’illustrer leur blason : obscurs ils étaient , obs- 
curs ils auraient voulu rester et mourir. L’un, tué au siège d’Os- 
tende en 1598 , est encore petit capitaine d’infanterie quatre ans 
après le mariage de sa sœur. L’autre se contente de mener à 



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360 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Pignans ou ailleurs l'existence insignifiante et parfois précaire 
d'un gentilhomme campagnard. 

Dira-t-on que leur absence de la cérémonie ferait supposer 
entre eux et leur sœur une froideur, motivée peut-être par sa 
conduite et qui aurait ensuite persisté? Il serait assez extraor- 
dinaire qu’un acte solennel de réparation qui réconcilie d’or- 
dinaire les familles, eut brouillé celle-ci. Eh bien, je ferai 
encore cette concession. Je tiens un moment les deux frères Mo- 
nier pour de vrais modèles d’abnégation, pour des hommes anti- 
ques , mettant leur dignité ou leur ressentiment au-dessus de 
leur intérêt et sacrifiant au souvenir de l’outrage , pourtant no- 
blement effacé, un brillant avenir. Personnellement il leur aurait 
donc répugné de profiter d’une union conclue sans leur partici- 
pation et même à leur insu et de plier leur fierté de hobereaux 
devant le premier seigneur de France. Etait-ce une raison pour 
cacher avec tant de soin ce qui les relevait si haut eux et leur 
sœur, et répudier une glorieuse parenté ? On comprend à la ri- 
gueur le silence de leur beau-frère , rougissant presque d’une mé- 
salliance inavouée; on comprend les siens jetant sur la faiblesse 
paternelle le voile filial de la discrétion ; on comprend le sceau 
mis sur les lèvres de sa famille par la crainte ou le respect I 
Mais les Monier, leurs enfants, leur postérité, perdus au fond de 
la Provence dans une obscurité qui protège leur indépendance, 
quelle considération les porte à dissimuler, à l’égal d’une tâche, 
le plus grand honneur de leur maison ? 

Or soixante-onze ans après, en 1667, une occasion exception- 
nelle les sollicite de révéler enfin , sans danger ni inconvénient 
pour personne, l’impénétrable secret. Sa Majesté veut reconnai- 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



361 



tre les vrais nobles d’avec les faux , qui pullulent déjà en Pro- 
vence, et fait procéder à une vérification générale des titres. 
Notre temps a la prétention d’avoir vu bien des révolutions 
de toute sorte; mais il n’a certainement pas d’idée de celle 
que produisit le redoutable édit du Grand Roi au sein des fa- 
milles qualifiées, menacées de perdre — faute parfois d’un bout 
de papier — une possession honorifique plus précieuse alors que 
la fortune. Ce fut un bouleversement général des archives pri- 
vées et publiques. Chacun s’efforça naturellement de retrouver 
ses parchemins, et ceux qui ne les avaient pas perdus, pour n’en 
avoir jamais eu, durent se résigner à l’humiliation d’une dépos- 
session publique, à moins de rencontrer sur leurs pas la provi- 
dence d’un de ces notaires secourables avec lesquels il y avait 
des accommodements. 

Ce qui se commit en cette occasion de supercheries, justicia- 
bles aujourd’hui de la cour d’assises, ce qui s’altéra d’originaux, 
s’opéra de surcharges et d’interpolations, ce qui se fabriqua 
d’expéditions frauduleuses étonnerait sans doute la candeur de 
ceux que ma première hypothèse du faux mariage, imputable à 
de fausses copies , paraît avoir scandalisés (1). Les Monier 
furent invités , comme tous les autres gentilshommes, à exhiber 
leur généalogie. Dans la branche d’Anne, encore existante, ce 
soin échut à son petit neveu , le fils de son neveu germain, pré- 
nommé Pierre, comme son grand père, peut-être son parrain. 



(1) Je me bornerai à renvoyer ceux qui seraient tentés de me taxer d'exagération aux mi- 
nutes des anciens notaires de Draguignan, qu'il n’y a pas de raison de supposer plus com- 
plaisants que leurs collègues des autres villes. 



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362 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Tandis que c'est à qui se fabriquera des aïeux perfas et nefas , 
è qui se rehaussera par la distinction des services et des allian- 
ces, Pierre, lui, n'a qu'à redire ce qu’il ouït dire à son père qui , 
s’il n’avait pas connu personnellement sa tante germaine , avait 
inévitablement entendu parler d’elle et de son célèbre mariage 
par son père, frère de celle-ci. Il n’a qu’à ouvrir le livre de 
raison, si religieusement conservé partout en Provence dans le 
sanctuaire du foyer, pour y retrouver la mention du mémorable 
évènement de famille auquel le jugement de noblesse va donner 
une éclatante et très flatteuse notoriété. Quoi déplus naturel, de 
plus aisé et de plus irrésistible ? 

Or, chose inconcevable, Pierre, très jaloux de l’éclat de son 
blason , prendra la peine de passer en revue tous ses parche- 
mins, il remontrera ses origines jusqu’en 1460, relèvera avec 
grand soin les moindres particularités honorables de la biogra- 
phie des ancêtres , fera sonner bien haut l’illustre (sic) alliance 
de son grand père avec une famille d’Avignon , modeste étoile à 
côté de l’astre éclatant des Nogaret, et l’alliance princière , con- 
temporaine de ce même grand père, qui jetterait tant de lustre 
sur sa maison, il la passera sous silence (1) ! 

Doit-on croire que , faute de preuves authentiques, faute de 
l’acte lui-même, envolé des archives de Fréjus en Gascogne, il 
n’a pas réussi à convaincre les commissaires du Roi, assez dis- 
posés pourtant à accueillir des faits traditionnels, en les donnant 
comme tels, lorsqu’on n’a pu en fournir la justification. ? Dans 
ce cas, lui et les siens ont la ressource facile des généalogistes, 

(1) Cf jugements de noblesse; famille Moiiicr. B. 1356, f* 197 (Areh. des B.-du-Rhône). 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



363 



d’ordinaire moins exigeants. Ils ne manqueront pas de prendre 
leur revanche avec l’abbé Robert de Briançon, (1) avec Artefeuil (2) 
qui publient leur notice, l’un en 1693, l’autre au siècle suivant. 

Et Robert de Briançon se tait , et Barcilon de Mauvans , son 
critique si méticuleux, se tait (3), et Artefeuil, le plus complaisant 
de tous, se tait ! Pourquoi, sinon parce que Pierre, leur commun 
anteur, ne savait rien ? S’il ne savait rien , son père ne lui avait 
donc rien dit , et si celui-ci ignorait tout , l’aïeul , frère d’Anne , 
demeurant à Pignans , vraisemblablement sous le même toit 
qu’elle, n’avait à son tour rien vu, ni rien su, et, par conséquent 
— pourquoi reculer plus longtemps devant une conclusion qui 
s’impose et me presse? — le mariage n’aoait jamais été ejjectué. 

Ce qu’on a pris en effet d’abord pour l'acte, puis pour le certi- 
ficat de la célébration, pourrait n’étre qu’un simple projet, dont 
la réalisation , subordonnée , soit à la dispense des bans , soit à 
l’arrivée des frères de la future, absents momentanément de Pi- 
gnans, soit enfin à toute autre circonstance, aurait été ajournée 
au retour de D’Epernon de Saint-Tropez , c’est-à-dire au 24 fé- 
vrier. On l’aurait libellé et môme signé d’avance, dans la crainte 
que les évènements , qui se précipitaient, ne laissassent pas tout 
le loisir nécessaire le jour de la cérémonie. D’une part, tant que 
celle-ci n’était pas accomplie , il n’avait aucune espèce de valeur 
légale. D’autre part, nul inconvénient ponr les témoins , pour le 



(1) L'Etat de la Prov. t Paris, Aubouin, 1693, 3 vol. in-12, fam. Monter. 

(2) Bût. héroïque de la nubl. de Proe. Avignon , veuve Girard et Fr. Seguin, 1757 , 
1759, 1786, 3 vol. in-t # ; fam. de Monter. 

(3) Critique du nobil. de Prov. [de l'abbé Robert de Briançon', ms. dont il existe de 
nombreuses copies. 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



curé, pour le futur lui-même, resté sans doute maître de la pièce, 
à apposer leurs signatures au bas d'un acte qui ne pouvait devenir 
parfait que par le consentement de l’un et le concours des autres. 

Ainsi se dénoueraient d’elles-mêmes les difficultés au milieu 
desquelles nous nous débattons péniblement et jusqu’ici vaine- 
ment : 

Sur les appels pressants de sa maîtresse , sans doute grave- 
ment malade, D’Epernon aurait commis ce contre-sens stratégi- 
que du crochet sur Pignans; il y serait descendu le 21 pour 
arrêter le projet et faire préparer l’acte, dans lequel il était diffi- 
cile de mentionner les dispenses qu’on n’avait pas encore; d’où 
la vague formule seroatis seroandis. En prévision de l’empêche- 
ment d’un des témoins , cause de retard au moment fugitif et 
critique peut-être de la célébration, on en aurait requis, pour plus 
de sûreté, trois au lieu de deux. Et pour que l’absence de l’un 
d’eux n’entraînât pas la nullité de l’acte déjà souscrit, on aurait 
pris la précaution de ne pas les faire signer tous les trois ensem- 
ble. De là ces deux originaux jusqu’ici inexplicables et inexpli- 
qués. Celui qui aurait été revêtu des signatures des témoins pré- 
sents à la bénédiction serait devenu l’acte définitif, tandis que 
l’autre aurait été simplement annulé. La conservation simultanée 
des deux présumerait une fois de plus la non célébration. 

Et quelle confirmation frappante dans cette double particula- 
rité ! Le seul des trois témoins .qui souscrit exceptionnellement 
les deux exemplaires est précisément le capitaine Jacques de 
Roux, compagnon d’armes du futur (1), que celui-ci est dès lors 

(1) Cette qualité résulte de divers passages des délibérations communales de Pignans , 
notamment de celle du 28 octobre U95, f* 480 v°. 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



365 



certain de retrouver à ses côtés le 24. Au contraire , parmi les 
deux autres qui ne signent qu'un exemplaire chacun , figure un 
étranger, ce bailli Jean Raynaud qu'on est un peu surpris devoir 
à Pignans, où il est casuellement le 20, mais où il pourrait ne 
plus se rencontrer quatre jours après (1). 

La clarté se ferait alors au milieu de tant d'obscurités décon- 
certantes. On comprendrait enfin cette série d'énigmes plus in- 
déchiffrables les unes que les autres : l'attitude des Monier pen- 
dant et après ce brillant mariage qui aurait comblé leurs vœux 
et leur légitime orgueil; le silence de toutes les voix de l'histoire 
sur un évènement si difficile à dérober à sa curiosité; les pro- 
testations énergiques et réitérées du duc d’Epernon lui-même — 
habemus . . . confitentem , — affirmées par son secrétaire intime , 
qui aurait menti sans intérêt comme sans vergogne, à moins 
qu’on ne préférât souiller la mémoire de son maître d'une lôcheté 
indigne d'un soldat et d'un gentilhomme (2). Il n'est pas jusqu'au 
chanoine Gaston, dont on me pardonnera d'avoir troublé la cen- 



(1) U a été prouvé dans la précédente brochnre que Jean Raynaud n’était pas le bailli 
alors en exercice b Pignaus. Ses fonctions, surtout en ce temps de troubles, ne lui permet- 
taient pas d'étre longtemps absent de son poste, qui était ailleurs. 

(2) « ... Elle [la femme du duc d'Epernon] disposa en favcnr du Duc de tout ce qu’elle 
pouvoit disposer et, lui ayant recommandé ses enfants,... elle le conjura , pour le bien de 
leur fortune, de ne se point remarier... Il protesta hautement qu'il observeroit jusqu’à 
la mort ce qu’elle avait attendu de sa fidélité. Il lui a tenu depuis constamment sa 
parole, quoique, durant cinquante ans qu’il lui a survécu , il n’ait pas manqué d’occa- 
sions très avantageuses pour se marier; mais souvent nous lui avons oui dire que la 

PR1&RB QU'ELLE LUI AVOIT FAITE éïOIT LA PRINCIPALE RAISON QUI L*EN AVOIT EMPÊCHé ». 

/Girard, Hist. de la vie du duc d’Bp. t Paris, Montalant, XDCCXXX, in-4* 145-146). Quel 
témoignage pins autorisé et plus catégorique ! 



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366 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



dre , qui ne sortirait indemne d'une accusation de faux inadmis- 
sible, sans parler de maints accrocs aux lois divines et hu- 
maines. 

Quant aux cinq enfants naturels , ils ne retrouvent plus, il est 
vrai, au dernier acte, aveclerpême touchant ensemble, leur pré- 
tendue mère. Toutefois la mémoire d’Anne de Monier y gagne 
d’ôtre allégée au moins de l'un d’eux, Louise, qui passe à l’une 
de ses brillantes rivales, la digne sœur de Gabrielle d’Estrées, 
Diane, maîtresse avérée du duc d’Epernon (1). 

Quel obstacle majeur s’opposa , après le 24 février, à la réali- 
sation d’un projet si bien concerté et le rélégua à tout jamais dans 
les oubliettes des archives, pour la torture des Saumaizes futurs? 
L’explication la plus naturelle et la moins offensante pour la 
loyauté du duc d’Epernon serait la subite disparition d’Anne de 
Monier. Serait-il trop aventureux de supposer, en effet, que la 
santé de celle-ci , fortement ébranlée sans doute , n’aurait pas 

(1) Tallemant des R eaux, Histor ., Paris Garnier , 1861, t. I. p. 79. 

L'honorable M. Braquchaye, h qui je dois encore celle très utile indication, cite bien un 
passage d'un Estai de l’his. de Cadillac, par Delcros (p. 99), où les autres enfants natu- 
rels seraient attribués h la même maîtresse. « Mais cet auteur , ajoute-t-il , serait souvent 
inexact De plus, Tallemant des Réaux ne parle que de Louise de la Valette , devenue ab- 
besse de Sainte-Glossine b Metz >. (Voir aux Pièces justificatives , II). 

Mon érudit correspondant emprunte encore les curieuses lignes suivantes b l’ouvrage Un 
gascon au XF/ a siècle (par Georges de Montbrison, Paris 1874). < De ses maîtresses on sait 
les noms : Madame de Balagny [DianeJ entre autres , une des sœurs de Gabrielle. Il eot 
d’elle Louise de la Valette , l’abbesse peu édifiante de Sainte Glossine de Metz , une des 
plus endiablées nonnains du siècle. Aucune de ces « pimbêches et rosées femelles > n’a , 
que je sache, possédé son cœur» (p. 44). Aux défenseurs du duc d’Epernon de discuter ce 
témoignage qui jure, sinon a\ec son caractère historique, du moins avec ses prétendus sen- 
timents chevaleresques b l’égard d’Anne de Monier. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



367 



résisté à la terrible secousse du désastre de Vidauban, vraisem- 
blablement grossi par l'exagération de la première heure, de la 
fausse nouvelle de la mort de son amant? S’il était besoin d’in- 
voquer à cet égard des exemples, on en trouverait un au foyer 
même du duc d’Epernon et d’une anologie saisissante. D’après 
le biographe Girard , sa première , je voulais dire son unique 
femme aurait succombé , en effet , aux suites d’une émotion et 
dans des circonstances identiques , ayant appris , lorsqu’elle 
souffrait encore de ses dernières couches , la blessure essuyée 
par son mari au siège d’Aix et qu’elle crut mortelle (1593). Sin- 
gulière , mais nullement improbable serait la coïncidence. Elle 
prouverait seulement que celui là savait s’emparer des cœurs qui 
pourtant livra si rarement le sien (1). 

La fin prématurée d’Anne de Monier s’accorderait parfaitement 
avec l'état de maladie grave qui aurait fait précipiter , à sa sup- 
plication et pour le repos de sa conscience, les préparatifs d’une 
union que l’on n’aurait plus osé cette fois refuser aux pressantes 
instances d’une mourante, au risque d’oublier un peu, il est vrai, 
les serments jurés à la morte regrettée. Sur ce point , le champ 
reste ouvert aux conjectures jusqu’à ce qu’un texte, encore en- 
seveli dans quelque poudreuse étude ou dans des papiers de fa- 
mille , vienne nous révéler la date précise du décès de notre 
héroïne. 

Hypothèse pour hypothèse, au public compétent d’apprécier si 
celle-là n’en vaut pas une autre et si elle ne répond pas d’une 
façon satisfaisante aux principales objections , tout en restant 

(1) Girard, rie du due d’Bp. t p. 145. 



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368 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



dans les strictes limites de la vérité connue et de la vraisem- 
blance (1). 



L’acte de 1596 ne serait donc plus qu’un projet de dénoûment, 
brisé par une singulière fatalité de circonstances, d’un roman 
intime dont nous ignorerons sans doute toujours l’origine et les 
curieuses péripéties. Qui peut se flatter de retrouver dans la nuit 
des siècles le fil de cette intrigue secrète, perdue à travers les 
agitations d’une des époques les plus troublées de notre bistoireî 
De môme , parviendra-t-on jamais à dissiper entièrement toutes 
les obscurités d’un épilogue fait d’étrangetés et de mystère ? 

Quoi qu’il advienne, le pseudo-mariage de Pignans demeure 
un peu amoindri dans son importance généalogique , et ce ne 
sera pas un des moindres résultats de cette discussion d’avoir 
réduit à leurs véritables proportions les conséquences d’une dé- 
couverte appelée, semblait-il , à révolutionner un filiation illustre. 

Pour être négatif, ce résultat ne paraîtra pas à tous sans va- 
leur. Puisse-t-il excuser du moins les longueurs de ma réponse 
aux yeux des honorables érudits dont cet embarrassant problème 
a excité l’intérôi et parmi lesquels j’ai trouvé appui et encoura- 

(1) Ceei était écrit lorsque m’est parvenu le compte-rendu , déjà cité, de M. L. C. dais 
la Revue de Gascogne , proposant, entre autres explications hypothétiques, la suivante : 

« Au lieu d'être rédigé après, l’acte de mariage n’a-t il pas pu l’être avant la célébra- 
tion ? » 

C'est exactement ma conclusion en principe, sans les conséquences que les documenls- 
m’ont permis d'en tirer. Le perspicace critique — avec lequel je ne puis qu'être flatté de 
m’être rencontré sur le point essentiel — ne m'aurait-il pas egalement devancé sur les au- 
tres, s'il avait en h son service les mêmes éléments d'information ? 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



369 



gements. Si elle n’a pas réussi à le résoudre définitivement, elle 
aura peut-être préparé les voies pour de plus heureux ou de plus 
habiles, en substituant les faits aux conjectures, aux assertions 
les preuves , aux impossibilités la vraisemblance et , sur plus 
d’un point, la vérité à l’erreur. 



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PIECES JUSTIFICATIVES. 



I. 



Extrait de la généalogie de la famille De Monier du Castellet , 
de Chàteauvieux , des Sausses (1). 

III. Gaspard , cosgr de Chôteauvieux et du Castellet des 
Sausses, fils d’Antoine, lieut. aux Soumissions de la Sénéchaus- 
sée d’Hyères, fit son test, le 23 sept. 1591. Il avait ép. : en l re8 
noces, le 21 nov. 1545, lsabeau Bompar, fille d’Hugues, sgr de 
Magnan , et de Delphine Rosière; en 2 e * noces , le 15 oct. 1559 , 
Madeleine de Pontevès, fille de Reforciàt, sgr de Pon levés , et 
de Balthazarde de Vintimille; et en 3 e * noces, le 7 oct. 1560, 
Claudine de Castellane, fille de Louis, sgr de Mazaugues et 
d’Andon, et de Marie de Villeneuve-Tourrettes-les-Fayence. 
D’où : du 1 er lit : 

1. Pierre , sgr du Castellet, capit. d’infant 1 ®, mourut au 
siège d’Ostende en 1598. Il avait ép., vers 1570, Fran- 
çoise Flotte. 

D’où : A Antoine , sgr du Castellet, ép., en 1600, Isa- 
beau Monier, fille d’Alexandre, cosgr des 
Sausses et de Melchionne Forbin de la Bar- 
ben (2) ; 



(1) Communication de M. le marquis de Boisgelin. 

(9) Cet Antoine est sans doute celui qui assiste au conseil municipal de Pignans, du 93 
déc. 1595 (voir p. 13 note). 



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372 PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



B Antoine (1). 



2. Anne y la seconde femme prétendue du duc d’Epernon ; 
Du 3 e lit : 

3. Louis; 

4. Pierre , dont Fart. suit. 

5. Diane mourut avant le 3 février 1625. Elle avait ép , 
vers 1594, Louis de Blancard, sgr de la Fraisse (1). 

Et de l’un des 3 lits : 

6. Louise , ép. le 30 juin 1578, noble Honoré du Teil, alias 
de Tilia , de Manosque (2). 

IV. Pierre (3), sgr du Castellet, avocat , ép., le nov. 1589, 
Diane de Perez, d’Avignon (4). 

Doù : 1. Jean } dont l’art, suit. 

2. Jacques , s r du Castellet, ép. en l res noces Margue- 
rite de [PascalJ-Mercadier, de Pignans, et en 2 e9 no- 
ces, Charlotte de Bourgogne. 

D’où : une fille. 

V. Jean, sgr du Castellet, ép. le 5 déc. 1616, Marquise de 
[Pascal-jMercadier , de Brignoles (ou Camps) et de Marguerite 
de Bellon. 

D’où : \ . Louis y capit® d’une c le de 3«)0 hommes au service de 
Venise, tué à Candie en 1645. S. P. 

2. Pierre , dont l’art, suit. 

VI. Pierre , sgr du Castellet, d’abord capiscol du chap.de 



(l) Do Néonles ; fit don*®, étant veuf , le 3 février 1695 (Kmeric , n“ k Néoules, ios*** 
Brignoles, 785), k Honoré Marcellin, marctr 1 . k Garéoolt. 

(9) Jean-Ant* BérarJy, n" k Pignans (renseignement dû k l'obligeance de M. L. de Ber- 
luc-Pérussis). 

’ (3) Nommé k tort Louit dans Artefeoil. 

(4) « D’une illustre famille, originaire d'Espagne > (abbé Robert de Briançon , £/#/ de la 
Pro9. % II, 396). 



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PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



373 



Pignans, ép. le 2 fév. 1650, Madeleine Gombert , fille de Marc , 
cosgr de Chôteauvieux et de Suzanne d’Auger , ou d’Anget , fit 
ses preuves de noblesse et fut maintenu par jugement du 16 sep- 
tembre 1667. 



IL 



Tellement des Réaux et Brantôme citent les noms de près de 
10 maîtresses du duc d'Epernon. 

Les principales sont : 

Charlotte de Beaune , dame de Samblançay et de la Carte , 
veuve du baron de Sauves, qui se remaria avec François de la 
Trémouille, marquis de Noirmoutiers, maîtresse de tous les 
personnages influents, sous le règne de Henri III (du duc de 
Guise, comme de d’Epernon). 

Diane d’Estrées, qui régna sur son cœur de 1596 à 1605 envi- 
ron, dont une fille , Louise de la Valette. 

Antoinette Alleman, fille du sieur de Concressault, qui lui 
donna 2 ou 3 enfants. 

Aux 5 enfants naturels cités dans les généalogies il faut ajou- 
ter : Gabriel de Caumont, comte deLauzun, qui serait égale- 
ment fils du duc d’Epernon, d’après la déclaration même de sa 
mère. 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



PAR 

F. MIrEUR. 



Dans une Réplique écrite de « sa modeste plume » et où il se 
décerne un peu prématurément les honneurs du triomphe , M. 
l’abbé Cazauran se flatte d’avoir réduit à néant toutes mes objec- 
tions, simplement « revêtues de quelque apparence de sérieux ». 
Pour cela , il lui a suffi de décapiter les unes , d’escamoter les 
autres et de refaire à sa guise l’histoire , la géographie, la chro- 
nologie — sans parler de la jurisprudence. D’ailleurs, les diffi- 
cultés matérielles ne sont pas pour arrêter l'intrépide théoricien 
du mariage morganatique qui dirait volontiers : théologien je 
suis, historien ne daigne. Que D’Epernon n’ait pu se trouver à 
Pignans le 24 février 1596; que l’acte qu’il y aurait souscrit à 
pareil jour soit dès lors entaché de faux, détails secondaires, en 



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376 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



vérité I « C'est bien à tort, répète-t-il avec un visible sentiment 
de pitié > que la date préoccupe notre estimable contradicteur ». 
L'important est de savoir si le mariage fut ou non morganatique, 
et il le fut sûrement puisqu’il resta secret au point de n’avoir 
jamais été connu de personne. Il faut vraiment pour le nier 
n’avoir jamais ouvert le Code Théodosien (de mieux en mieux), 
ni feuilleté seulement Schmalzgrueber (1). Par conséquent , le 
témoignage des faits serait-il encore plus contraire, il est évident 
que l’histoire se trompe et que D’Épernon a réellement épousé à 
Pignans, le 24 février 1596, Anne de Monnier. Tout le monde en 
convient aujourd’hui; « les juges les plus compétents » se sont 
rangés sous la bannière victorieuse de Gascogne , et M. Mireur 
reste seul, ou « à peu près seul » avec son. . . imprimeur (2). 

J’étais donc abandonné des dieux et des hommes, lorsqu’une 
voix, non des moins autorisées, est venue jeter une note quelque 
peu discordante au milieu de ce concert d’approbations lointaines 
dont il a dû coûter à M. Cazauran de se faire l’écho. « En somme, 
il me semble que la vraie discussion , la discussion coucluante 
est toute de fait et non de droit ». D’où part ce simple trait qui 
crève comme un ballon l’écrit gonflé d’érudition inutile, sinon 
inexacte? Du camp ennemi? Non, du sein môme de la Société des 
études historiques de Gascogne , et le piquant est qu’il est lancé 



(1) Fàire parler Justinien allemand était déjb bien honnête. On remonte anjonrd'hni h 
Théodose, pour se rectifier. 

(2) Il serait indiscret h moi de chercher i connaître ces juges si compétents. Serait-ce 
par hasard des concitoyens de mon adtersaire? U faudrait supposer alors qu’ils se sont 
formé une opinion sur la sienne— certainement très respectable— sans trop s'inquiéter de 
celle des autres, puisque ma Réponse n'a encore trouvé ï Auch un seul acheteur ! 



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377 



DU DUC d’ÉPERNON. 

de la main d’un confrère et d’un maître, l’éminent directeur de la 
Revue de cette Société (1). 

Il est donc des juges compétents qui estiment qu’un problème 
d’histoire et de chronologie ne se résout point par le droit, pas 
plus qu’on ne mesure les distances avec les canons de l’Église. 
Aussi bien, toute cette artillerie tapageuse, manquant constam- 
ment le but, n’a-t-elle môme pu les faire retourner. « J’ai laissé 
de côté, ajoute le môme critique, les nombreuses pages de droit 
canonique que M. l’abbé Cazauran a jugé à propos d’insérer. Il 
avait sur ce terrain de nombreuses objections à résoudre. J’aime 
à croire, sans y regarder autrement, qu’il y a réussi (2) ». 

Je dois quelque chose de plus à qui s’est mis à mon occasion 
en frais de recherches et a fait de louables efforts pour me vain- 
cre et me convaincre. Encore que l’ennemi ait déserté le combat 
— à ce qui s’imprime à Auch- et que je fusse dès lors dispensé 
de le suivre sur le terrain étranger où il le transporte, il ne me 
déplait nullement de l’y rejoindre , ne fut-ce que pour vérifier la 
trempe de ses armes. Les miennes lui ont paru plus longues que 
dangereuses. Voyons si , à tout hasard, les siennes ne seraient 
pas quelquefois un peu courtes et souvent dangereuses. . . pour 
lui. Mais auparavant , un rapide coup d’œil sur le champ de ba- 
taille, abandonné avec nombre de morts et de blessés. 



(1) M. Léonce Couture. Voir le remarquable compte rendu publié dans la Bibliographie 
de la Revue de Gascognc f t. XXVIII, 7* et 8* livraisons , juillet-août MDCCCLXXXVIl , 
p. 387. 

(2) Ibid. 



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378 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



I. 

Voici d’abord, parmi les bagages , le travestissement en certi- 
ficats , d'actes de mariage maintenant reconnus pour tels , bien 
qu’on s’obstine à les qualifier encore sept ou huit fois de certificats . 
Mais alors , pourquoi livrer aux conjoints un acte qui aurait dû 
être transcrit sur registre? Il suffit d 'admettre (sic) qu’avant 
Benoît XIV les curés le pratiquaient ainsi. Ce n’est pas plus 
malin que cela. 

Sur le carreau aussi la séduisante théorie de la rédaction en 
deux langues, dont une pour chaque partie, comme on dit en 
style de sous-seing privé. Dans la précipitation de sa retraite, le 
vainqueur (?) a laissé debout — par mégarde — mon explication de 
la différence des témoins (page 64), celle du crochet de D’Eper- 
non sur Pignans le 21 (ibid .) , l’invraisemblable discrétion de 
Saint-Cannat (p. 35), et bien d’autres difficultés. 

En principe , quand celles-ci ont été trop gênantes , on les a 
tournées par le même procédé. Ainsi le danger d’une revendica- 
tion ultérieure au moyen d’un acte coulé dans le moule banal 
des mariages ordinaires , résidant précisément dans cette simili- 
tude, on a, comme on dit au palais , supprimé le coup de hàche. 
Moyen plus commode sans contredit que d’expliquer par quel 
signe fatidique le caractère secret (et bien secret en effet) d’un 
mariage ressemblant à tous les autres , se fut révélé de lui- 
même à l’inexpérience d’un juge du XVII e siècle , n’ayant lu ni 
l’encyclique de 1741, ni Schmalzgrueber , ni M. l’abbé Cazauran. 

Abandonné Noslradamus et sa trop lourde méprise du 25 fé- 
vrier , abandonné encore l’ingénieux système delà tangente à 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



379 



travers les défilés des Maures par laquelle D’Epernon serait venu 
à Pignans avant la rencontre et qu'on a cherchée vainement 
parmi les géographes du Concile de Trente. — Mais, après le com- 
bat, « ne lui fut-il pas facile de se dérober à la poursuite de quel- 
ques centaines d'ennemis (pardon , de plus de 800). . . et de re- 
gagner rapidement la ville de Pignans dans la soirée du 24.. ? » 
Mon honorable contradicteur en parle vraiment en gascon , je 
voulais dire en étranger. D'un trait de sa « modeste plume », il 
supprime l'Argens, qui séparait les deux généraux et qu'il aurait 
fallu venir passer au pont des Arcs, en aval de Vidauban; il 
supprime l’armée ennemie qui barrait la route sur Pignans et 
qu’on aurait dû traverser deux fois, à l’aller et au retour; il sup- 
prime enfin — il n’y a que le premier pas qui coûte — le dire una- 
nime des historiens, si bien résumé , selon son habitude, par M. 
le docteur Gustave Lambert : D’Epernon « gagna Barjols — situé 
à l’opposé , à 49 kil. — de toute la vitesse de son cheval ». Tou- 
tefois le vrai tour de force est peut-être encore de marier un 
homme dans la situation d’esprit et de corps du vaincu et quasi- 
noyé de Vidauban , en le contraignant à revenir conquérir sa 
femme, au péril de sa vie. Avant la rencontre , on pouvait invo- 
quer, à la rigueur, en faveur de la célébration hâtive, une éven- 
tualité^ toujours redoutable à la guerre. Et puis , faire voler son 
héros de l’autel au combat n’était ni vulgaire , ni sans quelque 
romanesque vraisemblance. Mais , le soir de la défaite , après 
trois jours de marches forcées, après la fuite échevelée sur Bar- 
jols, l’y traîner à moitié fourbu , dévoré de honte et de rage , 
durant je ne sais combien de kilomètres , et au travers de l'armée 
ennemie; vouloir qu’il épouse quand même, sans trêve ni merci, 



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380 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



à Pignans et pas ailleurs, avant minuit et pas une minute après, 
voilà un coup de maître. 

Eh bien ! il est dépassé par le coup droit qui m'est porté sur 
le terrain de la chronologie. 

Puisqu’on trouve de bon goût de revenir encore aujourd’hui sur 
ma première hypothèse du faux , motivée par les étrangetés (?) 
d’un texte qui n’était pas le mien , on me permettra bien d’em- 
prunter quatre lignes à l’écrit dont elle n’était que la conclusion 
très naturelle. 

« La date du 24 février 1596, avais-je dit , devant être écartée 
comme absolument inconciliable avec les données de l’histoire et 
de la topographie, on a dû se demander si, par hasard, elle n’ap- 
partiendrait pas à l’ancien comput , encore usité à cette époque , 
qui commençait l’année au 25 mars. Selon ce calcul , le 24 fé- 
vrier 1596 (vieux style) correspondrait au 24 février 1597 (nou- 
veau style). Or en 1597 , D’Epernon était bien loin de notre 
pays (1)... ». 

Ou la parole fut donnée à l’homme pour déguiser sa pensée , 
ou tous mes lecteurs avaient compris qu’il s’agissait de Vancien 
mode de commencer Vannée , et pas d’autre chose. 

Ce que c’est pourtant que d’être théologien ! mon docte col- 
lègue, qui ne rêve que bulles pontificales, a lu et méfait dire que 
l’ancien calendrier Julien, réformé par la bulle de Grégoire XIII 
du 14 février 1582, était encore usité en Provence en 1596, 

(1) Du prétendu mariage du duc d'Epernon à Pignans fVar), le 24 février 1596. Dra- 
guignan, C. et A. Latil, 1886, p. 8. 

On sait que, jusqu'à l'ordonnance de Roussillon de janvier 1563, l'année commençait d'or- 
dinaire, soit à Pâques, soit à la Noël, soit au 35 mars. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



381 



mais par les laïques seulement. De telle sorte que la date 
du 24 février 1596 , donnée exactement par le curé de Pignans , 
pour le mariage y devrait être avancée de 10 jours, pour le com- 
bat de Vidauban , et reportée au 5 mars, afin de ramener le 
calcul de la municipalité et celui des historiens au nouveau 
calendrier. Depuis 1582 , le calendrier de ces derniers serait en 
retard de la bagatelle de 10 jours , et il suffirait de faire subir à 
toutes leurs dates une simple addition, « De cette façon, il ne 
resterait plus de doute sur la possibilité matérielle et morale 
d’un acte attesté par deux pièces d’une parfaite authenticité ». 
Voilà. 

L’ancien calendrier encore en usage en Provence en 1596 ! 
Toute la chronologie de nos historiens à rectifier pendant 14 ans 
et sans doute davantage !! De grâce où et. quand ai-je pu profes- 
ser cette énormité? Citez moi bien vite l’opuscule et la page, que 
je fasse publiquement amende honorable ! 

En vérité je reste confondu , et la plume s’échappe de mes 
mains, en môme temps que s’échappera sans doute des lèvres de 
tous cette irrésistible réflexion : si M. l’abbé Cazauran a fait 
parler les morts, qui n’en peuvent mais , comme il fait parler les 
vivants, rien ne doit plus surprendre, pas môme les conclusions 
anti-historiques et anti-juridiques de la Réplique . Hélas ! nous 
ne sommes pas au bout. 

< Au reste , on n’attache pas plus d’importance qu’il ne faut à 
ce dernier argument emprunté à la différence des calendriers 
Julien et Grégorien ». Que se fùt-on permis alors , dans le cas 
opposé , Bone deus f 

Grande , capitale est au contraire l’importance — attestée par 



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382 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



vos efforts aussi désespérés qu’impuissants — de cet argument 
de la date qui vous enferme dans les limites infranchissables de 
la journée du 24 février, où votre héros, prisonnier de l’histoire , 
gardé à vue par de nombreux témoins, est comptable devant eux 
de tous ses instants 1 Si grande, si capitale que l’équivoque gros- 
sière des deux calendriers a surpris la religion du critique d’une 
de nos grandes Revues , saisi, comme ont dû l’ôtre beaucoup 
d’autres lecteurs , par cette lueur soudaine dans une ténébreuse 
impasse (1). Eh bien ! il faut que môme cette dernière et pauvre 
échappatoire soit fermée et bien fermée, à la confusion de ceux 

qui y eurent recours dans un moment d’inadvertance ou de 

détresse. 

C’est fait. 

Sur l’absence de la famille d’une cérémonie célébréeen famille, 
sur la persistante et stoïque obscurité des Monier, rien. Mieux 
vaut encore cependant cette façon de répondre que l’explication 
du silence de ces derniers en 1GG7 (au moment de la vérification 
des titres de noblesse), consistant à présenter Anne de Monier 
comme une concubine. 

Aux yeux de la loi civile , c’est possible ; mais non aux yeux 
de la loi religieuse , alors toute puissante sur les consciences et 
devant laquelle cette seconde femme était aussi légitime et aussi 
digne de considération et de respect que la première Or, sous 
peine d’être mis au ban d’une société autrement rigoriste que la 
nôtre , les conjoints devaient bien révéler au moins dans leur 
entourage , pour n’avoir pas à en rougir , des liens qui cessaient 



(1) M. Henri de L’£pinois (Chronique de la Revue des questions historiques , 83 e li 
v raison, i" juillet 1887, p. 352-953). 



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DU DUC D'ÉPERNON. 



383 



d'être secrets de fait , tout en le restant de droit. D’Epernon, ca- 
tholique, chef même à ce moment de la Ligue en Provence, dans 
quel but aurait-il bravé les susceptibilités de l’opinion par le 
scandale gratuit d’un faux concubinage ? N’avait-il pas assez, 
grand Dieu I de lui dérober tant d’autres accrocs faits à la morale 
dans sa vie aventureuse de soldat ? La recommandation de sa 
première femme de ne pas se remarier n’est plus une excuse , 
puisqu’elle n’avait d’autre but, me dit-on , que la conservation 
des biens au profit des enfants du premier lit , entièrement sau- 
vegardée par le mariage morganatique. Et Anne deMonier et les 
siens, par crainte ou au profit de qui, se seraient-ils résignés à 
boire la honte et l’outrage publics , n’ayant qu’un mol, un simple 
mot à dire pour se réhabiliter? 

Il y a quelque chose de supérieur au savoir, c’est la logique, et 
la moins difficile ne saurait s’accommoder de ce tissu d’invrai- 
semblances. 

La logique ! veut-on connaître de quelle façon elle est traitée 
à son tour? La Réplique y après avoir répété encore une fois 
qu’un des caractères constitutifs des mariages morganatiques 
était d’exhéréder les enfants des fiefs, rappelle qu’en 1661, Louis 
de la Valette, fils de Jean-Louis , lui-même fils naturel (et bien 
naturel) de D’Epernon , hérita par testament de son oncle Ber- 
nard de Nogaret, fils légitime du duc , le château de Caumont. 
Mais ce ne fut pas, ajoute-t-elle , sans soutenir de longs procès 
qu’il parvint à se faire investir de la succession. On ne devinerait 
jamais ce qui, aux yeux de mon perspicace collègue, dut le faire 
triompher de ses compétiteurs 1 Ce fut l’acte de 1596 1 ! ! 

Ainsi ce plaideur naïf, possesseur des archives — remarquez 



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384 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



le bien — avant de l’être du château où elles étaient renfermées , 
aurait été assez malavisé pour produire précisément le titre , 
ignoré de tous, qui l’excluait légalement de l’héritage convoité ! 

Pas n’est besoin d’ailleurs d’être archiviste pour savoir que 
toute pièce produite en justice était autrefois cotée au dos et si- 
gnée par les procureurs. Si l’acte de 1596 porte cette mention, 
pourquoi ne pas l’avoir fait connaître ? S’il ne la porte pas, l’hy- 
pothèse est gratuite et môme fausse à priori. 

Quant à la solution qui dissiperait toutes les obscurités, con- 
cilierait toutes les contradictions — d’un projet de mariage sans 
suite, — malgré les considérations assez sérieuses dont elle pa- 
raissait appuyée, on n’a pas eu * l’air de s’en apercevoir (1) ». 

J’oubliais de parler des cinq enfants naturels , tige de la bran- 
che encore existante et dont la légitimation préoccupait si visi- 
blement au début, qu’on avait supposé — à tort — qu’elle était le 
but réel de toute cette campagne morganatique (2). Enfants na- 
turels, ai-je dit, enfants abandonnés, serait-il plus vrai de dire, 
et ce qu’il y a de plus abandonné ! « De quoi s’agit-il aujourd’hui? 

(1) M. Léonce Contnre, qoi le constate , rappelle ailleurs la note où je déclarais n’avoir 
connu qo'après conp son opinion et m'être rencontré avec lui sur ce point essentiel. 

Ceci n’est que très exact. Seulement de l’antériorité de la rédaction de l’acte j’ai conclu 
è la non célébration, et l’éminent critique n'ose encore aller jusque lii, bien qu’il trouve in- 
suffisante, on le verra plus bas, la preuve contraire. 

(S) < Après cela , dit finement M. Léonce Contnre, ce qne [M. l’abbé Cazauran] appelle 
V objet principal de sa thèse lai parait sauf. Quel est cet objet ? Le mariage dn doc d’E- 
pernon et d'Anne de Monier. D'autres auraient pu croire que la légitimité des La Valette, 
seigneurs de Caumont , était l’affaire la plus grave en ceci et regarder comme secondaire 
cette anecdote, vraie ou fausse , d’un mariage secret sans progéniture connue. Mais enfin 
ce n'est lè qu’une manière de voir ». ( Revue de Gasc. t loco citato). 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



385 



de savoir : 1° si les textes de Gaumont sont authentiques; 2° s’il 
en résulte que le mariage est certain. . . » Pas Un mot de plus. 
Les enfants sont aussi restés sur le carreaü , en nombreuse 
compagnie d’ailleurs, comme on a pu le voir. 



II. 



Mais il est temps de nous élever du vulgaire terre-à-terre des 
faits, si peu favorable à la savante stratégie de mon confrère , 
jusqu’à la hauteur des principes juridiques où il se cantonne et 
d’où il m’accable d’une grêle de livres, sans me faire grand mal 
et peut-être sans les avoir bien lus. Au lieu de concentrer ses 
efforts à prouver la réalité d’un hymen , qui n’est pas, que je 
sache, un article de foi , il s’évertue à nous en dévoiler le côté 
morganatique, prétendant que rien n’était plus français que cette 
institution, allemande de nom et d’origine. 

Il est surprenant et regrettable que M. l’abbé Cazauran n’ait 
pas songé à ouvrir à cet égard les dictionnaires — dont il ne dé- 
daigna pas toujours les services, — non celui de l’académie (l re 
édition), où il aurait vainement cherché le mot tudesque , mais 
Furetière, par exemple. Il y aurait vu de quelle façon on l’enten- 
dait au XVII e siècle, presque du temps de D’Epernon. 

« Il y a une espèce de mariage en Allemagne où le mari donne à sa 
femme la main gauche, au lieu de la droite ; et alors les enfants qui en 
proviennent sont réputez bâtards à l’égard des effets civils , quoique 
légitimes en effet ; car ils ne portent ni le nom, ni les armes de la mai- 
son, comme témoigne Nicolaüs Mylérus en sa Gamologie. Il n’y a 



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386 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



QUE LES PRINCES ET GRANDS SEIGNEURS D’ALLEMAGNE QUI PUISSENT CON- 
TRACTER CES SORTES DE MARIAGES (1) » . 

M e Nicolaüs Mylérus avec sa Gamologie n'aurait pas fait, j'i- 
magine, si mauvaise figure dans le docte aréopage devant lequel 
on me traduit et que préside Sa Majesté Louis XIII , flanqué de 
Pothier et de Merlin. Pourquoi l'avoir éliminé ? n'importe I j'ac- 
cepte les juges môme triés sur le volet par l’adversaire , avec 
lequel je ne veux pas être en reste de courtoisie. Que disent-ils? 

1° « La déclaration royale donnée par Louis XIII en 1639 re- 
connaît que les mariages morganatiques, ou secrets, sont vala- 
bles quant aux liens, mais nuis quant aux effets civils » (p. 7). 

M. l'archiviste d'Auch a sans doute puisé dans quelque docu- 
ment original de son riche dépôt, le texte inédit de la déclaration 
de 1639. Obligé de me contenter de celui qu’Isarnbert et Taillan- 
dier ont édité, j’y cherche vainement l'expression caractéristique 
encadrée dans les guillemets de sa citation (2). 



(1) Dictionnaire ,verbo Mar., t. III, col. 191, édition de 17-21. Je regrette de n’avoir pu 
consulter l'édition originale. Dans tous les nas, ce qu'il y a d'essentiel dans l’article, c’est 
le témoignage de Jean-Nicolas Mislor , qui vivait au milieu du XVII e siècle, et auquel la 
dernière affirmation est sans doute empruntée. 

(2) Voici le propre texte du Recueil général des anciennes lois françaises : 

c Désirant pourvoir a l’abus qui commence il s’introduire dans notre royaume, par ceux 
qui tiennent leurs mariages secrets et cachés pendant leur vie, contre le respect qui est dû 
I un si’ grand sacrement, nous ordonnons que les majeurs contractent leurs mariages publi- 
quement, et en face de l’église , avec les solemnités prescrites par l’ordonnance de Blois , 
et déclarons les enfants qui naîtront de ces mariages , que les parties ont tenus jusqu’ici , 
ou tiendront b l’avenir cachés pendant leur vie, qui ressentent plutôt la honte d’un concu- 
binage que la dignité d’un mariaue , incapables de toutes successions , aussi bien que 
leur postérité ». (Isambert et Taillandier* Recueil général des anciennes lois françaises . 
t. XVI. p. 590). 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



387 



Du mariage morganatique, qui n'est pas le mariage secret , 
n'en déplaise à mon érudit contradicteur, pas un mot, un traître 
mot. 

Bien plus — et ceci serait autrement concluant — l'expression ne 
figurerait pas même une seule fois dans le vaste recueil des ordon- 
nances, à en croire la table alphabétique et analytique qui le ter- 
mine, et que tout le monde peut consulter. 

Il y a quelqu'un qui s'est donc trompé ici. Serait-ce Isambert 
et Taillandier ? 

2° A Pothier maintenant. — Dans son Traité de la commu- 
nauté, t. I, p. 538, § 426 , que l'on me cite , Pothier parle ex- 
clusivement du Préciput légal dont ma profonde incompétence 
ne me permet pas de saisir le rapport caché avec le mariage 
morganatiquè. On a sans doute confondu avec un autre Traité , 
celui du contrat de mariage, où. notre grand jurisconsulte aborde 
en effet la question, à propos des différentes espèces de mariage. 
Et comment la résout- il ? 

Après avoir rappelé la distinction fondamentale du droit ro- 
main entre les justes noces et le concubinat , Pothier se demande 
si « cette double espèce de mariage est encore en usage », et il 
répond : 

« Cette double espèce de mariage est encore en usage en Allemagne. 

« L'espèce de mariage que les Romains appeloient concubinatus y 
est encore pratiquée , c’est celle qu’on appelle mariage ad morganati- 
cam , ou mariage de la main gauche . 

« Par cette espèce de mariage, un homme de qualité se marie à une 
femme de basse condition , qu’il prend pour être sa femme d’un ordre 
subalterne : cette femme ne participe pas au rang et aux titres de son 
mari , et les enfants qui naissent de ce mariage ne succèdent ni aux 
titres, ni à l’hérédité de leur père ; mais ils doivent se contenter, ainsi 



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388 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



que leur mère, d’une certaine quantité de biens qui leur a été assignée 
par le contrat. Voyez le Code Frédéric , p. I, liv. 2, tit. 9, art. 3. 

« Cette espèce de mariage n’a pas lieu en France ; nos loix ne 
permettent pas de se marier à une femme, autrement que pour l’avoir 
à titre de légitime épouse ; et le concubinage avec une femme qu’on n’a 
pas épousée en légitime mariage est parmi nous une union défendue 

ET CRIMINELLE. . . (1) ». 

Union défendue et criminelle que celle de D’Epernon et 
d’Anne de Monier 1 ! I Et c’est Pothier qui s’exprime ainsi 1! Mais 
alors, dans quelle abominable contrefaçon mon adversaire l’a-t-il 
lu pour lui faire dire absolument tout l’opposé ?. . . à moins qu’il 
ne l’ait pas lu. 

3° Voici enfin, pour m’achever, le coup de Merlin. Merlin, que 
je commis l’imprudence d’invoquer, serait en désacord avec tout 
le inonde , môme avec lui , de qui je donnai cette opinion si caté- 
gorique sur les unions chères à M. l’abbé Cazauran: 

« Du reste , la jurisprudence française n’a jamais autorisé de 
pareilles stipulations dans les mariages ». 

L’oracle de nos modernes jurisconsultes se serait donc déjugé! 
Ouvrons son Répertoire universel de jurisprudence. Dans l’arti- 
cle Légitime , complément de l’article Mariage et auquel on me 
renvoie sans doute (2), Merlin recherche si l’on ne peut pas 
convenir, par le contrat d’un second mariage, que les enfants qui 
en naîtront n’auront qu’une certaine somme ou une certaine part 
pour tout droit de légitime. 

En faveur de V affirmative^ il invoque notamment « une décision 



(1} Traité du contrat de mariage , par l’aulenr du Traité des obligations f Pothier 1 , 
Paris, Debure, 1771, t. I, p. 7-12. 

(9) T. VIH, p. 65, dit ta Réplique, sans indiquer l'édition. 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



389 



expresse du livre De mibue feudorum , titre de matrimonio ad 
morganatiçam contracte ». Là dessus , M. l’abbé Cazauran, qui 
n’aime ni les citations ni les armes trop longues , de fermer en 
toute hâte le livre et de s’écrier : « Merlin cite lui-même un cas 
d’application des règles du Code des fiefs ». Singulier cas, on va 
le voir. 

Mais après l’affirmative , excellent’collègue , vient d’ordinaire 
l’examen de la négative et enfin la conclusion. Au risque d'être 
encore accusé de faire long, souffrez que je mette sous vos yeux 
la suite et fin de l’article qui a échappé à votre attention. 

Merlin poursuit donc : 

« Mais (dit Lebrun) nous nous attachons à un droit plus équitable 
« et plus important que les Usages des fiefs ; car la loi naturelle et la loi 
« civile ayant accordé et réglé la législation des enfants , et le public 
« ayant intérêt que cette portion qui leur a été réglée leur soit conser- 
« vée, il semble qu’il n’est jamais permis d'y déroger ; et la circons- 
« tance d’un 2* mariage ne doit point faire changer cette décision , 
« puisque ce serait étendre les lois Fœminœ et hic edictali et l’édit des 
« 2" noces, qui sont des lois pénales et ne peuvont recevoir aucune ex- 
« tension. Ainsi, il faut considérer que ce titre de JHiis natis ex matri- 
« moniis ad morganatiçam contracté, est fait principalement pour la 
« succession des fiefs et qu’on ne pourrait réduire de cette manière la 
« légitime des enfans d’un 2* mariage dans les autres biens , sinon 
<* lorsqu’il y avait des enfants d’un 1" mariage et en leur faveur seule- 

» ment. C’est ce qui est remarqué par M. Cujas D’ailleurs cet 

« usage n’avait lieu qu'en cas que le père descendit À un 2* mariage 
« peu sortable. . . . Enfjn nos anciens auteurs nous ont marqué spé- 

« CIALEMENT QUE CE TITRE n’ÉTAIT POINT EN USAGE PARMI NOUS ET entre 

« autres Enguinarius Baro, qui dit sur ce titre : Hic mos juri communi, 

« JUXTA AC MORIBUS FRANCIS CONTRARIUS EST ». 

« Les raisons de douter que nous avons exposées ne portent aucune 
atteinte à cette doctrine .... 

« Enfin l’opinion que nous soutenons a été consacrée formellement 
par un arrêt prononcé en robe rouge le l w juin 1629 et rapporté au 



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390 



LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Journal des audiences ». (Il s'agit d'un apothicaire, veuf avec enfants , 
qui aurait épousé en secondes noces sa servante et stipulé dans le con- 
trat que les enfants qui en seraient procréés n'auraient qu'une certaine 
portion en la communauté) (1). 

Pour un cas d'application, voilà un cas d'application et quelque 
peu écrasant pour la thèse adverse. Quant à celui que la Répli- 
que aurait trouvé dans Merlin , la méprise est à peine croyable. 
Ce que l'estimable M. Cazauran cite gravement comme une es- 
pèce, est la traduction mot à mot de l’article 29 du Code des fiefs, 
dont il reproduit lui-même , chose curieuse, le texte latin cinq 
lignes plus bas , sans reconnaître le thème dan9 la version et 
vice versa. Puis il ajoute : « Oserait-on dire que cette jurispru- 
dence n’est pas l'application des règles du Code des fiefs? » Dieu 
me garde de toute plaisanterie désobligeante et par trop facile! 
Mais comment empêcher ceux qui ont lu Lafontaine de songer à 
certain nom de port pris pour un nom d’homme ? 

Resterait une dernière objection qui n'a pas été présentée et 
que je veux pourtant examiner — pour faire verser la mesure — 
à savoir que le Code des fiefs, banni du droit français , aurait pu 
faire partie des antiques coutumes propres à la Provence et so- 
lennellement maintenues par les termes exprès du pacte d’union. 
Pour la résoudre d'une manière générale, il suffirait de rappeler 
que notre pays était, comme chacun le sait, un pays de droit écrit 
où la loi romaine fut toujours en vigueur , à l’exclusion des lois 
coutumières. Mais nos jurisconsultes provençaux se sont char- 
gés de répondre en ce qui concerne spécialement la loi que l’on 



(1) Rêpert. unit, et raisonné de jvrisprud., 4* édit., Paris, Gamcry, 1813; in-4°, t VII, 
sect. VII, g I, n° 119, p. 61 et 62. 



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DU DUC D'ÉPERNON. 



391 



m’oppose. Je n’en citerai que deux également estimés et dont le 
second se trouve être , par fortune , un Dracénois. Décidément 
notre milieu est réfractaire à la croyance morganatique. 

« Les livres des fiefs , consuetudines feudorum , qu’on trouve 
aussi à la suite du Corps de droit , dit Jullien , rCont point t auto- 
rité de loi. C’ëst un recueil des usages ét des coutumes obser- 
vées à Milan et en d’autres lieux de la Lombardie (1) ». 

Avant lui, notre compatriote Jacques Peissonel n’avait pas 
consacré moins de trois chapitres de son Traité de V hérédité des 
fiefs en Provence à démontrer par toutes sortes de raisons juri- 
diques et historiques que « les livres de usibus feudorum ne sont 
pas authentiques et ne peuvent pas être alléguez comme des lois 
en Provence ». Pour notre feudiste, qui s’étaye de l’autorité de 
Dumoulin et n’y va pas par quatre chemins , l’opinion contraire 
est tout simplement a absurde et ridicule », j’en demande bien 
pardon à ceux qui la professeraient aujourd’hui (2). 

A quoi bon aller plus loin ? Ne serait-il vraiment pas oiseux 

(U Statuts de Provence , I.. p. VIII. 

Une erreur d’impression m'a fait dire : Constitution un feudorum , au lieu de Consubtu- 
o’num feudorum. ( Sèponso , p. 40, note). 

(2) Voici la conclusion du IV* chap. de Peissonel : « ... Il s’en suit que le Livre des flefs 
ne peut pas être allégué comme loy, soit parce que c’est une compilation faite d’autorité 
privée, soit parce qu’elle est si confuse , incertaine et avec tant de contrarietez que Bald. 
sur le livre 2 des fiefs, tit. 28, S 1» * dit que ces deux compilateurs , Robertus de Orto et 
Gérard us Niger, élaientdes Inès, duo pecora ». (Traité de Chirèditè des fiefs , p. 198). 

Il y a longtemps que j'ai eu l’occasion de revendiquer Peissonel I l'Honneur de notre 
ville où il naquit le 29 mirs 1626. Son père, aussi avocat, passait lui-même pour « un des 
plus grands jurisconsultes de son temps ». (Artefeuil , II , 211). (V. L’ancien barreau du 
Parlement de Provence, par M. Ch. de Ribbe, Aix, 1862, p. 111, note 2). 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



d'examiner , après cela , si « la défense formelle des mariages 
morganatiques » est contenue dans les généralités des art. 1388 
et 1389 <}u code civil, dont les auteurs avaient autre affaire que de 
prohiber ce qui ne s'était jamais pratiqué; ou ce que tel canoniste 
allemand ou italien et, 145 ans après, Benoît XIV lui-môme ont 
pu écrire ou prescrire sur une coutume exotique qili aurait mis , 
dans tous les cas, bien du temps à se propager (1)? 

J^e débat ne serait-il pas d'ores et déjà définitivement vidé par 
la question préalable de l’exclusion formelle du Livre des fiefs des 
législations française et provençale , que , même sur le terrain 
théologique , l'argumentation de la Réplique ne résisterait pas 
au simple contrôle des faits. 

« Il faut , dit-elle, six choses pour un mariage morganatique 
ou de conscience. 

« 1° L'alliance d’un homme noble, veuf. . . avec une femme de 
condition inférieure ». — C’est précisément le nœud de la ques- 
tion, de savoir si le mariage a été célébré, et par malheur, on en 
doute d'autant plus, môme dans le sein de la Société des études 
historiques de Gascogne , que M. l’abbé Cazauran l'affirme da- 
vantage (2). 

« 2° L’exclusion de la seconde femme des honneurs dus à son 
mari ». — Pour qu’il y ait eu exclusion, il faut qu'il y ait eu ma- 

(1) Comment peat-on encore, h propos d'an acte de 159G, persister h m'opposer une encj- 
clique de 1741 qni vise un abus relativement récent : « In more enim positum est... » î 
(9) « Cette hypothèse (l’antériorité de la rédaction de l’acte) est précisément non seule- 
ment la mienne, mais celle de M. Mirenr; et tant qu’elle n'est pas réfutée , tes certifi- 
cats, malgré leur authenticité matérielle, ne saut pas du tout une preuve de la célé- 
bration réelle mariage >. (M. Léonce Couture, loco citato). 



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DU DUC D’ÉPERNON. 



393 



riage, ce qui continue à ne pas être démontré. Mais , môme en 
supposant la célébration , D’Epernon n’aurait-il pas pu accorder 
à une mourante la suprême satisfaction de la couronner du- 
chesse? L’eût-il fait, quelle trace resterait-il aujourd’hui d’un 
titre presque aussitôt enseveli dans une tombe (1) ? L’absence de 
témoins ne prouve rien contre la réalité d’un fait ne soulevant 
aucune impossibilité morale ou matérielle. 

« 3° L’exclusion des enfants, issus du mariage ». — On devrait 
établir d’abord qu’il y en a eu , et des cinq découverts dans le 
manuscrit 11,531 et annoncés triomphalement , il n’en reste pas 
un seul, hélas ! 

« 4° La célébration devant le curé et deux témoins ». — La cé- 
lébration ? Quod est demonstrandum , écrit-on autour de mon ad- 
versaire. 

« 5° La dispense de la publication des bancs ». — Où est-elle ? 
où la plus petite mention , voire même une allusion certaine ? 
Muets, les registres de l’ordinaire ! muet, absolument muet l’acte 
de 1596, tandis que l’usage notoire des curés de l’époque était de 
viser les dispenses d’un seul ban. La preuve en a été adminis- 
trée et. . . confisquée comme tant d’autres. 

« 6° Le secret ». — Rien n’est assurément plus secret que ce 
qui n’a jamais existé , et , par contre , rien ne l’était moins en 
réalité que ces unions transparentes, devinées par tout le monde 
quand elles n’étaient pas tacitement avouées de part ou d’autre , 
sinon de part et d'autre. 



(1) Les nouvelles recherches faites dans les actes de la famille Monier, où il est impossi- 
ble de trouver une seule mention d'Anne en 1596, ou postérieurement, ne sont pas pour 
infirmer la supposition de sa mort h la suite du combat de Vidauban. 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



Mon honorable collègue m’engage vioement à rechercher à Pi- 
gnans le contrat de mariage. Je suis heureux de lui dire que je 
n’avais pas attendu qu’il me fût exprimé pour réaliser son désir, 

d’ailleurs très légitime. Si le mariage a été morganatique, il a dû 

\ 

en effet , de toute nécessité , être précédé ou accompagné d’une 
donation du futur à la future, selon les prescriptions du Gode des 
fiefs, dans la forme soit d’un contrat de mariage (ceci semble être 
l’opinion de Pothier), soit d’un simple acte , également notarié , 
puisque Anne de Monier était illettrée. N’y aurait-il eu même 
qu’un don manuel , une quittance aussi par acte public eût été 
nécessaire. Or qu’on me montre l’ombre d’un contrat, d’une do- 
nation ou d’une quittance dans l’étude de l’honorable notaire de 
Pignans, vainement fouillée de fond en comble (1) ! 

Il y a plus. Dans le cas oû la donation aurait eu pour objet des 
immeubles, n’aurait-elle pas été sujette à insinuation, aux termes 
des ordonnances d’avril 1539 et de Moulins 1566, qui n’excep- 
taient pas de cette formalité de droit commun les donations pour 
cause de mariage morganatique, par l’excellente raison que ce 
dernier n’existait pas à leurs yeux? Singulier secret alors que 
celui confié à un acte publié en audience et couché tout au long , 
à la fois en Gascogne et en Provence, sur les registres les plus 
consultés de tous , à toutes les époques, par les intéressés ou les 
généalogistes (2) ! 

(1) A un autre point de vue, le contrat eût été nécessaire, Anne possédant sans doute du 
chef île sa mère, décédée, quelques droits qu’elle aurait dû se constituer en dot. 

(i) L’insinuation était prescrite h la fois c au siège ordinaire de l’assiette des choses 
données et de la demeurance des parties ». (Ordonnance de Moulins, art. 5#). 

La collection des insinuations de la sénéchaussée de Brignole*, il laquelle Pignans ressor- 
tissait, présente malheureusement une lacune à la Ou du XVI* siecle. 



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• DU DUC D’ÉPERNON. 



395 



Voici un nouveau mystère non moins embarrassant. 

Contrairement à ma première supposition, en février 1596 , 
Gaspard, père d’Anne, n’était pas mort. Il était môme, quoique 
âgé, en pleine possession de ses facultés, au point que, trois mois 
environ après, le 19 mai 1596, il dotait une autre de ses filles, 
Camille, et signait d'une main très ferme au contrat de mariage 
avec Joseph Mathieu, de Pignans , son gendre devant l'église 
depuis 18 mois (1). 

Ainsi il est bien certain aujourd’hui qu’Anne avait autour 
d’elle des neveux, des frères, un beau-frère, son père , et per- 
sonne, absolument personne , pas même le vieux Gaspard , de 
qui l’avis, sinon la présence était légalement nécessaire, n’au- 
rait assisté à la cérémonie (2)! A tous ces proches on aurait pré- 
féré des étrangers pour leur confier le grand secret de famille ! 

M. Désiré Nisard conseillait un jour de consulter en his- 



(1) < Et seroit, que despois led. temps, pour beaucoup de contrecarre Jments (?) et suivant 
l'injure du temps et autres eopeschements ad ce movans, led contrat.... ne seroit rédigé 
parescript >. (Bonne, notaire ï Pignans, reg. 1595-1596, 1* 359 v*, chczM. Lions , notaire 
dépositaire au même lieu). 

Je dois une copie de l'instrument il l'obligeance de M. Arène, ancien notaire, qui a bien 
voulu poursuivre , sans plus de succès que moi, les recherches dans les protocoles des an- 
ciens tabellions de Pignans. 

(9) L’édit de 1556 obligeait même les Ûlle3 de 95 ans accomplis h « requérir l’avis et 
conseil de leurs père et mère >. (Pothier, Traité du contrat de mar. 1584). 

Quel motif pouvait avoir Anne , do ne pas réquérir et Gaspard de refuser avis et conseil 
pour une union h la fois brillante et nécessaire? 

Camille contractant avec un simple roturier, son légitime époux depuis 18 mois, ne crut 
pas devoir s’en passer, quoique n'étant pas qualifiée de mineure (sans doute parce qu'elle 
ne l’était pas), et nous la voyons entourée de la « presence . auihorité et acistance dudit 
sieur de Castellet, sond. pere, ad ce l’autorisant > (contrat précité). 



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LE PRÉTENDU MARIAGE MORGANATIQUE 



toire la vraisemblance et de « s'y fier plus qu'aux papiers écrits 
ou imprimés ». Ici, par une heureuse coïncidence , papiers écrits 
et imprimés s’accordent avec la vraisemblance , hors un seul , 
qui la choque en tout point , et c’est précisément celui là qui au- 
rait raison contre tous ! 

Il est cependant un moyen bien simple de dissiper l'équivoque, 
de faire cette pleine lumière, si souvent promise et toujours plus 
lointaine ! Puisqu’on ne met pas en doute, non sans raison, 
l’existence d’un contrat de mariage , que tarde-t-on à le recher- 
cher et à le produire ! Il doit se trouver sûrement aux insinua- 
tions d’une des sénéchaussées de Gascogne, s'il n’est au fond de 
la mystérieuse armoire de Caumont où il serait bien extraordi- 
naire qu’on ne l'eût pas déposé, en extrait, à côté et à l’appui de 
l’acte dont il était le complément et l’éclaircissement légal et né- 
cessaire. Où pourrait-il être mieux qu’au sein de ces archives 
familiales ! Le contrat ne prouvera pas plus victorieusement que 
Craisson, Carrière, Bonald, M& r d’Annibale, Ferrari, Schmalz- 
grueber e tutti quanti que le mariage fut célébré à la mode alle- 
mande ou milanaise, mais il pourrait prouver qu’il fut célébré, si 
tant est que le stérile hymen , découronné de tout intérêt généa- 
logique , importe encore à quiconque. 

De la première brochure intitulée : « Le mariage morganatique 
du duc de la Valette par M. l’abbé Cazauran, archiviste du grand 
séminaire d’Auch », il était resté : que ce grand séminaire possé- 
dait de grandes archives et un érudit conservateur — ce qui n’avait 
surpris personne. Quant au mariage, il était bien douteux, son 
caractère étrange et étranger , encore plus, et le titre de duc de la 
Valette purement fantaisiste. 

Aujourd’hui, grâce à la Réplique et aux autorités qu’elle nous 



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DU DUC d’ÉPERNON. 



397 



a fait lire — un peu autrement qu'elle, il est vrai — la démonstra- 
tion est pleinement et surabondamment faite que le mariage n'a 
pas été, n'a pas pu être morganatique — j'en suis fâché pour une 
expression qui remplissait si bien la bouche. Or, comme d'après 
le système adverse, il n’eùt été possible qu'à cette condition, 
celle-ci n'étant ni réalisée ni réalisable , il faut bien conclure que 
le projet d'acte de 1596 ne le fut pas davantage — à moins qu'on 
ne nous ait également changé la logique. Dieu nous garde du 
malin et de la métaphore , disait Courier; l'on pourrait ajouter — 
et de la piperie de certains mots , surtout des mots pompeux , 
sesquipedalia verba (1). 

Il n'est que temps de clore une controverse désormais épuisée 
et qui ne saurait se prolonger sans inutilité ni lassitude. N'enten- 
dons nous pas de part et d'autre, parmi nos lecteurs — aussi sa- 
turés que les prairies virgiliennes — plus d'une voix nous crier : 
claudite jam rivos . . . f 

Je ne déposerai pourtant pas la plume sans remercier , comme 
il convient, mon honorable contradicteur de sa bienveillance fi- 
nale. Puisqu'il a parlé de talent , il me permettra de lui dire que , 
bien plus qu’à moi , servile interprète des faits et des textes , le 
talent et un talent de quelque souplesse lui fut nécessaire pour 
soutenir une thèse sans base, mais non sans ingéniosité, et faire 
partager par des juges compétents sa foi robuste dans la réalité 
d'un prétendu mariage , à l'aide d'une prétendue chronologie et 
d’une prétendue jurisprudence. 

(I) C'est , je crois , par abus de langage qu'on cite quelquefois comme exemple d'union 
morganatique celle de Louis XIV avec M a * de Maintenon. Nos grands historiens la quali- 
fient simplement de secrète , ce qui est bien différent. 



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Sociétés, Revues et Journaux correspondants. 



Agen. — Société d'agriculture , sciences et arts d'Agen. 

Aix. — Académie des sciences , agriculture , arts et belles-lettres 
d'Aix. 

Reçue sextienne. 

Alger. — Société d'agriculture d'Alger . 

Société historique algérienne. 

Amiens. — Académie des sciences, des lettres et des arts d'Amiens. 

Société des antiquaires de Picardie. 

Angers. — Société des études scientifiques. 

Angoulême. — Société archéologique et historique de la Charente. 
Auxerre. — Société des sciences historiques et naturelles de 
l' Yonne. 

Bar-le-Duc. — Société des lettres , sciences et arts de Bar-le-Duc. 
Beaune. — Société d'histoire , d' archéologie et de littérature de 
l'arrondissement de Beaune. 

Béziers. — Société archéologique , scientifique et littéraire de 
Béziers 

Bône. — Académie d'Hippone, société de recherches scientifiques 
et d'acclimatation. 

Bordeaux. — Académie des belles-lettres , sciences et arts de 
Bordeaux. 

Société archéologique de Bordeaux . 

Brest. — Société académique de Brest. 

Caen. — Académie nationale des sciences , arts et belles-lettres de 
Caen. 

Cambrai. — Société d'émulation de Cambrai. 

Carcassonne. — Société des arts et sciences. 
Chalons-sur-Marne. — Société d'agriculture , commerce , scien- 
ces et arts du département de la Marne. 
Chateau-Thierry. — Société historique et archéologique de Châ- 
teau-Thierry. 



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400 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES. 



Constantine. — Société archéologique de Constantine. 

Dax. — Société de Borda. 

Dijon. — Académie des sciences , arts et belles-lettres . 

Digne. — Société scientifique et littéraire des Basses- Alpes. 
Draguignan. — Société d’ agriculture , de commerce et d’industrie 
du département du Var. 

Gap. — Société d'études des Hautes- Alpes. 

Grenoble. — Société de statistique des sciences naturelles et arts 
industriels. 

Guéret. — Société des sciences naturelles et archéologiques de la 
Creuse. 

La Rochelle. — Académie des belles-lettres , sciences et arts de 
la Rochelle. 

Le Havre. — Société nationale haoraise d’études diverses. 

Le Mans. — Société historique et archéologique du Maine. 
Limoges. — Société archéologique et historique du Limousin. 
Lyon. — Société d’agriculture , histoire naturelle et arts utiles de 
Lyon . 

Annales du Musée Guimet (publiées à Paris). 

Revues de F histoire des Religions (publiée à Paris). 
Société d’études scientifiques de Lyon. 

Société littéraire , historique et archéologique de Lyon. 
Marseille. — Académie des sciences , lettres et arts de Marseille. 

Société scientifique y industrielle de Marseille. 
Revue horticole. 

Revue de Marseille. 

Société de statistique de Marseille. 

Montauban. — Société archéologique du Tam-et-Garonne. 
Montbrison. — La Diana. 

Montpellier. — Société pour l’étude des langues romanes. 

Société d’horticulture et d’histoire naturelle de 
l’Hérault 

Moulins. — Société d’émulation du département de l’Ailier. 
Nancy. — Société d’archéologie Lorraine et du Musée historique 
Lorrain. 



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SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES. 



401 



Nantes. — Société archéologique de Nantes et de la Loire-Infé- 
rieure . 

Nice. — Société des lettres , sciences et arts des Alpes-Maritimes 
Nîmes. — Académie du Gard ou de Nimes . 

Société d* étude des sciences naturelles de Nimes . 

Niort. — Société d' agriculture des Deux-Sècres (Maire Jacques). 
Orléans. — Société archéologique et historique de l'Orléanais. 
Paris. — Bulletin du comité des travaux historiques. 

Reçue des travaux scientifiques. 

Répertoire des travaux historiques. 

Association française pour l'avancement des sciences. 
Société d'études scientifiques. 

Feuille des jeunes naturalistes. 

La nouvelle société indo-chinoise. 

Société philotechnique. 

Romania, recueil des langues et littérature romanes. 

Pau. Société des sciences , lettres et arts. 

Perpignan. — Société agricole, scientifique et littéraire des Py- 
rénées-Orientales. 

Privas. — Société d'agriculture , industrie , sciences , arts et let 
très du département de l'Ardèche . 

Rambouillet. — Société archéologique de Rambouillet. 

Rennes. — Société archéologique d'Ille-et- Vilaine. 

Rouen. — Académie des sciences , arts et belles-lettres. 
Saint-Omer. — Société des antiquaires de la Morinie. 

Saintes. — Société des archives historiques de la Saintonge et 
de l' A unis. 

Semur. — Société des sciences historiques et naturelles. 

Soissons. — Société archéologique y historique et scientifique de 
Soissons. 

Toulon. — Société académique du Var. 

Toulouse. — Société archéologique du Midi de la France. 
Société d'histoire naturelle de Toulouse. 

Société hispano-portugaise. 

Tours. — Société d'agriculture , sciences , arts et belles-lettres du 
département d' Indre-et-Loire. 



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402 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES. 



Troyes. — Société académique d* horticulture , des sciences , arts 
et belles-lettres de V Aube. 

Valence. — Société départementale d'archéologie et de statistique 
de la Drôme. 

Société d'histoire ecclésiastique d'archéologie reli- 
gieuse des diocèses de Valence , Digne y Gap f Gre- 
noble et Viviers. 

Valenciennes. — Société d’agriculture , sciences et arts de V ar- 
rondissement de Valenciennes. 

Vannes. — Société polymathique du Morbihan . 

Versailles. — Société des sciences naturelles et médicales de 
Seine-et-Oise . 

SOCIÉTÉS ÉTRANGÈRES. 

Angleterre. — Société littéraire et philosophique de Manchester . 
Grand duché de Luxembourg. — Société botanique à Luxem- 
bourg. 

États-Unis d’Amérique. — Smithsonian institution à Washing- 
ton . 

Suisse. — Institut géographique de Berne . 

République Argentine. — Académie nationale des sciences. 
Davenport. — Daoemport academy of natural sciences. 

Belgique. — Société royale malacologique de Belgique . 



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LISTE 



DES 



Membres de la Société d’Ëtudes scientifiques <fc archéologiques 

DE DRAGUIGNAN. 



COMPOSITION DU BUREAU : 

DOZE, président. 

LOMBARD (Aimable), vice-président. 

GUBERT (Joseph), secrétaire. 

PANESGORSE (Ferdinand), conservateur. 

IMBERT , trésorier. 

MEMBRES HONORAIRES. 

1875. Gastinel-Bey (*&)> professeur à l’Ecole de Médecine du 
Caire (Egypte), directeur du Jardin d’Acclimatation , 
ancien associé (1870). 

1880. Olivier (Victor), à Draguignan. 

1874. Raynaud (Victor), propriétaire, à Flayosc. 

MEMBRES TITULAIRES, 

1855. Astier (I. O), ancien professeur de l’Université, receveur 
municipal. 

1887. Astier (Alexandre), avocat. 



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404 



LISTE 



1880. Aubenas (O. &), procureur général en retraite, maire de 
Fréjus, correspondant du Ministère de l’Instruction 
Publique pour les travaux historiques. 

1885. Augier (Émile), propriétaire à Draguignan. 

1877. Azam , agent-voyer d’arrondissement en retraite. 

1870. Balp, docteur en médecine. 

1887. Bernardini, avocat, professeur au collège. 

1884. Belletrud (Henri), avocat. 

1887. Bernés, juge au tribunal civil. 

1855. Cantillon de Lacouture, avocat. 

1887. Cappon , ingénieur de la C 1 ® des chemins de Fer du Sud de 
la France. 

1874. Chabert, agent-voyer principal en retraite. 

1887. Chiris, commis principal de la Direction des postes. 

1867- Clavier (Félicien), ingénieur civil, maire de Draguignan. 
1887. Dagan, licencié ès-lettres, professeur de rhétorique au 
collège. 

1887. Dauphin, licencié ès-leltres, professeur au collège, mem- 
bre de la Société archéologique d’Arles. 

1887. Dor, secrétaire général de la C le des chemins de fer du Sud. 
1874. Doze (Charles), docteur en médecine, ancien correspon- 
dant (1867). 

1867. Girard (Charles) (A. O), docteur en médecine. 

1882. Gubert (Joseph) fils, négociant. 

1867. Guérin (Sextius), contrôleur de l’enregistrement. 

1874. Guide, avoué, juge suppléant. 

1855. Imbert, pharmacien. 

1886. Issartier , garde mines. 



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DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 



405 



1883. Jourdan (Joseph), juge au tribunal civil. 

1855. Latil (Alphonse), imprimeur. 

1873. Lombard (C. $), capitaine de vaisseau en retraite. 

1870. Lombard &, professeur de droit en retraite. 

1872. Lombard (Aimable), artiste peintre. 

1867. Mireur (I. O), archiviste du département, correspondant 
du Ministère de PInstruction Publique pour les travaux 
historiques. 

1888. Morandière , ingénieur , directeur adjoint de la C ie des 
chemins de fer du Sud de la France , chargé de la cons- 
truction et du service de la voie. 

1875. Musset (comte de), ancien secrétaire général. 

1855. Panescorse (Ferdinand), géologue. 

1886. Patin, licencié ès-lettres , professeur de troisième au col- 
lège. 

1883. Poulie (Raymond), avocat. 

1888. Pradal, chef de l’exploitation des chemins de fer du Sud 
de la France. 

1888. Reverdin, substitut du procureur de la République. 

1882. Tamburin, ancien pharmacien chimiste. 

1880. Segond (Henri), notaire. 

1875. Si van (Paul), avocat. 

1883. Verny, propriétaire. 

1885. Vial (Louis), avocat (ancien correspondant 1883j. 

1883. Voiron, avoué. 

MEMBRES ASSOCIÉS. 

1879. Arbaud (Paul), à Aix. 

1881. Bérer.guier (Paul), membre de la Société malacologique 

de Fiance , Avenue Feuchères , 1 à Nîmes , et proprié- 
taire à Roquebrune (Var) (Clos-Oswald). 



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406 



LISTE 



1855. Boisgelin (le marquis de,), à Aix. 

1875. Bonstetten (baron de), géologue à Hjères, villa Mathilde. 
1855. Duval (l’abbé), chanoine à Draguignan. 

1874. Fabry, juge d’instruction , à Brignoles, ancien titulaire, 
(1872). 

1885. Frandin-Burdin, inspecteur des forêts à Nice, rue de 

France, ancien titulaire (1875). 

1874. Gaillard (Léon), ancien secrétaire général, à Poitiers 
(Vienne), ancien titulaire (1873). 

1872. Gassier (Ernest de), docteur en droit , membre du Conseil 
général du Var, rue Mignet n° 10 (Aix en Provence) ou 
à Paris, rue d’Athènes, n° 19. 

1876. Geoffroy (de) (O. 0 ), ancien ministre plénipotentiaire de 

France à Washington, au Muy. 

1881. Henry (Fernand), (A. O), avocat, à Riez, ancien titulaire. 

1886. Jerphanion (de), conseiller général du Rhône, à Lyon. 
1855. Juigné de Lassigny (le comte de), à Beaune (Côte-d’Or). 
1874. Lambot (Paul), propriétaire à Brignoles. 

1883. Laugier (l’abbé), chanoine , vicaire général à Fréjus , an- 
cien titulaire (1864). 

1874. Laugier (Léonce), (O. &), ancien gouverneur de la Gua- 
deloupe. 

1855. Lyle-Taulanne (le marquis de), propriétaire à Barjols. 
1883. Marty (Gustave), (A. O), membre et lauréat de plusieurs 
sociétés savantes, boulevard de Strasbourg, 67 Toulouse 
1872. Martin (Félix), (&), directeur des chemins de fer du Sud 
delà France ô Paris, maire à Saint-Raphaël, ancien 
titulaire (1871). 



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MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 



407 



1855. Meissonnier (O. O), ancien inspecteur général des Mines 
en retraite , à Ampus. 

1886. Ortolan (I. O)* mécanicien en chef de l’armée navale de 
réserve à Saint-Raphaël. 

1880. Périer-Lagarde (Paul de), procureur de la République à 

Orléans-Ville, ancien résidant (1874). 

1886. Rampai (Auguste), avocat à Marseille. 

1870. Renom de la Baume (Edouard), membre de la Société 
géologique de France , à Draguignan , ancien titulaire 
(1857). 

1886. Sinety (vicomte de), propriétaire à Esparron (Var). 

1875. Surrel de Saint-Jullien (comte de), propriétaire au Puget- 

sur-Argens. 

1887. Touzet , juge à Toulon , ancien résidant (1886). 

1881. Villeneuve-Esclapoft-Vence (le marquis de), propriétaire, 

avenue Marceau, n° 27, Paris. 

MEMBRES CORRESPONDANTS. 

1876. Agnel (d’), agent-voyer principal , à Toulon , ancien titu- 

laire (1867). 

1875. Aicard (Jean) (•& A. O), homme de lettres, à Paris. 

1873. Albanès (l’abbé) (I. 0), docteur en théologie et en droit 
canonique, correspondant du Ministère de l’Instruction 
Publique pour les travaux historiques , chanoine hono- 
raire à Marseille, rue des Dominicaines, n° 42. 

1875. Albert (Abel) (A. O), instituteur à la Farlède, botaniste. 
1875. Antelme, architecte de la ville de Toulon. 

1860. Ardoin (l’abbé), père de l’Oratoire, à Draguignan. 



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408 



LISTE 



1860. Aube, notaire, au Luc. 

1873. Aubin médecin de l re classe de la marine en retraite, à 
Toulon, place aux Œufs , n° 8. 

1883. Aubin, notaire, à Saint-Tropez. 

1886. Aubin (Georges), professeur au Lycée de Digne. 

1881. Autran (l'abbé), professeur au petit séminaire de Grasse. 
1886. Auzivisier Clément, à Brignoles. 

1885. Azam (Joseph), propriétaire, à Montauroux. 

1864. Barbe (l’abbé), chanoine curé de Cannes , ancien titulaire 
(1855). 

1880. Barthélemy (A. O), docteur médecin , membre correspon- 

dant du Ministère de l'Instruction Publique pour les . 
travaux historiques, etc., à Marseille , villa Doria, bou- 
levard Chave. 

1881. Barthélemy (l’abbé), professeur au petit séminaire de 

Grasse. 

1881. Bérard (l’abbé), aumônier, à Cannes. 

1886. Bernard-Attanoux (Henri), avocat à Nice, ancien titulaire 

(1873). 

1886. Blanc (Jean-Marie), ancien médecin de la marine, àPour- 
rières. 

1886. Bibliothèque Méjane, à Aix. 

1886. Bibliothèque publique de Toulon. 

1868. Blancard ($• 1. O), archiviste en chef du département des 
Bouches-du-Rhône , correspondant de l'Institut , mem- 
• bre non résidant du Comité des Travaux Historiques , à 
Marseille. 

1874. Blanc Salètes, avocat, à Draguignan. 

1886. Bossavy, employé des postes à Toulon. 



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DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 



409 



1885. Boyer de Fonscolombe, (baron de la Môle) ancien inspec- 

teur des finances , à la Môle. 

1870. Bremond (Félix (I. O), docteur en médecine, à Paris , 66, 
rue Rochechouart. 

1880. Gortez (Fernand), licencié en droit, propriétaire à Saint- 
Maximin. 

1878. Curel (Sylvestre), propriétaire, à Cavaillon. 

1886. Daniel (l’abbé), docteur en théologie, vicaire à Toulon. 
1886. Dauphin, pharmacien à Carcès. 

1855. Davin, docteur en médecine, ancien membre du Conseil 
général, maire à Pignans. 

1880. Dedons de Pierrefeu , capitaine au 65 me régiment de ligne, 
à Nantes , rue du lycée, n° 13 (Loire-Inférieure). 

1885. Dollieule, ancien magistrat, avocat, à Marseille. 

1855. Doze-Laugier, ancien négociant, à Draguignan. 

1884. Durand de Grossouvre, capitaine au 32 rae régiment d’in- 
fanterie, à Tours, boulevard Heurteloup. 

1874. Dupui (l’abbé), membre de la Société géologique et de la 
Société d'archéologie française y curé, à Vallauris. 

1883. Espitalier (l’abbé), curé du Puget. 

1883. Fabre (Félix) (A. Q), inspecteur des écoles primaires à 

Sisteron, ancien titulaire (1874). 

1886. Fenouil (l’abbé), curé à Tourtour. 

1884. Féraud, propriétaire, au Thoronet. 

1885. Fériaud, médecin, à la Verdière. 

1884. Fonteilles, ingénieur civil des mines de Vaucron , à la 
Gard e-Frei net. 

1886. Fulconis, ancien instituteur, à Rougiers 



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410 



LISTE 



1881. Franc (Anatole), propriétaire, à Saint-Raphaël. 

1887. Garcin (Pierre), homme de lettres , à Marseille. 

1855. Garrel (l'abbé), curé, à Saint-Zacharie. 

1886. Gaze (l’abbé), professeur au petit séminaire de Grasse. 

1883. Girard (A.), président du tribunal civil, à Castellane. 

1885. Gibelin (l’abbé), vicaire, à Brignoles. 

1887. Gleyse , juge de paix , à Aups. 

1881. Goety (l’abbé), curé de Lorgues. 

1878. Gubert (Léonce), négociant, à Draguignan. 

1881. Guigou (l’abbé), curé au Thoronet. 

1881. Guigou (l’abbé), curé, à Besse 

1884. Guillibert, avocat, à Aix. 

1886. Giraud d’Agay (Melchior de), propriétaire , à S^RaphaëL 
1875. Hanry (ancien) juge de paix, botaniste, au Luc. 

1886 Hermitte (l’abbé), chanoine, curé de Pourrières. 

1886. Jourdan (Emile), professeur au lycée de Nice, ancien ré- 
sidant (1883). 

1883. Lambert (l’abbé), vicaire, au Muy. 

1884. Layet, notaire, à la Colle. 

1885. Lyons (l’abbé), curé, à la Colle. 

1882. Lieutaud (Victor), ancien bibliothécaire de la ville de Mar- 

seille, à Volonne (Basses-Alpes). 

1855. Maille, ancien magistrat, àGrimaud. 

1883. Marin de Carranrais (de), ancien archiviste auxiliaire 

aux archives des Bouches-du-Rhône (à St-Barthélemy). 
1880. Michel, juge de paix, à Marseille. 

1886. Moris, archiviste des Alpes-Maritimes (Nice). 



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DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 



411 



1883. Mougins-Roquefort (de) (#?), conseiller doyen à la Cour 
d’appel d’Aix. 

1885. Mougins de Roquefort , docteur en médecine , à Antibes. 

1885. Meynardier, sous-inspecteur des domaines, à Valence. 
1878. Négrin (Louis), à Cannes (Verrerie de la Bocca). 

1886. Nettre, ingénieur de la Compagnie des chemins de fer du 

Sud , à Hyères. 

1874. Panescorse (Henri), professeur à Sunbury (Angleterre). 
1886. Pascal (Joseph), avocat, château de Respide par Langon 

(Gironde). 

1886. Philibeaux, chef de section des chemins de fer du Sud de 

la France, à Salernes. 

1887. Picamilh (de), substitut du Procureur de la République , 

â Aix. 

1868. Pierrugues (Onésime), juge de paix , à Orgon (Bouches- 
du-Rhône). 

1883. Pontier, instituteur, à Besse. 

1873. Reboul (Robert) (A. O), juge de paix, à Châteauneuf-sur- 
Sarthe (Maine-et-Loire). 

1878. Réguis (Marius), docteur médecin, attaché à la faculté des 
sciences, à Marseille. 

1875. Reverdit, commis principal dans la manufacture de tabac, 

à Toulouse. 

1855. Ribbe (Charles de) avocat, à Aix. 

1878. Robert (Ferdinand des), à Nancy, rue Isabey, n° 41 (Meur- 
the-et-Moselle). 

1855. Robert, ancien greffier de la justice de paix, au Luc. 

1883. Robert, avocat, docteur en droit, à Brignoles. 



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412 



LISTE 



1886. Rolland (O), président de chambre honoraire, à Fréjus. 
1855. Rostan (A. O), correspondant honoraire du Ministère de 

PInstruction Publique pour les Travaux Historiques , ô 
Saint Maximin. 

1883. Rouden (Pabbé), ancien curé, à Bandol. 

1855. Roudier, avocat, à Roquebrune. 

1855. Sardou (J.-B.), à Marseille, rue Cannebière, n° 14. 

1853. Saporta (le marquis de), correspondant de l’Institut , à 
Fonscolombe par le Puy-Sainte-Réparade (Bouches- 
du Rhône). 

1883. Sénéquier, juge de paix, à Grasse. 

1881. Servagnet (Pabbé), rue Monsieur, à Paris. 

1857. Sigaud de Bresc (de), avocat, à Aix, membre du Conseil 
général. 

1884. Sivan (Louis), avocat, à Fréjus. 

1885. Sivan (Pabbé), curé, à Trans. 

1855. Teissier (Octave) (^ I. U), ancien archiviste de la ville de 
Marseille , membre non résidant du Comité des Tra- 
vaux Historiques. 

1887. Tholin, directeur du collège des Maristes, à la Seyne. 
1869. Verlaque (Pabbé) (A. O), docteur en théologie, correspon- 
dant du Ministère de l’Instruction Publique pour les 
travaux historiques, à Toulon, ancien titulaire. 

1886. Wallerant (Fréd.) , professeur de géologie à la Faculté de 

Rennes. 

1885. Zurcher, ingénieur des ponts et chaussées, à Toulon. 



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TABLE DES MATIÈRES 



(l re PARTIE.) 

PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 

Un télescope diurne. Rapport de M. l’abbé Rouden. . vm 

Haches de serpentine trouvées dans le territoire de 

Draguignan , etc. Communication ix 

Une élection cammunale à Figanières en 1668 , par M. 

Mireur ix 

Etude historique sur la commune de Callas , par M. 

Aubin . . xi 

Donation de Hugues , marquis de Toscane , au Saint- 
Sépulcre et les établissements latins de Jérusalem 
au X« siècle y par M . le comte Riant. Compte- 
rendu de M. Mireur xn 

Note sur les porphyres de VEstérel et leurs carrières 

antiques y par M. Pottier xv 

Étude sur la culture de la vigne et la fabrication du 

vin dans ü antiquité y par M. Tamburin xxi 

Pierre milliaire de Saint-Vincent près Trans , don de 

M. Muraire. . xxn 

Communication par M. le marquis de Castelbajac à la 
société historique de Gascogne d'un 2 e ma- 
riage du duc d’Epernon, célébré à Pignans (Var). 

Compte-rendu de M. Mireur xxii 

Nécrologie de M . J -J. Aubin xxxn 

Inscriptions inédites trouvées à Brignoles , par M. C. 

Auzivizier ... xxxm 

Etude historique sur Forum Voconii . — Castrum de 
Caneto.~Le Cannet, parM . I* abbé Marius Sivan . 

Compte-rendu de M. H. Segond xxxvi 

Nécrologie de M . Raymond Pottier xl 



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414 



TABLE DES MATIÈRES. 



Sculpture du chœur de V église de Saint-Maximin , par 

M. Rostan. Compte-rendu de M. A. Lombard. . . . xlii 

Prise de possession d y un canonicat par la eue du clo- 
cher ,parM. Mireur xlv 

Note sur V Hélix citharistensis Brgt, par M. J. Azam. xlvii 
Rapport de la commission sur le projet de concours 

d'histoire naturelle xlix 

Découverte d y une pierre milliaire inédite à Brignoles, 

par MM. Auzivizier et Paul Lambot li 

Pierre meulière gallo-romaine trouvée dans ledomaine 

de Retruc . Don de M. Girieud lii 

Découverte de sépultures romaines à Draguignan , 

quartier des Incapis lii 

Le retable du Christ de l y église de Saint-Maximin , 
par M, L . Rostan . Compte-rendu de M. Aimable 

Lombard.. lv 

Du prétendu mariage du duc d’Epernon à Pignans 

(24 février 1596). Note de M. Mireur lx 

Nécrologie de Messire Louis- Achille- Jules Corblet . . . lxii 

Inscriptions nouvelles trouvées à Brignoles , par M. 

Auzivizier lxii 

Opérations militaires dans les Alpes et les Alpennins , 
par Af. H. Moris . Compte-rendu de M. de Gros- 

sou vre » LXIII 

L y école buissonnière . Aups à travers les âges , par M . 

Vabbé Gibelin . Compte-rendu de M. Patin lxx 

Note sur la pierre milliaire récemment trouvée à Bri- 
gnoles y par MM. Gazan et Mougins de Roquefort. lxxiv 
Communication sur une pierre milliaire autrefois 

aperçue à Ampus , par M. H. Segond lxxvi 

Nomenclature des objets trouvés dans des fouilles ef- 
fectuées au quai du port à Bandol , en janvier 

1886, par M. l’abbé Rouden lxxvii 

Découverte d y un camp retranché sur la hauteur au 
nord des Tuilières à Draguignan , par M. H. 



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TABLE DES MATIÈRES. 



415 



Segond lxxix 

Note sur le quartier des Tuilières à Draguignan , par 

M. H. Segond lxxix 

Nécrologie de M . le colonel Gazàn lxxxii 

De Vétat actuel de la science microbienne , par M. le 

docteur Doze lxxxiii 

Notice nécrologique sur le colonel Gazan , par M. 

Mougins de Roquefort, suivie d’une Liste biblio- 
graphique LXXXVI 

Rapport sur les manuscrits